Ouvrier portugais sur un chantier de construction en France, casque de chantier sur la tête, tenant un outil, regardant l'objectif, ambiance de travail sur un échafaudage en plein air
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Des Portugais aux Comoriens : l'écart de 30 points qui fracture l'emploi immigré

De 82% d'emploi pour les Portugais à 51% pour les Comoriens : une étude inédite de l'OID révèle un écart de 30 points qui fracture l'emploi immigré, pulvérisant le mythe d'une immigration homogène.

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L'Observatoire de l'immigration et de la démographie (OID) a publié le 9 juillet 2026 une étude inédite intitulée « Immigration et emploi : radiographie d'un déficit », révélée par Le Figaro. Pour la première fois, ce travail radiographie l'emploi des immigrés par nationalité de naissance, et les résultats brisent le récit dominant d'une immigration homogène. Le chiffre choc ? Un écart de 30 points sépare les Portugais — qui affichent le meilleur taux d'emploi du pays, devant les Français de naissance — et les Comoriens, relégués en bas du classement. Derrière cette fracture se cache un puzzle que cette enquête démonte méthodiquement.

Ouvrier portugais sur un chantier de construction en France, casque de chantier sur la tête, tenant un outil, regardant l'objectif, ambiance de travail sur un échafaudage en plein air
Ouvrier portugais sur un chantier de construction en France, casque de chantier sur la tête, tenant un outil, regardant l'objectif, ambiance de travail sur un échafaudage en plein air

L'écart de 30 points qui fracture le mythe d'une immigration homogène

La moyenne nationale donne l'illusion d'une réalité lisse : 63 % des immigrés âgés de 15 à 64 ans occupent un emploi, contre 71,5 % des non-immigrés. Mais ces chiffres, régulièrement brandis dans le débat public, dissimulent un abîme. En désagrégeant les données par nationalité de naissance — un concept qui inclut toutes les personnes nées étrangères, y compris celles naturalisées françaises —, l'étude de l'OID révèle des disparités que la statistique brute efface.

Le constat implacable du classement

Le constat est implacable. Les Portugais de naissance atteignent 82 % d'emploi, soit deux points de plus que les Français nés en France. À l'autre extrémité du spectre, les Comoriens, les Haïtiens et les Pakistanais plafonnent à 51 %. Trente points séparent les deux extrêmes. C'est l'équivalent, en termes d'écart de taux d'emploi, de la différence entre une région en plein boom et une zone sinistrée.

Ces résultats ne doivent rien au hasard. Ils reflètent des histoires migratoires, des secteurs d'activité et des obstacles structurels radicalement différents. Comme le résume Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l'OID, dans une publication sur LinkedIn, « à niveau équivalent d'études, les taux d'emploi demeurent très inégaux : une personne née d'une nationalité du Maghreb et diplômée d'un Bac +5 est moins souvent en emploi qu'un simple bachelier français de naissance ».

82 % des Portugais battent les Français de naissance

Le podium de l'emploi immigré réserve des surprises. Seuls les Portugais dépassent les natifs (82 % contre 80 %). Derrière eux, le Top 5 est trusté par les Européens de l'Ouest : Italiens, Espagnols, Allemands et Britanniques s'en sortent honorablement, avec des taux oscillant entre 74 % et 78 %. Les Canadiens pointent en sixième position, et les Libanais ferment le Top 10.

À l'opposé, les « mauvais élèves » du classement sont sans surprise ceux qui cumulent les handicaps structurels : Comoriens, Haïtiens, Pakistanais, mais aussi une partie des immigrés d'Afrique subsaharienne. Leur taux d'emploi, autour de 51 %, est inférieur de près d'un tiers à celui des Portugais.

Ce classement pulvérise l'idée reçue selon laquelle les immigrés formeraient un bloc homogène face à l'emploi. La réalité est bien plus nuancée : certaines communautés performent au-dessus de la moyenne nationale, tandis que d'autres subissent une exclusion massive.

