Carte infographique du Nigeria avec la capitale Abuja mise en évidence.
Actualités

Nigeria : le faux conseil présidentiel qui a pompé 1 million de dollars

Un escroc a créé un faux conseil présidentiel au Nigeria, obtenant bureaux, employés et une ligne budgétaire d’un million de dollars, avant d’être démasqué.

As-tu aimé cet article ?

Imaginez la scène : un homme seul, une lettre falsifiée, et soudain, une agence gouvernementale entière sort de nulle part. Avec des bureaux dans le plus grand complexe administratif d'Abuja, des employés payés par l'État, et même une ligne de 950 000 dollars inscrite dans le budget national 2026. C'est l'histoire du « Presidential Foreign Intervention Promotion Council » (PFIPC) — un conseil présidentiel qui n'a jamais existé, sinon dans l'esprit d'un escroc assez culotté pour défier l'administration nigériane tout entière. L'affaire, révélée en juillet 2026, secoue le Nigeria et pose une question qui hante les fonctionnaires du monde entier : comment un État peut-il se faire avoir aussi grossièrement ?

Carte infographique du Nigeria avec la capitale Abuja mise en évidence.
Carte infographique du Nigeria avec la capitale Abuja mise en évidence. — (source)

La fausse signature qui valait 1,3 milliard de nairas : le casse du Federal Secretariat à Abuja

Le 17 octobre 2025, Femi Gbajabiamila, chef de cabinet du président Bola Tinubu, reçoit un appel étrange. Le Nigerian Investment Promotion Council (NIPC), l'agence officielle chargée d'attirer les investisseurs étrangers, se plaint d'un concurrent inattendu : le PFIPC, qui organise des événements et contacte des diplomates en se présentant comme un conseil présidentiel. Problème : personne à la présidence n'a jamais entendu parler de cette structure. Gbajabiamila demande une enquête immédiate. Ce qu'il découvre dépasse l'entendement.

L'ancien président Muhammadu Buhari, portrait officiel en tenue traditionnelle.
L'ancien président Muhammadu Buhari, portrait officiel en tenue traditionnelle. — (source)

La fausse lettre de Femi Gbajabiamila qui valait 1,3 milliard de nairas

Tout commence par un document. Un seul. Une lettre de nomination officielle, estampillée du logo de la présidence, portant la signature du chef de cabinet lui-même. Le texte nomme Prince Adeniyi Adeyemi Matthew « secrétaire exécutif » du PFIPC, un conseil présidentiel censé promouvoir les investissements étrangers au Nigeria. La signature est grossière — l'analyse forensique le confirmera plus tard — mais personne ne la vérifie.

Dans l'administration nigériane, un document signé par le chef de cabinet équivaut à un sésame. Les portes s'ouvrent, les procédures s'enclenchent, les fonctionnaires obéissent. Adeyemi le sait. Il imprime sa lettre, la glisse dans une chemise cartonnée, et se présente au Federal Secretariat Phase III, le bâtiment qui abrite les ministères et agences fédérales. Il demande un bureau. On lui en donne un.

Un bureau au Federal Secretariat, des employés réels, un site .gov.ng

Le Federal Secretariat d'Abuja n'est pas un immeuble quelconque. C'est le cœur battant de l'administration nigériane, un labyrinthe de couloirs où circulent chaque jour des milliers de fonctionnaires. S'y installer, c'est devenir, aux yeux de tous, une entité légitime. Adeyemi obtient un espace au deuxième étage. Puis, il demande des employés. La fonction publique lui affecte des cadres de carrière, sans poser de questions. Le PFIPC se dote même d'un site web sur le domaine officiel du gouvernement — un .gov.ng qui renforce sa crédibilité.

L'arnaque cesse d'être une fiction. Elle devient une administration réelle, avec des bureaux, des ordinateurs, des employés qui pointent chaque matin. Certains de ces fonctionnaires, recrutés de bonne foi, croient travailler pour une agence présidentielle légitime. Ils préparent des rapports, organisent des réunions, répondent au téléphone. Pendant des mois, le PFIPC existe matériellement, dans les faits, sous les yeux de tous.

