En janvier 2026, la direction d’Orange annonçait le départ de 1 100 salariés du campus Massalia, situé dans le 3e arrondissement de Marseille, officiellement pour des raisons de sécurité. Mais derrière cette décision se cache un paradoxe vertigineux : l’entreprise venait d’investir 34 millions d’euros dans la rénovation complète du site. Aujourd’hui, syndicats et salariés dénoncent une « stigmatisation des quartiers populaires » et un prétexte sécuritaire qui masquerait une restructuration immobilière programmée de longue date. Plongée dans un conflit où se mêlent gâchis économique, vécu humain et enjeux d’aménagement du territoire.

34 millions d’euros de travaux, puis la clé sous la porte : le gâchis du campus Massalia
Le chiffre donne le tournis. Selon la CGT, Orange a englouti 34 millions d’euros dans la rénovation du campus Massalia — la CFDT parle de 25 à 30 millions. Construit dans les années 1970, ce site du quartier Saint-Mauront abritait jusqu’à 1 200 salariés, principalement des fonctions tertiaires. Les travaux, lancés il y a plusieurs années, visaient à en faire un pôle moderne, capable de répondre aux standards actuels de confort et de performance énergétique.
Un site ultra-moderne jamais inauguré
Les nouveaux locaux n’ont jamais été inaugurés. « Comment investir autant pour tout quitter six mois plus tard ? », s’interrogent les syndicats, unanimes sur ce point. Le gâchis est d’autant plus frappant que le chantier était presque achevé quand la direction a pris la décision de vider les lieux. Pour la CFDT, ce paradoxe est la preuve que le départ était déjà envisagé bien avant les incidents de sécurité. « On a modernisé un site pour le fermer immédiatement après. C’est une absurdité économique », résume un délégué syndical.

Le site devait incarner le renouveau du quartier. Il jouxte la Cité des Arts de la Rue, nouvel équipement culturel censé dynamiser Saint-Mauront. Aujourd’hui, le campus flambant neuf est presque vide. Seuls 200 techniciens y travaillent encore, protégés par des agents de sécurité. Les 1 100 autres errent entre espaces de coworking et télétravail forcé.
Le « prétexte sécuritaire » selon les syndicats
Pour la CGT et la CFDT, l’argument sécuritaire est une « instrumentalisation ». « La décision a été prise au plus haut niveau à Paris, bien avant les tirs sur la façade », affirme la CGT, qui rappelle qu’Orange suit depuis des années une politique de regroupement immobilier. Le site de Saint-Mauront était le dernier gros site tertiaire d’Orange à Marseille intra-muros. En le quittant, l’entreprise concentre ses effectifs sur des zones plus chères : Euroméditerranée, Aix-en-Provence, La Ciotat.
La CGT avance un chiffre qui contredit la communication officielle : 60 % des salariés souhaitaient revenir sur site, malgré les tensions. « On ne nie pas l’insécurité, mais on refuse qu’elle serve de prétexte à une délocalisation invisible de l’emploi tertiaire », explique un représentant syndical. Orange, de son côté, martèle que « la sécurité des salariés est le principe qui nous anime depuis le début ». Le porte-parole de l’entreprise répète que le déménagement est une réponse à une situation devenue intenable.
Les syndicats dénoncent une politique immobilière préméditée
Sabine Ramananarivo, représentante CFDT, souligne que le syndicat a dénoncé pendant des années la politique de regroupement sur un seul site « sensible ». « À Lyon ou Paris, toute autre grande ville, on aurait réparti les effectifs sur plusieurs sites », explique-t-elle. La CFDT estime que la direction a sciemment concentré les salariés à Saint-Mauront pour réaliser des économies d’échelle, avant de se servir des incidents comme prétexte pour vider le site. La CGT-FAPT, dans un communiqué, rappelle qu’Orange « a fermé des dizaines de sites sur Marseille et sa périphérie pour réaliser son projet de site unique à Saint-Mauront ». Ironie du sort : la CGT était déjà opposée au projet « Tous à Saint-Mauront » et aux fermetures d’autres sites qui l’ont précédé.
