La situation à l'Université Lumière Lyon 2 dépasse désormais la fiction. Dans un climat universitaire devenu électrique, la révélation d'un enseignant affirmant exercer son métier sous escorte privée a agi comme une bombe à retardement. Ce qui pourrait ressembler à un scénario de thriller politique est pourtant la réalité crue du campus de la Porte des Alpes en ce début d'année 2026. Alors que la mort de l'étudiant Quentin Deranque a placé la métropole lyonnaise sous tension médiatique et politique, l'aveu de Fabrice Balanche jette une lumière crue sur les dérives possibles de la violence politique à l'université. Le tableau d'une faculté où la sécurité devient une obsession individuelle, où les murs se couvrent de tags injurieux et où un professeur n'ose plus aller enseigner sans gardes du corps, interroge l'état de la liberté académique en France.

« Je fais cours sous protection » : la révélation qui éclate sur les murs de Lyon 2
C'est une confession qui a de quoi faire froid dans le dos. Lors d'une apparition télévisuelle, un universitaire respecté a admis vivre sous la menace permanente, contraint de prendre des mesures d'exception pour continuer à enseigner. L'image d'un professeur d'université publique, lieu par essence de débat et d'ouverture, devant se déplacer avec une protection rapprochée pour assurer sa sécurité et celle de ses étudiants, marque une rupture symbolique forte. Elle illustre l'escalade de la tension qui règne désormais dans certains établissements français, où le conflit politique ne s'exprime plus seulement par des pamphlets ou des débats, mais par l'intimidation physique.
Sur le plateau du Figaro TV, Fabrice Balanche lâche la bombe
L'étincelle qui a enflammé la communauté universitaire et médiatique est partie du plateau de l'émission « Points de Vue » sur la chaîne d'information. Invité pour évoquer l'actualité brûlante de Lyon, Fabrice Balanche, maître de conférences en géographie, y a fait une déclaration stupéfiante. Il a affirmé sans ambages qu'il enseigne désormais « sous la protection de deux agents privés ». Cette révélation a d'autant plus de poids qu'elle émane d'un universitaire qui ne vit pas dans une zone de guerre, mais au cœur de la France, sur un campus paisible en apparence.
Cette protection, mise en place depuis onze mois, n'est pas une fantaisie paranoïaque, mais une réponse directe à des menaces précises. Balanche a profité de cet espace médiatique pour dénoncer l'atmosphère délétère qui règne à Lyon 2, liée selon lui à l'influence d'une « nébuleuse antifasciste ». Cette apparition télévisée intervient également dans un contexte particulier, quelques jours seulement après la tragédie ayant coûté la vie à Quentin Deranque, un étudiant de cette même université, rattachant immédiatement les deux affaires dans l'imaginaire collectif et montrant que la violence peut toucher tous les bords du spectre politique. Pour ceux qui cherchent à comprendre les tenants et aboutissants de cette affaire, ce lien n'est pas anecdotique, il illustre la perméabilité entre la violence verbale et la violence physique sur les campus.

Un nom tagué sur les murs, une vie sous surveillance
Derrière cette annonce télévisée se cache une réalité quotidienne faite d'humiliations et de peur. Fabrice Balanche a détaillé les harcèlements dont il est victime, expliquant que son nom est tagué sur les murs des campus de Sciences Po et de Lyon 2 depuis des mois. Les inscriptions « Balanche, casse-toi ! », « Balanche nazi » ou encore « Balanche dégage » sèment la terreur dans son environnement professionnel immédiat. Cette campagne de déshumanisation par l'image a culminé en octobre dernier, avec une opération d'affichage diffamatoire entre les deux établissements universitaires lyonnais.
