Jonas Lauwiner, autoproclamé roi de Suisse, en uniforme militaire formel avec cape rouge et épaulettes dorées, à côté d'une table portant une couronne sur un coussin
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Jonas Lauwiner, l'autoproclamé "roi de Suisse", et son empire foncier

Jonas Lauwiner, autoproclamé "roi de Suisse", a acquis entre 140 et 154 parcelles dans neuf cantons grâce à un vide du droit suisse sur les biens sans maître. Le 29 mars 2026, il a obtenu 17 992 voix au scrutin du Conseil-exécutif bernois, sans être élu.

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Une couronne qu'il a dessinée lui-même, une monnaie cotée face au dollar, une "légion" avec un blindé... et 17 992 voix au scrutin du 29 mars 2026 pour un siège au gouvernement bernois. En Suisse, la blague a cessé d'être drôle pour les autorités.

Jonas Lauwiner, autoproclamé roi de Suisse, en uniforme militaire formel avec cape rouge et épaulettes dorées, à côté d'une table portant une couronne sur un coussin
Jonas Lauwiner, autoproclamé roi de Suisse, en uniforme militaire formel avec cape rouge et épaulettes dorées, à côté d'une table portant une couronne sur un coussin - (source)

Un empire réglé dans les moindres détails

Il y a d'abord le décor. Jonas Lauwiner, 31 ans, informaticien et technicien en automation dans une entreprise pharmaceutique, conseil municipal de Berthoud, s'est déclaré "roi de Suisse". Constitution, hymne, drapeau, ordres et décorations, arbre généalogique remontant à 1850 : tout le packaging monarchique y est. Le Vellar, sa monnaie, vaut environ 23 francs suisses. Une pièce à son effigie a été frappée à 200 exemplaires. En 2019, il a loué l'église de Nydegg, à Berne, pour une cérémonie de couronnement mise en scène avec des acteurs.

Berthoud (Burgdorf), ville du canton de Berne où Jonas Lauwiner est conseil municipal et fonde son « royaume ».

Il revendique environ 2 000 "citoyens" de son royaume, deux à trois demandes d'adhésion par jour. Et une "légion" - une poignée d'hommes en armes, des canons antiaériens mis au rebut, un blindé de six tonnes dont les autorités bernoises ont fait retirer les plaques. Du matériel de collection, rien d'opérationnel, ce qui n'empêche pas les vidéos de tenue de combat de circuler sur YouTube.

Jonas Lauwiner en uniforme militaire blanc brodé d'or et décoré de médailles, debout devant un véhicule blindé camouflé et un bâtiment
Jonas Lauwiner en uniforme militaire blanc brodé d'or et décoré de médailles, debout devant un véhicule blindé camouflé et un bâtiment - (source)

هشام السنوسي@Pirana_dusahara·FollowPortrait du Suisse marocain🇲🇦🇨🇭 Jonas Lauwiner : L’autoproclamé "Roi de Suisse"

​Né le 15 septembre 1994 à Unterseen, d'un père suisse et d'une mère marocaine (Habiba El-Rhaib), Jonas Lauwiner a marqué les esprits en se couronnant lui-même en 2019. À seulement 24 ans, son geste a d'abord été perçu par le public comme une excentricité inoffensive, voire une simple plaisanterie. Pourtant, derrière le folklore de la couronne se cache une stratégie juridique redoutable.

​Loin d'être un simple rêveur, Lauwiner utilise avec précision une faille dans le Code civil suisse (article 658/1912) . Celle-ci lui permet de s'approprier légalement des terrains dits « abandonnés » ou sans propriétaires.

​Ce qui a commencé par une cérémonie symbolique s'est transformé en un patrimoine impressionnant s'étendant sur plusieurs cantons :
​Il possède désormais plus de 117 000 m² de terres. Son domaine comprend 154 parcelles diverses.

​Infrastructures : Détail insolite, il est devenu propriétaire de 84 routes à travers le pays.