63 % d'emploi, la moyenne-valise

La statistique des 63 % d'emploi pour l'ensemble des immigrés est ce que les démographes appellent une « moyenne-valise ». Elle lisse les disparités au point de les rendre invisibles. En agrégeant des situations aussi diverses que celles des Portugais (82 %) et des Comoriens (51 %), elle donne l'impression d'un écart modéré avec la population non-immigrée (71,5 %).

Mais cette moyenne dissimule le fait que des communautés entières travaillent autant, voire plus, que les Français de naissance. Elle invisibilise aussi la réalité des groupes les plus fragiles, dont le taux d'emploi est inférieur de 20 à 30 points à la moyenne nationale.

L'étude de l'OID désagrège enfin cette moyenne pour montrer que l'immigration de travail est une mosaïque. Les écarts ne sont pas aléatoires : ils suivent des lignes de fracture bien précises, liées à l'origine géographique, à la date d'arrivée et aux secteurs d'emploi. C'est ce que la suite de l'enquête détaille.

BTP portugais, ménage comorien, soins maghrébins : la partition des métiers par nationalité

Pourquoi un tel écart entre Portugais et Comoriens ? La réponse tient en partie à la répartition sectorielle. Les immigrés ne se distribuent pas au hasard sur le marché du travail : ils suivent des filières historiques très marquées, héritées des vagues migratoires successives et des besoins de main-d'œuvre de l'économie française.

Les données de l'étude, croisées avec celles de l'INED et de l'Observatoire FEPEM, dessinent une véritable carte des métiers de l'immigration. Chaque nationalité occupe une place spécifique dans la division du travail, et cette spécialisation explique une partie des écarts de taux d'emploi et de rémunération.

Les Portugais rois du BTP

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon les données de l'INED, 14 % des ouvriers du bâtiment en France sont portugais, alors que cette communauté ne représente que 7,9 % des immigrés. La concentration est encore plus forte dans les services à la personne : d'après l'Observatoire FEPEM, 23 % des employés de maison immigrés sont portugais.

Cette spécialisation a des racines historiques. Dans les années 1960-1970, la France a fait massivement appel à la main-d'œuvre portugaise pour ses grands chantiers : autoroutes, barrages, logements. Les maçons portugais ont construit une partie du patrimoine bâti français. Cette filière s'est transmise de père en fils, créant des réseaux professionnels solides.

Les Comoriens relégués au nettoyage

À l'inverse, la communauté comorienne est plus récente et plus féminine. Elle hérite des postes les moins valorisés du marché du travail : nettoyage industriel, aide à domicile, sécurité. Selon l'étude de l'OID, les Comoriens sont massivement présents dans ces secteurs, où les conditions de travail sont difficiles et les rémunérations faibles.

Femme comorienne en tenue de travail d'agent d'entretien, passant une serpillière sur un sol carrelé dans un couloir d'immeuble, vue en plongée, expression concentrée et sérieuse, ambiance de labeur quotidien
Femme comorienne en tenue de travail d'agent d'entretien, passant une serpillière sur un sol carrelé dans un couloir d'immeuble, vue en plongée, expression concentrée et sérieuse, ambiance de labeur quotidien

Les données de la FEPEM confirment cette tendance : 22 % des salariés de l'emploi à domicile sont immigrés, et les Comoriens y sont surreprésentés. Ce sont des métiers souvent à temps partiel, mal rémunérés, avec peu de couverture sociale.

90 % des agents d'entretien exposés à un risque physique

Les métiers du nettoyage, où les immigrés sont surreprésentés, sont parmi les plus durs du marché du travail français. Une étude de la Dares, reprise par l'ETUI, dresse un tableau accablant : 90 % des agents d'entretien sont exposés à au moins un risque physique, 71 % à des gestes répétitifs, 61 % à un risque chimique et 52 % à des postures pénibles.