Vue d'Abuja, capitale du Nigeria, où le scandale du faux conseil présidentiel a éclaté.
Vue d'Abuja, capitale du Nigeria, où le scandale du faux conseil présidentiel a éclaté. — (source)

Des pages 50-51 du budget 2026 à la Banque centrale : le parcours sans faute du PFIPC

Le summum de l'audace, c'est l'inscription budgétaire. En décembre 2025, le Budget Office publie le projet de loi de finances 2026. Aux pages 50 et 51, une ligne apparaît : « Presidential Foreign Intervention Promotion Council — ₦1,302,978,784 ». Soit 1,3 milliard de nairas, environ 950 000 dollars. La répartition est précise : 802 millions pour les salaires du personnel, 200 millions pour les frais de fonctionnement, 300 millions pour des projets d'investissement. Le Parlement vote le budget. Le président le promulgue. Le PFIPC est officiellement une agence financée par l'État nigérian.

Mieux : Adeyemi ouvre deux comptes au nom du PFIPC à la Banque centrale du Nigeria (CBN). L'argent n'a pas encore transité — les comptes restent inactifs — mais la mécanique est en place. Il ne manque plus qu'un ordre de virement pour que 950 000 dollars atterrissent sur les comptes d'un homme qui n'a produit qu'un seul faux document. La question n'est pas de savoir comment c'est arrivé. La question, c'est pourquoi personne n'a rien vu.

Prince Adeniyi Adeyemi Matthew : comment un « prince » a bluffé tout Abuja

Portrait officiel d’Adeniyi Adeyemi, figure centrale de la fausse agence présidentielle.
Portrait officiel d’Adeniyi Adeyemi, figure centrale de la fausse agence présidentielle. — (source)

Qui est l'homme derrière le plus grand casse bureaucratique du Nigeria contemporain ? Prince Adeniyi Adeyemi Matthew — le « Prince » est un titre qu'il s'est lui-même attribué — n'est pas un génie du crime high-tech. C'est un « con artist » dans la plus pure tradition, dixit Bayo Onanuga, porte-parole de la présidence. Son arme principale : un culot monstre et une connaissance intime des rouages de l'administration.

Du faux site web à la conférence au Wells Carlton Hotel : l'audace d'un seul homme

En octobre 2025, le PFIPC organise un événement au Wells Carlton Hotel d'Abuja, l'un des établissements les plus prestigieux de la capitale. L'objet : un « Sommet mondial des investissements » censé attirer 5 000 milliards de dollars de capitaux étrangers au Nigeria. Des diplomates étrangers assistent à la conférence. Des officiels nigérians prennent la parole. Adeyemi se promène dans la salle, serre des mains, échange des cartes de visite. Pour les participants, le PFIPC est une agence sérieuse, soutenue par la présidence.

L'événement est un coup de maître. En apparaissant comme un interlocuteur légitime aux yeux de diplomates accrédités, Adeyemi verrouille sa crédibilité auprès de l'administration. Si des ambassadeurs le prennent au sérieux, comment un fonctionnaire pourrait-il douter ? Le Wells Carlton devient le théâtre d'une imposture grandeur nature, où personne n'ose poser les questions qui fâchent.

Poignée de main entre Adeniyi Adeyemi et un interlocuteur, devant l’emblème du Conseil économique présidentiel.
Poignée de main entre Adeniyi Adeyemi et un interlocuteur, devant l’emblème du Conseil économique présidentiel. — (source)

Le jour où il a demandé des visas diplomatiques au ministre des Affaires étrangères

Un mois avant son arrestation, Adeyemi franchit un cap supplémentaire. Il envoie une lettre officielle — encore une — au ministre des Affaires étrangères du Nigeria. Il demande des visas américains pour sept membres de sa « délégation », qui doivent se rendre aux États-Unis pour des négociations commerciales. La lettre est rédigée sur du papier à en-tête du PFIPC, avec le logo officiel et l'adresse du Federal Secretariat.

Antony J. Blinken et le président Bola Tinubu échangeant une poignée de main à Abuja en janvier 2024.
Antony J. Blinken et le président Bola Tinubu échangeant une poignée de main à Abuja en janvier 2024. — U.S. Department of State / Public domain / (source)

Cette démarche est stupéfiante. Adeyemi ne se cache pas. Il utilise les canaux officiels de l'État nigérian pour faire avancer ses pions. Il demande un service diplomatique réservé aux agences légitimes. Si le ministère avait donné suite, sept personnes auraient obtenu des visas diplomatiques américains sur la base d'un faux document. L'administration ne tombe pas dans le piège — le ministère transmet la demande à la présidence, qui déclenche l'alerte — mais l'audace de la manœuvre laisse pantois.

