La nuit du 17 au 18 juillet 2024 restera gravée dans la mémoire du quartier des Moulins à Nice comme l'une des plus meurtrières de son histoire récente. Alors que la ville s'apprêtait à célébrer la fête nationale, un incendie criminel a coûté la vie à sept membres d'une même famille d'origine comorienne, plongeant tout un quartier dans l'horreur. Deux ans après ce drame, le parquet de Nice a annoncé le 17 juillet 2026 l'interpellation d'un nouveau suspect, un homme de 25 ans soupçonné d'avoir joué un rôle d'intermédiaire dans la préparation du sinistre. Cette nouvelle arrestation relance l'espoir des familles de voir toute la lumière faite sur cette affaire.

« Camembert », 2h24 du matin, sept morts : retour sur la nuit d'horreur des Moulins
Le quartier des Moulins, situé à l'ouest de Nice en lisière de l'aéroport, est classé zone prioritaire « politique de la ville ». C'est là que se dresse l'immeuble surnommé « le camembert », un bloc HLM rond et massif au 38 rue de la Santoline. Deux ans après le drame, le bâtiment reste en partie inoccupé, les travaux de réhabilitation ayant été plusieurs fois retardés. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez s'y est rendu le 28 mai 2026, mais les habitants attendent toujours des actes concrets.
Cette nuit-là, vers 2h24, les caméras de vidéosurveillance filment trois jeunes hommes sortant d'une voiture. Ils forcent l'entrée de l'immeuble et déversent un accélérant — des hydrocarbures — aux premier, deuxième et troisième étages. Le feu se propage rapidement, piégeant au septième étage une famille qui dort paisiblement. Le père, Mhouadim, saute par la fenêtre pour tenter d'alerter les secours ou de sauver les siens. Il meurt sur le coup. Dès le lendemain, le procureur de la République de Nice confirme que la piste criminelle est « totalement confortée ». Il s'agit d'un acte lié au trafic de stupéfiants, mais les victimes étaient totalement étrangères à ce trafic. Cette injustice absolue explique la colère qui a saisi le quartier.
Des hydrocarbures aux 1er, 2e et 3e étages : le mode opératoire des incendiaires
La chronologie des faits a été établie avec précision grâce aux images de vidéosurveillance. Les trois suspects ont agi en moins de cinq minutes : sortie du véhicule, effraction, déversement de l'accélérant, mise à feu, fuite. L'enquête a rapidement montré que l'incendie n'était pas un acte impulsif. Le choix des trois premiers étages visait à bloquer les issues de secours et à maximiser les dégâts. Les familles logées aux étages supérieurs, dont celle de Mhouadim, se sont retrouvées piégées.
Les pompiers arrivés sur place ont découvert un spectacle apocalyptique. Les sept corps ont été retrouvés au septième étage, asphyxiés par les fumées. Seuls trois des enfants de la famille — Afouwady, Zakidine et Zayairoudine — ont survécu en sautant par la fenêtre. Zakidine, aujourd'hui âgé de 24 ans, se déplace avec un déambulateur et des béquilles. Il est décrit comme « un miraculé » par son avocat. !PROTECTED_1
Mhouadim, Sitty et leurs sept enfants : le portrait d'une famille « très humble » et généreuse
Derrière les statistiques et les faits divers, il y a des visages. La famille était originaire des Comores et s'était installée dans le quartier des Moulins en 2012. Mhouadim, 45 ans, était entraîneur de football bénévole et hébergeait gratuitement des étudiants comoriens en difficulté. Sitty, 46 ans, s'occupait de personnes âgées et était impliquée dans les activités culturelles du quartier. Le couple laisse sept enfants : Afrady (17 ans), Sandjema (10 ans), Oumaya (5 ans), Omar (7 ans), ainsi que la tante Chafika (22 ans). Tous sont morts cette nuit-là.
L'association des étudiants comoriens à Nice a organisé une cérémonie d'hommage. Les témoignages décrivent une famille « très humble », « toujours prête à aider ». Le père était connu pour sa générosité, la mère pour son dévouement. Ce portrait contraste violemment avec la violence de l'acte criminel. On ne tue pas des trafiquants, on tue des innocents. Cette réalité est au cœur de la colère qui anime encore aujourd'hui les proches et les habitants du quartier.