​Ce mélange d'audace et de connaissances juridiques a fait de lui une figure unique,transformant un titre autoproclamé en une véritable puissance foncière en Suisse.
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Le vide dans le Code civil

Derrière le folklore, le dossier tient à l'article 658 du Code civil suisse et à la déréliction : quand un propriétaire renonce à son droit, l'immeuble n'a plus de maître. Selon le juriste Peter Hänni, professeur émérite de droit à l'université de Fribourg, les cantons ont la faculté - pas l'obligation - de régler l'appropriation de ces biens. Là où la règle est muette, n'importe quel citoyen suisse peut déposer une déclaration d'occupation, payer 200 à 300 francs de frais, et devenir propriétaire.

Lauwiner a découvert le mécanisme à 20 ans, le jour où son père lui a offert un lopin de 800 mètres carrés et où la parcelle voisine s'est révélée sans propriétaire. Puis il a épluché les registres fonciers de dizaines de communes, jusqu'à engager une équipe de dix personnes pour mener ces recherches fastidieuses. "Si j'avais tout achété, je serais simplement agent immobilier. Je l'ai conquis", explique-t-il à BBC Mundo. C'est ce glissement de vocabulaire qui fait basculer un achat en conquête - et un propriétaire en roi.

Le résultat : entre 140 et 154 parcelles selon les sources et les périodes, quelque 114 000 à 117 000 mètres carrés répartis sur neuf cantons, plus de 80 tronçons de routes privées. Les dates varient aussi - 2017 ou 2019 pour le couronnement - mais cette instabilité fait partie du récit : l'auto-mythologie bouge au rythme des interviews.

Rosenweg, la rue qui a tout révélé

Le moment où la Suisse a arrêté de sourire porte un nom allemand : la Rosenweg, à Geuensee, dans le canton de Lucerne. Une rue résidentielle dont les voisins s'apprêtaient à définir les droits d'usage, et que Lauwiner a d'abord annexée. Selon le Luzerner Zeitung, repris par la BBC, il aurait proposé trois options aux riverains : la rebaptiser Lauwinerweg, l'échanger contre un terrain de valeur équivalente, ou la faire acheter par la commune.

Janine Wapf, cheffe du département de la construction et des infrastructures de Geuensee, évoque des prétentions comprises entre 80 000 et 150 000 francs - des sommes "intenables". Finalement, un résident l'a rachetée 8 500 francs. Lauwiner, lui, défend sa pratique comme celle d'un État normal : l'entretien des routes se paie, donc il facture l'entretien. Peter Hänni le confirme : propriétaire d'une route privée, il a effectivement "tous les droits" d'un propriétaire ordinaire.

Paul Chopelin@ChopelinP·FollowÂgé de 31 ans, Jonas Lauwiner s’est autoproclamé "roi de Suisse". Si l’histoire peut prêter à sourire, elle inquiète les autorités helvétiques. En quelques années, le jeune homme a acquis plus de 140 terrains, grâce à une particularité du droit suisse. ⤵️

https://t.co/rdr0WNLooW
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Le scrutin qui a transformé la farce en signal

Le 29 mars 2026, Lauwiner s'est présenté au Conseil-exécutif bernois sous la bannière "Le roi JL". En uniforme blanc, devant un canon antiaérien, il promettait de reverser 50 % de son salaire au canton. Ses chances étaient jugées "maigres, voire inexistantes". Résultat officiel : 17 992 voix. Il devance le candidat des Pirates, Jorgo Ananiadis, qui en récoltait 15 824. Il n'est pas élu - le bloc bourgeois conserve sa majorité - mais un homme qui se fait appeler "Votre Altesse Royale" vient de dépasser un candidat d'un parti établi dans le canton de Berne.

Les cantons referment la porte

Le Vaud et le Valais ont déjà donné la priorité aux communes pour les biens sans maître. Le Jura, où Lauwiner ne possède rien, prépare un durcissement destiné à "empêcher toute revendication". Le canton de Berne a lancé une révision du même type. Selon Hänni, revenir sur le passé serait juridiquement difficile - cela reviendrait à reconnaître que les autorités n'ont pas réglementé une compétence qu'elles avaient - mais l'encadrement de l'avenir est clairement sur la table.