Face à cette escalade, la décision de recourir à une sécurité privée est apparue comme une nécessité vitale. L'universitaire a expliqué crûment que si un professeur venait à être agressé physiquement dans son amphithéâtre, cela constituerait une « tache » indélébile sur la réputation déjà écornée de l'établissement. Désormais, pour chaque cours, le décor planté à l'entrée de l'amphithéâtre est celui d'une zone de conflit : deux agents de sécurité privée postés en faction, scannant les alentours, filtrant les entrées. Ce contraste saisissant entre l'architecture classique de la faculté et ces pratiques de protection rapprochée témoigne d'une bascule inquiétante du monde académique vers une culture de la sécurité et de la méfiance.
Quentin Deranque : l'étudiant de Lyon 2 devenu symbole d'une violence politique mortelle

L'ombre plane sur l'ensemble de cette affaire. Si Fabrice Balanche vit reclus, la violence a déjà tué à Lyon. Le 14 février 2026, Quentin Deranque, jeune étudiant de 23 ans inscrit en BUT science des données à l'Université Lyon 2, perdait la vie après une agression dans les rues de la ville. Ce drame a immédiatement dépassé le fait divers pour devenir le catalyseur d'une crise majeure, mettant en lumière l'extrémisation des milices étudiantes et la radicalisation politique qui gangrène une partie de la jeunesse. La mort de ce jeune homme a servi de révélateur brutal, transformant Lyon en un champ de bataille symbolique où chaque camp tente de s'approprier la mémoire de la victime.
De l'amphi de maths aux rues de Lyon : le parcours d'un étudiant invisible
Pour comprendre la portée de l'événement, il faut revenir sur le parcours de Quentin Deranque. À première vue, rien ne prédisposait ce jeune homme, originaire de Saint-Cyr-sur-le-Rhône, à devenir la figure emblématique d'un conflit idéologique mortel. Étudiant sérieux et discret, il réalisait son alternance à la SNCF, menant de front ses cours et son travail. Cependant, derrière cette façade d'anonymat se cachait une ferveur politique et religieuse intense. Converti au catholicisme traditionaliste, Quentin Deranque était un fidèle assidu de l'église Saint-Georges, dans le Vieux Lyon, où la messe est célébrée en latin.

Son engagement militant s'était cristallisé autour de groupuscules nationalistes, notamment la cofondation en mai 2025 du mouvement « Les Allobroges » à Bourgoin-Jallieu. Décrit par ses proches comme un jeune homme pieux, un « rat de bibliothèque » dévorant saint Thomas d'Aquin et saint Augustin, il se positionnait en croisé de la civilisation chrétienne. Pour ses camarades de combat, il est déjà devenu un héros et un martyr, ce qui illustre la dangerosité de l'atmosphère actuelle : la mort n'est plus une fin tragique, mais un outil de propagande.
Une mort qui révèle les failles de l'université
Le décès de Quentin Deranque n'est pas survenu dans le vide. Il a eu lieu en marge d'une conférence de Rima Hassan à Sciences Po Lyon, événement qui a polarisé les tensions. Cette violence a agi comme un électrochoc pour la communauté universitaire, exposant l'incapacité des institutions à protéger ses membres. Soudainement, les disputes de campus ont pris une gravité mortelle, et les mots ont laissé place aux coups.
Cette tragédie a plongé l'Université Lyon 2 dans une tourmente médiatique et politique. Elle a forcé l'ensemble des acteurs à regarder en face la réalité d'une violence politique qui s'était jusqu'ici manifestée par des tags ou des occupations, mais qui venait de franchir un seuil irréversible. Pour beaucoup, cette affaire est le point de non-retour. Elle a révélé les failles béantes d'un système de sécurité et de prévention impuissant face à des groupuscules déterminés à utiliser la force pour imposer leur vision idéologique, laissant les étudiants et les enseignants dans un état de vulnérabilité inédit.
1er avril 2025 : l'intrusion qui a tout changé pour Fabrice Balanche
Pour saisir l'absurdité de la situation actuelle, il faut revenir à l'événement déclencheur qui a poussé Fabrice Balanche à vivre reclus. Ce ne sont pas des rumeurs ou des menaces diffuses, mais une agression caractérisée survenue en plein jour, au cœur de l'université. Le 1er avril 2025, bien avant que la mort de Quentin Deranque ne vienne assombrir le paysage lyonnais, l'amphithéâtre de l'université Lyon 2 a été le théâtre d'une scène digne d'un putsch militaire. Ce jour-là, le calme universitaire a été brisé par une violence inouïe qui a laissé des traces psychologiques indélébiles chez l'enseignant et les étudiants présents.
