Instauré dès 1857 par les Australiens, le passage par l’isoloir sera en France l’enjeu d’âpres et longs débats. Tout comme l’usage de l’enveloppe, obligatoire depuis 1914.
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Ingérences étrangères : le nouveau danger pour nos votes

Des deepfakes aux armées de bots, les ingérences étrangères menacent nos élections. Découvrez comment la Russie et d'autres puissances manipulent l'opinion, pourquoi les scrutins locaux sont ciblés et comment Viginum tente de contrer cette menace...

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Alors que les échéances électorales se rapprochent à grands pas, une menace invisible mais ô combien réelle plane sur le processus démocratique français. On pourrait croire sortir d'un film d'espionnage à grand spectacle, mais la réalité est souvent plus prosaïque et tout aussi inquiétante. Les méthodes d'influence ont radicalement évolué, passant d'une espionnage classique à une guerre psychologique numérique. Fini le temps des simples emails piratés comme en 2017 ; nous sommes désormais entrés dans l'ère des deepfakes ultra-réalistes, des armées de bots coordonnés et des influenceurs rémunérés sous le manteau pour distiller leur propagande.

Votre fil TikTok, votre page Instagram préférée, votre timeline X ne sont plus de simples lieux de divertissement. Ils sont devenus des champs de bataille où s'affrontent des puissances étrangères cherchant à manipuler subtilement, et parfois brutalement, vos opinions politiques. Cette guerre de l'information ne tire aucune balle réelle, ne fait pas de bruit d'explosion, mais ses conséquences sur le pacte démocratique pourraient s'avérer tout aussi dévastatrices. Il est urgent de comprendre les rouages de cette manipulation pour mieux s'en prémunir.

Comment fonctionnent les élections en France ?
Comment fonctionnent les élections en France ? — (source)

La nouvelle carte des puissances manipulatrices

Le paysage des interférences étrangères a considérablement évolué ces dernières années, transformant le web français en un véritable terrain d'affrontement entre multiples acteurs étatiques. Si la Russie reste souvent le premier suspect qui vient à l'esprit, elle est désormais rejointe par d'autres nations aux motivations variées et aux techniques de plus en plus sophistiquées. Il ne s'agit plus seulement de nuire, mais de modeler le paysage médiatique à l'avantage de stratégies géopolitiques complexes.

La Russie : stratège de la déstabilisation

Moscou demeure, sans conteste, l'acteur le plus prolifique et le plus expérimenté dans ce domaine redoutable. Depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022, les opérations russes d'influence ne se sont pas contentées de perdurer ; elles se sont intensifiées de manière spectaculaire pour toucher le cœur des sociétés européennes. En novembre dernier, l'organisation Reporters Sans Frontières a sonné l'alarme en identifiant plus de 80 faux sites d'information en langue française. Ce qui effraie les autorités, c'est le degré de mimétisme de ces plateformes : elles imitaient parfaitement la mise en page, le ton éditorial et même l'URL de médias locaux régionaux respectés.

Ce réseau tentaculaire, attribué par les experts au groupe russe Storm-1516, représentait une menace concrète et immédiate pour les élections municipales. L'objectif n'était pas seulement de diffuser de la propagande, mais de semer le doute sur les institutions démocratiques françaises et d'affaiblir le soutien à l'Ukraine en inondant l'espace informationnel de contenus biaisés présentés comme du journalisme légitime. La sophistication de cette opération témoigne d'une compréhension approfondie du paysage médiatique français et d'une volonté délibérée de s'immiscer dans les débats politiques locaux pour y semer le chaos.

Les autres acteurs étatiques

L'Azerbaïdjan a également fait parler de lui en 2024, prouvant que la Russie n'a pas le monopole de l'ingérence. Des campagnes de désinformation attribuées à Bakou ont ciblé spécifiquement la Nouvelle-Calédonie. Cette opération visait à exploiter les tensions coloniales et les griefs historiques pour affaiblir la position française sur la scène internationale. Bien que l'efficacité immédiate de cette manœuvre ait pu sembler limitée, elle illustre la volonté de puissances régionales d'utiliser les fractures sociales de l'Hexagone comme levier d'influence.

