L'émotion était immense, samedi 21 février 2026, dans les rues de Lyon. Trois mille deux cents personnes avaient défilé pour rendre hommage à Quentin Deranque, ce jeune homme de 23 ans mort des suites d'une agression violente. Pourtant, deux jours plus tard, le souffle retombé, c'est un tout autre son de cloche qui a retenti. Ce lundi 23 février, la famille de la victime a brisé le silence par un communiqué cinglant transmis par leur avocat Me Fabien Rajon. Loin de simplement remercier le mouvement né dans les rues, les proches de Quentin ont exprimé leur colère et leur désarroi face à une instrumentalisation politique sans scrupules et des dérives d'une rare violence

Un communiqué qui change tout : la famille brise le silence
Lundi après-midi, l'avocat de la famille, Maître Fabien Rajon, a transmis aux médias un texte qui a agi comme un électrochoc. Dans ce communiqué, les parents de Quentin Deranque prennent leurs distances avec l'événement qui a mobilisé l'extrême droite lyonnaise et nationale le week-end précédent. Ils affirment n'avoir « ni été présents ni à l'initiative du rassemblement ». Cette précision est cruciale : elle dissocie officiellement le cercle familial de la foule qui clamait le nom de leur fils dans les rues de Lyon. La tension est palpable entre un deuil qui demande silence et respect, et une médiatisation tonitruante qui semble avoir échappé à tout contrôle. Ce texte marque le point de bascule d'une affaire qui n'est plus seulement judiciaire, mais devenue un enjeu de société majeur.
« Sans la moindre pudeur » : les mots choqués qui font effet de choc
La formule choisie par la famille ne laisse place à aucune ambiguïté. En condamnant « très fermement la récupération politique de cette marche effectuée sans la moindre pudeur », les proches de la victime utilisent des mots d'une rare violence à l'égard des organisateurs. L'expression « sans la moindre pudeur » est particulièrement lourde de sens. Elle ne dit pas seulement que la politique n'avait rien à faire là, elle suggère une indécence fondamentale, une violation de la bienséance la plus élémentaire en temps de deuil. C'est une accusation morale gravissime envers ceux qui ont utilisé le cercueil de Quentin comme un étendard politique. Ces mots révèlent une colère profonde, celle de voir la douleur d'une mère ou d'un père détournée pour servir des slogans haineux ou des ambitions partisanes.
Ce que la famille acceptait — et ce qu'elle a découvert avec effarement
Il est important de ne pas caricaturer la position de la famille. Leur message précise avec soin qu'ils n'étaient pas opposés par principe à un hommage public. Ils expliquent qu'ils « n'avaient a priori rien contre l'idée d'un hommage à Quentin suite au crime dont il a été victime, à la condition qu'il fût respectueux et apolitique ». Cette nuance est essentielle : la famille acceptait que des gens veuillent se rassembler pour dire leur tristesse et leur réprobation de la violence. Ce qu'ils rejettent, c'est la colorisation idéologique de ce rassemblement. Dans leur communiqué, ils prennent d'ailleurs le soin de « remercier les participants venus dans une démarche sincère et digne ». Cela sous-entend malheureusement que, selon eux, une partie du cortège ne correspondait pas à cette description.
Le rôle de l'avocat Fabien Rajon dans la médiatisation
La transmission du communiqué par un avocat n'est pas anodine. Me Fabien Rajon, conseiller juridique de la famille, a choisi de rendre le texte public via les médias nationaux, initialement à travers RTL, avant qu'il ne soit repris par l'ensemble de la presse française. Cette stratégie de communication montre la détermination des proches à reprendre le contrôle du récit. En passant par un canal officiel et juridique, la famille s'assure que sa parole ne sera pas déformée ou instrumentalisée à son tour. L'avocat devient le garant de l'authenticité du message familial face aux multiples versions qui circulaient déjà sur les réseaux sociaux.
Samedi 21 février : ce qui s'est vraiment passé dans les rues de Lyon

Si la famille réagit aussi vivement, c'est parce que les faits observés samedi ne relèvent pas de l'exagération. Le cortège qui a traversé Lyon a rapidement dépassé le cadre d'une marche silencieuse ou pacifique. Alors que les organisateurs appelaient au recueillement, la rue a résonné de slogans xénophobes et de provocations en tout genre. Des drapeaux français et des roses blanches étaient en évidence, tentant de donner une image républicaine et respectable à l'événement. Cependant, sous cette apparente unité nationale, des éléments radicaux ont surfé sur l'émotion collective pour exprimer leur idéologie en pleine lumière.
