Cluster17 a été le seul institut à donner un score d’Emmanuel Grégoire dans la marge d’erreur du second tour des municipales parisiennes 2026. Le 22 mars, Grégoire a obtenu 50,52 % des voix contre 41,52 % à Rachida Dati. Entre les deux tours, du 17 au 19 mars, Ifop le créditait de 46 %, Elabe de 45,5 % et Cluster17 de 48 %. Seul ce dernier était « dans les clous » et il a aussi bien anticipé le score de Dati (41 % sondé contre 41,52 % réel).

Pour situer ces écarts dans le paysage des enquêtes, notre décryptage Municipales 2026 : sondages, enjeux jeunesse et bataille des grandes villes expose les dynamiques des grandes villes.
Qui est Cluster17 ?
Cluster17 est présidé par Jean-Yves Dormagen, professeur de science politique spécialiste de la sociologie électorale et de l’abstention. L’institut compte une dizaine de collaborateurs : universitaires, statisticiens, professionnels des études et de la communication. La date de création varie selon les sources : le site de l’institut indique janvier 2022, Wikipédia novembre 2021, et Le Parisien 2021. Cette incertitude reste matérielle.
La méthode actuelle repose sur des questionnaires auto-administrés en ligne auprès de répondants volontaires. La représentativité est assurée par quotas (sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, type de commune, région). Le redressement utilise les variables INSEE et les souvenirs de vote. Chaque vague indique une marge d’erreur. Cluster17 revendique un panel de 200 000 individus et une segmentation en 16 « clusters » construits a posteriori pour l’analyse, non pour l’échantillonnage.

La Commission des sondages a publié le 4 février 2022 une mise en garde sévère. Elle écrivait que « les méthodes de travail de Cluster 17 et la faiblesse des moyens mis en œuvre font douter de la qualité des sondages produits », citant un « stock d’adresses électroniques acquises à bas coût » sans panel ni contrôle des biais. Cluster17 et Marianne ont contesté cette mise en cause devant le Conseil d’État (décision du 20 décembre 2022). L’institut affirme désormais disposer d’un panel entretenu, distinct du stock critiqué.
Pourquoi Cluster17 a mieux anticipé Grégoire
Le sondage Cluster17 de février 2026 portait sur 1 173 individus (1 103 inscrits), interrogés en ligne du 24 au 26 février. Les quotas étaient ajustés par arrondissement et le redressement intégrait les votes de 2022, 2020 et 2024. Il donnait Grégoire à 32 % et Dati à 27 % au premier tour, avec une marge d’erreur d’environ 2,7 à 2,8 points.
Ipsos, fin février 2026, a publié un sondage sur 800 habitants de Paris : Grégoire à 35 %, Dati à 27 %. L’écart d’échantillon est net : 800 contre 1 173 chez Cluster17 au premier tour, et près de 1 500 contre environ 1 000 pour les autres instituts entre les deux tours selon Le Parisien. Un échantillon plus large réduit la marge d’erreur et capture mieux certains segments.
Aux municipales, Grégoire a gagné avec 50,52 %. Cluster17, à 48 %, restait dans la marge. Ifop et Elabe étaient en dessous. La taille de l’échantillon et des quotas mieux calibrés sur Paris ont sans doute aidé à capter la mobilisation réelle.
Les instituts traditionnels ont manqué le report de voix
Frédéric Dabi, directeur général Opinion de l’Ifop, a expliqué la sous-estimation dans Le Parisien. Il a reconnu que « le rapport de force n’a pas été saisi de façon satisfaisante ». L’Ifop avait anticipé un tiers des voix de Bournazel allant à Grégoire ; le report réel a été plus fort. Dabi note aussi une surmobilisation finale de la gauche et un vote utile LFI vers le socialiste plus important qu’attendu. Sophia Chikirou a récolté 8 % dans l’urne, contre 10 à 11 % dans les sondages entre-deux-tours.
Ces biais touchent tous les sondeurs historiques. Ils montrent que la mesure des reports et de la participation reste une contrainte forte, même avec des méthodes éprouvées.
Lire un sondage sans se tromper
Un sondage n’est pas une prévision. La marge d’erreur doit être regardée avant de conclure. Pour le sondage Cluster17 de février 2026, elle était de 2,7 à 2,8 points à 50 % sur 1 173 personnes. Un écart de trois points peut être normal.

Il faut aussi vérifier la taille de l’échantillon, la période de collecte et le mode de recueil. La mise en garde de 2022 rappelle qu’un institut peut changer de méthode. Cluster17 est passé d’un stock d’adresses critiqué à un panel revendiqué de 200 000 contacts. Le lecteur doit croiser les instituts et rester prudent quand un seul sort du lot.
Notre analyse des sondages dans les grandes villes Municipales 2026 : sondages, enjeux jeunesse et bataille des grandes villes montre que la taille de l’échantillon et la transparence de la notice technique sont les premiers signes de fiabilité.