Du deal au conseil d’administration : la chronique d’une décision controversée
Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter le fil des événements. Entre novembre 2025 et janvier 2026, la tension monte d’un cran dans le quartier Saint-Mauront, connu pour ses points de deal. Les salariés d’Orange se retrouvent pris entre le marteau du narcotrafic et l’enclume d’une décision qui les dépasse.
Impacts de balles et bagarres de dealers : le quotidien des salariés
Le 25 novembre 2025, une « bagarre entre dealers » éclate en pleine journée devant le campus. Les salariés sont confinés plusieurs heures. La CFDT décrit un « état de siège » permanent. Ce n’est pas un incident isolé : le 23 octobre, une fusillade avait déjà eu lieu à proximité. En toile de fond, l’assassinat de Mehdi Kessaci, figure locale engagée contre le trafic, rappelle que le quartier est sous haute tension.
Début janvier 2026, la goutte d’eau qui fait déborder le vase : des impacts de balles sont découverts sur la façade du bâtiment. La préfecture indique que « tout laisse à penser que ces faits se sont produits en dehors des heures ouvrables », mais le mal est fait. Orange ferme le site temporairement le 7 janvier. La préfète Corinne Simon, tout en réfutant l’idée de « bandes rivales » organisées, reconnaît un quartier « compliqué ».

Pour les syndicats, ces événements sont réels mais instrumentalisés. « On a ajouté de la peur à la peur », dénonce la CGT, qui rappelle que l’entreprise elle-même n’a jamais été directement visée. Les salariés, eux, vivent un stress quotidien. Certains racontent avoir peur de sortir du parking le soir.
Janvier 2026 : le CSE extraordinaire qui scelle le sort du site
Le 15 janvier 2026, Jérôme Hénique, directeur exécutif d’Orange France, convoque un comité social et économique central (CSEC) extraordinaire. L’annonce tombe : 1 100 salariés du tertiaire sont priés de quitter le site. Seuls 200 techniciens restent sur place, avec un « dispositif de sécurité adapté » — accompagnement par des agents, gilets pare-balle, interdiction de travailler à moins de dix mètres d’une fenêtre.
Les chiffres varient selon les sources, ce qui alimente la défiance. Le Figaro parle de 1 100 postes redéployés sur 1 200. Libération, lui, évoque 300 relocalisations proposées. Cette imprécision nourrit le sentiment que la direction avance masquée. La CFE-CGC, pourtant favorable au départ des tertiaires, qualifie la décision de « victoire » pour les techniciens restants, mais d’« abandon » pour les autres.
Le déménagement doit prendre plusieurs mois. En attendant, les salariés sont « sans bureau fixe » (SBF), un statut ubuesque qui les prive de repères. Nadège Poët, représentante CFE-CGC, rappelle que « les deux balles qui avaient traversé le rez-de-chaussée avaient fait des dégâts considérables ». Son syndicat espère un retour des activités « lorsque le quartier aura été pacifié », avec une relocalisation d’emplois au bénéfice des habitants des quartiers.
1 100 « sans bureau fixe » : la double peine des salariés d’Orange
Au-delà des chiffres et des déclarations syndicales, il y a le vécu des salariés. Eux qui n’ont rien demandé se retrouvent projetés dans une situation précaire, ballotés entre solutions de fortune et incertitude totale.

« Balladée » entre coworking et télétravail : le quotidien des exilés
Isabelle, salariée d’Orange citée par 20 Minutes, résume son quotidien en un mot : « balladée ». Depuis janvier, elle alterne entre espaces de coworking loués à la hâte, locaux inadaptés et télétravail chez elle. « On n’a plus de bureau attitré, plus de collègues à côté, plus de machine à café pour échanger », raconte-t-elle. Le statut de « sans bureau fixe » (SBF) concerne désormais 1 100 personnes. Une aberration pour une entreprise qui promettait un campus flambant neuf.