Huit chefs d'accusation : la traque du « Prince »

Quand le pot aux roses est découvert, Adeyemi disparaît. La police lance une traque nationale. Le 1er juillet 2026, le président Tinubu ordonne à la Commission indépendante des pratiques de corruption (ICPC) d'enquêter. Huit chefs d'accusation sont retenus contre le « Prince » : faux en écriture publique, usurpation de fonction, tentative d'escroquerie, corruption, et plusieurs infractions financières. Adeyemi finit par être arrêté, mais son arrestation ne met pas fin au scandale. Elle ouvre une boîte de Pandore.

Adeniyi Adeyemi s’exprimant lors d’une conférence de presse sur le scandale de la fausse agence.
Adeniyi Adeyemi s’exprimant lors d’une conférence de presse sur le scandale de la fausse agence. — (source)

Le trou dans la raquette : les douze officiels qui auraient dû dire non

L'affaire Adeyemi est fascinante, mais elle cache une vérité plus inquiétante. Un escroc seul ne peut pas créer une agence gouvernementale, ouvrir des comptes à la Banque centrale, et obtenir une ligne budgétaire d'un milliard de nairas sans complicité — ou, à défaut, sans une négligence en chaîne. L'enquête du journal Premium Times identifie douze institutions et hauts fonctionnaires qui ont reçu le dossier du PFIPC et l'ont transmis sans broncher.

Les failles béantes du système budgétaire nigérian

Le système nigérian de contrôle budgétaire repose sur une série de vérifications censées agir comme des filtres. Quand une nouvelle agence est créée, plusieurs étapes sont obligatoires : validation par le Bureau du Secrétaire du Gouvernement de la Fédération (SGF), certification des postes par le Budget Office, ouverture des comptes par la Banque centrale, affectation des employés par la fonction publique. Chaque étape est un verrou. En théorie.

En pratique, le PFIPC a traversé tous ces verrous sans jamais être arrêté. Le Bureau du SGF a validé la création de l'agence sans demander de décret présidentiel. Le Budget Office a inscrit la ligne budgétaire sans vérifier l'existence légale de l'entité. La fonction publique a affecté des cadres sans mandat écrit. La Banque centrale a ouvert des comptes sans confirmation de la présidence. Chaque maillon a traité le dossier comme un formulaire de routine.

Le chef de cabinet, le secrétaire du gouvernement, le Budget Office : les douze maillons faibles

Premium Times dresse une liste accablante. Femi Gbajabiamila, le chef de cabinet, est cité comme témoin — sa signature a été forgée, mais l'enquête cherche à savoir comment le papier a circulé sans qu'il soit alerté. Le Bureau du SGF est directement mis en cause pour avoir validé une création administrative sans base légale. Le Budget Office est pointé du doigt pour avoir alloué des fonds sans vérifier l'existence de l'agence. La fonction publique est épinglée pour avoir affecté des employés sans mandat.

S'ajoutent à cette liste le ministère des Finances, la Banque centrale, le Bureau du comptable général, et plusieurs directions administratives. Chacun a reçu le dossier, l'a examiné, et l'a transmis au service suivant. Aucun n'a posé la question élémentaire : « Cette agence existe-t-elle légalement ? »

« Personne n'a vérifié » : la culture du « il a le papier, il a raison »

Les observateurs pointent une explication sociologique. Dans l'administration nigériane, fortement hiérarchisée et respectueuse des procédures écrites, un document portant un logo officiel et une signature présumée autorise tout. Le tampon prime sur le fond. Adeyemi a exploité cette déférence bureaucratique avec une précision d'orfèvre. Il n'a pas eu besoin de corrompre qui que ce soit — il lui a suffi de produire le bon papier, au bon moment, au bon guichet.

Cette culture du « il a le papier, il a raison » n'est pas propre au Nigeria. Elle existe dans toutes les administrations du monde, mais elle est particulièrement dangereuse dans un État où les contrôles internes sont faibles et où la corruption peut acheter le silence. Le PFIPC n'est pas un accident. C'est le produit logique d'un système où la procédure est reine, mais où personne n'ose dire non.