« Racistes, sionistes, c'est vous les terroristes » : l'amphi pris d'assaut
Le scénario s'est déroulé avec une précision chirurgicale. Fabrice Balanche donnait un cours sur la politique européenne de voisinage, un sujet neutre en apparence, mais qui touche indirectement aux géopolitiques sensibles du Proche-Orient, spécialité de l'enseignant. Soudainement, une quinzaine d'individus masqués et encapuchonnés ont fait irruption dans la salle. Ils ne venaient pas pour débattre, mais pour intimider.
Criant des slogans tels que « Racistes, sionistes, c'est vous les terroristes », les agresseurs ont déployé une banderole pro-palestinienne, transformant l'espace pédagogique en un tribunal politique expéditif. Fabrice Balanche a été directement visé, accusé d'être « pro-Assad, complice du génocide ». Pendant plusieurs minutes, le cours a été interrompu, le débat académique remplacé par la diatribe idéologique. Cette intrusion, revendiquée par le groupe « Autonomes de Lyon 2 », visait explicitement à chasser l'enseignant de son propre amphithéâtre. Le parallèle avec les méthodes d'intimidation utilisées par d'autres groupuscules, comme mentionné dans l'article sur les suspects identifiés et les liens avec l'ultragauche, est troublant et suggère une stratégie coordonnée pour faire taire les voix dissidentes.

Les « Autonomes de Lyon 2 » revendiquent, l'université tremble
L'agression du 1er avril n'a pas été un fait isolé, mais une action revendiquée par un groupe structuré. Les « Autonomes de Lyon 2 » ont publié un communiqué justifiant leur acte par la nécessité de dénoncer « le soutien inconditionnel de Fabrice Balanche à la politique des régimes israéliens et assadistes ». Ils ont exigé de la présidence de l'université qu'elle reconnaisse la « position de militant d'extrême droite » du professeur. Ce discours justificatif montre comment certains groupes estiment détenir le monopole de la vérité politique et s'arrogent le droit de sanctionner eux-mêmes les enseignants qui s'écartent de leur doxa.
Cette intrusion s'inscrit dans un contexte plus large de dégradation du climat sur le campus depuis le 7 octobre 2023. Comme l'a noté Fabrice Balanche dans ses déclarations, l'ambiance est devenue délétère, avec des interruptions de cours régulières et des occupations de locaux. L'université, censée être un sanctuaire du savoir, est devenue un terrain d'affrontement où la loi du plus fort menace de s'imposer. Face à cette violence assumée, l'institution a semblé désemparée, oscillant entre la condamnation ferme et le désir de minimiser l'ampleur du phénomène pour préserver une image de calme social, laissant les enseignants confrontés à leur propre insécurité.
Fabrice Balanche : ce géographe qui se dit « ovni » à Lyon 2
Pourquoi un géographe respecté, spécialiste reconnu internationalement, fait-il l'objet d'une telle haine ? La réponse se trouve sans doute dans le parcours atypique de Fabrice Balanche et dans sa visibilité médiatique. Il ne correspond pas au profil classique de l'enseignant-chercheur anonyme, et c'est précisément ce qui le rend vulnérable aux attaques des groupuscules. Son cas illustre la difficulté pour un universitaire de mener une carrière de haut niveau tout en s'impliquant dans le débat public, surtout lorsque ses opinions le placent en décalage avec la pensée dominante au sein de sa propre institution.