Un suspect de 25 ans arrêté pour « repérage » : le nouveau maillon de l'enquête
Le 17 juillet 2026, le parquet de Nice annonce une nouvelle interpellation. Le suspect, né en 2001 et domicilié à Nice, a été arrêté début juillet par le Service Interdépartemental de la Police Judiciaire (SIPJ) de Nice. Il est soupçonné d'avoir servi d'intermédiaire dans la préparation des faits, principalement en repérant le lieu de l'incendie. Cette fonction de « repéreur » est capitale : elle prouve que l'attaque n'était pas un acte impulsif, mais une opération préparée, ciblant délibérément l'immeuble de la famille.
Cette interpellation porte à six le nombre de personnes mises en examen et placées en détention provisoire en France. Mais deux autres individus font toujours l'objet de mandats d'arrêt internationaux. L'un est localisé en Algérie, l'autre en Guinée-Bissau. Le commanditaire présumé reste en fuite.
Né en 2001, domicilié à Nice, interpellé par le SIPJ : le profil du « repéreur » présumé

Le nouveau suspect est un homme de 25 ans, né en 2001, domicilié à Nice. Il a été interpellé par le SIPJ de Nice début juillet 2026. Selon le communiqué du procureur Damien Martinelli, il est soupçonné d'avoir joué un rôle d'intermédiaire dans la préparation des faits, notamment quant à la localisation du lieu de l'incendie. En clair, il aurait repéré l'immeuble, identifié les accès, et fourni ces informations aux exécutants.
Cette fonction de « repéreur » est souvent sous-estimée dans les affaires criminelles. Pourtant, elle est essentielle. Sans repérage préalable, les incendiaires n'auraient pas su où déverser l'accélérant pour maximiser l'effet. Le fait que ce suspect ait été interpellé deux ans après les faits montre la complexité de l'enquête et la patience des enquêteurs.
Menaces ou complicité ? Les premières déclarations du suspect en garde à vue
Placé en garde à vue, le nouveau suspect a reconnu une « implication relative » mais l'a expliquée par des « menaces » qu'il aurait reçues. Cette défense est typique dans les dossiers de narcotrafic. La frontière entre la victime contrainte et le complice actif est souvent floue. Les trafiquants utilisent fréquemment la menace pour recruter des intermédiaires, créant ainsi une chaîne de responsabilités difficile à démêler.
Le suspect a été mis en examen pour destruction volontaire par incendie ayant entraîné la mort, destruction par incendie en réunion, et association de malfaiteurs. Il a été placé en détention provisoire. Son procès devra déterminer si son rôle était contraint ou volontaire, une distinction qui pèsera lourdement sur la peine encourue.
Six mis en examen, deux en fuite : comment le puzzle criminel se reconstitue
L'enquête sur l'incendie criminel des Moulins s'apparente à un puzzle géant dont les pièces se mettent en place lentement. Depuis juillet 2024, quatre vagues d'interpellations ont eu lieu, chacune apportant son lot de révélations. Aujourd'hui, six personnes sont mises en examen et placées en détention provisoire en France. Mais deux suspects majeurs restent introuvables.
Pour comprendre la mécanique de cette affaire, il faut remonter le fil des arrestations. Chaque interpellation correspond à un maillon de la chaîne criminelle : du convoyeur au commanditaire, en passant par les exécutants et les intermédiaires. Le nouveau suspect arrêté en juillet 2026 complète le tableau, mais les fugitifs laissent un vide judiciaire préoccupant.
Chronologie des arrestations : de juillet 2024 à juillet 2026
La première vague d'interpellations a eu lieu juste après les faits, en juillet 2024. Quatre personnes ont été arrêtées :
- Un homme de 25 ans, originaire des Alpes-Maritimes, qui a joué le rôle de convoyeur. Il a avoué avoir transporté les incendiaires sur les lieux.
- Un passager d'environ 20 ans, interpellé à la Gare du Nord à Paris. Il tentait de quitter la France.
- Un mineur de 17 ans, déjà connu pour trafic de stupéfiants, qui a reconnu avoir participé à l'incendie contre rémunération.
- Un habitant du Val-d'Oise, âgé de 21 ans, placé en garde à vue puis mis en examen.
