Pakistan et crypto : l'alliance surprenante avec Trump à Mar-a-Lago
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Pakistan et crypto : l'alliance surprenante avec Trump à Mar-a-Lago

En février 2026, le Pakistan a officialisé un partenariat stratégique avec World Liberty Financial lors d'un forum à Mar-a-Lago. Face à une crise économique majeure et une adoption crypto massive par sa jeunesse, Islamabad mise sur le stablecoin...

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Le 17 février 2026, un événement discret mais sismique s'est déroulé sous le soleil de Floride : des représentants officiels du Pakistan ont foulé le sol de Mar-a-Lago pour participer au World Liberty Forum. Organisé par World Liberty Financial, l'entité crypto de la famille Trump, ce rassemblement ne se contente pas de discuter de finance décentralisée ; il signe l'entrée fracassante d'un État souverain, autrefois méfiant, dans l'arène de la « crypto-diplomatie ». Ce rapprochement inédit entre Islamabad et l'oligarchie pro-crypto américaine intervient à un moment charnière où le Pakistan cherche désespérément des solutions pour sauver une économie exsangue. Alors que la jeunesse pakistanaise adopte massivement les actifs numériques pour survivre à l'inflation, ce Forum marque le point de départ d'une alliance qui pourrait redessiner la carte financière de l'Asie du Sud. 

Exterior view of the Mar-a-Lago club in Palm Beach, Florida, hosting the finance event.
Exterior view of the Mar-a-Lago club in Palm Beach, Florida, hosting the finance event. — (source)

Le contexte économique critique du Pakistan

Une crise inflationniste sans précédent

Pour comprendre la raison pour laquelle le Pakistan a envoyé une délégation aussi importante au sein de la résidence de l'ancien président américain, il faut regarder en face la réalité économique du pays. Ces dernières années ont été particulièrement difficiles pour la nation d'Asie du Sud, frappée de plein fouet par des tempêtes inflationnistes qui ont érodé le pouvoir d'achat de millions de citoyens. En 2023, l'inflation avait atteint des sommets vertigineux, flirtant avec les 38 %, rendant les biens de première nécessité inaccessibles pour une large partie de la population. Cette crise monétaire a accompagné une dépréciation spectaculaire de la roupie pakistanaise, qui a perdu la moitié de sa valeur face au dollar américain en seulement cinq ans. 

Pakistan's green flag waving, symbolizing the country's presence at the international forum.
Pakistan's green flag waving, symbolizing the country's presence at the international forum. — (source)

Face à cette hémorragie financière, les canaux traditionnels de financement et de transfert d'argent ont montré leurs limites. Les banques centrales et les institutions financières internationales ont imposé des conditions draconiennes, et le système bancaire classique, souvent sous-développé dans les zones rurales, peine à offrir des solutions rapides et accessibles. C'est dans ce contexte de précarité monétaire que les Pakistanais, et particulièrement la jeunesse, se sont tournés vers des alternatives numériques. La nécessité étant la mère de l'invention, la cryptomonnaie est passée du statut de spéculation technologique à celui de bouée de sauvetage financier pour une population cherchant à préserver son épargne de l'érosion monétaire.

L'importance vitale des transferts de fonds

Les transferts de fonds, qui représentent une source vitale de revenus pour le pays — totalisant plus de 36 milliards de dollars en 2025 selon la Banque d'État du Pakistan — jouent un rôle crucial dans ce basculement. Alors que les voies officielles sont souvent lentes, coûteuses et bureaucratiques, les solutions basées sur la blockchain offrent une rapidité et une efficacité inégalées. Le gouvernement, conscient que l'économie informelle et les canaux numériques parallèles drainent une part significative de cette manne financière, réalise qu'il est urgent d'embrasser ces nouvelles technologies plutôt que de les combattre.

