Albert Corrieri et Michel Pautot présentant le calendrier de l'usine de Ludwigshafen.
Actualités

« J’ai été réduit à l’état d’esclavage » : à 104 ans, Albert Corrieri saisit la CEDH pour faire reconnaître son travail forcé en Allemagne nazie

À 104 ans, Albert Corrieri saisit la CEDH pour faire reconnaître son travail forcé en Allemagne nazie comme esclavage.

As-tu aimé cet article ?

Le 15 juin 2026, Albert Corrieri, 104 ans, a déposé une requête devant la Cour européenne des droits de l’homme contre l’État français. Ancien travailleur forcé du Service du Travail Obligatoire (STO), il réclame 43 200 euros pour 25 mois de travail sans rémunération dans une usine chimique du IIIe Reich. Débouté par toutes les juridictions françaises, il porte désormais son combat devant la justice européenne, invoquant les articles 3 et 4 de la Convention européenne. Son avocat, Me Michel Pautot, qualifie le calvaire de son client de crime d’esclavage, une distinction juridique lourde de conséquences pour la mémoire collective.

Albert Corrieri et Michel Pautot présentant le calendrier de l'usine de Ludwigshafen.
Albert Corrieri et Michel Pautot présentant le calendrier de l'usine de Ludwigshafen. — (source)

Le calvaire d’Albert Corrieri : du Vieux-Port de Marseille à l’usine IG Farben

Le 13 mars 1943, Albert Corrieri a 21 ans. Il déjeune dans un restaurant du Vieux-Port de Marseille quand des agents français l’interpellent. Ce n’est pas une rafle allemande, mais l’application de la loi du 16 février 1943, votée par le gouvernement de Vichy pour fournir de la main-d’œuvre à l’Allemagne nazie. Albert Corrieri devient un « requis » du STO. Il ne reverra la France que vingt-cinq mois plus tard.

Le 13 mars 1943, un coup de filet dans un restaurant du Vieux-Port

Marseille est alors en zone libre, mais l’étau se resserre. Albert Sauckel, le plénipotentiaire nazi chargé de la main-d’œuvre, exige des contingents toujours plus nombreux de travailleurs français. Le gouvernement de Laval obéit. La loi du 16 février 1943 instaure le STO : tout Français de 20 à 22 ans peut être réquisitionné pour travailler en Allemagne. Albert Corrieri est arrêté non par des soldats allemands, mais par des policiers français, dans le cadre d’une opération administrative. Ce détail est crucial : il n’est pas un prisonnier de guerre, ni un déporté politique. Il est un « requis », un statut ambigu qui le suivra toute sa vie.

Les travailleurs français sont les seuls en Europe à avoir été requis par les lois de leur propre État, et non par une ordonnance allemande. Cette spécificité complique la qualification juridique du crime. Si les requis avaient été arrêtés directement par les Allemands, ils auraient pu être considérés comme des déportés. Mais le fait qu’ils aient été réquisitionnés par l’État français brouille les pistes et permet à la France de rejeter une partie de la responsabilité sur l’Allemagne.

25 mois à l’usine IG Farben : 10 h par jour, sous les bombes, sans un sou

Albert Corrieri est affecté à l’usine chimique IG Farben de Ludwigshafen, l’un des complexes industriels les plus importants du Reich. Là, il travaille six jours sur sept, dix heures d’affilée, de jour comme de nuit. La menace des armes est permanente. Les bombardements alliés sont fréquents : Albert Corrieri est blessé au bras lors de l’un d’eux. Il ne perçoit pas le moindre centime de rémunération.

Albert Corrieri montrant son ancien livret d'identification.
Albert Corrieri montrant son ancien livret d'identification. — (source)

Dans ses déclarations à France Info, il résume : « J’ai été réduit à l’état d’esclave, contraint d’effectuer les travaux les plus pénibles sous la menace des armes, six jours sur sept, dix heures d’affilée, de jour comme de nuit, et sans percevoir le moindre centime de rémunération. » Le 15 avril 1945, les troupes américaines libèrent le camp. Albert Corrieri rentre en France, mais son calvaire juridique ne fait que commencer.

