La Cour constitutionnelle de Belgique, institution judiciaire chargée du contrôle de constitutionnalité des lois, possiblement représentée par son bâtiment ou son emblème.
Actualités

Netflix perd son procès en Belgique : la petite région qui impose sa loi au géant du streaming

Validée par la Cour belge via l'UE, la contribution de 9,5 % sur Netflix ravit les créateurs, inquiète les abonnés, inspire la France (20-25 %) et se jouera à Luxembourg.

As-tu aimé cet article ?

Ce que la Cour constitutionnelle belge a tranché le 26 mars 2026

La Cour constitutionnelle belge a rendu un arrêt le 26 mars 2026. Elle rejette l’essentiel du recours de Netflix contre le décret de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Ce décret devait faire passer de 2,2 % à 9,5 % la part du chiffre d’affaires local que les plateformes de streaming consacrent au financement de contenus francophones belges.

La Cour constitutionnelle de Belgique, institution judiciaire chargée du contrôle de constitutionnalité des lois, possiblement représentée par son bâtiment ou son emblème.
La Cour constitutionnelle de Belgique, institution judiciaire chargée du contrôle de constitutionnalité des lois, possiblement représentée par son bâtiment ou son emblème. — (source)

La Cour a validé le système de taux progressifs calculés sur le chiffre d’affaires comme « raisonnablement justifié ». Elle a jugé le taux maximal de 9,5 % « proportionné ». Elle a écarté l’argument de Netflix selon lequel cette contribution serait une aide d’État illégale au sens du droit de l’UE.

Netflix n’est pas à son premier démêlé avec les tribunaux. Il a été condamné à 250 000 € pour publicité illégale du tabac (Netflix condamné à 250 000 € pour publicité illégale du tabac). La procédure belge, elle, n’est pas totalement close : la Cour a renvoyé des questions préjudicielles à la Cour de justice de l’UE sur certaines dispositions, notamment la prise en compte des paiements de droits pour des œuvres déjà produites.

Pourquoi une région belge peut imposer ses règles à un géant californien

Netflix est établi aux Pays-Bas et vend dans toute l’Europe. La FWB peut lui imposer une contribution grâce au cadre européen. La directive SMA (AVMSD 2018) impose aux services à la demande un quota d’œuvres européennes d’au moins 30 % dans leurs catalogues. Son considérant 36 autorise un État membre à imposer des obligations financières à des plateformes établies dans un autre État membre lorsqu’elles ciblent son territoire, calculées sur les recettes générées par l’audience locale.

Logo de Netflix, composé d'un 'N' stylisé de couleur rouge sur un fond circulaire noir, provenant de la banque de logos PNG transparents.
Logo de Netflix, composé d'un 'N' stylisé de couleur rouge sur un fond circulaire noir, provenant de la banque de logos PNG transparents. — (source)

La Cour belge s’est appuyée sur cette base pour valider les taux progressifs. Sans ce cadre, la décision paraîtrait incompréhensible. Le conflit devient un test pour le marché unique numérique.

La France, déjà en pointe avec un taux à 20-25 %

La France applique déjà un dispositif plus exigeant. Le décret SMAD, en vigueur depuis juillet 2021, oblige Netflix, Prime Video et Disney+ à consacrer au moins 20 % de leur chiffre d’affaires réalisé en France au financement d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles européennes. Ce taux monte à 25 % pour les services proposant des films de moins de douze mois.

La directive européenne citée plus haut rend cette règle possible. Pour un public français, la Belgique n’est pas un cas isolé : elle fixe le curseur à 9,5 %, la France va plus loin. Alors que France Télévisions prépare une rentrée sous coupes budgétaires (« On est obligé de faire mieux avec moins » : la grille de rentrée de France Télévisions sous le signe des coupes budgétaires), le financement privé des plateformes soutient la création nationale.

Qui va financer la victoire ? Créateurs ou abonnés

Le secteur de la création salue la décision. La SACD, Pro Spere, l’UPFF+, la SAA, l’ARPI et l’European Producers Club ont qualifié l’arrêt de « largement positif ». Ils valident la logique de contribution progressive basée sur la capacité contributive des plateformes et la légitimité de soutenir les œuvres d’initiative belge francophones.

Pour les abonnés, la facture reste une inconnue. En Belgique, Netflix est proposé en 2026 à 10,99 € par mois (Essentiel), 16,99 € (Standard) et 21,99 € (Premium). Les tarifs ont augmenté de 1 à 2 € en novembre 2025. Une formule moins chère avec publicité doit être lancée en 2027.

Ces hausses de novembre 2025 ne sont pas présentées comme liées au décret de la FWB. Elles montrent que le prix de l’abonnement est une variable réactive. En théorie, une nouvelle charge sur Netflix peut être répercutée sur les abonnés. Les pouvoirs publics commencent aussi à encadrer les pratiques tarifaires ailleurs, comme le rappelle l’article sur les abonnements piégés (Abonnements piégés : New York dit stop, la France peut-elle suivre ?).

Le prochain round se jouera à Luxembourg

L’affaire n’est pas définitivement close pour Netflix. La Cour constitutionnelle belge a renvoyé des questions préjudicielles à la Cour de justice de l’UE le 26 mars 2026. Les juges de Luxembourg devront trancher sur la prise en compte des paiements de droits pour des œuvres déjà produites. La victoire belge ouvre une phase européenne plutôt qu’elle ne referme une dispute locale.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Netflix a-t-il perdu son procès en Belgique ?

Oui, la Cour constitutionnelle belge a rejeté le 26 mars 2026 l'essentiel du recours de Netflix contre le décret de la FWB. Elle a validé le taux maximal de 9,5 % de contribution sur le chiffre d'affaires local, le jugeant proportionné.

Quel cadre européen impose une contribution à Netflix ?

La directive SMA (AVMSD 2018) autorise un État membre à imposer des obligations financières aux plateformes établies ailleurs si elles ciblent son territoire. La Cour belge s'est appuyée sur ce cadre pour valider les taux progressifs.

La France impose-t-elle plus que la Belgique à Netflix ?

Oui, la France applique depuis juillet 2021 un décret SMAD obligeant les plateformes à consacrer 20 % de leur chiffre d'affaires français au financement d'œuvres européennes, jusqu'à 25 % pour les films récents. La Belgique fixe de son côté le taux à 9,5 %.

Les abonnés paieront-ils la contribution Netflix ?

Ce n'est pas certain : la facture pour les abonnés reste une inconnue. Les hausses de prix de novembre 2025 ne sont pas présentées comme liées au décret de la FWB, mais une charge nouvelle pourrait théoriquement être répercutée sur les abonnés.

Que reste-t-il à juger pour Netflix en Europe ?

La Cour constitutionnelle a renvoyé des questions préjudicielles à la Cour de justice de l'UE le 26 mars 2026. Les juges de Luxembourg devront trancher sur la prise en compte des paiements de droits pour des œuvres déjà produites.

Sources

  1. eur-lex.europa.eu · eur-lex.europa.eu
  2. lavenir.net · lavenir.net
  3. lemonde.fr · lemonde.fr
  4. news.bloombergtax.com · news.bloombergtax.com
  5. next.ink · next.ink
society-lens
Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

335 articles 0 abonnés

Commentaires (0)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires