!Marine Tondelier présentant la pétition pour le congé climatique
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a lancé dimanche 21 juin 2026 une pétition pour réclamer la création d'un « congé climatique » de cinq jours maximum par an. Alors que la France subit des épisodes caniculaires toujours plus précoces et intenses, la proposition vise à permettre aux salariés de rester chez eux sans perte de revenus en cas de canicule, inondation, incendie ou fermeture d'école liée au climat. Derrière cette initiative se cache un chiffre choc : plus de 200 000 morts de la chaleur en Europe ces quatre dernières années, selon l'Organisation mondiale de la santé.

Pourquoi les Écologistes misent sur le « congé climatique » en pleine saison des canicules
Le timing n'a rien d'un hasard. Alors que le mercure frôle déjà les 38 °C dans plusieurs départements du Sud-Ouest en cette fin juin 2026, les Écologistes ont choisi d'occuper le terrain médiatique avec une proposition qui parle directement aux Français. La pétition, hébergée sur le site du parti, a recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures en moins de 48 heures. Elle intervient à un mois du début officiel de l'été, mais la chaleur, elle, ne s'embarrasse pas du calendrier.
L'enjeu est double. D'un côté, il s'agit de répondre à une urgence sanitaire devenue impossible à ignorer. De l'autre, de forcer le débat politique sur l'adaptation du monde du travail au dérèglement climatique, un sujet que le gouvernement traite avec des gants, de peur de froisser le patronat.

200 000 morts de la chaleur en Europe : le chiffre derrière la petite musique du « congé climat »
La pétition des Écologistes ne mâche pas ses mots. Elle cite explicitement les données de l'OMS : 200 000 décès liés aux vagues de chaleur en Europe entre 2022 et 2025. Ce chiffre, vertigineux, est le socle de l'argumentaire sanitaire. Marine Tondelier le répète sur toutes les antennes : « Personne ne devrait risquer sa santé ou celle de ses proches simplement pour aller travailler. »
L'été 2026 s'annonce comme l'un des plus chauds jamais enregistrés en France. Météo-France a déjà placé plusieurs régions en vigilance orange canicule dès la mi-juin. Pour les Écologistes, ce n'est plus une menace lointaine ou un scénario de science-fiction : c'est le quotidien des Français, et particulièrement des plus vulnérables. Le réchauffement climatique tue, et il tue au travail.

L'effet d'annonce politique : pourquoi Marine Tondelier sort ce joker au printemps
Le 1er mai 2026, jour de la fête du Travail, Marine Tondelier avait déjà esquissé la mesure lors d'un meeting à Nantes. « Quatre personnes sur dix dans ce pays sont exposées dans l'année à de très fortes chaleurs », avait-elle lancé, dénonçant un « décret un peu vague en France qui ne donne même pas de seuil de degrés à partir duquel on arrête ».
Entre ce premier coup de semonce et le lancement officiel de la pétition le 21 juin, il s'est écoulé près de deux mois. Le temps pour le parti de peaufiner son dispositif, de consulter des juristes et de préparer une campagne de communication qui fasse le buzz. Mais aussi le temps pour les premiers épisodes caniculaires de frapper, rendant la proposition plus crédible aux yeux du grand public.
La stratégie est limpide : occuper le terrain médiatique avant que les fortes chaleurs ne deviennent la norme, et forcer le gouvernement à sortir de son silence. Car jusqu'ici, l'exécutif s'est contenté de renvoyer la balle aux entreprises, leur disant en substance qu'elles « savent ce qu'elles doivent faire ».
Concrètement, qui peut vraiment poser un « congé climatique » et pour faire quoi ?
La proposition des Écologistes est simple sur le papier, mais soulève une foule de questions dès qu'on gratte un peu. Cinq jours maximum par an, rémunérés à 100 %, pour cause de conditions climatiques extrêmes. Le dispositif serait ouvert à tous les salariés, quel que soit leur statut. Mais dans les faits, l'éligibilité des profils précaires reste floue.
Le texte de la pétition précise que le congé serait déclenché « sans perte de revenus », mais sans détailler le mécanisme de financement. Est-ce l'employeur qui paie ? L'État ? Un fonds mutualisé ? Les Écologistes évoquent le concept plus large de « sécurité sociale écologique », une idée séduisante mais encore vague.