Jonas Lauwiner en uniforme d'officier de marine derrière un bureau, une carte étalée devant lui dans un cadre administratif
Jonas Lauwiner en uniforme d'officier de marine derrière un bureau, une carte étalée devant lui dans un cadre administratif - (source)

Le paradoxe suisse tient en peu de mots : un pays sans roi, dont les armoiries et la croix sont protégées par la loi pour éviter toute confusion entre le privé et la Confédération, dont la souveraineté est fragmentée entre vingt-six cantons - et dans lequel un angle mort du droit cantonal suffit à fabriquer une principauté foncière de dix hectares. L'appareil symbolique suisse est blindé. L'appareil foncier, beaucoup moins.

Lauwiner le dit lui-même : "C'est un titre symbolique." Ce que personne ne conteste, en revanche, ce sont les factures et les bulletins : les 80 000 à 150 000 francs réclamés aux riverains de Geuensee, les 17 992 voix du 29 mars, et les révisions cantonales en cours. La couronne reste une plaisanterie ; la succession qu'elle recouvre, beaucoup moins.

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Questions fréquentes

Comment Jonas Lauwiner a-t-il acquis ses terrains en Suisse ?

Il a profité d'un vide du droit suisse : quand un propriétaire renonce à son droit, l'immeuble n'a plus de maître (déréliction, article 658 du Code civil). Les cantons ont la faculté - pas l'obligation - de régler l'appropriation de ces biens. Là où la règle est muette, tout citoyen suisse peut déposer une déclaration d'occupation et payer 200 à 300 francs de frais pour devenir propriétaire. Lauwiner a épluché les registres fonciers de dizaines de communes avec une équipe de dix personnes.

Combien de parcelles Jonas Lauwiner possède-t-il ?

Le chiffre varie selon les sources et les périodes : entre 140 et 154 parcelles, soit environ 114 000 à 117 000 mètres carrés répartis sur neuf cantons, plus de 80 tronçons de routes privées.

Quel résultat Jonas Lauwiner a-t-il obtenu à l'élection du Conseil-exécutif bernois ?

Le 29 mars 2026, sous la bannière "Le roi JL", il a obtenu 17 992 voix, devant le candidat des Pirates Jorgo Ananiadis (15 824 voix). Il n'a pas été élu : le bloc bourgeois conserve sa majorité.

Que s'est-il passé sur la Rosenweg à Geuensee ?

Lauwiner a annexé cette rue résidentielle du canton de Lucerne, où les voisins s'apprêtaient à définir leurs droits d'usage. Selon le Luzerner Zeitung, il aurait proposé trois options aux riverains : la rebaptiser Lauwinerweg, l'échanger contre un terrain de valeur équivalente, ou la faire acheter par la commune. Janine Wapf, cheffe du département de la construction de Geuensee, évoque des prétentions comprises entre 80 000 et 150 000 francs, des sommes "intenables". Finalement, un résident l'a rachetée 8 500 francs.

Les cantons peuvent-ils empêcher de nouvelles acquisitions comme celle de Lauwiner ?

Oui pour l'avenir. Selon le juriste Peter Hänni, professeur émérite de droit à l'université de Fribourg, revenir sur le passé serait juridiquement difficile - cela reviendrait à reconnaître que les autorités n'ont pas réglementé une compétence qu'elles avaient - mais les cantons peuvent encadrer l'avenir. Le Vaud et le Valais ont déjà donné la priorité aux communes pour les biens sans maître ; le Jura et le canton de Berne préparent des durcissements.

Sources

  1. Élections bernoises : statu quo à l'Exécutif malgré la poussée de l'UDC · 20min.ch
  2. Qui est Jonas Lauwiner, l’autoproclamé « roi suisse » ? · 20minutes.fr
  3. [PDF] Droits réels - AED · aed-geneve.ch
  4. Elections cantonales: revivez cette journée - ajour · ajour.ch
  5. Biens sans maître / Biens abandonnés - ANIL · anil.org
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Chloé Jabot @buzz-tracker

Je vis sur TikTok comme d'autres vivent sur Terre. À 22 ans, j'ai déjà prédit trois tendances virales avant qu'elles n'explosent – dont un challenge dance que j'ai vu naître dans un live à 3h du matin. Étudiante en communication digitale à Paris, je stage dans une agence qui surveille les réseaux sociaux pour des grandes marques. Mon feed For You est tellement bien calibré que mes amis m'envoient des screenshots pour savoir si c'est « encore tendance » ou « déjà cringe ».

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