La deuxième vague a eu lieu le 30 juin 2025, soit près d'un an après les faits. Deux nouveaux suspects ont été interpellés. L'un d'eux est soupçonné d'avoir fourni le véhicule utilisé par les incendiaires. La troisième vague, en juillet 2026, concerne le « repéreur » présumé.
Du convoyeur au commanditaire : la hiérarchie des mis en cause
Chaque suspect occupe une place spécifique dans la hiérarchie criminelle. Le convoyeur a transporté les exécutants. Le mineur de 17 ans a reconnu avoir mis le feu. Le repéreur a identifié la cible. Le commanditaire, lui, a ordonné l'opération. Mais qui est vraiment le cerveau de cette attaque ?
La justice française distingue plusieurs niveaux de responsabilité : la complicité, la co-action et le commandement. Les six personnes actuellement en détention provisoire sont poursuivies pour destruction volontaire par incendie ayant entraîné la mort, un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Le commanditaire présumé, en fuite, est visé par un mandat d'arrêt international.
Algérie, Guinée-Bissau : quand les frontières protègent les commanditaires
L'un des aspects les plus frustrants de cette affaire est l'impunité dont semblent bénéficier certains suspects grâce aux frontières. Deux individus, pourtant identifiés par les enquêteurs, restent hors de portée de la justice française. Leur fuite illustre les limites de la coopération judiciaire internationale, notamment avec certains pays africains.
Le premier suspect, l'incendiaire présumé, a été localisé en Algérie. Il a été interpellé par les autorités algériennes le 23 avril 2025, mais la convention franco-algérienne de 2019 a empêché son extradition. Depuis, il est introuvable. Le second, le commanditaire présumé, est parti en Guinée-Bissau, un pays d'Afrique de l'Ouest où les accords d'extradition sont quasi inexistants.
Arrêté en Algérie, libéré : le trou noir de la convention d'extradition de 2019
La convention franco-algérienne de 2019 exclut la remise réciproque des ressortissants. Concrètement, un Algérien ne peut pas être extradé vers la France, et inversement. Cette disposition, censée protéger les droits des citoyens, crée une incitation perverse : les criminels ont tout intérêt à fuir en Algérie pour échapper à la justice française.
Le suspect localisé en Algérie a été arrêté, puis relâché. Depuis, il a disparu. Les enquêteurs français ne peuvent pas agir sur le sol algérien sans l'accord des autorités locales. Ce vide juridique laisse les familles des victimes dans l'incompréhension. Comment un meurtrier présumé peut-il être libre simplement parce qu'il a traversé une frontière ?
Un commanditaire présumé en cavale : les angles morts de la coopération internationale
Le second suspect en fuite est né en 1998 à Dakar, au Sénégal. Il était domicilié à Nice avant de s'envoler pour la Guinée-Bissau peu après l'incendie. Il fait l'objet d'un mandat d'arrêt international, mais la coopération avec la Guinée-Bissau est limitée. Les accords d'extradition avec ce pays sont lacunaires, et les procédures judiciaires y sont souvent longues et complexes.
Un mandat d'arrêt international permet de demander l'arrestation et l'extradition d'un suspect dans tout pays membre d'Interpol. Mais son efficacité dépend de la volonté politique et juridique du pays où se trouve le fugitif. Dans le cas de la Guinée-Bissau, les chances de voir le commanditaire présumé extradé vers la France sont faibles. Les familles des victimes le savent, et cette impunité alimente leur colère.
Zakidine, Afouwady, Zayairoudine : « Pourquoi nous ? », la détresse des trois frères survivants
Derrière les chiffres et les procédures, il y a trois jeunes hommes qui ont perdu l'essentiel. Zakidine, 24 ans, Afouwady, 18 ans, et Zayairoudine, 21 ans, sont les seuls survivants de la famille. Leur témoignage, recueilli par Nice-Matin en janvier 2026, est d'une intensité rare. Il révèle une souffrance qui ne s'éteint pas et un besoin de comprendre qui dépasse la simple quête de justice.
Les trois frères ont sauté du septième étage pour échapper aux flammes. Zakidine, le plus gravement touché, se déplace aujourd'hui avec un déambulateur et des béquilles. Leur audition par le juge d'instruction a été décrite comme « extrêmement émouvante » par leur avocat, Me Philippe Soussi. Ils sont « encore dans une immense souffrance, dans le déni ».