Où est passé l'argent ? Le mystère des 950 000 dollars du PFIPC

La question que tout le monde se pose : l'argent a-t-il vraiment été versé ? La réponse officielle est non. Mais les ONG de transparence nigérianes ne sont pas convaincues. Le débat est technique, mais ses implications sont massives.

Le vice-président Kashim Shettima dans son bureau, devant le drapeau nigérian.
Le vice-président Kashim Shettima dans son bureau, devant le drapeau nigérian. — Opeyemi Adelani / CC BY-SA 4.0 / (source)

La version officielle : aucun kobo versé, des comptes inactifs

Le comptable général du Nigeria et la police sont formels : les comptes ouverts à la Banque centrale au nom du PFIPC n'ont jamais été activés. Aucun virement n'a été effectué. Aucun salaire n'a été payé. Aucune dépense n'a été engagée. L'État affirme n'avoir perdu que du temps et de la crédibilité — pas d'argent frais. Le budget 2026 n'ayant commencé qu'en janvier, les fonds n'étaient pas encore débloqués au moment de la découverte de la fraude.

Cette version arrange tout le monde. Elle permet au gouvernement de minimiser le scandale : « Regardez, nous avons été victimes d'une tentative d'escroquerie, mais nous avons réagi à temps. L'argent des contribuables est en sécurité. »

La version de BudgIT et de la société civile : l'argent existe, il a été budgété

Les ONG ne l'entendent pas de cette oreille. Oluseun Onigbinde, co-fondateur de BudgIT, l'organisation de transparence budgétaire la plus respectée du Nigeria, souligne un point crucial : une ligne budgétaire votée et allouée représente une dette de l'État envers une entité. L'argent était prévu pour le PFIPC. Il aurait pu être utilisé ailleurs — pour des écoles, des hôpitaux, des routes. Le fait qu'il n'ait pas transité ne change rien au problème de fond : le budget 2026 contient une agence fantôme, et cette agence a été traitée comme une administration légitime pendant des mois.

L'ICIR (International Centre for Investigative Reporting) renchérit : le scandale n'est pas seulement l'absence de versement, c'est l'inscription elle-même. Comment une entité qui n'existe pas a-t-elle pu passer les filtres du Budget Office, du Parlement et de la signature présidentielle ? Le « trou » est réel dans le budget, même si les fonds n'ont pas bougé. Et si un faux conseil présidentiel a pu se glisser dans les pages 50-51 du budget, combien d'autres anomalies similaires existent dans les 1 000 pages du document ?

Le grand écart politique : la Chambre enquête, le Sénat dit « circulez »

Le scandale du PFIPC n'est pas qu'une affaire administrative. C'est aussi une crise politique qui révèle les fractures profondes du système nigérian. La réponse des deux chambres du Parlement illustre parfaitement ce clivage.

La Chambre des représentants sonne l'alerte : une enquête pour rassurer

Le 8 juillet 2026, la Chambre des représentants annonce l'ouverture d'une enquête parlementaire. Les députés veulent faire la lumière sur trois points : l'existence légale du PFIPC, le circuit de validation budgétaire qui a permis son inscription, et les responsabilités des fonctionnaires qui ont supervisé le dossier. La commission d'enquête est dotée de pouvoirs étendus. Elle peut convoquer des ministres, des directeurs d'agence, et exiger la communication de tous les documents.

Pour la Chambre, l'enjeu est clair : montrer que le Parlement prend l'affaire au sérieux, restaurer la confiance des citoyens dans les institutions, et éviter que ce genre de scandale ne se reproduise. Les députés savent que l'opinion publique est choquée. Une enquête transparente est le meilleur moyen de calmer les esprits.

Le Sénat refuse une motion d'enquête : « ne pas gêner le pouvoir »

Même jour, même heure, mais réaction radicalement différente au Sénat. Une motion est déposée pour lancer une enquête similaire. Les sénateurs débattent. Et rejettent la motion. Leur argument : la présidence a déjà pris l'affaire en main, le Sénat n'a pas à interférer. « Ne gênons pas le pouvoir exécutif dans son travail », résume un sénateur.

Les analystes politiques y voient plusieurs explications. La première : une volonté d'enterrer l'affaire pour éviter qu'elle ne remonte jusqu'à des responsabilités politiques plus hautes. La deuxième : une crainte de faire des vagues à un an des élections de 2027, dans un climat politique déjà tendu. La troisième : une simple opposition partisane entre une Chambre dominée par l'opposition et un Sénat acquis au parti présidentiel. Quoi qu'il en soit, le message est clair : le Sénat ne veut pas de cette enquête.

