Vingt-cinq ans après la loi Taubira, des élus locaux d’extrême droite se détournent des commémorations de l’esclavage. Le maire RN de Carcassonne a retiré son nom de l’invitation à la cérémonie du 10 mai 2026. À Vierzon, le maire d’extrême droite a annulé la commémoration. Pourtant, la loi ne prescrit ni repentance ni réparation.

La loi Taubira reconnaît un crime sans imposer de repentance
La loi adoptée le 10 mai 2001 et promulguée le 21 mai 2001 reconnaît la traite négrière transatlantique, la traite dans l’océan Indien et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Elle se limite à cette reconnaissance. Elle ne prévoit ni excuses collectives ni réparations financières.
Le 10 mai est devenu la Journée nationale des mémoires de la traite et de l’esclavage depuis 2006, issue de cette loi. Une journée du 23 mai existe depuis 2017 pour rendre hommage aux victimes de l’esclavage colonial.
En 2026, des maires d’extrême droite coupent les cérémonies
Pour le 25e anniversaire, le maire RN de Carcassonne a fait retirer son nom du carton d’invitation à la cérémonie du 10 mai, ne laissant que le préfet. À Vierzon, Yannick Le Roux, soutenu par plusieurs partis d’extrême droite, a annulé la commémoration organisée historiquement par la municipalité précédente. Il invoque des économies, un manque d’intérêt des habitants et « un fait historique qui n’a aucun lien avec le présent ». Ce sont ses explications, pas un fait prouvé.
Des élus ultramarins du RN ont critiqué cette annulation. L’embarras n’est pas une ligne nationale : aucune déclaration officielle du RN au niveau national n’a été documentée pour cet anniversaire.
Le débat public s’est déplacé vers les réparations. Le 8 mai 2026, Serge Letchimy, président de la Collectivité territoriale de Martinique, a réclamé une « nouvelle loi sur l’esclavage » pour aller vers les réparations, à deux jours du 25e anniversaire.

Dans un entretien au Monde le 10 mai 2026, Christiane Taubira, à l’initiative de la loi alors députée de Guyane, estime que la France manque d’éthique en esquivant les réparations. Jean-Marc Ayrault, à la tête de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage issue de la loi, attend un geste d’Emmanuel Macron lors d’une rencontre internationale le 21 mai.
La mémoire de l’esclavage reste un sujet de combat sur plusieurs fronts. À 104 ans, Albert Corrieri saisit la CEDH pour faire reconnaître son travail forcé en Allemagne nazie comme esclavage « J’ai été réduit à l’état d’esclavage » : à 104 ans, Albert Corrieri saisit la CEDH pour faire reconnaître son travail forcé en Allemagne nazie. Et l’extrême droite européenne ne suit pas un script unique, comme en Italie où le parti d’extrême droite de Roberto Vannacci a doublé ses députés et défie déjà Meloni Roberto Vannacci : son parti d'extrême droite double ses députés et défie déjà Meloni.
Une plainte de 2005, symptôme des tensions sur la loi
En septembre 2005, un collectif de Français ultramarins a porté plainte contre l’historien Olivier Grenouilleau en invoquant la loi Taubira. La plainte a été retirée en janvier 2006. L’affaire est devenue un symbole des critiques contre les lois mémorielles, distinctes du rejet local des commémorations.

Le texte intégral de la loi Taubira sur Légifrance n’a pas pu être consulté. Les citations proviennent du Monde et de synthèses de presse vérifiées. Vingt-cinq ans plus tard, la mémoire de l’esclavage reste clivante, et l’extrême droite locale trébuche sur une loi qui ne demande pourtant ni repentance ni réparation.