Du GREMMO au Washington Institute : un parcours atypique
Le CV de Fabrice Balanche est celui d'un académique brillant et mondialisé. Né en 1969, maître de conférences HDR (Habilitation à Diriger des Recherches) à Lyon 2, il est un arabisant confirmé, spécialiste du Proche-Orient, et plus particulièrement de la Syrie et du Liban. Il a dirigé le GREMMO (Groupe de Recherches et d'Études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient) jusqu'en 2015, une position prestigieuse dans le monde de la recherche. Son expertise ne se limite pas aux frontières françaises puisqu'il a été chercheur invité au Washington Institute de 2015 à 2017, puis à la Hoover Institution de l'université de Stanford, deux think-tanks américains influents.

C'est cette proximité avec les cercles décisionnels et stratégiques américains, ainsi que ses analyses géopolitiques pragmatiques sur le Moyen-Orient, qui lui ont valu d'être distingué par le « Prix du livre de géopolitique » en 2024 pour son ouvrage Les Leçons de la crise syrienne. Cependant, cette aura internationale est perçue par ses détracteurs comme le signe d'un alignement idéologique suspect. Ils voient en lui le représentant d'une pensée impérialiste américaine, ce qui suffit à le transformer en cible légitime pour les militants anti-impérialistes.
« Je suis un ovni à Lyon 2 parce que je suis de droite »
La confession de Fabrice Balanche au journal Le Parisien résume à elle seule le malaise qui l'oppose à une partie de la communauté universitaire : « Je suis un ovni à Lyon-II, parce que je suis de droite ». Cette affirmation met le doigt sur un sujet tabou : l'hégémonie supposée de la gauche dans les sphères universitaires et l'ostracisme qui frappe ceux qui affichent des opinions de droite, surtout lorsqu'elles sont assumées sans complexe.
Cette singularité politique l'a placé dans une position précaire. Bien que la présidente de l'université, Isabelle von Bueltzingsloewen, ait renouvelé son soutien institutionnel après l'intrusion en qualifiant les faits d'« intolérables », elle a également déploré certains propos de l'enseignant, qualifiés de « mensongers » et « affligeants ». Cette ambivalence de la part de sa propre hiérarchie illustre la solitude du professeur. Tiraillé entre l'hostilité des activistes et le soutien mitigé de l'administration, Fabrice Balanche a fini par comprendre qu'il ne pouvait compter que sur lui-même pour assurer sa sécurité, d'où son recours à la protection privée.
Protections privée et fonctionnelle : quand l'État délègue la sécurité des enseignants
Le recours à des gardes du corps par un professeur d'université pose une question juridique et éthique majeure. Si l'État a le devoir de protéger ses fonctionnaires, la réalité montre que l'écart entre la théorie et la pratique peut se combler par des solutions individuelles onéreuses. Ce système à deux vitesses de la protection soulève des interrogations sur l'égalité d'accès à la sécurité et sur les limites de l'engagement de l'État envers ceux qui transmettent le savoir.
265 demandes de protection en 2022 : les chiffres d'une crise silencieuse
Fabrice Balanche n'est malheureusement pas un cas isolé, bien que sa situation soit l'une des plus médiatisées. Les chiffres fournis par le ministère de l'Enseignement supérieur dressent un tableau inquiétant d'une montée des menaces dans le milieu académique. En 2022, pas moins de 265 agents de l'enseignement supérieur ont sollicité une « protection fonctionnelle », un dispositif prévu par la loi pour défendre les fonctionnaires victimes de menaces, violences ou diffamations dans le cadre de leurs fonctions.
Ces statistiques révèlent que 69 % de ces demandes émanent d'enseignants-chercheurs. Le taux d'octroi de cette protection s'élève à 71 %, ce qui indique que l'administration reconnaît souvent le danger réel. Toutefois, la nature de ces menaces a évolué. Si les deux tiers des demandes concernent traditionnellement des conflits entre collègues ou hiérarchiques internes, une part croissante concerne désormais des faits émanant d'usagers ou de tiers extérieurs, souvent liés à des contentieux idéologiques ou à des recherches sensibles. Cette évolution montre que l'université n'est plus une bulle protégée du monde extérieur, mais un espace perméable aux tensions de la société.
