5 668 livres ont été retirés des bibliothèques scolaires américaines en 2025. Un record historique qui dépasse de loin les chiffres des années précédentes. Cette censure massive ne vient pas d'une inquiétude parentale spontanée, mais d'une campagne politique organisée, bien financée, qui cible prioritairement les récits LGBTQ+ et ceux mettant en scène des personnes racisées. Entre pression législative et mobilisation citoyenne, plongée dans un phénomène qui dépasse largement les frontières américaines.

5 668 livres retirés des écoles en 2025 : le basculement américain
Le chiffre donne le vertige. L'American Library Association (ALA) a recensé 5 668 livres interdits dans les écoles publiques américaines au cours de l'année scolaire 2024-2025. Cela représente une augmentation de 66 % par rapport à l'année précédente, déjà marquée par une explosion des censures. Sur ce total, 4 235 titres uniques ont été contestés, et 920 ouvrages supplémentaires ont vu leur accès restreint sans être officiellement retirés.
« Ils essaient de réduire la vision du monde des jeunes », résume Malinda Lo, autrice de Last Night at the Telegraph Club, l'un des romans les plus attaqués. Sa phrase, reprise dans le titre de cet article, résume l'enjeu central : la guerre des livres n'est pas une querelle de bibliothécaires, mais un combat politique sur ce que les adolescents ont le droit de lire, de savoir et d'imaginer.
Les chiffres de l'ALA révèlent une réalité troublante : 92 % des contestations émanent de groupes de pression organisés et de responsables politiques. Seulement 2,7 % des plaintes viennent de parents d'élèves. Autrement dit, la majorité des retraits de livres ne répondent pas à une demande parentale spontanée, mais à une campagne orchestrée.
Pour un public français, ces chiffres peuvent sembler abstraits. Pourtant, des débats similaires émergent en Europe, et la France n'est pas totalement à l'abri de ce phénomène. Comprendre comment les États-Unis en sont arrivés là permet d'anticiper les glissements possibles ailleurs.
Une campagne politique bien financée
Sarah Lamdan, directrice de l'Office for Intellectual Freedom de l'ALA, est catégorique : « Les interdictions de livres n'ont pas été déclenchées par des parents inquiets. Elles font partie d'une campagne politique bien financée, visant à supprimer les récits et les expériences vécues des personnes LGBTQIA+ et des personnes de couleur. »
Les données confirment cette analyse. Les groupes conservateurs comme Moms for Liberty, souvent affiliés au nationalisme chrétien, coordonnent des actions de contestation massives dans plusieurs États simultanément. Ces organisations disposent de listes de livres « problématiques » qu'elles diffusent auprès de leurs militants, leur fournissant des formulaires pré-remplis pour contester les ouvrages dans les écoles locales.
Le résultat est mécanique : un même livre peut être interdit dans une vingtaine de districts scolaires différents en l'espace de quelques semaines. Les enseignants et bibliothécaires, souvent isolés, n'ont pas les ressources pour répondre à ces vagues de contestations organisées.
Pourquoi ce phénomène nous concerne aussi, en France
La tentation de penser que « cela n'arrive qu'aux États-Unis » serait une erreur. En France, des débats sur les contenus scolaires émergent régulièrement, notamment autour de l'éducation sexuelle, de la diversité des genres ou des programmes d'histoire.
L'analyse de National Geographic France souligne une différence majeure : aux États-Unis, la liberté d'expression est protégée par le premier amendement, mais les restrictions sont décentralisées et peuvent varier d'un État à l'autre. En France, l'État central fixe les programmes scolaires, ce qui limite les possibilités de censure locale.
Pourtant, des groupes traditionalistes exercent des pressions sur certaines médiathèques et écoles privées sous contrat. Si le phénomène reste marginal, il mérite une attention vigilante. La frontière entre contrôle des contenus et censure est parfois plus fine qu'on ne le croit.
Un mouvement nationaliste chrétien bien organisé
Sabrine Baêta, directrice de PEN America, apporte un éclairage supplémentaire : « Il s'agit d'un mouvement nationaliste chrétien, promu par des groupes conservateurs. Leur objectif n'est pas de protéger les enfants, mais de contrôler les récits auxquels ils ont accès. »
Ces organisations disposent de budgets conséquents et d'une coordination nationale. Elles ciblent les élections locales aux conseils d'administration des écoles, plaçant leurs sympathisants à des postes clés. Une fois en place, ces élus peuvent voter des résolutions facilitant les interdictions de livres. Le rapport de PEN America révèle que la censure des non-fictions sur l'histoire et l'activisme a augmenté de 52 % en un an, preuve que le mouvement s'étend bien au-delà des seuls romans jeunesse.
De « Sold » à « 1984 » : le palmarès des livres interdits et les thèmes qui dérangent
Quels livres sont visés par cette vague de censure ? La liste publiée par l'ALA donne une idée précise des cibles privilégiées. En tête du classement des ouvrages les plus contestés en 2025, on trouve Sold de Patricia McCormick, un roman jeunesse sur le trafic sexuel en Inde. Suivent The Perks of Being a Wallflower de Stephen Chbosky, qui aborde la vie lycéenne et la santé mentale, et Gender Queer de Maia Kobabe, un mémoire graphique sur l'identité de genre.