Participer à un forum comme celui de Mar-a-Lago n'est donc pas un choix de style, mais une urgence économique dictée par la survie financière du pays. Les envois de la diaspora pakistanaise, dispersée à travers le monde, représentent une manne considérable que le pays ne peut se permettre de négliger. En facilitant ces transferts par des moyens modernes et moins coûteux, Islamabad espère récupérer une partie des sommes qui transitent actuellement par des canaux informels, renforçant ainsi ses réserves de change et sa stabilité macroéconomique.

La recherche de nouvelles solutions structurelles

Au-delà des transferts de fonds, le Pakistan fait face à des défis structurels profonds qui nécessitent des approches innovantes. Le pays doit composer avec un endettement extérieur important, des déséquilibres commerciaux chroniques et une dépendance excessive aux prêts internationaux. Dans ce contexte, les technologies blockchain et les actifs numériques offrent une perspective nouvelle : celle de diversifier les sources de financement, d'attirer des investissements étrangers dans le secteur technologique et de positionner le pays comme un hub régional pour l'innovation financière.

Cette quête de solutions alternatives explique en grande partie l'ouverture récente du gouvernement pakistanais vers l'écosystème crypto international. En se rapprochant d'acteurs comme World Liberty Financial, Islamabad cherche non seulement des solutions techniques, mais aussi une forme de légitimité sur la scène mondiale qui pourrait faciliter l'attraction de capitaux frais et le développement de partenariats stratégiques avec d'autres nations explorant des voies similaires. 

Representative image of cryptocurrency Bitcoin and digital finance technology.
Representative image of cryptocurrency Bitcoin and digital finance technology. — (source)

Une jeunesse pakistanaise déjà crypto-addicte

Des chiffres d'adoption impressionnants

Loin des salons feutrés de Mar-a-Lago, la véritable révolution crypto au Pakistan se joue sur les smartphones de millions de jeunes. Contrairement aux idées reçues, l'adoption des cryptomonnaies dans le pays n'est pas un phénomène marginal réservé à quelques technophiles avertis. Les chiffres sont éloquents et témoignent d'une dynamique de fond irréversible. On estime aujourd'hui qu'entre 15 et 20 millions de Pakistanais utilisent des cryptomonnaies, classant ainsi le pays au neuvième rang mondial pour l'adoption de ces actifs numériques.

L'année 2025 a d'ailleurs été marquée par une accélération fulgurante, avec l'ajout de 5,4 millions de nouveaux utilisateurs, portant le total à 18,2 millions de détenteurs. Cette explosion des usages est particulièrement visible au sein de la population jeune et active. Plus de 9 millions de Pakistanais, représentant environ 4 % de la population totale, détiennent désormais des actifs numériques. Pour une nation où la population est majoritairement jeune et connectée, la crypto offre une porte de sortie vers l'économie globale, contournant les obstacles locaux.

Les freelancers, pionniers de cette révolution

Les travailleurs indépendants et les freelancers, secteur en pleine expansion au Pakistan, sont les pionniers de ce mouvement. Ils utilisent massivement des stablecoins comme le Tether (USDT) pour se faire payer par des clients étrangers et protéger leurs revenus contre la volatilité de la roupie locale. Cette stratégie leur permet de maintenir leur pouvoir d'achat tout en évitant les frais exorbitants des systèmes de transfert traditionnels comme Western Union ou les virements bancaires internationaux.

Il est fascinant de noter que cette adoption s'est faite largement par des échanges de pair à pair (P2P), une méthode qui permet de contourner les restrictions bancaires et les centralisations excessives. Les stablecoins, qui sont indexés sur des devises comme le dollar américain, sont particulièrement prisés car ils offrent la stabilité nécessaire pour le commerce et l'épargne, sans les inconvénients des systèmes bancaires traditionnels. Pour cette jeunesse, la crypto n'est pas une simple mode spéculative, mais un véritable outil d'émancipation financière et de résilience face à l'instabilité économique de leur pays.

