L'histoire de Mohamed Al-Fayed ressemble à un roman où ambition, luxe et tragédie se mêlent de façon vertigineuse. Milliardaire excentrique, cet homme d'affaires égyptien a marqué le paysage britannique en possédant des joyaux comme le magasin Harrods ou l'hôtel Ritz, tout en rêvant désespérément d'une reconnaissance sociale qui lui échapperait toujours. Cependant, la mort de cet homme, survenue en 2023, a révélé une face beaucoup plus sombre, éclipsant ses succès commerciaux par une avalanche d'accusations d'agressions sexuelles d'une ampleur inouïe.
Les origines humbles d'un futur magnat
Loin des tapis rouges et des salons feutrés de la haute société londonienne, le parcours de Mohamed Al-Fayed débute dans la modestie. Né à Alexandrie, en Égypte, il grandit dans une famille simple, fils d'un instituteur. Contrairement aux mythes qu'il contribuera lui-même à forger plus tard sur ses origines prestigieuses, sa jeunesse est marquée par le travail acharné et la débrouille. Dès son plus jeune âge, il comprend que pour s'élever, il faut saisir les opportunités.
Naissance à Alexandrie
Mohamed Al-Fayed voit le jour le 27 janvier 1929. À cette époque, Alexandrie est une ville cosmopolite et vibrante, un carrefour culturel qui peut avoir nourri l'imagination du jeune homme. Il grandit avec le statut de fils aîné, un rôle qui incombe souvent de lourdes responsabilités, mais qui forge aussi le caractère. Si les rumeurs qu'il a lui-même entretenues parlaient parfois d'une aristocratie imaginaire, la réalité est celle d'un enfant du peuple, prêt à tout pour construire son destin.
Premiers pas dans les affaires
Pour survivre et aider sa famille, le jeune Mohamed multiplie les petits boulots. On le voit vendre des boissons gazeuses, notamment du Coca-Cola, dans les rues animées d'Alexandrie. Cette expérience de terrain, au contact direct avec les clients, lui enseigne sans doute les bases de la négociation et du commerce. Par la suite, il se lance dans la vente de machines à coudre, démontrant déjà une capacité à identifier des besoins concrets et à y répondre. C'est cette débrouillardise qui va bientôt attirer l'attention de personnes influentes.
L'ascension fulgurante vers le pouvoir
Le véritable tournant dans la vie de Mohamed Al-Fayed se produit lorsqu'il croise la route de la famille Khashoggi. Cette rencontre va lui ouvrir les portes du monde des grandes affaires internationales et lui permettre d'amasser la fortune colossale qui fera sa légende. Il ne tarde pas à délaisser son nom de naissance pour y ajouter l'article « Al », une modification qui, selon ses détracteurs, visait à se donner une allure plus aristocratique.
L'ombre de la famille Khashoggi
En 1954, Mohamed épouse Samira Khashoggi, la sœur du célèbre homme d'affaires saoudien Adnan Khashoggi. Ce mariage est bien plus qu'une union amoureuse, il constitue une véritable trempe sociale et professionnelle. Grâce à son beau-frère, Mohamed intègre le cercle fermé du commerce international, travaillant notamment pour les entreprises d'importation d'Adnan. Bien que le mariage ne dure que deux ans, donnant naissance à un fils, Dodi, les liens avec la puissante famille Khashoggi resteront le catalyseur de sa future ascension vers les sommets de la finance mondiale.
La conquête de Londres et de Harrods
Après avoir fait ses armes au Moyen-Orient et construit un premier empire immobilier, notamment aux Émirats arabes unis, Mohamed Al-Fayed pose ses valises au Royaume-Uni. Son acquisition la plus célèbre et la plus emblématique reste sans aucun doute le rachat du magasin de luxe Harrods à Londres en 1985. Il s'empare également de l'hôtel Ritz à Paris et du club de football de Fulham. Avec ces trésors, il ne se contente pas de posséder des biens immobiliers : il s'approprie des symboles du style de vie occidental, transformant progressivement son image de simple marchand en celle d'un magnat incontournable.