« Sales bougnoules », « sales pédés » : les insultes entendues dans le cortège

Les propos rapportés par plusieurs médias, dont France Inter et Le Parisien, sont glaçants. Au cœur du cortège, des manifestants n'ont pas hésité à scander des insultes racistes et homophobes à haute voix. Les termes « sales bougnoules », « sales pédés », « à bas les bougnoules » ou encore « sale race » ont été entendus distinctement par des riverains et des journalistes présents sur place. Ces cris, qui n'ont rien à voir avec le recueillement, ont soulevé l'indignation bien au-delà des cercles politiques habituels. Il est particulièrement choquant de noter que ces chants n'étaient pas le fait de quelques isolés en marge du défilé, mais émanaient de la foule elle-même. Le service d'ordre de la marche a dû intervenir à plusieurs reprises pour tenter de faire taire ces individus, prouvant que la haine avait débordé le cadre strict prévu par les organisateurs.
Deux saluts nazis et deux enquêtes du parquet de Lyon
La gravité des faits a dépassé le simple stade de l'insulte pour toucher à la pénalisation des actes. La préfecture du Rhône, qui suivait l'événement en temps réel grâce à ses services de renseignement et à l'analyse des vidéos sur les réseaux sociaux, a repéré au moins deux personnes effectuant des saluts nazis en plein cortège. Face à ces images indiscutables, le parquet de Lyon a immédiatement réagi en ouvrant deux enquêtes distinctes dès le lendemain. La première vise des chefs de « provocation publique à la haine ou à la violence » et concerne spécifiquement ces gestes fascistes qui constituent une apologie de crime contre l'humanité. La seconde enquête cible les « injures racistes et homophobes » proférées pendant le trajet. Le procureur a précisé qu'il s'agissait d'une « enquête d'initiative », soulignant la gravité avec laquelle les autorités judiciaires ont traité ces débordements.
Le centre opérationnel de la préfecture en alerte
La rapidité de la réaction institutionnelle mérite d'être soulignée. Le centre opérationnel de la préfecture du Rhône a analysé les vidéos circulant sur les réseaux sociaux en temps réel, permettant d'identifier les faits répréhensibles au moment même où ils se produisaient. Cette surveillance accrue témoigne de la tension qui entourait l'événement. Les autorités savaient que cette marche, organisée en hommage à un militant d'extrême droite, risquait d'attirer des éléments radicaux. Le dispositif de sécurité était donc renforcé, avec un suivi particulier des images diffusées en direct par les participants eux-mêmes, souvent inconscients de documenter leurs propres dérives.
Aliette Espieux et Eliot Bertin : l'organisatrice et son mari néonazi

Pour comprendre comment une marche hommage a pu dériver si rapidement, il faut regarder du côté de ceux qui en ont pris l'initiative. L'organisatrice de la marche n'est pas une inconnue dans les milieux militants lyonnais. Il s'agit d'Aliette Espieux, une figure bien implantée dans les réseaux conservateurs et identitaires. Sa présence en tête du cortège n'est pas anecdotique : elle donne le ton de l'événement et oriente sa nature profonde. Présentée souvent comme une simple « citoyenne » ou une militante pro-vie, sa trajectoire politique est en réalité beaucoup plus tranchée et connectée aux sphères radicales de l'extrême droite française.
Porte-parole de la Marche pour la Vie, ex-candidate RN… et mariée à un leader néonazi
Aliette Espieux a un parcours qui en dit long sur ses fréquentations politiques. Figure publique du mouvement anti-avortement en tant que porte-parole de la « Marche pour la Vie », elle a aussi tenté l'aventure électorale sous les couleurs du Rassemblement National. En 2020, elle figurait sur une liste RN à Lyon. Cependant, c'est sa vie privée qui inquiète le plus les observateurs avertis : elle est mariée à Eliot Bertin. Ce nom est tristement célèbre dans les milieux antifascistes lyonnais. Bertin n'est pas un simple militant ; il est le leader de « Lyon Populaire », un groupuscule d'extrême droite qui a été dissous par le gouvernement pour « apologie de la collaboration avec le nazisme » et provocation à la haine. On parle d'un homme décrit comme un « violent multirécidiviste », impliqué dans au moins huit agressions physiques entre 2018 et 2023.