La contrainte qui force l'innovation

Cette réalité du terrain a probablement forcé le gouvernement à reconnaître que la cryptomonnaie ne peut plus être ignorée, et encore moins interdite sans conséquences graves sur l'économie réelle. Les tentatives précédentes de restreindre l'accès aux plateformes d'échange ou de bloquer les transactions crypto avaient poussé les utilisateurs vers des solutions encore plus opaques et difficiles à contrôler. Face à ce constat d'échec, les autorités ont compris qu'il était préférable d'encadrer ce phénomène plutôt que de le repousser dans l'informel.

L'adoption massive par la jeunesse pakistanaise constitue ainsi un facteur politique majeur. Dans un pays où la démographie jeune représente une force électorale considérable, les décideurs ne peuvent se permettre d'ignorer les aspirations et les pratiques économiques de cette tranche de la population. La crypto est devenue, presque malgré elle, un enjeu de politique intérieure autant que de politique économique, poussant le gouvernement à adapter son discours et ses politiques en conséquence.

Le Pakistan Crypto Council : une institution nouvelle

Genèse et mission du PCC

Pour gérer cette transition complexe et encadrer cet engouement populaire, les autorités pakistanaises ont opéré un changement institutionnel majeur avec la création du Pakistan Crypto Council (PCC). Annoncé officiellement par le ministère des Finances à la fin du mois de février 2025 et lancé formellement le 14 mars 2025, cet organe réglementaire a pour mission de développer la politique, l'infrastructure et la régulation de la technologie blockchain et des actifs numériques au Pakistan. Ce n'est pas une simple commission de réflexion, mais une structure opérant sous l'égide directe du ministère des Finances, avec les apports cruciaux de la Banque d'État du Pakistan (SBP), de la Commission des valeurs mobilières et des bourses du Pakistan (SECP) et d'autres agences fédérales.

La direction de ce Conseil illustre l'importance stratégique que le gouvernement accorde désormais à ce dossier. Il est présidé par Muhammad Aurangzeb, le Ministre fédéral des Finances, ce qui confère à l'organisme une légitimité politique de premier plan. Le conseil stratégique est assuré par des figures de premier plan dans le secteur, avec notamment Bilal Bin Saqib en tant que chef du Conseil et PDG, et des conseillers de renommée mondiale comme Changpeng Zhao, le cofondateur de Binance. Cette composition hybride, mêlant hauts fonctionnaires et experts du secteur privé, démontre la volonté d'Islamabad de créer un pont entre la rigidité de l'État et l'agilité du monde de la finance décentralisée. 

Bilal Bin Saqib, head of Pakistan Crypto Council, speaking at the Mar-a-Lago finance forum.
Bilal Bin Saqib, head of Pakistan Crypto Council, speaking at the Mar-a-Lago finance forum. — (source)

Des actions rapides et concrètes

Les actions du PCC ont été rapides et concrètes. Dès juin 2025, le Conseil a convenu d'établir un comité technique multi-agences regroupant la SBP, la SECP, la Division des lois et le Ministère de l'IT pour rédiger un cadre national pour les actifs numériques et virtuels. En juillet 2025, le gouvernement a franchi une étape supplémentaire en promulguant l'ordonnance de l'Autorité de régulation des actifs virtuels (PVARA), établissant ainsi un régulateur indépendant dédié à ce secteur.

Ces évolutions montrent que l'État ne se contente plus d'observer, mais s'active pour créer un environnement sécurisé et légal, indispensable pour attirer les investisseurs étrangers et rassurer les partenaires internationaux comme ceux rencontrés en Floride. Le PCC a également annoncé des projets ambitieux, notamment la création d'une réserve stratégique de Bitcoin soutenue par le gouvernement et l'allocation de 2 000 MW d'électricité pour le minage et les centres de données d'intelligence artificielle, démontrant une vision à long terme pour le secteur.