Un homme en quête de reconnaissance

Malgré son immense richesse et sa possession d'icônes britanniques, Mohamed Al-Fayed est resté toute sa vie un étranger aux yeux de l'establishment qu'il souhaitait tant rejoindre. Cette quête d'acceptation est devenue le moteur de ses actions, mais aussi la source de ses plus grandes frustrations. Il a dépensé des fortunes en charité, en événements mondains et en lobbying, mais la porte de la haute aristocratie britannique est restée fermée.
Le rêve britannique inachevé
Toute sa vie, il a tenté d'obtenir la nationalité britannique, une demande qui a été systématiquement rejetée par les autorités. Ce refus constant a été vécu comme un véritable affront personnel. Pour compenser ce rejet institutionnel, il a adopté un comportement excentrique et flamboyant, érigeant des statues à sa gloire, organisant des fêtes grandioses et n'hésitant pas à utiliser sa fortune pour influencer l'opinion publique. Il voulait prouver qu'il appartenait à ce monde, que ses mérites étaient égaux à ceux de la noblesse traditionnelle.
Une relation conflictuelle avec la monarchie
Sa relation avec la famille royale britannique a été particulièrement complexe. Rapidement, il est devenu une persona non grata au palais, probablement en raison de ses méthodes brutales et de son manque de retenue. Les tribunaux l'ont même qualifié d'« homme profondément malhonnête » lors de certaines procédures juridiques, ce qui n'a pas arrangé son image. Ce rejet par la couronne a fini par le transformer en un critique virulent de l'institution royale, une position qui s'est considérablement durcie après la tragédie qui a frappé sa propre famille.
Le drame de 1997 et la théorie du complot
L'année 1997 marque un tournant dramatique dans l'existence du milliardaire. La mort de son fils bien-aimé, Dodi Al-Fayed, dans l'accident de voiture de Paris aux côtés de Lady Diana, a plongé Mohamed Al-Fayed dans un abîme de douleur. Ce deuil va progressivement se transformer en une obsession pour la « vérité », le conduisant à développer des théories du complot qui hanteront les tabloïdes pendant des décennies.
La relation de Dodi et Diana
Dodi Al-Fayed, né de l'union avec Samira Khashoggi, était un producteur de cinéma reconnu, ayant travaillé sur des succès comme « Les Chariots de feu ». Durant l'été 1997, il entame une relation amoureuse très médiatisée avec la princesse Diana, récemment divorcée du prince Charles. Pour Mohamed, cette idylle représentait peut-être l'ultime consécration : son fils était aimé de la femme la plus célèbre au monde, celle que la couronne britannique avait rejetée. C'était une sorte de victoire symbolique sur l'establishment qui l'avait méprisé.
L'accident de Paris et ses suites
Le drame du 31 août 1997, dans le tunnel de l'Alma à Paris, brise ce rêve. Dodi et Diana trouvent la mort dans cet accident. Mohamed Al-Fayed ne se résout jamais à la version officielle d'un accident tragique causé par la conduite rapide de leur chauffeur et l'acharnement des paparazzis. Pendant des années, il finance des enquêtes privées et des batailles juridiques, accusant la famille royale britannique d'avoir orchestré ce meurtre pour empêcher Diana d'épouser un musulman. Ces accusations, bien que jamais étayées par des preuves concrètes, ont alimenté une des plus grandes polémiques du XXe siècle.
L'ombre terrifiante sur l'empire commercial
Si les théories sur la mort de Diana ont occupé le devant de la scène médiatique, une réalité bien plus sombre et concrète couvait dans les coulisses de son empire commercial. Alors qu'il se présentait comme un bienfaiteur et un père protecteur pour ses employés, Mohamed Al-Fayed profitait de son immense pouvoir pour commettre des actes ignobles qui n'ont éclaté au grand jour que bien après sa disparition.
Les premières accusations étouffées
Il apparaît aujourd'hui que des signaux d'alarme concernant le comportement du magnat avaient été émis bien avant les récentes révélations. En 2008, certaines victimes avaient bravé la peur pour porter plainte, mais ces accusations n'avaient pas abouti à des poursuites judiciaires efficaces. La puissance et l'influence de Mohamed Al-Fayed à Londres semblaient créer un bouclier infranchissable, permettant à l'homme d'affaires d'agir en toute impunité, convaincu que son statut le mettait au-dessus des lois.