Quand l'extrême droite recycle ses cadres sous des étiquettes « citoyennes »
Le cas d'Aliette Espieux n'est malheureusement pas isolé dans le paysage politique français. Il témoigne d'une stratégie plus large de l'extrême droite, surtout depuis la vague de dissolutions de groupuscules violents initiée en 2017. Depuis cette date, quarante-neuf groupes ont été interdits par décret en conseil des ministres, dont les derniers en date « La Jeune Garde » et justement « Lyon Populaire » du mari d'Aliette. Face à cette répression étatique, les militants ne disparaissent pas pour autant. Ils se recyclent et se réorganisent. Ils créent de nouvelles structures aux noms plus anodins, ou investissent des mouvements sociaux comme la défense de la vie ou les luttes de voisinage, pour se donner une légitimité de façade.
Les déclarations menaçantes avant même la marche
Avant même le défilé du 21 février, Aliette Espieux avait tenu des propos inquiétants auprès de France Info. Elle avait déclaré : « L'hommage va peut-être permettre à certaines personnes de manifester leur colère et leur désir de justice. S'il n'y a pas la justice qui est faite ou si elle est rendue impossible à cause du délai pris par la justice, on passera de la colère à autre chose. » Cette phrase, avec son sous-entendu menaçant, laissait présager que l'événement pourrait déraper. Elle illustrait également la stratégie consistant à instrumentaliser le drame pour exercer une pression sur les institutions judiciaires, transformant un hommage funèbre en terrain de confrontation politique.
« Il n'était pas agent de sécurité » : la famille contredit Alice Cordier
Au-delà de l'organisation de la marche, c'est la narration même de la vie de Quentin Deranque qui est devenue un terrain de conflit. Une bataille mémorielle a commencé immédiatement après sa mort, opposant sa famille à certains de ses fréquentations politiques. Alice Cordier, présidente du collectif identitaire très médiatisé Némésis, a rapidement proposé une version héroïque des événements. Selon elle, Quentin n'était pas un simple militant tombé par hasard dans une embuscade ; il présentait la figure du gardien du temple, celui qui sacrifie sa sécurité pour protéger les autres.
Némésis et la mythologie du « martyr en mission »
Alice Cordier a affirmé, peu après les faits, que Quentin Deranque était présent ce soir-là pour « assurer la sécurité » des militantes de son groupe. Elle a tenté de le présenter comme un agent de sécurité quasi professionnel, investi d'une mission de protection sacrée. C'est une rhétorique classique des groupuscules militaires : transformer la mort en acte de guerre et la victime en soldat tombé au champ d'honneur. Cette construction narrative permet de galvaniser les troupes, de susciter l'adhésion émotionnelle et de justifier des représailles futures. Elle déshumanise partiellement la victime pour en faire un symbole abstrait, un étendard autour duquel il est facile de rallumer des braises politiques.
Pourquoi la vérité sur Quentin dérange les récupérateurs
Face à cette mythification en marche, la famille a dû trancher et opposer un démenti catégorique. Dans leur communiqué, ils affirment noir sur blanc que Quentin « n'était ni agent de sécurité, ni membre d'un quelconque service d'ordre ». Ce rectificatif n'est pas seulement un souci de vérité factuelle, c'est un acte de résistance contre l'instrumentalisation. En refusant de laisser leur fils passer pour un soldat d'élite, la famille refuse qu'il devienne un prétexte à la violence future. Si Quentin n'était qu'un jeune homme, mort dans des circonstances tragiques et absurdes, alors sa mort doit appeler au deuil et au calme, et non à la mobilisation militante. Cette vérité dérange les récupérateurs car elle prive leur discours de sa puissance symbolique.
Le contexte de l'agression initiale du 12 février
Pour comprendre les enjeux de cette bataille narrative, il faut revenir aux faits du jeudi 12 février 2026. Ce jour-là, vers 18 heures, une rixe a éclaté à quelques minutes à pied de Sciences Po Lyon, en marge d'une conférence donnée par l'eurodéputée LFI Rima Hassan. Des vidéos amateurs montrent plusieurs silhouettes encagoulées s'acharner sur trois corps recroquevillés. Les coups de poing et de coude pleuvent, un coup de pied à la tête est donné, avant la fuite des assaillants. Quentin Deranque, qui avait accompagné le collectif Némésis, s'est retrouvé isolé après la dispersion. Il est décédé deux jours plus tard, le samedi 14 février. La sous-direction antiterroriste a été saisie pour appuyer l'enquête de la police judiciaire de Lyon.