Une reconnaissance politique croissante

Le 26 mai 2025, le Premier ministre Shehbaz Sharif a nommé Bilal Bin Saqib, déjà PDG du PCC, comme Assistant spécial du Premier ministre sur la blockchain et les cryptomonnaies, avec le rang de Ministre d'État. Cette nomination illustre l'ascension politique fulgurante des questions crypto au sein du gouvernement pakistanais. Ce qui était autrefois considéré comme une niche technologique marginale est devenu un dossier stratégique traité au plus haut niveau de l'État.

Le conseil d'administration immédiat du PCC inclut également des figures institutionnelles majeures comme le gouverneur de la Banque d'État du Pakistan et les secrétaires fédéraux du Droit et des Technologies de l'Information. Cette composition pléthorique souligne le caractère interministériel de l'initiative et la volonté de rassembler toutes les expertises nécessaires pour naviguer dans ce domaine complexe et en constante évolution.

L'ambitieuse présence à Mar-a-Lago

Un forum au cœur du pouvoir américain

C'est dans ce contexte institutionnel renouvelé que s'inscrit la participation officielle du Pakistan au World Liberty Forum qui s'est tenu le 17 février 2026. L'événement, organisé par World Liberty Financial, une initiative crypto étroitement liée à la famille de l'ancien président américain Donald Trump, a attiré l'attention du monde entier. Ce n'était pas une simple conférence technologique, mais un sommet de haute volée réunissant plus de 300 décideurs influents de Wall Street, de la technologie, de la régulation et de la politique américaine. 

Aerial view of Palm Beach, Florida, showing the location of the Mar-a-Lago club.
Aerial view of Palm Beach, Florida, showing the location of the Mar-a-Lago club. — (source)

La présence des PDG de Goldman Sachs, du Nasdaq et du NYSE, ainsi que celle de la présidente de la FIFA et même de l'artiste Nicki Minaj, témoigne de l'ampleur et de la gravité des discussions menées au sein de la résidence privée. Ce mélange éclectique de personnalités illustre la manière dont la cryptomonnaie est devenue un sujet transversal, intéressant simultanément la finance traditionnelle, le divertissement, le sport et la politique. Pour le Pakistan, être présent à un tel événement constitue une opportunité inestimable de réseautage et de légitimation.

Bilal bin Saqib, ambassadeur crypto du Pakistan

La délégation pakistanaise n'était pas présente en simple observateur. Bilal bin Saqib, qui occupe désormais le double rôle de président de l'Autorité de Régulation des Actifs Virtuels du Pakistan (PVARA) et de Ministre d'État, a représenté le pays au plus haut niveau. Sa participation n'est pas anodine : elle symbolise la reconnaissance par le Pakistan de l'influence croissante de la sphère crypto pro-Trump dans les circuits financiers mondiaux.

En choisissant de s'afficher publiquement aux côtés de Donald Trump Jr. et Eric Trump, les organisateurs de l'événement, Islamabad envoie un message fort au marché international : le Pakistan est ouvert aux affaires, peu importe les nouvelles alliances politiques qui se forgent autour des actifs numériques. Cette démarche pragmatique tranche avec l'attitude plus réservée que le pays avait adoptée par le passé vis-à-vis des cryptomonnaies, marquant un tournant dans sa stratégie de communication financière.

Une nouvelle forme de diplomatie

Ce forum a servi de théâtre à une forme de diplomatie non conventionnelle, où les échanges ne portent pas seulement sur les traités commerciaux classiques, mais sur l'interopérabilité des blockchains et la régulation des stablecoins. L'ambiance de Mar-a-Lago, propice aux rencontres informelles et aux négociations en coulisses, a probablement permis de débloquer des situations que les canaux diplomatiques traditionnels auraient mis des années à résoudre.

C'est une démonstration frappante de la manière dont la géopolitique évolue : la maîtrise des flux financiers numériques devient aussi importante que la maîtrise des flux militaires ou commerciaux traditionnels. Pour le Pakistan, cet événement est l'occasion de se positionner comme un partenaire crédible et ambitieux dans le nouveau monde de la finance décentralisée, aux côtés d'acteurs dont l'influence ne cesse de croître dans l'Amérique de Trump. 