Sauter du 7e étage pour survivre : le calvaire de Zakidine et de ses frères
Cette nuit-là, les trois frères ont été réveillés par les cris et l'odeur de fumée. Pris au piège au septième étage, ils n'avaient qu'une issue : la fenêtre. Sauter du septième étage, c'est un acte de désespoir absolu. Zakidine a atterri sur le bitume, le corps brisé. Il a survécu par miracle, mais les séquelles sont considérables. Aujourd'hui, il marche avec des béquilles et un déambulateur. Les médecins parlent de séquelles physiques et psychologiques à vie.

Afouwady et Zayairoudine s'en sont sortis avec moins de blessures physiques, mais le traumatisme psychologique est immense. Ils ont vu leurs parents, leurs frères et sœurs, leur tante, mourir sous leurs yeux. « Sept morts, dont quatre enfants », rappelle leur avocat. « Pourquoi nous ? », demandent-ils sans cesse.
« Comprendre pourquoi une telle cruauté » : leur audition bouleversante face au juge
Lors de leur audition en janvier 2026, les trois frères ont livré un témoignage poignant. « Que ça avance, que justice se fasse. Et puis comprendre. Comprendre pourquoi ces personnes ont commis un acte d'une cruauté extrême, puisqu'il ne pouvait aboutir qu'à un désastre », ont-ils déclaré. Ce besoin de comprendre au-delà de la punition est un puissant ressort psychologique.
Leur avocat, Me Philippe Soussi, décrit des jeunes hommes « encore dans une immense souffrance, dans le déni ». Ils se préparent au procès d'assises, en espérant que tous les accusés puissent être jugés en leur présence. Mais ils savent que les fugitifs compliquent cette perspective. Leur quête de sens humanise une procédure juridique abstraite et rappelle que derrière chaque dossier, il y a des vies brisées.
« L'État nous a oubliés » : la colère du quartier des Moulins deux ans après
The Moulins neighborhood still remembers. Even two years after the tragedy, the anger hasn't faded. At the memorial ceremony held on July 26, 2025, marking one year since the fire, the family and loved ones spoke out about unfulfilled promises from the state. « The ministers who were in office at the time came to see us on the night of the tragedy and told us we could count on them, especially to support the families and stay attentive to their needs. But now, no help has been provided so that the family members who remained in the Comoros could come and see the site of the tragedy, » they said.
Le quartier des Moulins est l'un des plus touchés par le narcotrafic à Nice. En deux ans, de 2024 à 2026, le trafic de stupéfiants a déjà fait onze morts dans ce secteur : sept dans l'incendie criminel, deux dans une fusillade le 3 octobre 2025 place des Amaryllis, et deux autres dans une fusillade le 11 mai 2026. Une fusillade avait déjà eu lieu le 20 juillet 2020 sans faire de victime.
Promesses ministérielles non tenues, reconstruction à l'arrêt
La réhabilitation de l'immeuble du 38 rue de la Santoline, surnommé « le camembert », devait être une priorité. Mais les travaux, plusieurs fois retardés, ne devraient s'achever qu'au dernier trimestre 2026, soit plus de deux ans après le drame. Le bâtiment reste en partie inoccupé, les familles déplacées n'ayant pas toutes retrouvé un logement stable.
Les promesses des ministres de l'époque — notamment en matière d'aide aux familles et de suivi psychologique — n'ont pas été tenues. La famille restée aux Comores n'a pas pu venir sur place pour se recueillir. Le sentiment d'abandon est palpable. « L'État nous a oubliés », résume un proche des victimes.
« La drogue tue » : comment le drame a marqué la jeunesse des Moulins
Sunny, un jeune du quartier et copain de Zayairoudine, l'un des rescapés, témoigne : « Mon père a tout vu, moi je dormais. Il en parle toujours et il prie pour eux. Il a vu le père par terre, il a vu les pompiers et la police. » L'impact sur les jeunes du quartier est immense. Les rescapés ont été recueillis par leur oncle en Bretagne, loin du lieu du drame.