La loi interdit les milices privées, mais qui protège vraiment ?
Face à ce contexte, la réponse légale est claire mais difficile à appliquer. L'article 712-2 du Code de l'éducation confie au président d'université la responsabilité du maintien de l'ordre. Il peut faire appel à la force publique, mais cela nécessite une autorisation préfectorale et dépend de la disponibilité des forces de police ou de gendarmerie. De plus, la loi interdit formellement l'existence de milices privées sur les campuses, ce qui inclut les groupes d'étudiants s'auto-proclamant protecteurs ou, paradoxalement, empêche techniquement un enseignant de payer sa propre sécurité dans l'enceinte publique.
Cependant, dans les faits, la protection fonctionnelle, qui consiste souvent en une couverture juridique ou en un accompagnement psychologique, ne suffit pas face à des menaces physiques immédiates. C'est la raison pour laquelle certains enseignants, comme Fabrice Balanche, se tournent vers le secteur privé pour pallier les carences de l'État. Ce système crée une situation ubuesque où un fonctionnaire doit déployer ses propres ressources financières pour accomplir sa mission en sécurité, remettant en cause le principe de protection par la collectivité nationale.
Sciences Po Lyon après Quentin Deranque : contrôles, sacs fouillés, étudiants sous tension
Au-delà du cas spécifique de Fabrice Balanche, l'ambiance générale à l'Institut d'Études Politiques de Lyon a radicalement changé suite à la mort de Quentin Deranque. L'établissement, qui accueillait la conférence en marge de laquelle le drame s'est produit, a dû réagir vite et fort pour rassurer sa communauté. La transformation de l'école en une forteresse quasi sécuritaire illustre l'impact psychologique durable de la violence politique sur la jeunesse étudiante.
« Mes parents ne voulaient pas que je retourne à Lyon » : la peur des familles
Les répercussions du drame dépassent largement le cadre des murs de l'institution. Elles touchent les foyers et inquiètent les familles, qui découvrent avec effroi que l'université, lieu de vie privilégié de leurs enfants, peut devenir un terrain dangereux. Des témoignages recueillis auprès des étudiants racontent la peur des parents, réticents à laisser leur progéniture retourner dans la ville « avec tout ce qu'on a pu potentiellement lire sur les réseaux sociaux ».
Cette anxiété familiale se transpose sur le campus, créant un climat d'insécurité psychologique permanent. Certains élèves avouent être « assez stressés » à l'idée de revenir en cours, scrutant les moindres mouvements suspects. La violence a brisé l'insouciance qui caractérise normalement la vie étudiante. On est passé de la préoccupation pour les examens finaux à celle de sa propre sécurité physique, un changement de paradigme vertigineux pour des jeunes gens qui n'avaient jamais été confrontés à de tels enjeux auparavant.

Contrôle des cartes, fouille des sacs : l'université transformée en forteresse
Pour répondre à cette peur, l'administration de Sciences Po Lyon a mis en place des mesures de sécurité drastiques. Désormais, l'accès aux bâtiments est soumis à un contrôle systématique des cartes d'étudiants. Il n'est plus possible d'entrer et de sortir librement comme dans une gare de passage ; chaque entrée est filtrée. De plus, les sacs sont fouillés à l'entrée, et des agents de sécurité sont postés en permanence aux portes.
Cette militarisation de l'espace universitaire, si elle est rassurante pour certains, interpelle par son ampleur. Elle transforme le lieu d'étude, synonyme d'ouverture et de libre circulation des idées, en un espace contrôlé et cloisonné. Certains étudiants y voient une nécessité tragique pour « savoir qu'il n'y a pas n'importe qui qui va rentrer dans le bâtiment », tandis que d'autres craignent que cette normalisation des contrôles ne finisse par étouffer l'atmosphère libre et créatrice indispensable à l'apprentissage.