Le système de prédation à Harrods
Le cœur de ce système se trouve au sein du magasin Harrods, temple du luxe londonien. C'est là que le prédateur opérait, utilisant son statut de propriétaire pour séduire, manipuler et agresser.
Au cœur même de ce temple du luxe, les méthodes de Mohamed Al-Fayed étaient aussi méthodiques que terrifiantes. Son bureau privé, situé au septième étage du bâtiment, était surnommé par certains employés comme « le bunker ». C'est là, à l'abri des regards curieux de la clientèle fortunée, qu'il opérait. Le prédateur utilisait une panoplie de stratagèmes pour piéger ses victimes, souvent de jeunes femmes vulnérables, issues de milieux modestes et dépendantes de leur emploi. L'une des tactiques les plus fréquemment rapportées consistait à invoquer de faux problèmes de santé ou à proposer des « bilans de fitness » obligatoires. Une fois la jeune femme isolée dans son antre, il passait à l'acte, transformant un entretien professionnel ou une séance de sport en un cauchemar.
La culture de la peur et le silence imposé
Ce qui rend le système de prédation particulièrement efficace et durable, c'est l'atmosphère de terreur qu'Al-Fayed a instaurée au sein de son entreprise. Ce n'était pas seulement des actes isolés, mais une véritable culture d'entreprise tolérée, voire encouragée, par le sommet de la hiérarchie. Les victimes qui tentaient de parler se heurtaient rapidement à un mur de silence et de menaces. Al-Fayed ne se contentait pas de son propre pouvoir ; il s'entourait de gardes du corps et de directeurs de ressources humaines complices, chargés d'étouffer les scandales.
Pour s'assurer du silence, l'un des outils les plus puissants utilisés était l'accord de confidentialité, ou NDAs (Non-Disclosure Agreements). Ces documents juridiques, souvent présentés aux jeunes employées en échange d'une somme d'argent modeste, les liaient à un secret absolu. En signant, elles renonçaient non seulement à parler publiquement, mais aussi à porter plainte, risquant des poursuites judiciaires ruineuses si elles brisaient le pacte. C'est ce chantage juridique qui a permis à l'homme d'affaires de continuer à agir en toute impunité pendant des décennies, persuadé que sa fortune pouvait acheter l'innocence et effacer les souvenirs de ses victimes.
L'enquête qui a brisé le silence
L'éclosion du scandale à une telle échelle doit beaucoup au travail acharné des journalistes d'investigation. Ce n'est qu'après sa mort, survenue en août 2023, que la digue s'est véritablement rompue, libérant la parole de dizaines de femmes. En 2024, une enquête conjointe majeure menée par le journal The Guardian et la chaîne de télévision BBC a mis en lumière l'ampleur des abus. Au moins 20 femmes ont accusé l'ancien magnat de viols, d'agressions sexuelles et d'agressions physiques commises entre les années 1970 et 2010.
Ces témoignages sont glaçants par leur similitude. Elles décrivent un homme qui considérait ses employées comme des biens de consommation, des objets à sa disposition en raison de son statut de propriétaire. Certaines racontent avoir été virées sur-le-champ après avoir refusé ses avances, d'autres avoir été suivies ou intimidées longtemps après avoir quitté l'entreprise. Ce travail d'investigation a permis de réunir des pièces maîtresses, prouvant que la direction d'Harrods était parfaitement au courant de ces agissements, mais a choisi délibérément de fermer les yeux pour protéger la réputation de la marque et les profits de l'actionnaire.
La chute de l'empire et la réaction actuelle
Si Mohamed Al-Fayed a vendu le magasin Harrods au fonds d'investissement qatari Qatar Holding en 2010 pour la somme astronomique de 1,5 milliard de livres sterling, l'ombre de ses crimes continue de planer sur le célèbre « Knightsbridge » iconique. Les révélations récentes ont plongé la direction actuelle dans une crise majeure, forcée de reconnaître les fautes du passé. Dans une déclaration rare, les propriétaires actuels ont présenté leurs « plus sincères excuses » aux victimes, reconnaissant que l'entreprise de l'époque avait échoué à protéger ses employées.
