Le 20 juillet 2026, le Hamas a annoncé l'élection de Khalil al-Hayya à la tête de son bureau politique, succédant à Yahya Sinouar, tué par l'armée israélienne en octobre 2024. Cette succession intervient après près de trois ans de guerre dévastatrice à Gaza, alors que le mouvement islamiste tente de démontrer sa capacité de survie. L'arrivée d'al-Hayya, un miraculé ayant survécu à plusieurs tentatives d'assassinat, relance une question fondamentale : le Hamas est-il palestinien avant tout, ou s'agit-il d'un projet islamiste transnational qui instrumentalise la cause nationale ? La réponse est moins évidente qu'il n'y paraît.

L'élection d'un miraculé : Khalil al-Hayya, le nouveau dirigeant du Hamas
L'annonce est tombée sur Telegram en début de journée. « Le Mouvement de résistance islamique Hamas annonce l'élection du frère combattant Khalil al-Hayya à la présidence du bureau politique du mouvement, en remplacement du dirigeant martyr Yahya Sinouar », a déclaré l'organisation. Derrière la formule rituelle se cache une élection qui a tenu en haleine les observateurs pendant plusieurs semaines.
Le scrutin s'est déroulé dans un contexte militaire catastrophique pour le Hamas. L'armée israélienne a décapité une grande partie de sa direction militaire et politique, détruit ses infrastructures souterraines, et réduit sa capacité de frappe. Pourtant, le mouvement a tenu à organiser une élection formelle, signe qu'il refuse de disparaître de la scène politique.
Un scrutin secret au milieu des ruines
Le Conseil de la Choura, organe consultatif de 58 membres, a employé un protocole de vote secret pour contourner la surveillance israélienne. Les voix se sont réparties entre Gaza, la Cisjordanie et les bureaux du mouvement à l'étranger. Au second tour, Khalil al-Hayya a remporté environ 65 % des suffrages face à Khaled Meshaal, figure historique de la diaspora, qui n'a obtenu que 35 % des voix, selon des sources d'Al Manassa.
The three remaining members of the interim leadership council—Mohammad Darwish, Zaher Jabarin, and Nizar Awad—chose not to run after Sinouar’s death. Al-Hayya’s role is temporary, lasting until 2027, when the next scheduled elections are to be held. The official handover ceremony is set for next week, and the political bureau will gather in Istanbul to overhaul the movement’s governing structures.
Les représentants des Brigades Ezzedine Al-Qassam, la branche armée du Hamas, ont rapidement déclaré leur « soutien total » au nouveau chef. Une unité de façade que la guerre a mise à rude épreuve.

De la rencontre avec Ahmed Yassine au bureau politique
Khalil al-Hayya entered the world on November 5, 1960, in Gaza, raised within a devout and traditional household. At the age of twenty, he crossed paths with Ahmed Yassine, who would go on to establish Hamas. That encounter forever altered his path. He became part of the organization at its inception in 1987, standing alongside Ismaïl Haniyeh and Yahya Sinouar.
Son parcours universitaire est celui d'un intellectuel islamiste : études de sciences islamiques à l'Université islamique de Gaza, maîtrise en Jordanie, doctorat en droit islamique au Soudan. Élu député de Gaza en 2006 lors des législatives remportées par le Hamas, il devient vice-président de la direction politique pour la bande de Gaza en 2017.
Son nom de guerre, Abou Ossama, est celui de son fils, tué par Israël en 2014. Un détail personnel qui dit tout du prix payé par sa famille.
Un miraculé visé trois fois par Israël
Khalil al-Hayya a survécu à au moins trois tentatives d'assassinat israéliennes : en 2007, en 2014, et surtout le 9 septembre 2025 à Doha. Ce jour-là, une frappe israélienne a visé le bureau politique du Hamas au Qatar. Al-Hayya était à Téhéran. L'attaque a tué son fils Hammam et cinq autres personnes.
« C'est un miraculé », résume un diplomate palestinien cité par Le Point. Cette capacité à survivre là où tant de cadres du Hamas ont péri forge sa légende interne. Mais elle pose aussi une question : combien de temps un homme traqué peut-il diriger un mouvement en guerre ?