« J’ai été réduit à l’état d’esclave » : la qualification juridique d’un calvaire

Me Michel Pautot, l’avocat d’Albert Corrieri, a fait un choix stratégique en employant le mot « esclavage ». La Convention européenne des droits de l’homme distingue trois notions dans son article 4 : l’esclavage, la servitude et le travail forcé. L’esclavage est la forme la plus grave, prohibée sans aucune exception. En qualifiant le calvaire d’Albert Corrieri d’esclavage, Me Pautot espère activer une protection absolue, qui ne souffre d’aucune dérogation, contrairement au travail forcé qui peut être justifié dans certains cas.

Portrait d'Albert Corrieri chez lui.
Portrait d'Albert Corrieri chez lui. — (source)

C’est un pari juridique audacieux, mais qui repose sur des faits précis : privation totale de liberté, absence de rémunération, menace des armes, conditions de travail inhumaines. L’organisation Anti-Slavery International définit l’esclavage moderne comme la perte totale de liberté et le contrôle d’une personne par une autre. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU distingue l’esclavage du travail forcé par l’intensité de la contrainte et l’absence totale de consentement. Albert Corrieri n’a jamais consenti à travailler pour IG Farben. Il a été contraint par la force et la menace.

« Conséquences vertigineuses » : les motifs du rejet d’Albert Corrieri par la justice française

Avant de saisir la CEDH, Albert Corrieri a épuisé toutes les voies de recours en France. Le tribunal administratif de Marseille, puis la cour administrative d’appel de Marseille, l’ont débouté. Les juges ont invoqué la prescription et la loi du 14 mai 1951, mais aussi un argument plus politique : la crainte de « conséquences vertigineuses » si la porte était ouverte à des centaines de milliers de demandes similaires.

Février 2025, audience à Marseille : le ministère des Armées contre Albert Corrieri

Le 25 février 2025, Albert Corrieri, 102 ans, se présente en personne devant le tribunal administratif de Marseille. Face à lui, le ministère des Armées s’oppose fermement à sa requête. L’audience est tendue. Albert Corrieri raconte son histoire, les yeux dans les yeux des magistrats. Mais le tribunal le déboute, estimant que sa demande est prescrite. C’est le premier barrage juridique, mais pas le dernier.

Albert Corrieri se rendant au tribunal avec ses avocats.
Albert Corrieri se rendant au tribunal avec ses avocats. — (source)

La cour d’appel et la peur des 600 000 demandes de réparation

Le 8 juillet 2025, la cour administrative d’appel de Marseille rejette le pourvoi d’Albert Corrieri et de son compagnon d’infortune, Erpilio Trovati. La rapporteuse publique met en garde contre « les conséquences vertigineuses d’une imprescriptibilité » qui ouvrirait la voie à 600 000 requêtes similaires, émanant des survivants ou de leurs descendants. L’argument est implicite mais clair : l’État juge la charge financière et administrative ingérable. Albert Corrieri et Erpilio Trovati sont déboutés au motif que la prescription a joué et que la loi de 1951 a déjà indemnisé les victimes.

La loi du 14 mai 1951, un « bouclier » de l’État français

La loi du 14 mai 1951 relative au statut des personnes contraintes au travail en pays ennemi est le principal obstacle juridique. Les juges estiment que cette loi a permis l’indemnisation des préjudices de toute nature causés aux victimes du STO. Albert Corrieri conteste cette interprétation. Il affirme que la loi de 1951 n’a jamais couvert l’intégralité du préjudice, notamment les heures de travail non payées. Surtout, elle n’a jamais reconnu la qualification d’esclavage, qui est au cœur de sa requête devant la CEDH. Pour lui, la loi de 1951 est un « bouclier » que l’État brandit pour éviter d’avoir à reconnaître sa responsabilité.

STO, l’autre déportation : 600 000 Français oubliés de la mémoire nationale

Pour comprendre le rejet juridique, il faut le remettre en perspective historique et mémorielle. Les 600 000 à 650 000 Français requis du STO ont été les « oubliés de la Seconde Guerre mondiale ». Tiraillés entre la législation de Vichy et les besoins du Reich, ils ont longtemps été exclus de la reconnaissance officielle accordée aux déportés politiques et raciaux.