Les solutions proposées par Orange — coworking, télétravail, redéploiement sur Aix-en-Provence ou La Ciotat — ne satisfont personne. Pour ceux qui habitent dans les quartiers nord, se rendre à Aix signifie une heure de trajet supplémentaire, des frais de transport et une fatigue accumulée. « On nous demande d’être flexibles, mais on n’a pas choisi cette situation », soupire un salarié.
La productivité en prend un coup. Les réunions se font en visio, les projets collaboratifs patinent. Le moral est au plus bas. « On se sent abandonnés, comme si on était responsables de ce qui arrive », confie une employée.
Alternants, CDD, jeunes cadres : les premiers sacrifiés
Les plus touchés sont les plus précaires. Les alternants, souvent logés près du site pour limiter les frais, se retrouvent sans solution. Leurs contrats, courts par nature, risquent de ne pas être renouvelés. « J’ai choisi ce poste parce que j’habitais à deux pas. Maintenant, je dois trouver un autre logement ou changer de job », témoigne un jeune en alternance.
Les CDD, eux, voient leur avenir s’assombrir. Dans le flou général, personne ne sait combien de temps va durer cette situation transitoire. Le nouveau site définitif n’est pas encore choisi. — Orange cherche un « environnement de qualité », selon les termes de la direction. En attendant, les salariés doivent s’adapter, souvent à leurs frais.
Pour les jeunes cadres, le choc est aussi financier. Le temps de trajet augmente, les frais de transport explosent, et le stress de l’incertitude pèse sur la vie de famille. « On nous demande de faire des efforts, mais personne ne nous dit jusqu’à quand », résume un employé.
Le cas particulier des techniciens contraints de rester
Les 200 techniciens qui restent sur site vivent une situation paradoxale. Eux aussi sont exposés aux risques du quartier, mais sans perspective de départ. L’inspection du travail a imposé des mesures draconiennes : accompagnement par des agents de sécurité, port de gilets pare-balle, interdiction de travailler à moins de dix mètres d’une fenêtre. « C’est un traitement dégradant », confie un technicien. La CFE-CGC qualifie pourtant le maintien des activités techniques de « victoire », estimant que ces emplois sont préservés. Mais les intéressés se sentent oubliés dans le débat médiatique, coincés entre un site dangereux et une direction qui les abandonne à leur sort.
Stigmatisation des quartiers ou logique d’optimisation ? Le vrai visage de la décision
Au-delà des faits et des émotions, une question plus large se pose : que révèle cette décision sur le rapport des grandes entreprises aux quartiers populaires ? Entre discours sécuritaire et logique comptable, Orange est accusée de jeter l’opprobre sur tout un territoire.
« Environnement de qualité » contre « plus pauvre d’Europe » : le langage qui blesse
Le Figaro rapporte qu’Orange justifie son départ par la recherche d’un « environnement de qualité » pour ses salariés. En face, le 3e arrondissement de Marseille est régulièrement qualifié de « plus pauvre d’Europe ». Le contraste est violent. « L’entreprise ne dit pas “on part parce que c’est dangereux”, elle dit “on part parce que ce n’est pas qualitatif”. Mais l’effet est le même : le quartier est marqué au fer rouge comme non fréquentable », analyse un syndicaliste.
Ce choix rhétorique est vécu comme une stigmatisation par les élus locaux et les associations. « En partant, Orange envoie un signal désastreux : ce quartier n’est pas digne d’accueillir une entreprise du CAC 40 », dénonce un élu marseillais. La CGT-FAPT, dans un communiqué, parle de « traitement qui ajoute de la peur à la peur » et refuse « l’instrumentalisation d’incidents graves ».
Des travaux académiques, comme l’article « Producing gentrifiable neighborhoods » publié dans la revue Housing Studies, montrent comment le retrait des services et des entreprises des quartiers populaires participe à la fabrication de la gentrification. En vidant Saint-Mauront de ses emplois tertiaires, Orange prépare le terrain pour une transformation urbaine qui bénéficiera aux plus aisés, pas aux habitants actuels.