La circulaire du 16 février 2026 : quand le ministère tente de reprendre la main
Face à l'onde de choc provoquée par les événements de Lyon, l'État ne pouvait pas rester sans réaction. Le 16 février 2026, soit deux jours à peine après la mort de Quentin Deranque, le ministère de l'Intérieur et celui de l'Enseignement supérieur ont conjointement publié une circulaire destinée à préciser les conditions de sécurisation des événements universitaires. Ce texte tente de fournir un cadre juridique et pratique pour empêcher que la tragédie ne se reproduise, mais soulève des questions sur la faisabilité de ses recommandations.
« La violence politique a atteint un nouveau sommet » : les mots du ministère
La circulaire ne mâche pas ses mots. Elle reconnaît officiellement que « la violence politique a atteint un nouveau sommet, avec la tragédie de Lyon ». Cette reconnaissance est cruciale car elle valide le sentiment d'urgence ressenti par la communauté universitaire. Le texte enjoint aux recteurs et aux préfets de collaborer étroitement pour sécuriser « au sein et aux abords » des établissements les événements étudiants sensibles.
L'objectif affiché est de protéger l'identité de l'université et de garantir que les « troubles à l'ordre public » ne menacent pas l'exercice des libertés académiques. Le Premier ministre a d'ailleurs souligné avec fermeté que si des conférences devaient être interdites pour protéger l'établissement, il faudrait le faire. Cette position marque une volonté politique de ne plus céder à la violence par peur de l'escalade, mais d'imposer la loi républicaine comme unique règle du jeu sur les campuses.
Évaluation au cas par cas : une réponse inégale à une crise systémique ?
Si l'intention est louable, la méthode proposée dans la circulaire suscite quelques réserves. Le texte préconise une appréciation « au cas par cas » par le chef d'établissement, après une analyse précise du contenu de la réunion. Cette approche individualisée risque cependant de créer une insécurité juridique pour les présidents d'université, sommés de juger de la dangerosité potentielle d'un intervenant ou d'un sujet avant même qu'il ne s'exprime.
De plus, cette procédure administrative complexe peut-elle réellement suffire face à des situations d'urgence comme celles vécues par Fabrice Balanche ou lors d'une intrusion surprise ? Le risque existe que cette circulaire ne soit qu'un écran de fumée politique, une réponse administrative à un problème de fond qui est sociétal. En laissant le soin à chaque établissement de gérer sa propre sécurité selon ses moyens, l'État pourrait se dédouaner d'une responsabilité qui devrait pourtant être collective et homogène sur tout le territoire national.
Lyon 2, laboratoire d'une crise nationale : ce que révèlent les cas Balanche et Bergeaud-Blackler
Ce qui se passe à Lyon ne doit pas être considéré comme une simple anomalie locale. La ville semble devenue un laboratoire, un terrain d'expérimentation d'une violence qui menace de se propager à d'autres universités françaises. En comparant le cas de Fabrice Balanche à celui d'autres chercheurs menacés ailleurs en France, on constate une convergence inquiétante des méthodes d'intimidation qui visent à faire taire les voix dissonantes, quelles qu'elles soient.
Florence Bergeaud-Blackler : une chercheuse du CNRS sous protection policière
Le cas de Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue au CNRS, offre un parallèle frappant avec celui du géographe lyonnais. Fin mars 2025, suite à la publication de son ouvrage sur les Frères musulmans, elle a été placée sous protection policière après avoir subi une « vague d'insultes, de calomnies et de menaces, dont des menaces de violences et de mort ». La pression était telle que plusieurs de ses conférences avaient dû être annulées.
Bien que les thèmes de recherche diffèrent, le mécanisme est identique : une tentative d'intimidation violente visant à réduire au silence une chercheuse par l'usage de la terreur. Si Florence Bergeaud-Blackler a bénéficié d'une protection d'État, ce qui n'est pas le cas de Fabrice Balanche qui a dû recourir au privé, les deux situations illustrent la même vulnérabilité croissante des scientifiques face aux idéologies radicales. Elles montrent que la production de connaissances objective devient un acte à risque dès lors qu'elle touche aux lignes de faille de la société moderne.