Canicule, inondation, incendie, école fermée : les 4 cas qui permettent de déclencher le dispositif
La pétition liste quatre situations précises qui ouvriraient droit au congé climatique. La canicule, d'abord, même si aucun seuil de température n'est mentionné. L'inondation, ensuite, qui peut paralyser les transports et rendre tout déplacement dangereux. L'incendie, de plus en plus fréquent en été, qui menace directement les habitations et les lieux de travail. Et enfin la fermeture d'école liée au climat, un cas qui concerne directement les parents de jeunes enfants.
« Si les conditions climatiques vous empêchent d'aller au travail, ou si l'école de vos enfants ferme et que vous n'avez pas de solution pour les garder, vous pouvez poser un congé », a expliqué Marine Tondelier sur LCI. L'idée est de couvrir un maximum de situations sans alourdir le dispositif avec des critères trop complexes.
Reste que l'absence de seuil météorologique précis interroge. En Espagne, le déclencheur est clair : une alerte des autorités. En France, la proposition des Écologistes laisse une marge d'interprétation qui pourrait compliquer son application. Un employeur peut-il contester le bien-fondé d'une demande de congé si le thermomètre n'affiche « que » 35 °C ?
Stage, alternance, CDD saisonnier : le grand angle mort de la proposition
C'est là que le bât blesse. Le dispositif semble taillé sur mesure pour les CDI à temps plein, ceux qui ont un contrat stable, un bureau, un supérieur identifiable. Mais qu'en est-il des 16-25 ans, qui cumulent stages, CDD saisonniers, missions d'intérim et jobs étudiants ?
Prenons le cas d'un saisonnier dans la restauration, embauché pour l'été dans une brasserie du littoral. Si une canicule frappe, son employeur a-t-il intérêt à lui accorder un congé climatique ? L'activité ne peut pas s'arrêter sans casser la saison. Le jeune, lui, risque de perdre son job s'il insiste. Même chose pour un stagiaire non rémunéré : son « employeur » n'a aucune incitation à lui accorder ce droit, puisque le coût ne repose sur personne.
Le prisme économique est impitoyable. Si le financement du congé repose sur l'entreprise, celle-ci aura tout intérêt à minimiser les risques ou à ne pas déclarer la situation pour un précaire. Les Écologistes le savent, mais leur pétition reste évasive sur ce point. Une lacune que le patronat ne manquera pas d'exploiter.
« Les entreprises savent ce qu'elles doivent faire » : pourquoi le gouvernement résiste au congé climatique
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a rapidement coupé court à la proposition. Interrogé sur TF1 Info fin mai 2026, il s'est dit « favorable à la prévention » mais a botté en touche : « Les entreprises savent ce qu'elles doivent faire. » Il a cité en exemple le système mutualisé du BTP, qui permet déjà aux ouvriers du bâtiment de cesser le travail en cas d'intempéries sans perdre leur salaire.
Mais cette comparaison a ses limites. Le BTP dispose d'un fonds spécifique, alimenté par les cotisations des entreprises du secteur, qui indemnise les salariés en cas d'arrêt pour intempéries. Généraliser ce modèle à l'ensemble de l'économie française serait un casse-tête administratif et financier. Sans compter que les organisations patronales, Medef en tête, sont vent debout contre toute nouvelle charge qui pèserait sur les entreprises.
« Un décret trop vague » : les failles du texte existant sur l'arrêt du travail pour intempéries
Le droit français autorise déjà un arrêt du travail pour intempéries, mais dans des conditions jugées insuffisantes par les Écologistes. Le décret en question, daté de 2008, ne fixe aucun seuil thermique clair. Il se contente d'évoquer des « conditions atmosphériques exceptionnelles » sans les définir. Résultat : dans les faits, l'appréciation est laissée à l'employeur, ce qui crée une inégalité flagrante entre les salariés.
« Il y a un décret un peu vague en France qui ne donne même pas de seuil de degrés à partir duquel on arrête », dénonce Marine Tondelier. « Et surtout, les gens peuvent se mettre en retrait ou une entreprise peut fermer, mais ce n'est pas rémunéré. » Le vide juridique est tel que de nombreux salariés préfèrent continuer à travailler plutôt que de risquer une retenue sur salaire ou un conflit avec leur hiérarchie.
Le système du BTP fait figure d'exception vertueuse, mais il est loin d'être la norme. Mutualisé et géré par les partenaires sociaux, il fonctionne parce que le secteur est habitué à gérer les aléas climatiques. Dans les services, le commerce ou l'agriculture, rien de tel n'existe.
Coût pour les entreprises, risque d'abus : les trois arguments du patronat (décryptés)
Les organisations patronales ont déjà sorti l'artillerie lourde. Leurs arguments tiennent en trois points, tous liés au coût et aux incitations.
