Figure montante de la scène politique française, Naïma Moutchou s'impose progressivement comme l'une des figures centrales de la nouvelle garde gouvernementale. De son élection surprise en 2017 à sa nomination stratégique place Beauvau en 2024, son parcours incarne une certaine idée de la méritocratie républicaine. À la fois juriste rigoureuse et femme de terrain, elle est aujourd'hui au cœur de nombreux dossiers sensibles, de la sécurité aux enjeux institutionnels des territoires lointains. Retour sur le parcours d'une femme qui a su faire de la compétence son principal atout politique.
Parcours de Naïma Moutchou : députée et juriste

Son arrivée au Palais Bourbon coïncide avec une vague de renouvellement de la classe politique. Cependant, contrairement à certains « marcheurs », Naïma Moutchou opte pour la priorité du fond sur la forme. Elle est désignée à la Commission des Lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République. Juriste de métier, elle perçoit ce rôle comme le plus stratégique, celui où s'édifie la charpente de la législation française. C'est dans cet hémicycle qu'elle bâtira sa réputation de « constructrice ».
Quel rôle à la Commission des Lois ?
Très rapidement, elle s'illustre par sa capacité à travailler sur des sujets transversaux et souvent complexes. Elle devient notamment rapporteure de plusieurs textes importants, une fonction qui consiste à piloter l'examen d'un projet de loi pour le compte de la commission. Ce rôle exige une rigueur sans faille : il faut écouter tous les acteurs, rédiger des amendements et défendre le texte devant les autres députés. Sa plume est sollicitée pour réformer la justice des mineurs ou pour moderniser les règles de la prescription en matière pénale.
Mais c'est surtout son travail bipartisan qui est salué. Dans une Assemblée souvent marquée par la « guerre des clans » et l'opposition frontale entre la majorité et l'opposition, Naïma Moutchou tente de construire des ponts. Elle comprend que pour faire passer des lois durables, il faut savoir convaincre les députés de droite comme ceux de gauche. Cette aptitude au dialogue, forgée par des années de barreau où la négociation est reine, devient sa marque de fabrique.
Au-delà de son rôle de rapporteure, elle gravit rapidement les échelons au sein de l'institution. Sa connaissance intérieure des textes et sa capacité à synthétiser les débats lui permettent de devenir coordinatrice du groupe majoritaire au sein de la commission des Lois, puis première vice-présidente de ce même groupe en 2019. En 2020, elle accède à la vice-présidence de la commission elle-même, une preuve de la confiance que lui accordent ses pairs, toutes tendances confondues.
Comment défend-elle le droit du sol ?
Au-delà de son travail législatif technique, Naïma Moutchou s'érige en gardienne d'une certaine conception de la République. Lors des débats houleux sur la réforme de l'immigration ou sur la sécurité, elle prend souvent la parole pour défendre une vision équilibrée. Figure prônant une « droiture intelligente », elle s'oppose fermement aux dérives qu'elle juge contraires aux valeurs de la France, notamment en ce qui concerne le « droit du sol ».
Pour elle, ce principe juridique, qui permet à tout enfant né sur le sol français de devenir français à sa majorité, n'est pas un simple texte administratif, mais le ciment de l'intégration à la française. Elle le vit personnellement : née de parents immigrés marocains arrivés en France sans rien, elle incarne la réussite de ce modèle républicain. Lorsque certains députés de l'opposition réclament sa suppression ou sa restriction, elle s'élève avec véhémence, utilisant sa maîtrise de l'histoire et du droit pour expliquer que remettre en cause ce pilier, c'est remettre en cause le pacte social qui lie les Français. Ses prises de position sont alors perçues comme une ligne de conduite morale, loin du calcul politique purement électoraliste.
Rapporteuse de la commission d'enquête sur les attentats
Sa crédibilité dépasse bientôt les murs de la commission des Lois. En 2020, alors que la France se relève difficilement de la vague d'attentats terroristes qui a frappé le territoire, elle est désignée rapporteure de la commission d'enquête parlementaire sur l'organisation de l'État dans la lutte contre le terrorisme. C'est une mission d'une gravité exceptionnelle. Pendant six mois, elle auditionne des centaines de témoins : ministres, policiers, magistrats, agents de renseignement.
Son travail d'investigation est salué par la clarté de ses conclusions. Elle ne cherche pas à stigmatiser une communauté ou à faire de la démagogie face à la peur. Elle analyse froidement les failles du système administratif et propose des pistes concrètes pour améliorer la coopération entre les services. Ce rapport confirme son statut de spécialiste de la sécurité intérieure et des libertés publiques, capable de naviguer entre l'impératif de protection des citoyens et le respect des droits fondamentaux.
Son évolution politique entre 2022 et 2024