Soixante-dix ONG exigent une « enquête transparente et indépendante »

La société civile nigériane ne se laisse pas impressionner par le blocage sénatorial. Le Nigeria Civil Society Situation Room, qui regroupe plus de 70 organisations, publie une déclaration cinglante. Leur question clé : « Comment le président a-t-il pu promulguer un budget incluant une agence qui n'existe pas ? » Leur demande : un registre public numérique de toutes les agences fédérales reconnues, consultable en ligne, pour qu'un tel faux ne puisse plus se reproduire.

Les ONG mettent en garde contre une « condamnation prématurée dans le tribunal de l'opinion publique » — Adeyemi a droit à un procès équitable — mais exigent que l'enquête aille au-delà du simple escroc pour examiner les responsabilités systémiques. Leur message porte : le PFIPC n'est pas un accident isolé, c'est le symptôme d'une architecture de gouvernance fragile.

Et si c'était la France ? Leçons d'un scandale qui résonne jusqu'à Paris

Le jeune lecteur français pourrait sourire en lisant cette histoire. « Heureusement que chez nous, un tel truc ne pourrait pas arriver. » Vraiment ? L'histoire des escroqueries administratives montre que la naïveté bureaucratique n'a pas de frontières.

Le faux Jean-Yves Le Drian : 80 millions d'euros d'escroquerie au masque en silicone

Entre 2015 et 2017, des fraudeurs français ont monté une arnaque d'une sophistication rare. Ils ont imité le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian en utilisant un masque en silicone hyperréaliste lors de visioconférences Skype. Le faux ministre contactait des personnalités fortunées — dont l'Aga Khan, propriétaire du Château Margaux — et leur demandait de l'aide pour payer des rançons pour des journalistes retenus en otage au Moyen-Orient. Résultat : 80 millions d'euros escroqués.

La méthode était high-tech : intelligence artificielle pour la voix, masque en silicone pour le visage, numéros de téléphone usurpés. Au Nigeria, la méthode est low-tech : un papier, un tampon, une signature forgée. Mais le principe est le même : exploiter la confiance dans l'autorité. Les escrocs français ont imité un ministre. L'escroc nigérian a imité un conseil présidentiel. La cible est identique : la déférence des gens face à un symbole d'autorité.

Pourquoi ce genre de fraude massive est plus rare dans les démocraties riches… mais pas impossible

En France, un tel scénario serait plus difficile à réaliser. Le circuit budgétaire est verrouillé par plusieurs couches de contrôle : le logiciel Chorus pour la gestion financière, la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances) pour la transparence budgétaire, la certification de la Cour des comptes, et le contrôle de la performance par les ministères. Créer une agence fantôme et lui allouer un budget sans passer par un décret ou une loi serait quasiment impossible.

Mais cette sécurité a un coût. La bureaucratie française est lourde, coûteuse, parfois paralysante. Les pays émergents comme le Nigeria peinent à supporter ce niveau de contrôle. Le trade-off est cruel : plus de contrôle signifie moins de flexibilité et des coûts administratifs plus élevés. Moins de contrôle signifie plus de risques de fraude. Le PFIPC est le résultat de ce déséquilibre.

D'ailleurs, la France n'est pas à l'abri. Les affaires de détournement dans les collectivités locales, les « fausses factures » d'État, ou encore les escroqueries aux subventions européennes montrent que le risque existe partout. La différence, c'est la probabilité et l'ampleur. Au Nigeria, un seul homme a presque empoché un million de dollars. En France, il aurait fallu une équipe, des complicités internes, et des mois de travail pour arriver au même résultat.

Un million de dollars gaspillés : combien de bourses étudiantes pour le même prix ?

Traduisons ces 950 000 dollars en équivalents concrets. Pour un étudiant nigérian, c'est le budget annuel de trois écoles primaires dans l'État de Kaduna. C'est l'équivalent de 1 500 bourses d'un mois pour des étudiants de l'université d'Abuja. C'est le financement complet d'un petit programme d'insertion climatique dans le delta du Niger.