La Chine, de son côté, mène des opérations d'influence plus subtiles, souvent qualifiées de "sharp power". Contrairement à l'approche agressive russe, Pékin privilégie une stratégie d'infiltration douce, principalement axée sur la défense de ses intérêts économiques et la promotion d'une vision positive de sa politique étrangère. Comme nous l'avions analysé dans notre article sur Elections : une arme de destruction massive, ces ingérences ne visent pas nécessairement à faire élire un candidat précis, mais plutôt à miner la confiance démocratique et à créer des fractures irréversibles au sein de la société française.

Pourquoi les élections locales deviennent des cibles privilégiées

Contre-intuitivement, ce sont les scrutins locaux qui présentent aujourd'hui la plus grande vulnérabilité face aux manipulations étrangères. On pourrait penser que les élections présidentielles ou législatives, avec leurs enjeux nationaux, sont les cibles prioritaires. Pourtant, la logique mathématique de l'influence pousse les acteurs malveillants à se tourner vers l'hyperlocal. Plus l'élection concerne un territoire restreint, plus l'impact d'une campagne de désinformation ciblée peut s'avérer décisif.

Inside of a French voting booth
Inside of a French voting booth — Rama / CC BY-SA 2.0 fr / (source)

L'arithmétique de la manipulation

Façonner le résultat d'une élection nationale nécessiterait de faire basculer des millions d'électeurs, une tâche titanesque, coûteuse et complexe, même pour les opérations d'influence les mieux dotées en ressources. En revanche, dans une course municipale serrée, quelques centaines ou milliers de voix suffisent parfois à faire basculer le résultat final dans une ville moyenne. Cette réalité mathématique simple explique pourquoi les puissances étrangères investissent massivement dans la déstabilisation des élections locales à travers l'Europe.

La Moldavie en a fait l'amère expérience en septembre 2025. Lors d'élections législatives cruciales, le pays a été la cible d'une opération massive impliquant faux sites web, faux comptes de réseaux sociaux et même des agents provocateurs physiquement présents sur le terrain pour semer le trouble. Heureusement pour la démocratie moldave, les candidats pro-européens ont finalement triomphé dans ce pays de 2,9 millions d'habitants, soit une population légèrement supérieure aux 2,1 millions de résidents parisiens. Ce résultat montre cependant que même avec des moyens limités, une ingérence peut perturber gravement le processus électoral.

La complexité comme bouclier

Les contextes politiques français restent toutefois difficilement saisissables pour des acteurs étrangers, ce qui constitue une chance inattendue. Les nuances sociales, économiques et politiques de villes comme Nice, Brest ou Colmar représentent un défi considérable pour les opérateurs d'influence basés à l'étranger. La "France des provinces" avec ses spécificités culturelles, ses enjeux de transports ou d'urbanisme local, échappe souvent aux analyses grossières des services de propagande étrangers.

Ces subtilités locales constituent une forme de protection naturelle contre les ingérences trop grossières. Un bot russe ou une ferme de contenus azerbaïdjanaise aura du mal à comprendre les enjeux d'une élection municipale dans une petite commune de Bretagne ou des Ardennes. Cependant, cette complexité ne garantit pas une immunité totale. Face à des techniques de manipulation de plus en plus sophistiquées, qui utilisent l'analyse de données massives pour cibler les faiblesses locales, la vigilance reste de mise.

L'intelligence artificielle au service de la tromperie

L'avènement de l'intelligence artificielle générative a révolutionné les capacités de manipulation, permettant de créer du contenu fallacieux d'une qualité sans précédent et à une échelle industrielle. Nous ne sommes plus seulement face à des montages photo malhabiles ou à des textes mal traduits. Les deepfakes représentent la menace la plus visible et la plus terrifiante de cette nouvelle ère de désinformation algorithmique, brouillant les frontières entre le réel et le virtuel.