Fort de ce bilan solide à la Commission des Lois et de sa reconnaissance transpartisane, Naïma Moutchou aborde la législature 2022 avec une stature nouvelle. Si sa réélection dans la circonscription du Val-d'Oise confirme sa popularité locale, c'est au niveau national que son rôle va évoluer. Alors que le paysage politique se fragmente et que l'Assemblée nationale n'offre plus de majorité absolue claire à l'exécutif, son expertise juridique devient un atout précieux, voire indispensable, pour faire passer les textes législatifs.
Comment naviguer dans la « majorité relative » ?
Dans un hémicycle où chaque vote compte et où l'opposition (notamment le Rassemblement National et le Nouveau Front Populaire) pèse de tout son poids, le travail parlementaire change de nature. Il ne s'agit plus seulement de voter des lois, mais de négocier leur survie article par article. Naïma Moutchou se positionne alors comme une des « architectes » de cette stratégie de survie législative.
Son style, fait de persuasion plutôt que de confrontation, s'avère efficace pour séduire les élus de droite, notamment ceux du groupe Les Républicains (LR). Sur des textes sociétaux ou de sécurité, elle joue un rôle de liaison crucial, expliquant les nuances du gouvernement aux députés hésitants et remontant les « lignes rouges » de l'opposition à Matignon. C'est une tâche en coulisses, à l'abri des regards médiatiques, qui se compose d'échanges informels dans les allées du Palais-Bourbon ou de l'élaboration de sous-amendements techniques. Ces actions visent à préserver l'âme d'une loi tout en validant certains ajustements de forme. Cette compétence à « faire de la politique autrement », en privilégiant l'intérêt général sur la partisanerie, lui vaut le respect de ses pairs, même ceux qui ne partagent pas sa couleur politique.
Son virage sécuritaire
Parallèlement à ce rôle de négociatrice institutionnelle, Naïma Moutchou affine sa ligne politique sur la sécurité, un sujet qui devient central dans l'actualité. Si elle est issue d'une famille modeste et a toujours défendu l'intégration, elle refuse de laisser le monopole du thème de la sécurité aux partis conservateurs.
Elle s'implique ainsi activement dans les débats sur la réforme de la justice et la lutte contre la délinquance des mineurs, prônant une approche pragmatique : la fermeté à l'égard des actes, mais l'accompagnement pour les personnes. Elle soutient, par exemple, les mécanismes de la « contrainte pénale » ou les travaux d'intérêt général, qu'elle présente comme des sanctions concrètes et efficaces, alternatives à l'incarcération qui ne résout pas tout. Cette posture de « droiture intelligente » — une formule qu'elle affectionne — lui permet de se positionner comme une gaulliste sociale, attachée à l'autorité de l'État mais soucieuse de justice sociale. C'est ce profil singulier qui attire l'attention du pouvoir exécutif à la veille des remaniements de 2024.
Défis et actions : la ministre des Outre-mer

Sa nomination en juillet 2024 au poste de ministre des Outre-mer, au sein du gouvernement de Gabriel Attal, surprend de nombreux observateurs par sa soudaineté, mais apparaît comme un choix logique au regard de son parcours. En effet, le ministère des Outre-mer n'est pas un portefeuille de second plan. C'est un ministère « feu », qui conjugue questions institutionnelles complexes, brûlantes d'actualité sociale et enjeux diplomatiques majeurs.
Pour Naïma Moutchou, c'est le passage à une vitesse supérieure : elle quitte le rôle de législatrice pour celui d'exécutive. La mission qui lui est confiée est immense : maintenir l'unité de la République alors que certains territoires sont traversés par des soubresauts indépendantistes, des crises sociales aiguës ou des défis environnementaux colossaux.
Gestion de la crise en Nouvelle-Calédonie
Dès son entrée en fonction, la ministre se heurte à l'urgence la plus critique : la situation en Nouvelle-Calédonie. L'archipel du Pacifique est en ébullition depuis l'adoption par le Parlement français d'une révision constitutionnelle visant à élargir le corps électoral pour les élections provinciales. Cette réforme, perçue comme une « décélation » par les partis indépendantistes kanaks, a déclenché des émeutes violentes et une situation d'insécurité inédite.
Le défi pour Naïma Moutchou est double. D'une part, elle doit assurer le retour à l'ordre en soutenant l'action des forces de l'ordre et l'état d'urgence, affirmant la fermeté de l'État face aux violences et aux pillages. D'autre part, elle doit impérativement rouvrir le dialogue. Sa connaissance de la loi et des institutions devient ici son principal outil. Elle comprend que la solution ne sera pas uniquement sécuritaire mais aussi politique.
Sa stratégie consiste à multiplier les déplacements sur place (elle effectue plusieurs aller-retours vers Nouméa en quelques mois), à rencontrer toutes les factions, y compris les plus radicales, et à écouter les doléances de la population calédonienne, au-delà du clivage indépendantistes/loyalistes. Elle travaille main dans la main avec le Haut-Commissaire pour tisser des ponts. L'objectif est de préparer une « piste de sortie de crise » qui permette de geler la réforme controversée le temps que l'apaisement revienne, tout en gardant en tête la nécessité de redéfinir le statut politique de l'île à long terme. C'est un exercice d'équilibriste périlleux, où une seule maladresse diplomatique pourrait raviver les flammes de la division civile.
Mayotte et la crise sociale
À l'autre bout du monde, dans l'océan Indien, un autre défi l'attend : Mayotte. Le département français fait face à une crise multidimensionnelle : une insécurité galopante liée au banditisme, une pauvreté alarmante et une pression migratoire massive en provenance des îles voisines de l'archipel des Comores.
Ici, Naïma Moutchou doit faire preuve de pragmatisme social. La population mahoraise, qui s'est massivement mobilisée en 2024 pour réclamer davantage de sécurité et la fin de l'immigration irrégulière (« Operation Wuambushu »), attend des gestes concrets. La ministre se rend sur place pour constater la réalité des bidonvilles (les « bangas ») et la saturation des services publics (hôpitaux, écoles).
Son action se concentre sur la mise en œuvre de la loi « immigration » votée précédemment, en accentuant la lutte contre l'immigration clandestine et le trafic de migrants, tout en débloquant des fonds exceptionnels pour le logement et la rénovation urbaine. Elle doit naviguer entre la fermeté réclamée par les élus locaux et le respect des droits de l'homme, qui interdit les expulsions collectives. Sa réponse s'articule autour d'une approche globale : sécuriser les frontières maritimes avec des moyens accrus, mais aussi investir dans le développement économique local pour réduire les disparités qui attirent les migrants étrangers. Elle affirme ainsi une vision de l'État qui protège ses citoyens tout en restant fidèle à ses valeurs humanistes.