Cependant, cette prise de conscience tardive soulève des questions cruciales sur la responsabilité des grandes entreprises. Comment un système de prédation a-t-il pu prospérer aussi longtemps au sein de l'un des magasins les plus célèbres au monde ? Des lignes d'assistance téléphonique ont été mises en place pour recueillir d'autres témoignages, et des enquêtes indépendantes ont été lancées pour tenter de comprendre comment l'impunité a été institutionnalisée. Ce scandale dépasse désormais la simple figure d'un homme d'affaires ; il interroge les mécanismes de pouvoir qui permettent à des individus riches et influents de placer la loi au-dessus d'eux-mêmes.
Le paradoxe du bienfaiteur
Pour comprendre l'ampleur de la chute morale de Mohamed Al-Fayed, il faut aussi analyser le paradoxe de sa personnalité publique. Pendant des années, il s'est construit une image de père Noël excentrique et généreux. On se souvient de lui comme de l'homme qui a financé la statue de Michael Jackson à Craven Cottage, ou qui a offert des jouets à des milliers d'enfants chaque année à Noël. Il a fait des dons substantiels à des œuvres caritatives, notamment au Great Ormond Street Hospital de Londres.
Cette générosité affichée servait de parfaite couverture, rendant d'autant plus inimaginables les accusations portées contre lui. C'est le syndrome du « prédateur respecté » : en utilisant son argent pour des causes nobles, il se constituait une armure morale. Qui oserait accuser un homme qui donne tant aux pauvres ? Ce décalage brutal entre l'homme public charitable et le prédateur privé violent rend la compréhension de sa psychologie complexe pour le grand public. Il cultivait une image de protecteur pour masquer celle d'un bourreau.
L'héritage maudit
Aujourd'hui, l'héritage de Mohamed Al-Fayed est irrémédiablement brisé. Les statues qui célébraient sa gloire personnelle ont été déboulonnées, les plaques commémoratives retirées, et son nom est devenu synonyme d'abus de pouvoir plutôt que de succès entrepreneurial. Pour sa famille restante, et notamment pour ses petits-enfants, le deuil se double d'une confrontation à une réalité effroyable : le patriarche vénéré était un monstre.
Cette histoire offre une leçon importante sur la nature du pouvoir et du culte de la personnalité. Elle nous rappelle que la richesse et le statut social ne sont pas des gages de moralité. Au contraire, l'absence de contrôle et la toute-puissance peuvent parfois corrompre l'âme humaine à un point difficile à concevoir. Tandis que les procédures judiciaires et enquêtes se poursuivent, le seul positif à retenir est peut-être la courageuse parole des victimes qui, en brisant le silence des décennies, empêchent aujourd'hui l'histoire de réécrire l'histoire en faveur du tyran. Mohamed Al-Fayed voulait être aimé et admiré ; il finira par être jugé et rejeté par l'histoire, livrant enfin un visage nu, sans les artifices du luxe et de la fortune.
Le règne excentrique au Fulham FC
Au-delà des vitrines de Harrods et des couloirs du Ritz, Mohamed Al-Fayed a laissé une empreinte indélébile sur le paysage sportif britannique. En 1997, quelques mois à peine avant le drame de Paris, il rachète le club de football de Fulham, qui évolue alors en troisième division. Contrairement à ses investissements immobiliers froids et calculés, le club du quartier de Fulham est devenu l'objet de son affection la plus publique et la plus touchante. C'est à travers ce stade qu'il a finalement réussi à conquérir le cœur du peuple britannique, une reconnaissance que l'aristocratie lui avait toujours refusée. Pour les supporters du « Cottagers », il n'était pas le magnat controversé, mais le sauveur qui a injecté des millions pour propulser l'équipe vers la Premier League, l'élite du football anglais.
Une passion pour le football et les fans
L'approche de Mohamed Al-Fayed à la tête du club était résolument paternaliste. Il dépensait sans compter pour attirer des talents, mais s'impliquait aussi dans la vie quotidienne des supporters. On raconte qu'il aimait discuter avec les fans autour du stade de Craven Cottage, leur offrant parfois des repas ou des places VIP. Il se considérait comme le patriarche de cette grande famille du football, un rôle qui comblait son besoin d'être aimé et respecté. Sous sa direction, le club a connu une ascension spectaculaire, atteignant la finale de la Ligue Europa en 2010. Ce lien émotionnel fort avec le public contraste radicalement avec l'image distante et glacée qu'il projetait ailleurs dans ses affaires. Voir comment le sport peut rassembler.