L’arnaque de la rénovation : 34 millions pour justifier un départ ?
L’angle économique est au cœur de la controverse. Pourquoi investir 34 millions dans un site que l’on sait voué à l’abandon ? La CFDT avance une explication : Orange suit depuis des années une politique de regroupement des sites pour réaliser des économies d’échelle. Le campus Massalia était le dernier gros site tertiaire de Marseille intra-muros. En le quittant, l’entreprise concentre ses effectifs sur des zones plus chères, où l’immobilier est plus valorisé.
Y a-t-il une « délocalisation invisible » de l’emploi tertiaire vers les quartiers favorisés ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Euroméditerranée, le littoral sud, Aix-en-Provence captent les emplois, tandis que les quartiers nord perdent leurs rares bastions économiques. « On assiste à un transfert de richesses des quartiers populaires vers les beaux quartiers », résume un économiste.
Qui paie la facture de ce gâchis immobilier ? L’actionnaire, via une moins-value sur un actif devenu inutile ? Les salariés, qui subissent la mobilité forcée ? L’État, via les aides au maintien dans l’emploi ? Le parallèle avec le conflit ArcelorMittal Fos-sur-Mer est frappant : là aussi, les salariés dénoncent une stratégie industrielle déconnectée du territoire, qui sacrifie l’emploi local sur l’autel de la rentabilité.
Le rôle de la CGT et de la CFDT dans la contre-offensive
Les syndicats ne se contentent pas de dénoncer. La CGT a mené une enquête interne révélant que 60 % des salariés souhaitaient revenir sur site, un chiffre qui contredit frontalement le discours de la direction. La CFDT, de son côté, a saisi l’inspection du travail sur les conditions de sécurité des techniciens contraints de rester. « Nous demandons un vrai plan de sécurisation du quartier, pas un abandon pur et simple », explique Sabine Ramananarivo. Les deux organisations syndicales ont déposé des recours pour tenter de suspendre la décision, arguant que le motif sécuritaire ne justifie pas un départ définitif. Leur objectif : obtenir une médiation avec la direction et les pouvoirs publics pour trouver une solution alternative au déménagement.
Après Orange, le désert ? L’effet domino sur les quartiers populaires
Le départ d’Orange ne se limite pas à une décision d’entreprise. C’est un coup porté à tout un écosystème local, avec des conséquences qui dépassent largement le périmètre du campus.
Quartier fantôme : la mort lente d’un écosystème local
Avant le départ, le quartier Saint-Mauront vivait au rythme des 1 200 salariés d’Orange. Le midi, les restaurants du coin faisaient le plein. Les commerçants vendaient sandwiches, fruits et boissons. Les rues étaient animées. Aujourd’hui, il ne reste que 200 techniciens, protégés par des agents de sécurité. Le vide se fait sentir.

« C’est la mort lente d’un quartier », résume un commerçant. Les restaurants ont perdu leur clientèle régulière. Les boutiques voient leur chiffre d’affaires chuter. « On ne survivra pas si ça continue », prévient un gérant. Le paradoxe est cruel : le site est à côté de la Cité des Arts de la Rue, nouveau symbole culturel du renouveau. Mais que pèse la culture face au départ de 1 100 consommateurs réguliers ?
La CFE-CGC espère un retour « quand le quartier aura été pacifié ». Mais sans emploi, qui viendra pacifier ? Les forces de l’ordre ne peuvent pas tout. La présence économique est un facteur clé de la revitalisation des quartiers.
La Poste, la SNCF… Marseille, laboratoire du désengagement des grands groupes ?
Orange n’est pas la première entreprise à quitter les quartiers populaires marseillais. La Poste, la SNCF, d’autres grands groupes ont réduit leur présence à Saint-Mauront, La Belle de Mai, Noailles. Chaque départ fragilise un peu plus le tissu économique local.
Le phénomène est bien documenté : les beaux quartiers (Euroméditerranée, littoral sud) captent les emplois tertiaires, tandis que les quartiers nord perdent leurs rares bastions économiques. Le retrait des services publics et des grands groupes prive les habitants de « droit à la ville » et de perspectives d’emploi de proximité.