Pour un jeune Français, c'est le coût de 1 500 bourses Crous d'un mois, ou le salaire annuel de 15 enseignants débutants. L'argent était prévu dans le budget. Il aurait pu servir à quelque chose de réel. Au lieu de cela, il est resté bloqué dans une ligne budgétaire fantôme, pendant que des milliers de Nigérians attendent des services publics qui ne viennent pas. L'arnaque n'est pas « virtuelle ». Elle a un coût d'opportunité bien réel.

Conclusion : l'arnaque qui révèle un État sans garde-fous

L'affaire du PFIPC n'est pas une simple anecdote d'escroc génial. C'est un signal d'alarme sur la fragilité des finances publiques dans un État où la procédure est reine mais où le contrôle est absent. Un seul document papier a suffi pour ouvrir les portes du Trésor nigérian. Un seul faux a créé une agence, des emplois, une ligne budgétaire. L'argent public est une proie trop facile quand personne ne vérifie, ne doute, ne dit non.

La question n'est pas « comment un tel trou est-il possible ? » La question est : « combien d'autres existent encore dans l'ombre du budget nigérian ? » Le PFIPC a été découvert par hasard, grâce à une plainte du NIPC. Mais combien d'agences fantômes dorment dans les pages du budget, attendant que quelqu'un les active ? Combien d'escrocs ont déjà ouvert des comptes à la Banque centrale sans être inquiétés ?

Pour le jeune lecteur français, le message est clair : la bureaucratie protège, mais elle ne fonctionne que si chaque maillon de la chaîne accepte de vérifier, de douter et de dire non. Le PFIPC est une leçon universelle sur le prix de la confiance aveugle dans les procédures administratives. Et une invitation à regarder d'un œil plus critique les documents officiels, les tampons, les signatures. Parfois, le plus grand escroc est celui qui ressemble le plus à un fonctionnaire.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le faux conseil présidentiel PFIPC ?

Le PFIPC (Presidential Foreign Intervention Promotion Council) était un faux conseil présidentiel créé par un escroc nommé Prince Adeniyi Adeyemi Matthew. Il a réussi à obtenir des bureaux au Federal Secretariat d'Abuja, des employés payés par l'État, et une ligne budgétaire de 950 000 dollars dans le budget 2026 du Nigeria.

Comment l'escroc a-t-il créé une fausse agence ?

L'escroc a utilisé une seule lettre de nomination falsifiée avec la signature forgée du chef de cabinet du président. Il a présenté ce document au Federal Secretariat, où on lui a attribué un bureau, des employés, et même un site web en .gov.ng, sans que personne ne vérifie la légitimité de l'agence.

L'argent du PFIPC a-t-il été volé ?

Officiellement, aucun argent n'a été versé : les comptes ouverts à la Banque centrale sont restés inactifs. Cependant, des ONG comme BudgIT soulignent que 950 000 dollars ont été budgétés et votés pour cette agence fantôme, ce qui représente un détournement potentiel de fonds publics.

Pourquoi le Sénat nigérian refuse-t-il d'enquêter ?

Le Sénat a rejeté une motion d'enquête sur le scandale, arguant qu'il ne fallait pas gêner le pouvoir exécutif. Les analystes y voient une volonté d'enterrer l'affaire pour éviter qu'elle ne remonte jusqu'à des responsabilités politiques plus hautes, à un an des élections de 2027.

Quelles leçons pour la France après ce scandale ?

Le scandale montre que la bureaucratie protège uniquement si chaque maillon vérifie et dit non. En France, un tel scénario serait plus difficile grâce à des contrôles comme le logiciel Chorus et la Cour des comptes, mais des escroqueries similaires (comme le faux Jean-Yves Le Drian) prouvent que le risque existe partout.

Sources

  1. bbc.com · bbc.com
  2. aol.com · aol.com
  3. bbc.com · bbc.com
  4. bbc.com · bbc.com
  5. premiumtimesng.com · premiumtimesng.com
buzz-tracker
Chloé Jabot @buzz-tracker

Je vis sur TikTok comme d'autres vivent sur Terre. À 22 ans, j'ai déjà prédit trois tendances virales avant qu'elles n'explosent – dont un challenge dance que j'ai vu naître dans un live à 3h du matin. Étudiante en communication digitale à Paris, je stage dans une agence qui surveille les réseaux sociaux pour des grandes marques. Mon feed For You est tellement bien calibré que mes amis m'envoient des screenshots pour savoir si c'est « encore tendance » ou « déjà cringe ».

207 articles 0 abonnés

Commentaires (4)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...