Vichy, les actions Sauckel et la loi du 16 février 1943

Le STO est instauré par le gouvernement de Vichy pour répondre aux exigences de main-d’œuvre d’Albert Sauckel. Entre juin 1942 et juillet 1944, 600 000 à 650 000 Français ont été réquisitionnés de force vers l’Allemagne. Les travailleurs français sont les seuls en Europe à avoir été requis par les lois de leur propre État, et non par une ordonnance allemande. Cette spécificité complique la qualification juridique du crime. Si les requis avaient été arrêtés directement par les Allemands, ils auraient pu être considérés comme des déportés. Mais le fait qu’ils aient été réquisitionnés par l’État français brouille les pistes et permet à la France de rejeter une partie de la responsabilité sur l’Allemagne.

Albert Corrieri, debout devant des documents retraçant son parcours, après avoir saisi la Cour européenne des droits de l'homme.
Albert Corrieri, debout devant des documents retraçant son parcours, après avoir saisi la Cour européenne des droits de l'homme. — (source)

« Ni déporté, ni prisonnier » : le vide mémoriel des requis du STO

Les requis du STO ne sont ni des prisonniers de guerre, ni des déportés politiques ou raciaux. Ce flou juridique et mémoriel a permis à l’État de ne pas leur accorder la même reconnaissance. La Cour de cassation leur a refusé la dénomination de « déportés du travail » le 28 mars 2011. Ce n’est que par décret du 16 octobre 2008 qu’ils obtiennent officiellement le statut de « victimes du travail forcé », bien après la disparition de la quasi-totalité d’entre eux. Ce vide mémoriel est une blessure supplémentaire pour des hommes comme Albert Corrieri, qui ont souffert sans jamais recevoir la reconnaissance qu’ils estimaient mériter.

Travail forcé ou esclavage ? Ce que dit le droit international

Dans le contexte nazi, le travail forcé pouvait aller jusqu’à l’esclavage lorsqu’il était assorti de la privation de liberté, de l’absence totale de rémunération et de la menace des armes. Le récit d’Albert Corrieri coche toutes ces cases. L’organisation Anti-Slavery International définit l’esclavage moderne comme la perte totale de liberté et le contrôle d’une personne par une autre. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU distingue l’esclavage du travail forcé par l’intensité de la contrainte et l’absence totale de consentement. Albert Corrieri n’a jamais consenti à travailler pour IG Farben. Il a été contraint par la force et la menace. C’est pourquoi son avocat insiste sur la qualification d’esclavage plutôt que sur le simple travail obligatoire.

La CEDH peut-elle condamner la France 80 ans après ? Le pari juridique d’Albert Corrieri

La requête déposée le 15 juin 2026 devant la CEDH est un pari juridique. Albert Corrieri et son avocat invoquent les articles 3 et 4 de la Convention européenne des droits de l’homme. Mais la CEDH peut-elle juger des faits qui se sont déroulés en 1943, alors que la France n’a ratifié la Convention qu’en 1974 ?

Articles 3 et 4 de la Convention : une qualification d’esclavage attendue depuis 80 ans

L’article 3 interdit les traitements inhumains ou dégradants. L’article 4 prohibe l’esclavage et le travail forcé. Me Pautot demande à la CEDH de qualifier juridiquement le calvaire d’Albert Corrieri de crime d’esclavage. Il s’appuie sur la définition large de la Cour dans des arrêts antérieurs, notamment l’arrêt Siliadin c. France (2005), qui a reconnu l’esclavage domestique comme une violation de l’article 4. La récente résolution de l’ONU qualifiant l’esclavage de « plus grave crime contre l’humanité » renforce cet argument. Dans notre article 123 voix pour, 3 contre, 52 abstentions : l’ONU qualifie l’esclavage de « plus grave crime contre l’humanité », nous expliquions que cette qualification ouvre la voie à une imprescriptibilité des poursuites.

Le piège de la compétence temporelle : la CEDH peut-elle juger des faits de 1943 ?

La France n’a ratifié la Convention européenne qu’en 1974, soit 29 ans après les faits. Albert Corrieri peut-il attaquer l’État français pour des actes commis avant l’existence même de la Cour ? L’argument de la défense est celui de la « violation continue ». Me Pautot soutient que l’absence de réparation et la non-reconnaissance du statut d’esclave constituent une violation permanente des droits fondamentaux qui se poursuit encore aujourd’hui. Si la CEDH accepte cet argument, elle pourrait se déclarer compétente pour juger le refus de l’État français d’indemniser Albert Corrieri, même si les faits originels sont antérieurs à la Convention.