Donald Trump at a fundraising event, illustrating the political context of the forum.
Donald Trump at a fundraising event, illustrating the political context of the forum. — Emilio Labrador / CC BY 2.0 / (source)

Le partenariat stratégique World Liberty Financial

Un protocole d'accord aux implications majeures

L'élément le plus concret et potentiellement transformateur issu de cette nouvelle alliance est le partenariat technique signé entre le Pakistan et World Liberty Financial. Concrètement, le Pakistan a signé un protocole d'accord (MOU) avec SC Financial Technologies, une filiale de l'organisme dirigé par la famille Trump. L'objectif de cet accord est d'une portée considérable : tester l'utilisation du stablecoin USD1, indexé sur le dollar américain, dans les paiements transfrontaliers.

Ce projet vise à intégrer directement ce stablecoin dans le système de paiement numérique réglementé du Pakistan, une première qui pourrait bouleverser les flux financiers entrants et sortants du pays. L'idée centrale est de permettre aux utilisateurs pakistanais d'effectuer des transactions internationales rapidement et à faible coût, tout en restant dans un cadre légal et supervisé par les autorités locales. Si ce pilote s'avère concluant, il pourrait servir de modèle pour d'autres pays en développement confrontés à des défis similaires.

Une opportunité de modernisation financière

Ce partenariat avec l'écosystème Trump représente un pari audacieux. World Liberty Financial s'est positionné comme un acteur incontournable de la finance américaine, cherchant à promouvoir une vision de la cryptomonnaie alignée sur les intérêts économiques des États-Unis. Pour le Pakistan, s'associer à cette entité offre une opportunité unique de moderniser son infrastructure financière tout en restant connecté au dollar, mais via un canal technologique moderne et décentralisé. 

Exterior view of the Mar-a-Lago estate in Palm Beach, Florida, the venue for the finance forum.
Exterior view of the Mar-a-Lago estate in Palm Beach, Florida, the venue for the finance forum. — J. Cook for US National Park Service / Public domain / (source)

L'utilisation de l'USD1 pourrait permettre de réduire drastiquement les coûts de transaction pour les envois de fonds de la diaspora, qui pèsent lourd dans l'économie nationale, tout en offrant une traçabilité accrue aux régulateurs locaux. Contrairement aux systèmes informels actuels, cette solution permettrait aux autorités de mieux suivre les flux financiers entrants, améliorant potentiellement la collecte fiscale et la lutte contre le blanchiment d'argent.

Les enjeux de souveraineté financière

Les implications de ce partenariat vont au-delà de la simple technologie financière. Il marque une tentative de légitimation mutuelle : le Pakistan offre un vaste terrain d'expérimentation pour les stablecoins américains, tandis que l'aura politique de l'administration Trump offre à Islamabad une forme de validation sur la scène internationale. C'est un exemple parfait de « soft power » appliqué à la blockchain.

Cependant, cette alliance soulève également des questions sur la souveraineté financière. En s'appuyant sur une technologie contrôlée par une entité privée liée à une famille politique américaine puissante, le Pakistan s'assure des gains à court terme, mais s'expose à de nouvelles dynamiques d'influence géopolitique complexes et inédites. La question de la dépendance technologique et de la protection des données des utilisateurs pakistanais devra être attentivement considérée dans la mise en œuvre de ce partenariat.

La régulation : un défi permanent et contradictoire

Les contradictions institutionnelles

Malgré l'enthousiasme visible autour de ces annonces et des nouvelles alliances, le paysage réglementaire du Pakistan demeure complexe, voire paradoxal. Si le gouvernement, à travers le PCC et le PVARA, pousse à l'adoption des technologies blockchain, la Banque d'État du Pakistan (SBP) maintient une ligne de fermeté prudente, voire hostile, en ce qui concerne la cryptomonnaie en tant que telle.