La révolution des deepfakes politiques

Les deepfakes permettent désormais de créer des vidéos où des personnalités politiques semblent prononcer des propos qu'elles n'ont jamais tenus, avec une fidélité visuelle et auditive effrayante. La technologie a progressé à une vitesse fulgurante : en 2024, il est devenu quasi impossible de distinguer un deepfake sophistiqué d'une vidéo authentique pour un œil non averti. Cette évolution technologique place les électeurs dans une position de vulnérabilité inédite, car le "voir, c'est croire" n'est plus une règle de confiance fiable.

Face à cette menace, il devient crucial d'apprendre à identifier les contenus manipulés, bien que la course aux armements technologique soit difficile à suivre. Plusieurs indices techniques peuvent éveiller les soupçons chez l'observateur attentif : des mouvements oculaires saccadés ou trop fixes, des lèvres légèrement désynchronisées du son, des textures de peau anormalement lisses ou au contraire trop granuleuses, des reflets irréalistes dans les yeux. Cependant, ces signes deviennent de plus en plus subtils à mesure que les algorithmes s'améliorent, rendant la détection par le simple citoyen de plus en plus complexe.

L'automatisation massive de la désinformation

Au-delà des vidéos, l'IA permet l'automatisation de la production textuelle. Les bots alimentés par l'intelligence artificielle peuvent désormais générer des milliers de commentaires, d'articles et de posts par jour, créant une illusion de consensus populaire autour d'idées prédéfinies. Ces armées numériques inondent les espaces de discussion en ligne, noyant les voix authentiques sous un déluge de contenus manufacturés.

Le coût dérisoire de production permet de saturer n'importe quel débat en quelques heures seulement. Il est possible de créer des dizaines de profils aux "fausses vies" crédibles, échangeant entre eux pour donner l'illusion d'une communauté inquiète ou en colère. Cette technique, appelée "astroturfing", vise à faire croire qu'une opinion marginale est en réalité majoritaire, jouant sur le phénomène psychologique de conformisme pour pousser les indécis vers un choix donné.

Viginum : le vigile français de l'information

Face à cette menace multidimensionnelle qui s'infiltre dans nos écrans, la France a décidé de ne pas rester les bras croisés. En 2021, l'État s'est doté de Viginum, un organisme gouvernemental spécifiquement mandaté pour détecter et analyser les opérations de manipulation de l'information d'origine étrangère. Ce service relativement jeune mais essentiel représente la ligne de front française dans cette guerre de l'information invisible, un véritable service de renseignement dédié au numérique.

Une alerte permanente

Le chef de Viginum, Marc-Antoine Brillant, a récemment souligné l'omniprésence de ces tentatives de manipulation avec une lucidité déconcertante. Selon lui, depuis le milieu des années 2010, aucun scrutin majeur dans une démocratie libérale n'a été épargné par des tentatives de manipulation des résultats. C'est un constat accablant qui doit nous alerter sur la systématicité de la menace.

L'année 2024 s'est révélée particulièrement critique avec deux conflits majeurs en Ukraine et à Gaza qui génèrent une quantité phénoménale de discussions et de bruit sur les réseaux sociaux. À cela s'ajoute l'événement mondial des Jeux Olympiques de Paris, qui a attiré les projecteurs et exacerbé les envies de perturbation. L'organisation fonctionne en permanence sur le qui-vive, analysant des millions de contenus pour identifier les campagnes de manipulation avant qu'elles n'atteignent leur vitesse de croisière. Les analystes de Viginum traquent les patterns suspects : coordinations inhabituelles entre comptes, diffusion synchronisée de narratifs identiques, pics d'activité anormaux sur des sujets politiques sensibles.

La coopération avec les plateformes numériques

Viginum ne peut pas agir seul. Jean-Noël Barrot, ministre délégué à l'Europe, a placé la coopération internationale et avec les géants du numérique au cœur de sa stratégie. Il a convoqué les représentants des principales plateformes pour exiger une vigilance maximale durant les périodes électorales. Cette pression gouvernementale vise à contraindre les réseaux sociaux à renforcer leurs mécanismes de modération et à identifier rapidement les contenus manipulés.