Premièrement, le manque à gagner. Une entreprise qui doit fermer ses portes ou réduire son activité pendant cinq jours perd du chiffre d'affaires, sans compensation. Deuxièmement, la difficulté à organiser le travail en urgence. Dans la restauration, l'hôtellerie ou l'événementiel, annuler un service à la dernière minute est quasi impossible. Troisièmement, le risque de fraude. Sans contrôle strict, certains salariés pourraient être tentés de déclarer un congé climatique pour un simple coup de chaud.
L'argument économique est central. Si le coût du congé repose sur l'entreprise, celle-ci n'a aucune incitation à jouer le jeu. Au contraire, elle aura tendance à minimiser les risques ou à faire pression sur ses salariés pour qu'ils renoncent à leur droit. C'est tout le problème d'une mesure qui crée un droit sans en financer le coût.
Le concept de « sécurité sociale écologique » : un nouveau modèle ou un cache-misère ?
Pour contourner l'obstacle du financement, Marine Tondelier avance l'idée d'une « sécurité sociale écologique ». Le concept, emprunté à des économistes comme Dominique Méda, vise à étendre la protection sociale aux risques climatiques. Concrètement, il s'agirait de créer un nouveau risque couvert par la Sécurité sociale, financé par des cotisations, et qui indemniserait les salariés contraints de cesser le travail à cause du climat.
L'idée est séduisante sur le papier. Elle permettrait de sortir de la logique du coût supporté par l'entreprise seule, et de mutualiser le risque à l'échelle nationale. Mais elle soulève autant de questions qu'elle n'en résout. Quel serait le taux de cotisation ? Comment définir précisément le « risque climatique » ? Faut-il un fonds spécifique ou intégrer le dispositif dans la branche maladie ?
Pour les critiques, le concept est un cache-misère qui masque l'absence de politique structurelle d'adaptation. Plutôt que de créer un nouveau droit social, ne faudrait-il pas isoler les logements, climatiser les écoles, adapter les horaires de travail ? Le congé climatique, dans cette lecture, n'est qu'un pansement sur une jambe de bois.
Inondations de Valence et « permiso climático » : leçons du modèle espagnol pour la France
L'Espagne a ouvert la voie en novembre 2024, en adoptant un « permiso climático » de quatre jours payés par l'État. La mesure a été votée dans l'urgence, après les inondations meurtrières de Valence qui ont fait 230 morts. Un an plus tard, le bilan est contrasté, mais il offre des enseignements précieux pour la France.
Le modèle espagnol repose sur un principe simple : lorsqu'une autorité (météo, protection civile) déclenche une alerte, les salariés sont tenus de ne pas se déplacer pour aller travailler. L'État prend en charge l'indemnisation pendant quatre jours. Au-delà, l'entreprise peut proposer du télétravail ou recourir à un dispositif de chômage partiel.

230 morts à Valence : comment la tragédie d'octobre 2024 a changé le droit du travail espagnol
Le 29 octobre 2024, des pluies diluviennes s'abattent sur la région de Valence. Les rivières débordent, les routes sont emportées, des quartiers entiers sont submergés. Bilan : 230 morts, des centaines de disparus. Dans les jours qui suivent, une polémique éclate : des entreprises ont obligé leurs salariés à se rendre au travail malgré l'alerte rouge. Certains ont perdu la vie dans les flots.
La ministre du Travail, Yolanda Díaz, saisit la balle au bond. En moins d'un mois, elle fait voter une loi qui crée le « permiso climático ». « À partir du moment où une autorité indiquera qu'il y a risque dans les déplacements, les salariés devront s'abstenir d'aller travailler », explique-t-elle au Monde. La mesure est adoptée à une large majorité, gauche et droite confondues.
Le traumatisme de Valence a agi comme un électrochoc. Les Espagnols ont réalisé que le changement climatique n'était pas une menace lointaine, mais une réalité qui tue. Et que le droit du travail devait s'adapter en conséquence.
4 jours payés par l'État : pourquoi le modèle espagnol colle moins aux projets des Écologistes
La différence fondamentale entre le modèle espagnol et la proposition française, c'est le financement. En Espagne, c'est l'État qui indemnise les salariés via la Sécurité sociale. En France, les Écologistes ne précisent pas qui paie. Or, cette différence est cruciale pour l'acceptabilité de la mesure.
Du point de vue des incitations économiques, le modèle espagnol est plus vertueux. L'entreprise ne supporte aucun coût direct, donc elle n'a pas intérêt à s'opposer au départ de ses salariés. L'État, lui, mutualise le risque sur l'ensemble des contribuables. C'est un effet de levier public : le coût est réparti, donc supportable.