Une métropole sous tension : quand Lyon devient terrain d'affrontement
Lyon est aujourd'hui au cœur d'une tempête politique qui dépasse largement le cadre des campus. La mort de Quentin Deranque a exacerbé les divisions et a conduit à une guerre de communication féroce entre les différentes parties prenantes. Un exemple frappant est l'annonce par la Ville de Lyon d'une plainte contre la chaîne d'information continue et d'une saisine de l'Arcom, suite à des affirmations selon lesquelles la municipalité aurait donné accès à sa vidéosurveillance au mouvement antifasciste de la « Jeune Garde ».
Cette accusation, qualifiée de « fake news » d'une « extrême gravité » par la municipalité, montre à quel point le discours s'est radicalisé. Entre la métropole, la mairie, Sciences Po et Lyon 2, comme le souligne Fabrice Balanche, c'est tout un écosystème qui est sous tension. Chaque acte, chaque parole est analysé, instrumentalisé et utilisé comme une arme dans un conflit qui ne connaît plus de trêve. Dans cette ambiance de guerre civile larvée, l'université ne peut plus prétendre être une tour d'ivoire ; elle est au contraire sur la ligne de front.

Conclusion : quand la peur devient normale, que reste-t-il de l'université ?
Alors que la ville de Lyon tente de panser ses plaies et que l'Université Lyon 2 se cherche sous le poids des menaces et des drames, une question fondamentale demeure en suspens. Nous sommes entrés dans une ère où la sécurité rapprochée d'un enseignant, les contrôles d'accès systématiques et les tags injurieux risquent de devenir le nouveau quotidien du monde académique. Cette normalisation de la peur constitue une menace existentielle pour l'essence même de l'université française.
La résilience étudiante : « Ça ne va pas nous empêcher d'aller en cours »
Pourtant, au milieu de ce chaos, une voix porte celle de la résilience ordinaire. Une étudiante de Sciences Po Lyon a résumé l'attitude de beaucoup de ses camarades face à cette montée en puissance de la violence : « Ça ne va pas nous empêcher d'aller en cours, nous, on fait nos études, point ». Cette déclaration, à la fois lucide et désabusée, montre que la jeunesse étudiante n'a pas le choix de s'arrêter. Elle doit continuer à apprendre, à penser, à préparer son avenir, même si cet avenir se dessine dans un climat de tension permanente.
Cette ténacité est touchante, mais elle cache aussi une forme d'accoutumance au danger. On s'habitue aux contrôles, on finit par ignorer les tags, on apprend à vivre avec l'insécurité comme on apprend à vivre avec la pluie en hiver. C'est peut-être là le plus grand danger : la banalisation de l'inacceptable. Si les étudiants finissent par considérer que la violence politique est une composante inévitable de leur cursus, alors c'est une victoire idéologique pour ceux qui utilisent la peur comme arme.
L'université peut-elle survivre à la peur ?
Face à cette situation, la responsabilité collective est immense. Si la liberté académique ne peut s'exercer que sous la protection de gardes du corps ou derrière des murs de béton, que reste-t-il de l'ouverture d'esprit et de la sérénité nécessaires à l'apprentissage ? La casse n'est pas seulement physique, elle est intellectuelle. Peut-on débattre librement quand l'on craint pour sa vie ?
L'affaire Fabrice Balanche et le drame de Quentin Deranque agissent comme des miroirs grossissants des fractures qui déchirent la société française. Ils rappellent que l'université n'est pas une enclave protégée, mais le reflet du monde qui l'entoure. Si la République ne parvient pas à rétablir la règle de droit et le respect de la parole différente sur les campuses, elle risque d'y perdre son âme. Le défi pour les mois à venir n'est pas seulement d'installer des caméras ou de recruter des vigiles, mais de restaurer le lien social et la confiance qui permettaient jusqu'alors à la pensée de circuler librement. Sans cela, l'université française risque de se transformer en une forteresse vide de sens, où l'on étudiera en silence, sous haute surveillance, loin du bruit et de la fureur du monde.