Le Hamas est-il palestinien ? Un débat relancé par l'arrivée d'al-Hayya
La question peut sembler étrange. Le Hamas est né à Gaza, ses dirigeants sont palestiniens, ses combattants aussi. Pourtant, depuis l'attaque du 7 octobre 2023, Israël et ses alliés occidentaux le présentent comme une organisation terroriste transnationale, liée aux Frères musulmans égyptiens et à l'Iran. Al-Hayya, par son profil et ses positions, relance ce débat.
Entre islamisme et nationalisme : la double identité du Hamas
Michael Milshtein, ancien chef du département des Affaires palestiniennes du renseignement militaire israélien, résume la position d'al-Hayya : « Il est en faveur de la fondation d'un seul État – palestinien – entre le Jourdain et la mer Méditerranée, sous le régime islamique du Hamas. »
Cette phrase contient toute l'ambiguïté. Le projet est nationaliste (un État palestinien) mais aussi islamiste (sous régime du Hamas). La charte du Hamas, révisée en 2017, avait tenté de concilier les deux dimensions en acceptant les frontières de 1967 comme base d'un État palestinien, sans reconnaître Israël. Al-Hayya, lui, ne fait pas cette concession rhétorique.
David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Ifas, le décrit ainsi : « Sur le fond, idéologiquement parlant, il reste un dur – il était l'adjoint de Yahya Sinouar dans l'enclave – mais il est pragmatique sur le plan tactique. » Un dur qui sait quand plier pour survivre.
L'élection de 2006 et la fracture avec le Fatah
En 2006, le Hamas remporte les élections législatives palestiniennes. Une victoire démocratique que la communauté internationale refuse de reconnaître. En 2007, le mouvement prend Gaza par la force, chassant les cadres du Fatah. La Palestine est coupée en deux : la Cisjordanie sous Mahmoud Abbas, Gaza sous le Hamas.
Al-Hayya, député élu en 2006, incarne cette légitimité électorale brisée. Il a été choisi par les urnes, mais son mouvement a imposé sa loi par les armes. Cette contradiction n'a jamais été résolue. Le nouveau chef devra-t-il tenter une réunification ? Rien n'est moins sûr. La branche extérieure du Hamas, basée au Qatar et en Turquie, pèse lourd dans les décisions, et elle n'a aucune envie de partager le pouvoir avec le Fatah.
Guerre civile silencieuse à Gaza
Pendant la guerre à Gaza, le Hamas a exécuté des dizaines de Palestiniens accusés de collaboration avec Israël. Selon des rapports d'organisations de défense des droits humains, ces exécutions sommaires se sont multipliées, souvent sans procès équitable.
Al-Hayya s'est toujours montré intraitable sur la répression des « collaborateurs ». Son élection signale une ligne dure contre toute dissidence interne à Gaza. Le Hamas ne tolère pas la contestation, même en son sein. La guerre a exacerbé cette tendance : dans un territoire assiégé où chaque informateur peut causer la mort de dizaines de combattants, la paranoïa est une arme de survie.
Négociateur en chef sous pression : al-Hayya face au dilemme du cessez-le-feu
Khalil al-Hayya n'est pas un inconnu pour les diplomates internationaux. Depuis des mois, il mène les négociations indirectes avec Israël pour un cessez-le-feu. Son profil de pragmatique, capable de parler autant aux Iraniens qu'aux médiateurs arabes, en fait un interlocuteur incontournable.
Charm el-Cheikh, Doha, Le Caire : les coulisses des tractations
In October 2025, al-Hayya spearheaded negotiations in Sharm el-Sheikh, Egypt. He declared that he had secured “assurances” from the United States, Arab intermediaries, and Turkey that the conflict had “permanently concluded.” The deal encompassed the delivery of humanitarian aid, the reopening of the Rafah crossing, and a prisoner exchange.
Un mois plus tard, selon le Middle East Monitor, un responsable du Hamas a rencontré un conseiller de Donald Trump au Qatar. Ces discussions directes entre les États-Unis et le Hamas, malgré le boycott officiel américain, constituent un tournant diplomatique majeur. Washington classe le Hamas comme organisation terroriste, mais la réalité du terrain impose un dialogue de fait.
Désarmer contre un État : la proposition choc d'al-Hayya
En décembre 2025, al-Hayya a fait une déclaration qui a secoué les observateurs : le Hamas était prêt à remettre ses armes à une autorité palestinienne si l'occupation cessait. Il acceptait aussi une force de l'ONU pour superviser un cessez-le-feu.