Le ministre a également exhorté la Commission européenne à veiller à ce que les réseaux sociaux appliquent la plus grande vigilance pendant la campagne, la période de silence électoral et le jour du vote lui-même. C'est une reconnaissance officielle que les outils actuels de modération sont insuffisants face à l'industrialisation de la désinformation. Les discussions portent sur la nécessité de traçabilité des sponsors politiques en ligne et sur une transparence accrue des algorithmes qui régissent ce que nous voyons sur nos écrans.

L'abstention, alliée objective des manipulateurs

Au-delà des fake news, il existe un facteur structurel qui facilite grandement la tâche des ingérences étrangères : l'abstention. Jean-Noël Barrot lui-même a identifié deux éléments majeurs pouvant bouleverser un scrutin : un taux d'abstention élevé et les ingérences étrangères. Ces deux fléaux sont d'ailleurs intrinsèquement liés, formant un cercle vicieux qui menace la vitalité de notre démocratie.

Le lien entre désintérêt et vulnérabilité

Lorsque le citoyen se détourne des urnes, l'espace laissé vacant est immédiatement investi par des forces obscures. L'abstention reflète souvent un sentiment de désillusion ou l'idée que "mon vote ne changera rien". C'est précisément cette faille psychologique que les acteurs de la manipulation exploitent. En nourrissant le cynisme ambiant via des campagnes visant à discréditer tous les candidats ou les institutions eux-mêmes, ils incitent implicitement au repli sur soi et à la non-participation.

Dans ce contexte, quelques milliers de votes manipulés ou orientés pèsent d'un poids considérable. Si 70 % de la population s'abstient, le seuil pour faire basculer une élection devient drastiquement bas. Les stratèges de la désinformation le savent parfaitement : il est bien plus facile de radicaliser ou de tromper une poignée d'électeurs motivés que de convaincre une majorité massive. C'est pourquoi la lutte contre l'abstention est devenue une composante essentielle de la sécurité nationale électorale.

La réponse citoyenne par le vote

Pour contrer ce phénomène, la France a lancé une vaste campagne médiatique pour encourager ses citoyens à aller voter. L'objectif est de redonner le sens du civisme et de montrer que le vote reste l'arme ultime contre la manipulation. En participant massivement au scrutin, les électeurs diluent mécaniquement l'impact des tentatives d'influence ciblées. Plus la participation est forte, plus l'élection devient "tamponnée" par la réalité du terrain, rendant les opérations numériques de perturbation moins efficaces.

C'est un paradoxe intéressant : à l'heure du numérique, la protection de la démocratie repose aussi sur un acte physique, ancré dans la réalité, celui de glisser un bulletin dans l'urne. Le vote devient l'acte de résistance par excellence face aux algorithmes et aux bots. Il est crucial de rappeler que l'abstention ne constitue pas une position neutre, mais une position qui laisse le champ libre aux pires scénarios.

Instauré dès 1857 par les Australiens, le passage par l’isoloir sera en France l’enjeu d’âpres et longs débats. Tout comme l’usage de l’enveloppe, obligatoire depuis 1914.
Instauré dès 1857 par les Australiens, le passage par l’isoloir sera en France l’enjeu d’âpres et longs débats. Tout comme l’usage de l’enveloppe, obligatoire depuis 1914. — (source)

Comment reconnaître une manipulation sur vos réseaux

La première ligne de défense contre les ingérences étrangères, c'est vous, l'utilisateur final. Les technologies de détection, aussi avancées soient-elles, ne pourront jamais remplacer l'intelligence humaine collective. Développer un esprit critique affûté et acquérir quelques réflexes de vérification peut grandement réduire votre vulnérabilité face aux tentatives de manipulation. Chaque internaute est potentiellement un gardien de la vérité.

Les indices techniques à repérer

Plusieurs éléments peuvent trahir un contenu manipulé ou un compte coordonné par une botte. Les comptes bots présentent souvent des caractéristiques révélatrices que l'on apprend à repérer avec un peu d'habitude : une activité publicationnelle anormalement intense (des dizaines de posts par heure), l'absence de photos personnelles authentiques (utilisation de photos d'archives), un historique de compte très récent créé juste avant un événement électoral, ou encore des interactions limitées à des partages sans commentaires personnels.