Le précédent du fonds allemand « Mémoire, Responsabilité et Avenir »

Albert Corrieri dans un cadre public.
Albert Corrieri dans un cadre public. — (source)

Le fonds allemand EVZ (Erinnerung, Verantwortung und Zukunft) a indemnisé certains travailleurs forcés du IIIe Reich. Cependant, les requis du STO français en ont souvent été exclus, la responsabilité étant rejetée sur l’État français par l’Allemagne. Ce chassé-croisé juridique entre la France et l’Allemagne explique pourquoi des hommes comme Albert Corrieri n’ont jamais reçu d’indemnisation, contrairement à d’autres catégories de victimes. Le fonds EVZ a versé des compensations aux travailleurs forcés des camps de concentration et aux prisonniers de guerre, mais les requis du STO ont été considérés comme relevant de la responsabilité française. Résultat : personne n’a payé.

Erpilio Trovati est mort sans réparation : la dernière bataille des derniers témoins

Albert Corrieri n’est pas seul dans ce combat, mais les rangs s’éclaircissent à une vitesse vertigineuse. Son compagnon d’infortune, Erpilio Trovati, est décédé fin 2025, quelques mois après avoir été débouté par la justice française. La mort de ce dernier témoin illustre la course contre la montre pour transformer une quête de réparation personnelle en un ultime combat de mémoire collective.

Erpilio Trovati, le compagnon mort sans réparation en 2025

Erpilio Trovati avait porté l’affaire avec Albert Corrieri devant les tribunaux français. Comme lui, il avait été requis du STO et avait travaillé dans des conditions inhumaines. Le 8 juillet 2025, la cour administrative d’appel de Marseille les a déboutés tous les deux. Erpilio Trovati est décédé quelques mois plus tard, sans avoir obtenu gain de cause. Sa mort illustre la violence du temps qui passe et réduit à néant les espoirs de justice des derniers survivants. Albert Corrieri est désormais peut-être le seul à pouvoir porter la voix de tous.

« La prescription ne devrait pas exister » : le crédo d’Albert Corrieri

Dans une déclaration au Figaro, Albert Corrieri a lancé : « La prescription ne devrait pas exister. » Il explique que la souffrance, elle, ne se prescrit pas. Cette phrase est au cœur de son combat. Pour lui, la justice humaine ne peut pas se satisfaire de la prescription pour des crimes aussi graves que l’esclavage. Il dit mener un combat avant tout symbolique pour la mémoire, l’argent passant au second plan. « Tant pis si on ne me le donne pas », confiait-il avant la décision de la cour d’appel. Son combat est celui de la reconnaissance, pas de l’indemnisation.

« Ce combat dépasse sa personne » : Me Michel Pautot, l’avocat de la mémoire

Me Michel Pautot porte la requête et affirme que ce combat dépasse son client. Il critique l’absence de fonds d’indemnisation créé par l’État français pour les rescapés, qui se comptent aujourd’hui « sur les doigts d’une main ». Sa détermination fait écho à celle de son client : aller « jusqu’au bout », jusqu’à la CEDH. Pour Me Pautot, il s’agit de faire reconnaître l’esclavage moderne de la Seconde Guerre mondiale et d’obtenir une décision de principe qui pourrait servir de précédent pour d’autres victimes de crimes d’État.

Le procès de l’oubli : Albert Corrieri ou l’imprescriptibilité de la mémoire

Le combat d’Albert Corrieri dépasse le cadre d’une simple requête en réparation. Il interroge la place de la mémoire dans le droit, la capacité des États à reconnaître et réparer leurs crimes passés, et la nature même de la justice alors que les derniers témoins directs disparaissent. Peu importe la décision de la CEDH, le geste d’Albert Corrieri a une portée historique.

En saisissant la Cour européenne, il rappelle que les crimes d’État ne s’effacent pas avec le temps. La prescription est une invention juridique pratique, mais elle ne peut pas effacer la souffrance. Albert Corrieri, à 104 ans, incarne la mémoire vivante d’une page sombre de l’histoire française. Son combat est celui de tous les oubliés du STO, ces 600 000 hommes et femmes qui ont été contraints de travailler pour le IIIe Reich et qui n’ont jamais reçu la reconnaissance qu’ils méritaient.