Les conditions de travail sont d'autant plus précaires que plus de la moitié des postes sont à temps partiel et 20 % en horaires coupés. Seuls 17 % des salariés du nettoyage souhaiteraient que leurs enfants exercent le même métier. Ces chiffres expliquent pourquoi les Français délaissent ces secteurs, créant des tensions de recrutement que les immigrés viennent combler.

Le différentiel de rémunération entre Portugais et Comoriens est aussi le reflet de cette différence sectorielle. Le BTP, même dans ses segments les plus pénibles, offre des salaires horaires supérieurs à ceux du nettoyage ou de l'aide à domicile. La spécialisation historique détermine donc en partie les écarts de revenus.

Le diplôme ne protège pas les immigrés : la double peine révélée par l'étude

Si la répartition sectorielle explique une partie des écarts, elle ne dit pas tout. L'étude de l'OID met en lumière un phénomène plus profond : à niveau d'études équivalent, les immigrés non-européens restent systématiquement en dessous des natifs. Le diplôme ne protège pas, ou pas assez.

Cette « double peine » frappe durement les immigrés du Maghreb, d'Afrique subsaharienne et d'Asie. Même avec un bac +5, leurs chances d'être en emploi restent inférieures à celles d'un bachelier français de naissance. C'est une des révélations les plus fortes de l'enquête, car elle désarme l'argument du « manque de qualification ».

Bac +5 au Maghreb, moins employé qu'un bachelier français

Les données de l'Observatoire des inégalités confirment ce constat. En 2023, le taux de chômage des immigrés titulaires d'un CAP ou d'un bac professionnel atteignait 18 %, contre 10,2 % pour les natifs au même niveau de diplôme. Dans le supérieur, l'écart est encore plus frappant : 11,1 % de chômage pour les diplômés immigrés, contre 4,4 % pour les natifs. C'est près de trois fois plus.

La phrase de Nicolas Pouvreau-Monti prend ici tout son sens : « une personne née d'une nationalité du Maghreb et diplômée d'un Bac +5 est moins souvent en emploi qu'un simple bachelier français de naissance ». Ce constat est un désaveu pour ceux qui réduisent l'échec professionnel des immigrés à un problème de niveau d'études.

Le problème n'est donc pas l'absence de qualification, mais le fait que ces qualifications ne sont pas reconnues à leur juste valeur. Un diplôme d'ingénieur algérien ou un master en droit marocain n'ouvrent pas les mêmes portes qu'un diplôme équivalent obtenu en France.

Le déclassement professionnel

Le déclassement professionnel est le mécanisme qui transforme ce paradoxe en réalité vécue. L'étude de l'OID montre que les immigrés non-européens sont beaucoup plus susceptibles de travailler en dessous de leur niveau de qualification que les natifs ou les immigrés européens.

Un ingénieur algérien se retrouve livreur à vélo, un médecin comorien exerce comme aide-soignant, un juriste sénégalais travaille comme agent de sécurité. Ce gâchis de compétences a plusieurs causes : la non-reconnaissance des diplômes étrangers par les ordres professionnels, la discrimination à l'embauche, le manque de réseaux professionnels.

L'absence de réseaux est un facteur sous-estimé. Les Portugais, arrivés plus tôt et mieux insérés, disposent de filières d'embauche communautaires qui facilitent l'accès à l'emploi. Les Comoriens, plus récents, ne bénéficient pas de ces filets de solidarité professionnelle.

5,4 millions d'emplois interdits aux non-Européens : le verrou de la fonction publique

Au-delà des discriminations et du déclassement, un verrou structurel pèse lourdement sur l'emploi des immigrés non-européens : l'accès à la fonction publique. Environ 5,4 millions d'emplois, soit un emploi sur cinq en France, leur sont interdits s'ils n'ont pas la nationalité française.

Cette barrière, souvent ignorée dans le débat public, a un effet mécanique sur le taux d'emploi des communautés concernées. Elle les concentre dans le secteur privé, et souvent dans les segments les plus précaires du marché du travail.