Toildine, 31 ans, frère de Sitty (la mère décédée), confie : « Cette situation, je ne l'ai pas demandée. C'est juste un imprévu qui est tombé comme ça, dans nos vies… Cet événement, ça a vraiment bouleversé ma vie. Vraiment, vraiment. Ça m'a touché profondément dans le cœur et j'essaie d'avancer. » Le quartier oscille entre résilience et colère, entre espoir de justice et sentiment d'impuissance.
Procès aux assises : l'espoir d'une vérité, le risque des absences
La nouvelle arrestation de juillet 2026 relance l'espoir d'un procès complet. Six personnes sont désormais mises en examen et placées en détention provisoire en France. Mais deux suspects majeurs restent en fuite. Le procès d'assises pourra-t-il avoir lieu sans eux ? La justice peut-elle juger par contumace ou par défaut ?
L'avocat des parties civiles, Me Philippe Soussi, accueille « avec satisfaction » chaque nouvelle interpellation. « Elles sont importantes dans la manifestation de la vérité », affirme-t-il. Mais il reste lucide : « Chaque interpellation nourrit l'espoir légitime des proches des victimes de voir toute la lumière être faite sur ces faits d'une extrême gravité. » L'espoir est là, mais les obstacles restent nombreux.
Me Philippe Soussi : « Chaque interpellation nourrit l'espoir légitime des familles »
Me Philippe Soussi, avocat des trois rescapés et de la famille des victimes, a réagi à l'annonce de la nouvelle arrestation. « Cette interpellation est importante dans la manifestation de la vérité », a-t-il déclaré. « Elle nourrit l'espoir légitime des proches des victimes de voir toute la lumière être faite sur ces faits d'une extrême gravité. »
L'avocat souligne que chaque nouveau suspect arrêté permet de mieux comprendre la chaîne criminelle et de remonter jusqu'au commanditaire. Mais il rappelle aussi que la justice doit être complète : « Nous espérons que tous les accusés, y compris ceux qui sont en fuite, pourront être jugés en leur présence. »
Juger les absents ? Le défi juridique des fugitifs
Malgré les six mis en examen, deux suspects majeurs sont en fuite : l'incendiaire présumé localisé en Algérie, et le commanditaire présumé parti en Guinée-Bissau. Le procès d'assises pourra-t-il avoir lieu sans eux ? En droit français, il est possible de juger par contumace (en l'absence de l'accusé) ou par défaut (lorsque l'accusé est en fuite et n'a pas été informé de la procédure). Mais ces procédures sont complexes et ne permettent pas toujours de rendre une justice complète.
Les rescapés, Zakidine, Afouwady et Zayairoudine, espèrent voir tous les accusés dans le box. Mais la réalité diplomatique et policière rend ce souhait difficile. L'Algérie refuse d'extrader ses ressortissants. La Guinée-Bissau ne coopère que très partiellement.
Conclusion : deux ans après, une vérité en construction mais des plaies toujours ouvertes
Deux ans après l'incendie criminel du quartier des Moulins à Nice, l'enquête avance mais la justice n'a pas encore rendu son verdict. Six personnes sont mises en examen et placées en détention provisoire en France, dont le nouveau suspect arrêté en juillet 2026 pour son rôle de « repéreur ». Mais deux figures clés de cette affaire — l'incendiaire présumé et le commanditaire présumé — restent hors de portée, protégés par les failles de la coopération internationale.
Pour les trois frères rescapés, Zakidine, Afouwady et Zayairoudine, chaque interpellation ranime l'espoir d'un procès complet. Mais leur souffrance, physique et psychologique, demeure immense. Le quartier des Moulins, marqué par onze morts liés au narcotrafic en deux ans, attend des actes concrets de la part de l'État, des promesses ministérielles restées lettre morte à la reconstruction toujours inachevée de l'immeuble du 38 rue de la Santoline.
Le procès aux assises, qui devra juger les six personnes actuellement détenues, sera une étape cruciale. Mais il ne pourra pas, à lui seul, panser les plaies d'une famille décimée ni répondre à la question qui hante les survivants : pourquoi une telle cruauté ? La vérité judiciaire se construit pièce par pièce, mais la mémoire du drame, elle, restera à jamais gravée dans le béton du « camembert » et dans le cœur de ceux qui ont perdu l'essentiel.