Comment repérer la récupération politique sur les réseaux sociaux
Pour les jeunes générations qui baignent dans les réseaux sociaux, il est parfois difficile de faire la part des choses entre un hommage sincère et une manœuvre de manipulation. L'affaire Quentin Deranque constitue un cas d'école pour apprendre à décrypter l'information en ligne. Les plateformes comme X (anciennement Twitter), TikTok ou Instagram sont des terrains fertiles pour les groupes qui cherchent à instrumentaliser les émotions collectives. Comprendre les mécanismes de cette récupération est essentiel pour ne pas devenir soi-même un vecteur de propagande, même involontairement.
Les trois signaux d'alarme : qui organise, qui parle, quels mots ?
Pour repérer la récupération politique, une check-list mentale peut s'avérer très utile. Premier signal : qui est à l'origine de l'événement ? Une simple vérification des profils des organisateurs permet souvent de révéler des appartenances politiques masquées. Dans le cas de la marche du 21 février, l'organisatrice était présentée comme une simple militante associative, alors que son parcours et ses liens familiaux la connectaient directement à l'extrême droite radicale. Deuxième signal : quels sont les mots-clés et les visuels utilisés ? Si une manifestation de deuil est noyée sous des slogans nationalistes, xénophobes ou s'affiche avec des symboles historiques controversés, ce n'est plus un deuil, c'est un meeting. Troisième signal : quelle est la réaction de la famille ? C'est l'indicateur le plus fiable. Si les proches prennent leurs distances, condamnent l'événement ou demandent le calme, il faut immédiatement questionner la légitimité du mouvement.
Pourquoi les émotions sincères font le lit des extrêmes
Il faut comprendre le mécanisme psychologique à l'œuvre dans ce type de récupération. Les drames violents, comme la mort d'un jeune homme, suscitent une émotion collective brute, puissante et contagieuse. Cette émotion cherche une sortie, un moyen de s'exprimer et de se concrétiser. Les groupes extrémistes, qu'ils soient de droite ou de gauche, sont des spécialistes de la capture de cette énergie émotionnelle. Ils savent transformer la colère et la tristesse en militantisme actif. En surfant sur la vague émotionnelle, ils gagnent en visibilité et en recrues potentielles, légitimant leur existence par la « défense d'une victime ». C'est un mécanisme aussi vieux que la politique, mais considérablement amplifié par la viralité numérique moderne.
La responsabilité des plateformes face aux contenus haineux
La question de la responsabilité des réseaux sociaux dans la diffusion de ces messages haineux mérite également d'être posée. Lors de la marche du 21 février, les vidéos montrant des saluts nazis ou des insultes racistes ont circulé massivement, parfois sans modération. Si ces contenus ont permis aux autorités d'identifier les coupables, ils ont aussi contribué à normaliser des comportements inacceptables aux yeux de nombreux utilisateurs. La vigilance face à ce que l'on partage, like ou commente devient une compétence citoyenne essentielle à l'ère numérique, particulièrement lorsque l'émotion brouille le jugement critique.
« La mémoire de Quentin n'appartient pas à des groupuscules » : le message universel

Au-delà de la condamnation des débordements du samedi et des polémiques sur le passé de Quentin, le message de la famille porte une portée beaucoup plus large. Ils tentent de replacer leur drame individuel dans une perspective collective apaisée. Alors que le pays s'enflamme et que les tensions politiques montent d'un cran, les proches de la victime appellent à la raison. Ils refusent que la mort de leur fils devienne une nouvelle ligne de fracture dans une société déjà profondément divisée. Leur message, paradoxalement, est profondément politique puisqu'il refuse la politisation. Il invite à sortir des clivages idéologiques pour retrouver une humanité commune.