1 emploi sur 5 impossible à occuper sans nationalité française

La règle est simple : pour être fonctionnaire (État, hospitalière, territoriale), il faut être français. Les ressortissants de l'Union européenne peuvent accéder à certains postes grâce à la libre circulation, mais les étrangers extracommunautaires en sont exclus, sauf dérogation très limitée.

Selon l'Observatoire des inégalités, cette exclusion concerne environ 5,4 millions de postes dans la fonction publique, auxquels s'ajoutent les emplois de la sécurité privée soumis à des conditions de nationalité. Pour les immigrés non-européens, c'est un cinquième du marché du travail qui leur est inaccessible.

Cette barrière explique en partie pourquoi le taux d'emploi des immigrés non-européens est inférieur à celui des Européens. Les Portugais, en tant que citoyens de l'UE, peuvent postuler dans la fonction publique. Les Comoriens, non. L'écart n'est pas seulement une question de diplôme ou de secteur : c'est aussi une question de nationalité.

Infirmières philippines, ingénieurs algériens : le gâchis de compétences

Les conséquences de ce verrou sont doubles. D'un côté, des professionnels formés à l'étranger ne peuvent pas exercer dans le public, alors même que ces secteurs souffrent de pénuries. Une infirmière philippine, un ingénieur algérien, un médecin comorien : tous se heurtent à la barrière de la nationalité.

De l'autre côté, l'économie française perd des compétences rares. Dans les métiers en tension — soins, BTP, numérique —, le manque de main-d'œuvre est chronique. Empêcher des professionnels qualifiés d'accéder à ces postes aggrave la pénurie.

Le coût de ce gâchis est difficile à chiffrer, mais il est réel. Chaque année, des milliers de diplômés étrangers voient leurs compétences sous-utilisées, faute de naturalisation ou de levée des verrous réglementaires. C'est une des causes structurelles des tensions de recrutement que la France connaît dans de nombreux secteurs.

Portugais de France : comment 577 000 natifs ont construit le meilleur taux d'emploi du pays

Le cas portugais mérite qu'on s'y attarde. Avec 577 000 natifs recensés par l'INED en 2023, la communauté portugaise est la troisième du pays par le nombre. Mais c'est surtout la plus performante en matière d'emploi. Loin du cliché de l'immigré subventionné, les Portugais sont le groupe le plus actif de France.

Comment expliquer cette réussite ? L'ancienneté de la migration, l'insertion dans un secteur porteur, les réseaux communautaires et une mobilité sociale intergénérationnelle réelle sont les clés de ce succès.

Du maçon au chef d'entreprise : 50 ans de mobilité sociale

L'immigration portugaise a commencé dans les années 1960, à la faveur d'accords bilatéraux entre la France et le Portugal. À l'époque, il s'agissait essentiellement d'une main-d'œuvre masculine, peu qualifiée, destinée aux grands chantiers du BTP. Les maçons portugais ont construit les barres d'immeubles des banlieues, les autoroutes et les infrastructures publiques.

Cinquante ans plus tard, le tableau a changé. Les fils de maçons sont souvent devenus chefs d'entreprise du BTP, artisans indépendants ou cadres dans les services. Le taux d'emploi élevé des Portugais (82 %) s'accompagne d'un très faible taux de chômage (autour de 4 %, contre 6,5 % pour les natifs).

Cette mobilité sociale repose sur plusieurs facteurs. Les réseaux communautaires ont permis de maintenir une forte employabilité : un Portugais au chômage trouve rapidement un emploi grâce aux contacts familiaux ou communautaires. La transmission des savoir-faire artisanaux a aussi joué un rôle clé.

42 % des employés de maison immigrés sont portugais

Pour autant, le tableau portugais n'est pas uniformément rose. Si la communauté affiche un taux d'emploi record, elle reste surreprésentée dans les métiers manuels et de services à la personne. Selon la FEPEM, 42 % des employés de maison immigrés sont portugais.