« Nos armes sont liées à l'existence de l'occupation et de l'agression », a-t-il déclaré sur France 24. En clair : si l'occupation disparaît, les armes aussi. Mais cette condition est un piège : Israël n'a aucune intention de mettre fin à l'occupation, et l'Autorité palestinienne est trop faible pour prendre le relais.
Ce virage tactique est-il le signe d'un pragmatisme forcé par la guerre ou d'une vraie modération ? Les experts penchent pour la première option. Al-Hayya sait que le Hamas ne peut pas reconstruire Gaza sans l'aide internationale. Il accepte donc des compromis militaires pour débloquer les fonds, tout en gardant sa capacité de nuisance intacte.
De miraculé à chef : la tragédie personnelle de Khalil al-Hayya
Derrière le dirigeant politique se cache un homme brisé par la guerre. Al-Hayya a perdu deux fils dans les bombardements israéliens. Ces pertes personnelles, subies à distance, donnent une épaisseur tragique à son personnage.
Une frappe à Doha qui tue son fils Hammam
Le 9 septembre 2025, une salve de missiles israéliens cible le siège du bureau politique du Hamas à Doha. Les dirigeants en réchappent, mais l'attaque fait sept morts, dont Hammam, le fils d'al-Hayya. Ce dernier était à Téhéran ce jour-là. Il apprend la nouvelle par téléphone.

Il qualifie la frappe de « prolongement de l'agression israélienne » et promet que le Hamas ne pliera pas. Mais derrière la rhétorique politique, c'est un père qui parle. La guerre a transformé chaque dirigeant du Hamas en cible, et chaque famille en victime potentielle.
La mort du fils Azzam à Gaza
Mai 2026. Un autre fils d'al-Hayya, Azzam Khalil al-Hayya, succombe à ses blessures après un bombardement israélien direct dans le quartier d'Al-Daraj à Gaza. Al-Hayya n'a pas pu assister aux funérailles. Il était à l'étranger, en réunion de négociation.
Cette double peine, subie à distance, illustre la guerre totale qui ravage les familles palestiniennes. Elle humanise un dirigeant souvent réduit à son étiquette de « terroriste », sans excuser les massacres du 7-Octobre. Al-Hayya est à la fois bourreau et victime, comme beaucoup dans ce conflit sans fin.
Qui finance le Hamas ? Iran, Qatar et Turquie derrière l'élection d'al-Hayya
Le nouveau chef ne flotte pas en apesanteur. Ses soutiens financiers et diplomatiques déterminent sa marge de manœuvre. La guerre a révélé l'affaiblissement de ces parrains, mais aussi leur résilience.
L'Iran, soutien indéfectible de l'axe de la résistance
Selon la Jewish Coalition for Faith (JCFA), Téhéran a activement soutenu la candidature d'al-Hayya pour assurer une coordination plus forte entre l'aile militaire du Hamas et l'axe régional. L'Iran est le principal soutien financier et militaire du Hamas. Sans ses missiles et ses fonds, le mouvement n'aurait pas tenu aussi longtemps face à l'armée israélienne.
Al-Hayya entretient des relations privilégiées avec le Hezbollah libanais et le Jihad islamique palestinien. Son élection est une victoire pour la ligne iranienne, qui privilégie la confrontation armée avec Israël plutôt que les compromis politiques.
Le Qatar et l'Égypte : les médiateurs incontournables
Contrairement à l'Iran, le Qatar et l'Égypte voient en al-Hayya l'interlocuteur pragmatique capable de conclure un accord. Il a des liens privilégiés avec ces pays arabes, qui ont servi de médiateurs dans les négociations de cessez-le-feu.
Leur influence financière et diplomatique est un contre-poids à celle de Téhéran. Le Qatar, en particulier, a investi des milliards dans Gaza et ne veut pas voir ses efforts réduits à néant. Al-Hayya doit jongler entre ces deux pôles : l'Iran qui pousse à la guerre, les pays arabes qui poussent à la paix.
Washington rompt le boycott
Le tournant le plus surprenant est le contact direct entre le Hamas et les États-Unis. Al-Hayya aurait rencontré un émissaire américain au Qatar dans le cadre des négociations. Ce contact, bien que non officiel, est un tournant diplomatique majeur.