La requête d’Albert Corrieri marque une étape dans la lutte pour l’imprescriptibilité des crimes d’État et la reconnaissance des « oubliés de l’Histoire ». Elle interroge la capacité des institutions à réparer les crimes de masse, 80 ans après les faits, alors que les derniers témoins disparaissent. Albert Corrieri ne demande pas seulement de l’argent. Il demande que l’histoire soit dite, que la vérité soit reconnue, et que les générations futures sachent ce que l’esclavage moderne a coûté à des hommes comme lui. Son combat est celui de la mémoire contre l’oubli.

Conclusion : un ultime recours pour la mémoire et la dignité

Le 15 juin 2026 restera une date dans l’histoire judiciaire française. Albert Corrieri, né le 28 mai 1922, a déposé une requête devant la Cour européenne des droits de l’homme. Il réclame 43 200 euros pour 25 mois de travail forcé au sein de l’usine chimique IG Farben à Ludwigshafen, de mars 1943 à avril 1945. Son calcul est simple : 10 euros de l’heure pour chaque heure travaillée, six jours sur sept, dix heures par jour. Mais derrière ce montant se cache une revendication bien plus profonde : la reconnaissance de son statut d’esclave.

Me Michel Pautot l’a déclaré au HuffPost : « Ce combat dépasse sa personne. Il s’agit de faire reconnaître l’esclavage moderne de la Seconde Guerre mondiale. » Il ajoute que « l’État français aurait dû créer un fonds d’indemnisation pour les rescapés comme Albert qui se comptent sur les doigts d’une main ». La saisine de la CEDH est donc bien plus qu’une demande d’argent : c’est une quête de reconnaissance historique et juridique.

Que la CEDH accepte ou non la requête d’Albert Corrieri, son geste a déjà une portée historique. À 104 ans, il incarne la dernière chance des oubliés du STO d’obtenir une reconnaissance officielle de leur calvaire. Son combat rappelle que la justice ne devrait pas avoir de date de péremption, surtout quand il s’agit de crimes aussi graves que l’esclavage. La mémoire des 600 000 requis du STO, trop longtemps négligée, trouve en Albert Corrieri un ultime porte-voix. Et c’est peut-être là, dans cette transmission de la mémoire aux générations futures, que réside la plus grande victoire.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Qui est Albert Corrieri ?

Albert Corrieri est un ancien travailleur forcé du Service du Travail Obligatoire (STO), âgé de 104 ans. En 1943, il a été arrêté par la police française et contraint de travailler 25 mois sans salaire dans l'usine chimique IG Farben en Allemagne nazie.

Pourquoi Albert Corrieri saisit-il la CEDH ?

Albert Corrieri a saisi la Cour européenne des droits de l'homme le 15 juin 2026 pour faire reconnaître son calvaire comme un crime d'esclavage. Débouté par toutes les juridictions françaises, il invoque les articles 3 et 4 de la Convention européenne contre l'État français.

Quelle différence entre STO et esclavage ?

Le STO (Service du Travail Obligatoire) était un travail forcé imposé par Vichy, mais l'avocat d'Albert Corrieri le qualifie d'esclavage. La différence repose sur la privation totale de liberté, l'absence de rémunération et la menace des armes, ce qui correspond à la définition internationale de l'esclavage.

Combien de requis du STO en France ?

Entre 600 000 et 650 000 Français ont été réquisitionnés de force vers l'Allemagne via le STO entre 1942 et 1944. Ils sont souvent appelés les « oubliés de la Seconde Guerre mondiale » car ils n'ont pas reçu la même reconnaissance que les déportés politiques.

La CEDH peut-elle juger des faits de 1943 ?

La France n'a ratifié la Convention européenne qu'en 1974, soit 29 ans après les faits. L'avocat d'Albert Corrieri invoque une « violation continue » : le refus de réparation et de reconnaissance se poursuit aujourd'hui, ce qui pourrait permettre à la CEDH de se déclarer compétente.

Sources

  1. What is modern slavery? · antislavery.org
  2. fr.wikipedia.org · fr.wikipedia.org
  3. franceinfo.fr · franceinfo.fr
  4. huffingtonpost.fr · huffingtonpost.fr
  5. lefigaro.fr · lefigaro.fr
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

1425 articles 1 abonnés

Commentaires (4)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...