Des élus et ministres, casqués et vêtus de gilets de sécurité, participent à une pelletée de sable lors d'une cérémonie de lancement, avec une pelleteuse en arrière-plan.
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Neomat à Dunkerque : la promesse d'Orano et XTC devient chantier, trois ans après Choose France

Orano et XTC New Energy ont posé la première pierre de l'usine Neomat à Dunkerque le 29 mai 2026, trois ans après l'annonce faite au sommet Choose France 2023. La coentreprise, détenue à 51 % par le chinois XTC et à 49 % par Orano, investit 500 millions d'euros dans une usine de matériaux actifs de cathode. La production est prévue à partir de 2028.

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Le 29 mai 2026, Orano et XTC New Energy ont posé la première pierre de leur usine Neomat, à Dunkerque. L'annonce remontait au sommet Choose France 2023. Trois ans pour passer de la tribune au chantier, et une production prévue à partir de 2028 : le dossier illustre à la fois ce que la réindustrialisation a de plus concret et ce qu'elle a de plus lent.

Des élus et ministres, casqués et vêtus de gilets de sécurité, participent à une pelletée de sable lors d'une cérémonie de lancement, avec une pelleteuse en arrière-plan.
Des élus et ministres, casqués et vêtus de gilets de sécurité, participent à une pelletée de sable lors d'une cérémonie de lancement, avec une pelleteuse en arrière-plan. - (source)

Une première pierre trois ans après l'annonce

La coentreprise Neomat est détenue à 51 % par le chinois XTC New Energy et à 49 % par le français Orano. Les deux partenaires investissent un demi-milliard d'euros dans un site destiné à produire des matériaux actifs de cathode (CAM), le composant électrochimiquement actif de l'électrode positive d'une batterie. Le Figaro rapporte que l'usine doit entrer en production dès 2028, avec une capacité suffisante pour équiper les batteries de 500 000 véhicules électriques en France et en Europe.

Le chantier, lui, est déjà dimensionné. Un groupement mené par Eiffage doit réaliser près de 60 000 m² de bâtiments, dont un atelier de production de 45 000 m², un entrepôt et une station de traitement des eaux industrielles, selon La Clé Publique. Jusqu'à 400 personnes seront mobilisées sur ces travaux, qui doivent se poursuivre jusqu'en 2028.

Dunkerque, ville portuaire du nord de la France, où Orano et XTC implantent leur usine de matériaux de batteries Neomat.

Sur les emplois, les chiffres circulent avec des périmètres différents. Le Figaro évoque 600 emplois créés. La Clé Publique distingue, pour sa part, près de 400 emplois directs et 200 indirects en phase d'exploitation - soit un total de 600 - auxquels s'ajoutent les 400 personnes du chantier, qui ne relèvent pas des effectifs permanents. Le projet d'ensemble avait été présenté lors de l'annonce comme comptant trois usines, pour environ 1,5 milliard d'euros ; les 500 millions annoncés correspondent à la première de ces usines. Ces écarts ne sont pas des contradictions : ils renvoient à des périmètres distincts, celui du projet global et celui de la première phase.

Pourquoi un projet industriel prend autant de temps

Trois ans entre l'annonce et la première pierre, cinq ans entre la promesse et les premiers matériaux : le délai peut surprendre, mais il tient en partie à la mécanique propre à ce type d'investissement. La décision finale d'investissement de Neomat n'a été prise qu'en mars 2026, selon La Clé Publique - soit près de trois ans après l'annonce de Choose France. Entre-temps, il faut boucler le montage industriel, sécuriser le foncier, obtenir les autorisations, concevoir les procédés et attribuer les marchés de génie civil. Le marché de construction n'a été confié au groupement mené par Eiffage qu'après cette décision.

Autrement dit, l'annonce d'un sommet n'est pas un démarrage de chantier. Elle engage une intention, parfois un partenariat, rarement un calendrier ferme. C'est une distinction que le récit politique efface volontiers, et que les faits rappellent à chaque pose de première pierre.

Le bilan contrasté des sommets Choose France

Pour mesurer la portée des annonces de Choose France, il faut regarder l'ensemble. Entre 2018 et 2025, 231 annonces d'investissements étrangers ont été faites lors des sommets, selon Business France, l'entreprise publique qui pilote l'événement. L'Usine Nouvelle a enquêté sur leur devenir : sur les 49 projets portant sur l'implantation de nouveaux sites de production, de centres de données ou de centres de recherche, 18 se sont concrétisés par l'ouverture de nouvelles usines.

Business France ne confirme pas ce décompte, mais affirme de son côté que "120 projets sont déjà opérationnels", que "12 sont abandonnés" et que le reste est en cours de réalisation, sans préciser ce que recouvrent ces chiffres. L'agence dit ne pas pouvoir entrer davantage dans le détail "par respect de la confidentialité due à chaque entreprise". Les deux comptages ne mesurent pas la même chose : le premier porte sur l'ouverture effective de nouveaux sites, le second sur l'ensemble des projets jugés opérationnels, toutes natures confondues.