Les États-Unis, qui classent le Hamas comme organisation terroriste, sont contraints de composer avec lui pour la stabilité de Gaza. La realpolitik l'emporte sur l'idéologie. Mais cette reconnaissance de facto a un prix : Washington exige des concessions sur le désarmement et la reconnaissance d'Israël. Al-Hayya peut-il les accepter sans trahir sa base ?
Le Hamas est palestinien, mais lequel ? La guerre intérieure qui attend al-Hayya
Le nouveau chef hérite d'un mouvement exsangue, divisé entre sa branche militaire et sa branche politique, entre Gaza et la diaspora, entre les durs et les pragmatiques. Sa capacité à maintenir l'unité déterminera la survie du Hamas.
Le plan Trump pour Gaza : 7 milliards contre la paix ?
In 2025, al-Hayya endorsed the “Trump Plan” for Gaza, which largely aligns with Israeli interests. As reported by Le Nouvel Obs, he “formalized Hamas’s surrender to the Trump plan.” Le Parisien notes that he “recognizes he cannot reject Donald Trump’s peace proposal” but insists on a full Israeli withdrawal from the territory, even though the American blueprint only calls for a partial pullback of the IDF.
Ce choix illustre le dilemme du nouveau chef : brader la résistance pour sauver Gaza du chaos humanitaire. Le plan Trump prévoit 7 milliards de dollars de reconstruction, mais conditionne cette aide au désarmement du Hamas et à la normalisation avec Israël. Al-Hayya a accepté le principe, mais il sait que sa base ne le suivra pas sur ce terrain glissant.
Autorité palestinienne vs Hamas : al-Hayya peut-il unifier la Palestine ?
Unifier les deux entités palestiniennes – la Cisjordanie sous le Fatah, Gaza sous le Hamas – relève de la mission impossible. Al-Hayya pose une condition ferme : que l'Autorité palestinienne devienne un véritable État. En clair, il refuse de se soumettre à Mahmoud Abbas, qu'il considère comme un collaborateur.
Le bloc de vote de la Cisjordanie au Conseil de la Choura a pesé dans son élection. La branche extérieure du Hamas garde un œil sur la réunification, mais elle n'a aucune intention de partager le pouvoir avec le Fatah. La Palestine reste coupée en deux, et al-Hayya n'a ni la légitimité ni la force de recoller les morceaux.
La facture de la reconstruction : qui paie et à quel prix ?
Les destructions à Gaza sont colossales : des quartiers entiers rasés, des infrastructures anéanties, des centaines de milliers de déplacés. Le coût de la reconstruction se chiffre en dizaines de milliards de dollars.
Le Hamas affaibli doit accepter des compromis militaires – force de l'ONU, désarmement partiel – pour débloquer les fonds. Al-Hayya devra gérer l'équilibre instable entre la rue palestinienne exsangue, qui réclame des logements et du travail, et ses propres brigades armées, qui refusent de déposer les armes.
Conclusion : Al-Hayya, un survivant à la tête d'un survivant
Khalil al-Hayya est l'homme le plus pragmatique que le Hamas ait porté au pouvoir. Il a survécu à trois tentatives d'assassinat, perdu deux fils, et négocié avec les pires ennemis de son mouvement. Mais il ne peut survivre politiquement qu'en ne trahissant ni l'héritage du 7-Octobre ni les espoirs de paix des civils.
Le Hamas est-il palestinien ? Oui, dans ses racines et ses combattants. Mais il est aussi iranien par son financement, qatari par ses médiations, et transnational par son idéologie. Al-Hayya incarne cette double identité : nationaliste quand il réclame un État palestinien, islamiste quand il refuse de reconnaître Israël.
En portant al-Hayya à sa tête, le Hamas choisit-il la survie politique par le pragmatisme, ou un simple repositionnement tactique qui ne change rien à la tragédie des civils et à l'impasse diplomatique ? La réponse se jouera dans les mois à venir, entre les ruines de Gaza et les salles climatisées des négociations à Doha. Une chose est sûre : al-Hayya n'a pas le luxe de l'échec. Son mouvement, déjà exsangue, ne survivrait pas à une nouvelle guerre.