En France, si le coût repose sur l'entreprise, la mesure se heurtera à une opposition frontale du patronat. Et pour cause : pourquoi une PME de 10 salariés accepterait-elle de payer pour un droit qu'elle ne maîtrise pas ? Le risque d'abus est réel, et la tentation de faire pression sur les salariés pour qu'ils renoncent à leur droit, forte.
Un an après le vote, quel bilan pour les travailleurs en Espagne ?
Un an après l'adoption du « permiso climático », le bilan est contrasté. La mesure a été activée à plusieurs reprises, notamment lors des canicules de l'été 2025 et des épisodes de pluies intenses de l'automne. Les syndicats saluent un progrès social indéniable : les salariés ne sont plus contraints de risquer leur vie pour aller travailler.
Mais des limites sont apparues. Premièrement, le dispositif repose sur les alertes des autorités, qui ne sont pas toujours déclenchées à temps. Deuxièmement, certains employeurs ont contourné la loi en demandant à leurs salariés de poser des jours de congé ou de télétravailler, ce qui vide la mesure de son sens. Troisièmement, le plafond de quatre jours est jugé insuffisant par les syndicats, qui réclament une extension à sept jours.
Malgré ces limites, le modèle espagnol fait figure de référence. Il prouve qu'un congé climatique est possible, à condition que l'État prenne ses responsabilités financières. Un enseignement que les Écologistes feraient bien de méditer.
Jobs d'été, stages, télétravail : à quoi ressemblerait le quotidien d'un jeune avec le « congé climatique » ?
Mettons-nous dans la peau d'un étudiant de 20 ans, en stage ou en job d'été, qui découvre la proposition des Écologistes. Pour lui, le congé climatique est à la fois une promesse et une chimère. Une promesse, parce qu'il est directement exposé aux conséquences du réchauffement. Une chimère, parce que son statut précaire rend l'accès au droit quasi impossible.
Les jeunes actifs sont les premiers concernés par les canicules. Ils travaillent souvent dans des secteurs où la climatisation est un luxe : restauration, agriculture, tourisme, logistique. Ils habitent dans des logements mal isolés, parfois des colocations sans ventilateur. Pour eux, le congé climatique est une bouffée d'air frais dans un monde qui brûle.
Jobs d'été en restauration et agriculture : les secteurs fantômes du droit à la fraîcheur
Les secteurs qui emploient le plus de jeunes l'été sont aussi les plus exposés à la chaleur. En restauration, les cuisines sont des fournaises. Dans l'agriculture, les vendanges et les récoltes se font en plein soleil. Dans le tourisme, les hôtels et les plages tournent à plein régime, qu'il fasse 30 ou 40 °C.
Pour ces jeunes, le congé climatique est une chimère. L'employeur n'a aucun intérêt à le déclarer, car l'activité ne peut pas s'arrêter sans casser la saison. Un restaurateur ne peut pas fermer sa terrasse un samedi d'été parce qu'il fait trop chaud. Un agriculteur ne peut pas laisser pourrir ses fruits parce que le thermomètre dépasse les 35 °C.
Le prisme économique est impitoyable. L'employeur a tout intérêt à minimiser les risques ou à ne pas déclarer la situation pour un saisonnier. Ce dernier, de son côté, hésitera à revendiquer son droit de peur de perdre son job. Résultat : le congé climatique existera sur le papier, mais pas dans la réalité des précaires.
Climatisation et télétravail : quand le « congé climatique » creuse les inégalités générationnelles
Marine Tondelier l'a reconnu sur BFMTV : « La climatisation ne doit être ni un tabou, ni une réponse à tout. » Et d'ajouter : « Climatiser partout, on n'est pas en mesure de le faire financièrement. » Un aveu qui en dit long sur les limites de la proposition.
Car le congé climatique n'est efficace que si l'on dispose d'un refuge frais. Les jeunes en colocation mal isolée ou en logement étudiant sans air conditionné ne peuvent pas rester chez eux en sécurité. Leur appartement se transforme en fournaise dès que le mercure grimpe. Pour eux, poser un congé climatique revient à choisir entre une cuisine brûlante et une chambre étouffante.
Ceux qui peuvent télétravailler sont privilégiés. Ils ont un logement correct, une connexion internet, un ordinateur. Le congé climatique, pour eux, signifie simplement travailler depuis chez eux, dans le confort de leur salon. Pour les autres, c'est un jour sans salaire, dans un appartement invivable.