Deux dossiers emblématiques illustrent ces déboires. La société britannique Fluidstack s'était engagée lors de Choose France 2025 à investir 10 milliards d'euros dans un supercalculateur d'intelligence artificielle - près d'un quart des annonces de cette édition. Moins d'un an plus tard, elle s'est retirée et a déplacé son projet aux États-Unis, selon Bloomberg. Autre cas, le projet de STMicroelectronics et GlobalFoundries annoncé en 2022 en Isère : 5,7 milliards d'euros et 1 000 emplois promis, 2,9 milliards d'aides publiques accordées en 2023, et un chantier aujourd'hui au point mort. La Cour des comptes a épinglé le dossier en avril 2026, relevant que "aucun paiement n'a été réalisé pour GlobalFoundries, qui n'a pas commencé sa part du projet".

Le nombre d'emplois par projet, lui, reste modeste. Chaque projet industriel étranger crée en moyenne 34 emplois en France, selon le baromètre EY sur lequel le gouvernement s'appuie, contre 63 en Allemagne, 49 au Royaume-Uni et 406 en Hongrie. Cet écart tient notamment au fait que ces projets sont souvent des extensions de sites existants : en 2025, seuls 13 % des projets industriels étrangers réalisés en France étaient de nouvelles implantations, contre 29 % au Royaume-Uni et 32 % en Allemagne.

Une dépendance chinoise qui ne disparaît pas

Il y a une ironie à voir un projet de souveraineté industrielle porté majoritairement par un groupe chinois. Elle est réelle, mais elle n'est pas propre à Neomat : elle décrit l'état de la chaîne de valeur. En 2025, la Chine assurait environ 85 % de la production mondiale de matériaux actifs de cathode, selon l'Agence internationale de l'énergie. Hors de Chine, seuls le Japon et la Corée disposaient encore de capacités importantes. Fabriquer des cellules en Europe ne supprime donc pas la dépendance si les composants intermédiaires continuent de venir d'Asie.

Vue d'artiste du complexe industriel de l'usine de matériaux de batteries d'Orano et XTC New Energy à Dunkerque : bâtiments blancs aux toits bleus, routes, parkings et espaces verts près de l'eau.
Vue d'artiste du complexe industriel de l'usine de matériaux de batteries d'Orano et XTC New Energy à Dunkerque : bâtiments blancs aux toits bleus, routes, parkings et espaces verts près de l'eau. - (source)

Le choix technologique de Neomat porte par ailleurs son propre pari. Le site produira des matériaux NMC, à base de nickel, manganèse et cobalt, avec une teneur en nickel supérieure à 70 %. Or, en 2025, les batteries LFP, qui n'utilisent ni nickel ni cobalt, ont représenté plus de 55 % des batteries installées dans les véhicules électriques à l'échelle mondiale. Hors de Chine, en revanche, près de 80 % des batteries déployées utilisaient encore des chimies contenant du nickel. Le chantier s'inscrit donc dans une filière éprouvée, mais concurrencée par l'essor rapide du LFP.

Ce que Neomat dit vraiment

Neomat n'est ni un échec ni une victoire éclatante : c'est un cas normal, et c'est précisément ce qui le rend instructif. Le projet existe, il se construit, sa production est prévue à partir de 2028 - mais trois ans après l'annonce, cinq ans après la promesse, et avec une dépendance technologique et capitalistique qui n'a pas disparu. Il montre aussi qu'une "promesse tenue" se mesure sur une décennie, pas sur un mandat.

Le reste du bilan Choose France invite à la prudence sur les annonces spectaculaires. Les 93 milliards d'euros et les 15 600 emplois promis lors de l'édition 2026, dominés par les centres de données de SoftBank, ne se traduiront pas mécaniquement en emplois industriels durables : une fois construits, ces centres "nécessitent assez peu d'effectifs", souligne l'économiste Bruno Coquet, chercheur associé à l'OFCE. Les investissements directs étrangers en France, eux, s'élevaient à 25,2 milliards d'euros en 2024, en dessous de leur niveau de 2018, année du premier sommet.

Neomat a au moins ce mérite : il fait partie des dossiers qu'on peut aller voir. À Gravelines et Loon-Plage, il y a un chantier, des grues et un calendrier.

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Questions fréquentes

Qui détient la coentreprise Neomat ?

XTC New Energy à 51 % et Orano à 49 %.

Quand l'usine Neomat doit-elle produire ?

La production est prévue à partir de 2028.

Combien d'emplois crée Neomat à Dunkerque ?

Près de 400 emplois directs et 200 indirects en phase d'exploitation, selon La Clé Publique.

Quelle part mondiale de CAM la Chine assure-t-elle ?

Environ 85 % de la production mondiale de matériaux actifs de cathode en 2025, selon l'Agence internationale de l'énergie.

Quels matériaux Neomat produira-t-elle ?

Des matériaux actifs de cathode (CAM) de type NMC, à base de nickel, manganèse et cobalt.

Sources

  1. Réindustrialisation : 9 pistes pour relancer l'industrie française · atlantico.fr
  2. La réindustrialisation verte, un "outil puissant d'aménagement du territoire", d'après la Fondation Jean-Jaurès · banquedesterritoires.fr
  3. A la veille du neuvième sommet Choose France, le bilan de la réindustrialisation reste en question (l'industrie pèse 10% du PIB) · bfmtv.com
  4. Choose France: des annonces d'investissement record attendues · bfmtv.com
  5. Derrière le faste de Choose France, une réindustrialisation de la France en trompe-l'oeil · boursedirect.fr
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Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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