Cette donnée infirme l'idée que l'emploi immigré serait uniquement précaire ou disqualifié. Les Portugais occupent tous les échelons, du ménage au patronat, mais le cœur de la communauté reste ancré dans les métiers manuels. La solidité du groupe vient de sa capacité à occuper ces segments sans en subir les effets négatifs, grâce à une forte cohésion communautaire.

Le cas portugais montre qu'une immigration ancienne, bien organisée et insérée dans des secteurs porteurs peut réussir là où des communautés plus récentes échouent. C'est un modèle, mais aussi un contre-exemple pour les autres nationalités.

Comoriens en France : 51 % d'emploi, le revers de la médaille de l'immigration récente

À l'opposé du spectre, les Comoriens ferment la marche du classement de l'OID avec 51 % d'emploi. Ce chiffre, le plus bas de l'étude, est le symptôme d'une immigration récente, très féminine, qui se heurte de plein fouet à toutes les barrières décrites plus haut.

Le cas comorien est emblématique du déclassement que subissent les communautés arrivées plus tardivement, sans réseaux établis, et cantonnées dans les secteurs les plus précaires.

Aide à domicile, sécurité : des métiers sans filet de protection

Les Comoriens sont massivement présents dans les métiers de l'aide à domicile et de la sécurité. Selon les données de la FEPEM, 22 % des salariés de l'emploi à domicile sont immigrés, et les Comoriens y sont surreprésentés. Ce sont des métiers souvent à temps partiel, mal rémunérés, avec peu de couverture sociale.

Le faible taux d'emploi des Comoriens (51 %) s'explique en partie par cette précarité. Beaucoup de femmes déclarent des petits boulots, alternent entre contrats courts et chômage, ou travaillent au noir. Le taux d'emploi mesuré par l'INSEE ne capture pas la réalité de ces parcours hachés.

Les conditions de travail dans ces secteurs sont difficiles, comme le montre l'étude de la Dares sur le nettoyage. Les Comoriens héritent des postes que les Français délaissent, sans bénéficier des réseaux communautaires qui permettraient de les rendre plus acceptables.

L'effet Mayotte : la proximité géographique qui piège dans la précarité

L'immigration comorienne a une particularité : elle est très liée à Mayotte, département français situé dans le canal du Mozambique. La proximité géographique avec les Comores crée un flux migratoire spécifique, souvent qualifié d'« immigration de survie ».

Contrairement aux Portugais, venus dans le cadre d'accords de main-d'œuvre organisés, les Comoriens arrivent souvent sans réseau professionnel établi. Leur migration est plus récente, plus féminine, et plus précaire. L'étude de l'OID met en lumière que la nationalité d'origine conditionne encore largement le destin professionnel en France.

L'effet Mayotte est double. D'un côté, il crée une immigration de proximité, souvent irrégulière, qui fragilise les parcours. De l'autre, il enferme les Comoriens dans des filières précaires, sans perspective de mobilité sociale comparable à celle des Portugais.

L'étude OID tord le cou à trois fantasmes sur l'immigration de travail

Au-delà des chiffres, l'étude de l'OID a le mérite de confronter les données aux idées reçues qui structurent le débat public sur l'immigration. Trois fantasmes particulièrement tenaces en prennent un coup.

« Ils prennent nos emplois »

L'étude ne montre pas de concurrence frontale sur l'emploi, mais une spécialisation sectorielle. Les immigrés travaillent là où les Français ne vont plus : nettoyage, soins aux personnes âgées, certains segments du BTP. Sans eux, ces secteurs s'effondreraient.

Le rapport de Terra Nova, « Les travailleurs immigrés : avec ou sans eux ? », souligne que les immigrés sont surreprésentés dans les métiers en tension. Les femmes immigrées, en particulier, représentent près de 15 % des effectifs des services à la personne, soit trois fois leur part dans la population active.