Les statues controversées et les symboles
Cependant, cette période fut aussi marquée par l'excentricité qui le caractérisait. En 2011, il fait ériger une statue en bronze de Michael Jackson à l'entrée du stade, en plein centre du terrain. Pourquoi ? Parce que le chanteur était un ami personnel et avait assisté à un match. Ce geste a provoqué l'incompréhension totale des fans de football, qui y voyaient une intrusion inutile dans l'histoire de leur club. Mohamed Al-Fayed, blessé par cette réception, avait répondu avec son arrogance habituelle : « S'ils ne l'aiment pas, ils peuvent aller à l'enfer ». Cette anecdote résume parfaitement son rapport à la possession : il possédait le club, donc il décidait de son histoire, au mépris des traditions locales.
La responsabilité des autorités face aux abus

Si l'entreprise Harrods est au cœur du scandale pour avoir couvert les agissements de son propriétaire, la responsabilité des autorités publiques est aujourd'hui sévèrement questionnée. Comment un homme aussi puissant a-t-il pu agir en toute impunité pendant si longtemps sans que la police n'intervienne de manière décisive ? Les révélations récentes ont mis en lumière des failles inquiétantes dans le système judiciaire britannique, soulignant que la fortune et les relations haut placées ont souvent servi de bouclier contre la justice. Le silence des victimes n'était pas seulement dû à la peur de perdre leur emploi, mais aussi à la légitime crainte de ne pas être crues face à un titan de l'industrie.
Des alertes ignorées pendant des années
Il apparaît aujourd'hui que les forces de police londoniennes, la célèbre Scotland Yard, avaient été alertées à plusieurs reprises. Dès 2008, plusieurs femmes avaient bravé la peur pour porter plainte contre Mohamed Al-Fayed. Pourtant, ces enquêtes n'ont jamais débouché sur des poursuites crédibles. À l'époque, le statut social de l'accusé semblait jouer en sa défaveur. Les procureurs et les enquêteurs, sans doute intimidés par l'armée d'avocats que le milliardaire pouvait déployer, ont classé ces affaires trop rapidement. Cette inaction a laissé le champ libre au prédateur, lui donnant l'assurance qu'il était intouchable. C'est ce que l'on appelle souvent l'impunité des riches, un deux poids deux mesures moralement insupportable.
Une enquête historique en cours
Face à la vague de témoignages qui a suivi la diffusion du documentaire d'investigation de la BBC en septembre 2024, la police métropolitaine a dû reconnaître ses erreurs passées. Une nouvelle cellule d'enquête a été mise en place pour revoir tous les dossiers, anciens et nouveaux. Fin 2024, on apprenait que plus de 90 victimes potentielles avaient été identifiées et que plus de 400 personnes s'étaient manifestées pour apporter des témoignages ou des éléments de preuve. Ce réexamen est historique par son ampleur, mais il vient beaucoup trop tard pour punir l'accusable. Cependant, il est essentiel pour la vérité et pour la réparation des victimes. Il espère également servir de leçon pour l'avenir : aucune fortune, aussi colossale soit-elle, ne doit plus permettre de passer au travers des mailles du filet de la justice. En savoir plus sur la justice internationale.
Conclusion : Le choc des réalités
L'histoire de Mohamed Al-Fayed se termine comme une tragédie grecque moderne, où le protagoniste détruit son propre héritage par ses actions les plus sombres. Toute sa vie, il a couru après un rêve de grandeur, cherchant à acheter une place au soleil parmi l'élite britannique. Il a acquis les symboles du pouvoir, construit un empire commercial immense et utilisé sa fortune pour se construire une statue de bienfaiteur. Pourtant, c'est l'homme dans l'ombre qui restera gravé dans l'histoire. Les accusations d'agressions sexuelles massives ont définitivement brisé le mythe de l'excentrique sympathique, révélant un prédateur cynique qui a abusé de son pouvoir pendant des décennies.
Ce qui ressort de cette affaire, c'est non seulement l'ampleur du mal commis par un seul homme, mais aussi la collusion systémique qui a permis son existence. Entre la culture du silence imposée par des accords de confidentialité abusifs et la passivité complice des autorités, tout était réuni pour protéger le bourreau plutôt que les victimes.