Le congé climatique, s'il n'est pas accompagné de mesures structurelles (isolation, climatisation des logements sociaux), risque de creuser les inégalités générationnelles. Les jeunes actifs, déjà précaires, seront les grands perdants de ce nouveau droit.

Au-delà de la pétition : le vrai problème est-il le manque de jours ou l'état des logements ?
La question mérite d'être posée : le problème est-il vraiment le manque de jours de congé, ou l'incapacité de nos logements et de nos bureaux à faire face à la chaleur ? Le congé climatique, dans cette lecture, n'est qu'un pansement. Il traite le symptôme (ne pas aller travailler) mais pas la cause (ne pas pouvoir rester chez soi ou au bureau en sécurité).
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En France, 60 % des logements sont classés D, E, F ou G sur l'échelle de performance énergétique. Cela signifie qu'ils sont mal isolés, qu'ils retiennent la chaleur l'été et qu'ils la perdent l'hiver. Climatiser ces logements serait une absurdité : la chaleur s'échapperait par les murs, les fenêtres, le toit.
« Climatiser partout, on n'en a pas les moyens » : l'aveu de Tondelier sur la limite de la proposition
Marine Tondelier a eu cette phrase honnête sur BFMTV : « Si vous climatisez des logements qui ne sont pas isolés, vous n'allez pas très loin. » C'est le paradoxe du congé climatique : sans logements et bureaux adaptés, il n'est qu'une solution de repli, un droit qui ne sert à rien si l'on n'a nulle part où aller.
La vraie priorité, c'est l'isolation thermique des bâtiments. C'est un chantier colossal, qui coûte des milliards d'euros, mais qui est le seul à traiter le problème à la racine. Un logement isolé, c'est un logement qui reste frais l'été sans climatisation. C'est aussi un logement qui consomme moins d'énergie l'hiver. C'est un investissement rentable à long terme, pour la planète comme pour le porte-monnaie.
Le congé climatique, lui, est une mesure immédiate, une réponse à l'urgence. Il a le mérite d'exister, mais il ne doit pas faire oublier le chantier de fond : l'adaptation de notre parc immobilier au réchauffement climatique.
Le décret oublié : où en est le seuil légal de température au travail en France ?
La pétition des Écologistes a au moins un mérite : elle remet sur le tapis la question du seuil légal de température au travail. Car aujourd'hui, en France, il n'existe pas de seuil clair qui oblige l'employeur à arrêter le travail en cas de canicule. Le décret de 2008 est « vague », comme le dit Tondelier, et la jurisprudence est incertaine.
En Espagne, le déclencheur est simple : une alerte des autorités. En France, rien de tel. Chaque entreprise fait comme elle l'entend, avec des résultats très variables. Certaines anticipent et mettent en place des horaires aménagés, des salles climatisées, des pauses régulières. D'autres ne font rien, laissant leurs salariés cuire sur place.
La proposition des Écologistes ne règle pas ce problème. Elle ne fixe pas de seuil chiffré, contrairement au modèle espagnol. Elle se contente d'énumérer les situations (canicule, inondation, incendie, fermeture d'école) sans les définir précisément. Un vide juridique qui persiste et que le texte ne comble pas totalement.
Conclusion : Un coup politique nécessaire ou une fausse piste pour les jeunes de la génération climat ?
La pétition des Écologistes a le mérite de poser une question qui concerne directement les 16-25 ans : comment adapter le travail au dérèglement climatique ? Les canicules ne sont plus des accidents météorologiques, elles sont devenues la norme. Et pourtant, le droit du travail français continue de les traiter comme des exceptions.
Le congé climatique est une réponse séduisante, mais incomplète. Il bute sur trois obstacles majeurs. Le financement, d'abord : qui paie ? L'entreprise, l'État, un fonds mutualisé ? Sans réponse claire, la mesure restera lettre morte. L'éligibilité des précaires, ensuite : les stages, les CDD, les jobs d'été sont les grands oubliés de la proposition. L'absence de seuil, enfin : sans définition précise des situations déclencheuses, le droit restera flou et inapplicable.
Alors, congé climatique ou logement isolé ? La question est mal posée : il faut les deux. Le premier est une réponse d'urgence, le second une solution structurelle. Mais en attendant que les pouvoirs publics se saisissent du chantier de l'isolation, le congé climatique offre au moins une bouée de sauvetage à ceux qui n'en ont pas.
Et vous, préférez-vous un nouveau droit social pour survivre aux canicules, ou une meilleure application des règles existantes sur l'adaptation au travail ? La réponse, peut-être, est dans la pétition.