« Ils ne veulent pas travailler »

Le cas portugais démontre que les immigrés non seulement veulent travailler, mais peuvent avoir des taux d'emploi qui dépassent ceux des natifs. L'étude prouve que la faiblesse du taux d'activité de certaines nationalités tient aux obstacles structurels, pas à un supposé « choix de l'inactivité ».

Les Comoriens ne travaillent pas moins parce qu'ils le voudraient, mais parce que les portes leur sont fermées : diplômes non reconnus, secteurs précaires, interdiction de la fonction publique. Le problème n'est pas leur volonté, mais les barrières qu'ils rencontrent.

« Le problème, c'est l'immigration sans diplôme »

L'étude désarme aussi l'argument du « niveau d'études ». La double peine du diplôme montre que le problème n'est pas l'absence de qualification, mais le fait que les qualifications existantes ne sont pas reconnues ou sont discriminées.

Un diplômé du Maghreb avec un bac +5 a moins de chances d'être en emploi qu'un bachelier français. C'est un gâchis pour l'économie, pas un problème de « niveau ». La question n'est pas de savoir si les immigrés sont qualifiés, mais comment leurs qualifications sont traitées.

Conclusion : une mosaïque de 10 nationalités, un puzzle qui échappe aux slogans

Les 30 points d'écart entre Portugais et Comoriens racontent une histoire bien plus complexe qu'un débat binaire sur l'immigration. Le panorama de l'OID montre que l'immigration de travail est une mosaïque de parcours, de secteurs et de barrières.

Traiter l'immigration comme un tout homogène est une erreur de diagnostic. La question n'est pas de savoir si les immigrés travaillent, mais comment leur travail est reconnu, rémunéré et facilité par les règles du marché. Les Portugais réussissent parce qu'ils sont arrivés tôt, dans des secteurs porteurs, avec des réseaux solides. Les Comoriens échouent parce qu'ils arrivent tard, dans des secteurs précaires, sans filet de protection.

L'étude de l'OID ne répond pas à la question « plus ou moins d'immigrés ? ». Elle pose une question plus précise : quel accès au marché pour chaque profil ? Et les réponses, nationalité par nationalité, dessinent un puzzle dont chaque pièce raconte une histoire différente. Le débat public gagnerait à s'en emparer avec la même précision.

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Questions fréquentes

Quel écart d'emploi entre Portugais et Comoriens ?

L'étude de l'OID révèle un écart de 30 points : les Portugais affichent 82 % d'emploi, les Comoriens 51 %. C'est la plus grande fracture du classement des immigrés par nationalité.

Pourquoi les Portugais ont-ils le meilleur taux d'emploi ?

Leur immigration ancienne (années 1960) dans le BTP a créé des réseaux solides et une mobilité sociale réelle. Ils bénéficient aussi de l'accès à la fonction publique en tant qu'Européens.

Quels métiers les immigrés comoriens exercent-ils ?

Les Comoriens sont massivement présents dans le nettoyage, l'aide à domicile et la sécurité. Ce sont des métiers précaires, souvent à temps partiel, avec peu de couverture sociale.

Le diplôme protège-t-il les immigrés du chômage ?

Non, l'étude montre une double peine : un diplômé bac+5 du Maghreb est moins souvent en emploi qu'un bachelier français. Les qualifications étrangères sont peu reconnues et discriminées.

Combien d'emplois interdits aux immigrés non-européens ?

Environ 5,4 millions d'emplois dans la fonction publique leur sont inaccessibles sans nationalité française. Cela représente un emploi sur cinq en France, un verrou structurel majeur.

Sources

  1. Un souci « en partage » Migrations de soins et espace politique entre l'archipel des Comores et la France Sous la direction de Yannick Jaffré · academia.edu
  2. "DIASPORA CAPVERDIENNE AU LUXEMBOURG", RED n° 21, CEFIS, Luxembourg · academia.edu
  3. etui.org · etui.org
  4. histoire-immigration.fr · histoire-immigration.fr
  5. ined.fr · ined.fr
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Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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