Des obsèques dans l'intime pour échapper à la mise en scène
Conséquence logique de leur prise de position, la famille a choisi de se retrancher dans le privé pour les adieux définitifs. Les obsèques de Quentin Deranque se sont déroulées ce mardi 24 février, simultanément à Lyon et en Isère. Contrairement à l'espace public envahi le samedi précédent, les cérémonies se sont tenues « dans la stricte intimité familiale ». Ce choix n'est pas un détail anodin. Il marque la volonté de la famille de reprendre le contrôle sur l'image de leur fils et sur le rituel funéraire, loin des caméras, des drapeaux politiques et des slogans. Après ce qu'ils ont qualifié de marche effectuée « sans la moindre pudeur », le besoin de calme et de respect du silence des morts est devenu une priorité absolue pour ces parents en deuil.
« À tous les Français, sans exclusive » : un appel à l'unité
La phrase finale du communiqué familial résume tout leur espoir et leur exigence : « La mémoire de Quentin n'appartient pas à des groupuscules, mais à tous les Français, sans exclusive. » C'est un message politique puissant qui dit en substance : « Ne vous en servez pas pour diviser ». En affirmant que la mémoire de leur fils est universelle, ils dépossèdent les extrêmes de leur trophée. Ils refusent la dichotomie entre « les nôtres » et « les autres » qui nourrit les conflits politiques. Ce message est un appel à l'unité nationale dans un moment où la France semble prête à se déchirer. Il rappelle que face à la mort et à la tragédie, nous sommes tous égaux, et qu'aucune idéologie ne possède le monopole de l'émotion ni de la justice.
La réaction d'Emmanuel Macron et l'écho présidentiel
L'affaire a également trouvé un écho au plus haut sommet de l'État. Emmanuel Macron a annoncé une réunion gouvernementale le mardi 24 février au matin pour se pencher sur la lutte contre les « groupes violents ultras ou extrêmes ». Le chef de l'État avait affirmé dès samedi : « Dans la République, aucune violence n'est légitime » et « il n'y a pas de place pour les milices, d'où qu'elles viennent ». Cette réunion à l'Élysée, en présence du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et de représentants du renseignement, visait à « réaliser un bilan des actions menées » et à faire « une revue des risques à venir ». Le président a tenu à dénoncer la violence politique, qu'elle vienne des « mouvements d'extrême gauche » comme « d'extrême droite », appelant tous les « extrêmes » à « faire le ménage » dans leurs rangs.
Conclusion : respecter le deuil, c'est refuser l'instrumentalisation
L'affaire de la marche pour Quentin Deranque aura été un moment d'intense brutalité politique, mais aussi une leçon de civisme venue de ceux qui auraient eu toutes les raisons de laisser parler leur colère. La famille, par sa voix et par ses actes, a tracé une ligne rouge infranchissable entre le deuil légitime et la haine récupératrice. En condamnant les insultes racistes comme la récupération politique, ils ont refusé de choisir un camp parmi ceux qui s'affrontent dans la rue, choisissant plutôt le camp de la dignité humaine. Leur message résonne comme un rappel à l'ordre pour tous les citoyens : derrière chaque fait divers, il y a des vies brisées qui méritent plus qu'un slogan sur une banderole.
Ce que nous dit ce communiqué sur l'état de notre débat public
Ce courage de la famille nous interroge sur notre propre consommation de l'information. Nous sommes trop souvent enclins à juger hâtivement, à prendre parti automatiquement, à amplifier des mouvements sans en connaître les véritables instigateurs ni les intentions cachées. Le communiqué du 23 février nous rappelle que le web et la rue sont des lieux où la vérité peut être vite étouffée par le bruit partisan. La capacité de cette famille à s'élever au-dessus de la mélasse politique pour réclamer simplement un hommage « respectueux et apolitique » est une leçon de hauteur de vue qui mérite d'être méditée. Elle nous invite à être plus prudents, plus exigeants et plus humains dans notre réaction aux tragédies qui secouent notre société fracturée.
La dernière leçon d'une famille en deuil
Finalement, tout repose sur cette phrase clé qui résume la position familiale : « La mémoire de Quentin n'appartient pas à des groupuscules, mais à tous les Français, sans exclusive. » C'est une invitation ferme à ne pas laisser la haine avoir le dernier mot. En refusant que leur fils devienne une icône de division, la famille Deranque le transforme paradoxalement en un symbole d'unité et de résistance face à l'opportunisme politique. C'est sans doute le plus bel hommage qu'ils pouvaient lui rendre : protéger sa mémoire de ceux qui prétendaient la défendre. À nous, désormais, d'entendre ce message et de veiller à ce que justice soit rendue, certes, mais sans jamais sacrifier notre humanité commune sur l'autel des idéologies.