« On assiste à une ségrégation spatiale qui s’accélère », analyse un chercheur en urbanisme. Les habitants des quartiers populaires n’ont pas les moyens de suivre les emplois qui s’éloignent. Ils se retrouvent piégés dans des zones appauvries, sans perspective d’amélioration. Le départ d’Orange pourrait créer un précédent dangereux, incitant d’autres entreprises à suivre le même chemin.
Les habitants pris en otage entre trafic et désertification économique
Les habitants de Saint-Mauront vivent une double peine. D’un côté, ils subissent la violence du narcotrafic, qui pourrit leur quotidien et leur réputation. De l’autre, ils voient partir les rares emplois et services qui faisaient vivre le quartier. « Pendant que l’entreprise déplace ses cadres, les habitants restent avec leurs problèmes », résume un collectif d’habitants. Certains dénoncent une forme d’hypocrisie : Orange n’a jamais investi dans la sécurisation du quartier ni dans des dispositifs de médiation sociale. « Ils ont préféré payer 34 millions pour des travaux inutiles plutôt que de financer des emplois de médiateurs ou des caméras de surveillance », regrette une habitante.
Sécurité des employés, survie des quartiers : un match nul qui coûte cher à Marseille
Le conflit d’Orange à Marseille pose une question insoluble : comment concilier la sécurité des salariés et la survie des quartiers populaires ? Personne ne peut exiger d’un employé qu’il travaille dans un environnement dangereux. Mais quitter le quartier, c’est abandonner les habitants qui n’ont pas les moyens de partir.
Leçons pour demain : faut-il subventionner les entreprises qui restent dans les quartiers difficiles ?
La solution n’est pas simple. Plusieurs pistes émergent des débats. La première : un dispositif de sécurité mutualisé, associant police, agents de sécurité privée et assurances, qui permettrait aux entreprises de rester sans mettre leurs salariés en danger. La seconde : une défiscalisation des entreprises qui maintiennent leurs sites dans les zones urbaines sensibles (ZUS). La troisième : un contrat de revitalisation imposé par la collectivité, qui obligerait les grands groupes à compenser leur départ par des investissements dans le quartier.
Les 34 millions d’euros de rénovation posent une question lancinante : n’auraient-ils pas été mieux investis dans un plan de sécurité public-privé plutôt que dans un déménagement précipité ? « On a dépensé une fortune pour un site qu’on abandonne. Cet argent aurait pu servir à sécuriser le quartier et à maintenir l’emploi », regrette un syndicaliste.
Au final, il n’y a pas de gagnant dans cette affaire. Les salariés perdent leurs repères. Le quartier perd son poumon économique. Orange perd l’argent investi. Et Marseille perd un symbole de son attractivité. La nécessité d’une stratégie globale pour les quartiers marseillais, qui dépasse le simple arbitrage comptable d’Orange, n’a jamais été aussi urgente.
Conclusion
Le conflit autour du déménagement du site Orange à Marseille illustre un paradoxe français : comment des entreprises peuvent-elles investir massivement dans un quartier populaire, puis l’abandonner du jour au lendemain sous prétexte d’insécurité ? Les 34 millions d’euros de rénovation, les 1 100 salariés sans bureau fixe, la stigmatisation d’un quartier entier — tout cela compose un tableau où personne ne sort gagnant. Les salariés perdent leurs repères professionnels et sociaux. Le quartier Saint-Mauront perd son dernier poumon économique. Orange perd la crédibilité de ses engagements territoriaux. Et Marseille perd un peu plus de sa cohésion sociale, dans une ville où les inégalités spatiales ne cessent de se creuser. Au-delà du cas particulier d’Orange, cette affaire pose une question de fond : jusqu’où les grandes entreprises sont-elles prêtes à assumer leur responsabilité territoriale dans les quartiers populaires ? La réponse, pour l’instant, ressemble à un abandon déguisé en mesure de sécurité.