Les contenus profonds (deepfakes) ou retouchés sont souvent trahis par des incohérences visuelles subtiles. Au-delà des clignements des yeux, on peut observer des ombres qui ne suivent pas la logique de la lumière principale, des reflets dans les lunettes qui ne correspondent pas à l'environnement, ou encore des audio dont la qualité ne change pas même si la personne tourne la tête. Ces petits détails, invisibles au premier coup d'œil, deviennent évidents lorsque l'on prend le temps d'analyser l'image.

Les réflexes de vérification incontournables

Avant de partager un contenu choc qui suscite une forte émotion en vous — colère, peur, enthousiasme excessif — prenez toujours le temps de vérifier sa source. Les émotions sont les vecteurs privilégiés de la désinformation. Les faux sites d'actualités imitent souvent parfaitement les médias légitimes, mais leurs URL comportent généralement des variations subtiles : un tiret surnuméraire, une faute d'orthographe intégrée au nom de domaine, une extension géographique incohérente avec le prétendu média français (comme un .fr pour un média local belge).

Croisez toujours l'information avec plusieurs sources fiables avant de lui accorder crédit. Si une information explosive n'est reprise par aucun média grand public, c'est souvent le signe qu'elle doit être traitée avec la plus grande prudence. Utilisez les moteurs de recherche inversés pour les images : il est fréquent qu'une photo présentée comme "actuelle" soit en fait une vieille image sortie de son contexte, parfois datant de plusieurs années ou provenant d'un tout autre pays.

Les leçons des précédents européens

L'Europe a accumulé une expérience douloureuse mais instructive en matière d'ingérences électorales au cours de la dernière décennie. Chaque scrutin contaminé fournit des enseignements précieux pour renforcer les défenses démocratiques des nations européennes, y compris la France. Il est essentiel d'analyser ces erreurs du passé pour ne pas les reproduire, car les stratégies des ennemis de la démocratie évoluent en apprenant de leurs succès et de leurs échecs.

L'avertissement slovaque

La Slovaquie a vécu un véritable cas d'école en septembre 2023, lors de ses élections législatives. Le scrutin a été gravement perturbé par la diffusion d'un faux enregistrement audio diffusé durant la période de silence électoral, ce qui rend toute réaction officielle difficile. Ce deepfake audio ciblait spécifiquement un candidat pro-européen et le présentait en train de tenir des propos totalement fabriqués sur la fraude électorale et la corruption.

Les conséquences furent concrètes et géopolitiques. Le parti populiste critique de l'Union européenne et de l'OTAN a finalement remporté le scrutin. Depuis son arrivée au pouvoir, ce gouvernement a interrompu l'aide militaire à l'Ukraine, ce qui constitue une victoire stratégique directe pour la Russie. Ce précédent illustre parfaitement la dangerosité de ces opérations et leur capacité à produire des changements de politique majeurs. La France a pris cet avertissement très au sérieux et intensifié ses efforts de détection et de prévention, comme l'explique notre analyse sur Election : Manipulation des résultats.

La résilience démocratique moldave

Heureusement, toutes les tentatives d'ingérence n'aboutissent pas à un succès pour les assaillants. La Moldavie a démontré en 2025 qu'une démocratie déterminée pouvait résister à des attaques massives et multifacettes. Face à une opération russe d'envergure combinant cyberattaques, fausses informations et même presence physique d'agitateurs sur le terrain, les institutions moldaves ont tenu bon.

La victoire des candidats pro-européens malgré ce déluge prouve que les mécanismes de défense institutionnels et l'éducation aux médias peuvent constituer des remparts efficaces. La société civile moldave s'est mobilisée rapidement pour démentir les fausses infos et encourager le vote. Cette résilience offre des raisons d'espérer pour les démocraties occidentales confrontées aux mêmes menaces. Elle montre que la technologie n'est pas toute-puissante face à un peuple éduqué et conscient des enjeux.