La banque centrale a réitéré à maintes reprises que la cryptomonnaie reste illégale en vertu des lois actuelles et que les lois bancaires existantes continuent d'interdire aux institutions de traiter avec ces actifs. Ce décalage entre l'ambition des nouvelles agences et la prudence de la banque centrale crée une zone de flou juridique que les investisseurs et les entreprises doivent naviguer avec précaution. Les acteurs du secteur se retrouvent ainsi dans une position inconfortable, encouragés par certaines parties du gouvernement mais potentiellement dans le viseur d'autres institutions.

Les luttes d'influence au sein de l'État

Cette tension est palpable au sein même des institutions. Un comité sénatorial a récemment recommandé de proposer des amendements au projet de loi sur les actifs virtuels afin de clarifier ce cadre juridique, tentant de concilier l'innovation avec la stabilité financière. De plus, en septembre 2025, un comité sénatorial permanent a même recommandé que le Pakistan Crypto Council soit transféré du ministère des Finances au ministère des Technologies de l'Information.

L'argument avancé était que les actifs numériques relèvent plus directement de la compétence du secteur informatique que de la finance traditionnelle. Ce type de rebondissement institutionnel illustre la difficulté pour un État de classer et de contrôler une technologie qui brouille les frontières entre l'argent, l'information et la technique. Cette incertitude administrative ne facilite pas la tâche des entreprises du secteur qui cherchent à se conformer aux exigences réglementaires.

CBDC contre cryptomonnaies : deux visions affrontées

Parallèlement, la SBP a annoncé ses propres préparatifs pour un projet de monnaie numérique de banque centrale (CBDC), une approche qui privilégie un contrôle étatique total sur la digitalisation de la monnaie, en opposition avec la philosophie décentralisée des cryptomonnaies publiques comme le Bitcoin. Il existe donc une véritable lutte d'influence pour définir l'avenir numérique de l'argent au Pakistan.

D'un côté, une approche libérale et ouverte vers les partenariats privés internationaux comme celui conclu à Mar-a-Lago, et de l'autre, une approche plus conservatrice visant à digitaliser la roupie sous le strict contrôle de la banque centrale. La manière dont ces deux visions coexisteront — ou entreront en conflit — déterminera si le Pakistan peut devenir le hub crypto qu'il ambitionne d'être ou s'il restera prisonnier de ses contradictions internes.

Conclusion

La participation du Pakistan au forum de Mar-a-Lago et son partenariat avec World Liberty Financial marquent indéniablement une étape décisive dans l'histoire économique récente du pays. Ce virage vers la « crypto-diplomatie » n'est pas un hasard, mais la réponse calculée d'une nation confrontée à une crise économique abyssale et à une jeunesse qui a déjà voté avec ses portefeuilles numériques pour l'adoption des cryptomonnaies. En cherchant à intégrer des solutions blockchain comme le stablecoin USD1, Islamabad espère stabiliser son système de paiements, attirer des investissements et peut-être, in fine, alléger le fardeau de sa dette extérieure par de nouveaux canaux financiers.

Cependant, cette stratégie audacieuse ne va pas sans risques et défis majeurs. Le pays doit encore résoudre ses contradictions internes entre une banque centrale réfractaire et des conseils réglementaires progressistes, le tout dans un contexte juridique qui reste à définir clairement. De plus, s'aligner avec la sphère Trump ajoute une couche de complexité géopolitique, transformant la monnaie en un levier d'influence potentiel. Si le Pakistan réussit à naviguer entre ces écueils, il pourrait bien servir de modèle à d'autres États en difficulté, démontrant que la crypto est devenue un instrument indispensable de la politique étrangère moderne. L'ère où les monnaies numériques se négociaient uniquement sur des forums en ligne est révolue ; elles sont désormais, et pour de bon, sur la table des négociations diplomatiques.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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