Peut-on vraiment protéger une élection ?

La protection intégrale d'un scrutin contre toutes les formes d'ingérence représente un défi monumental, presque sisyphe, tant les techniques de manipulation évoluent vite. Cependant, l'impossibilité d'une sécurité absolue ne doit pas conduire à la résignation. Des mesures concrètes, techniques et humaines, peuvent significativement réduire les risques et limiter l'impact des tentatives de manipulation étrangère. C'est une course de fond qui demande une vigilance constante de la part de tous les acteurs de la société.

Les actions gouvernementales renforcées

Le gouvernement français multiplie les initiatives pour sécuriser le processus électoral. Au-delà de Viginum, des structures de crise sont activées en permanence pendant les périodes électorales pour coordonner les réactions entre l'exécutif, les services de renseignement et les plateformes numériques. Les autorités travaillent à durcir le cadre légal pour obliger les plateformes à plus de transparence sur la publicité politique, un vecteur majeur de micro-ciblage manipulateur.

La coopération internationale est également renforcée. L'Union européenne tente de mettre en place des mécanismes de réponse commune pour qu'une attaque contre un État membre déclenche une solidarité immédiate des autres. L'idée est de ne plus laisser les plateformes américaines ou chinoises arbitrer seules de ce qui est vrai ou faux dans nos démocraties. Le Digital Services Act (DSA) européen est un premier pas vers une régulation plus stricte des contenus illicites et de la diffusion massive de fausses informations.

La responsabilité individuelle et collective

En définitive, la protection des élections incombe aussi aux citoyens. Chaque lecteur, chaque utilisateur de réseaux sociaux peut contribuer à la résilience informationnelle nationale en adoptant des comportements responsables : vérification des sources avant partage, signalement des contenus suspects aux modérateurs, refus de propager des informations non confirmées. Cette hygiène numérique collective constitue un bouclier puissant contre les manipulations algorithmiques.

Il est impératif de comprendre que nous sommes tous des vecteurs d'information. En partageant une fausse nouvelle, même avec de bonnes intentions, on devient l'agent de propagation de l'ennemi. La lucidité et la modération sont les vertus cardinales de l'internaute moderne. En prenant conscience de notre propre pouvoir d'influence sur notre cercle proche, nous transformons chaque réseau social en une défense immunitaire contre le virus de la désinformation.

Conclusion

La France fait face à un défi inédit dans son histoire : protéger son processus démocratique contre des menaces invisibles, sophistiquées et en constante évolution. Les ingérences étrangères ne relèvent plus de la science-fiction ni de la théorie du complot, elles constituent une réalité tangible qui a déjà démontré son impact destructeur dans plusieurs démocraties européennes. L'intelligence artificielle et les réseaux sociaux ont radicalement transformé le paysage des manipulations électorales, permettant des opérations d'influence d'une ampleur et d'une précision auparavant inimaginables.

Pourtant, l'espoir demeure. La création de Viginum, la coopération renforcée avec les plateformes numériques, le durcissement des réglementations européennes et surtout l'éducation critique des citoyens constituent des lignes de défense solides. La résilience démontrée par certains pays européens prouve que les démocraties peuvent s'adapter et résister à ces attaques informationnelles. Votre rôle dans cette bataille est crucial : en développant votre vigilance face aux contenus manipulés et en refusant de devenir un vecteur involontaire de désinformation, vous participez activement à la protection du pacte démocratique français. L'élection de demain se jouera peut-être sur votre capacité à distinguer le vrai du faux dans votre fil d'actualité.

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Marie Barbot @screen-addict

Étudiante en histoire de l'art à Aix-en-Provence, je vois des connexions partout. Entre un tableau de la Renaissance et un clip de Beyoncé. Entre un film de Kubrick et une pub pour du parfum. La culture, pour moi, c'est un tout – pas des cases séparées. J'écris pour ceux qui pensent que « l'art, c'est pas pour moi » et qui se trompent. Tout le monde peut kiffer un musée si on lui explique bien.

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