Ce qui frappe, c'est la diversité des motifs invoqués. Certains livres sont attaqués pour leur contenu sexuel explicite, d'autres pour leur traitement de l'identité de genre, d'autres encore pour leur simple existence en tant que récits mettant en scène des personnes LGBTQ+ ou racisées. Mais la surprise vient des classiques littéraires qui figurent aussi dans cette liste.
Top 11 des ouvrages les plus contestés par l'American Library Association
Le classement complet des 11 livres les plus contestés en 2025 révèle des tendances claires :
- Sold de Patricia McCormick (trafic sexuel)
- The Perks of Being a Wallflower de Stephen Chbosky (santé mentale, sexualité adolescente)
- Gender Queer de Maia Kobabe (mémoires LGBTQ+)
- Empire of Storms de Sarah J. Maas (fantasy, sexualité)
- Last Night at the Telegraph Club de Malinda Lo (amour lesbien dans les années 1950)
- The Bluest Eye de Toni Morrison (racisme, inceste)
- Let's Talk About It d'Erika Moen et Matthew Nolan (éducation sexuelle)
- Flamer de Mike Curato (coming-out, homophobie)
- Sold (déjà cité, mais contesté dans plusieurs districts différents)
- The Hate U Give d'Angie Thomas (violence policière, racisme)
- Maus d'Art Spiegelman (Holocauste, représentation animale controversée)
Selon l'ALA, 40 % des livres contestés mettent en scène des personnages LGBTQ+ ou racisés. Ce chiffre n'a rien d'anodin : il montre que la censure cible prioritairement les récits de minorités.
Gender Queer, Le monde de Charlie : la chasse aux récits LGBTQ+
Parmi les livres les plus attaqués, trois titres LGBTQ+ se distinguent particulièrement. Gender Queer de Maia Kobabe est sans doute le plus célèbre. Ce mémoire graphique raconte le parcours de l'autrice non-binaire, explorant les questions de genre et de sexualité avec une honnêteté désarmante.
The Perks of Being a Wallflower de Stephen Chbosky, connu en français sous le titre Le monde de Charlie, est un autre cas emblématique. Ce roman initiatique, qui aborde l'homosexualité et les abus sexuels, est pourtant un classique de la littérature adolescente depuis sa publication en 1999.
Le rapport de PEN America souligne que la censure des non-fictions sur l'activisme et l'histoire a doublé en un an. Les biographies de figures LGBTQ+ comme Harvey Milk ou Marsha P. Johnson sont désormais dans le viseur. L'objectif est clair : effacer des bibliothèques scolaires toute trace de récits qui ne correspondent pas à une vision conservatrice de la société.
Des classiques dans le viseur : Dune, La Ferme des animaux, 1984
La liste des livres interdits dans certains districts scolaires, rapportée par Le Point, réserve des surprises. Dune de Frank Herbert a été retiré dans une école de Floride pour « violence et sexualité ». 1984 de George Orwell et La Ferme des animaux ont été contestés pour leur « critique du gouvernement ».
Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, Forrest Gump de Winston Groom, et même Anna Karénine de Tolstoï figurent parmi les œuvres interdites dans au moins un district scolaire.
Ces exemples montrent que la logique de censure dépasse le seul contenu « explicite ». Elle s'attaque à des idées politiques, philosophiques ou simplement à des représentations du monde qui dérangent. Quand 1984 est interdit, ce n'est pas pour des scènes de sexe, mais parce qu'il interroge le pouvoir et la manipulation de l'information. Ironie de l'histoire, ce roman dystopique sur la censure est lui-même victime de censure.
Floride, Texas, Iowa : comment des lois transforment des écoles en tribunaux du livre
La vague de censure n'est pas spontanée. Elle s'appuie sur un arsenal législatif mis en place depuis 2022 dans plusieurs États conservateurs. Ces lois offrent un cadre juridique aux contestations individuelles, transformant chaque bibliothèque scolaire en potentiel champ de bataille judiciaire.
La Floride, le Texas et l'Iowa sont les États les plus actifs dans ce domaine. Leurs gouverneurs, Ron DeSantis en tête, ont fait de la « protection des enfants » un étendard politique. Mais derrière ce discours, ce sont des mécanismes précis qui permettent de retirer des livres sans véritable contrôle.
HB1069 en Floride : la porte ouverte à toutes les chasses aux livres
La loi HB1069, votée en Floride en 2023, est l'exemple le plus frappant. Elle stipule qu'un livre peut être contesté s'il « dépeint ou décrit une conduite sexuelle ». La formulation est volontairement vague, ce qui permet de viser aussi bien des romans pour adolescents que des classiques de la littérature.
Le plus inquiétant est la menace de poursuites pénales. Un enseignant ou un bibliothécaire qui mettrait à disposition un ouvrage jugé « pornographique » par un comité local pourrait être poursuivi. Cette épée de Damoclès a un effet dissuasif immédiat : beaucoup préfèrent retirer des livres par précaution plutôt que de risquer leur carrière.
Les conséquences sont concrètes. Dans le comté de Brevard, en Floride, des bibliothèques scolaires ont vu leurs rayonnages réduits de moitié. Les livres retirés sont stockés dans des cartons, inaccessibles aux élèves.
L'onde de choc Iowa : la clause « Ne dites pas gay » étendue à la 6e année
L'Iowa a adopté la loi SB496, qui interdit toute discussion sur l'orientation sexuelle de la maternelle à la 6e année. Cette disposition, surnommée « Ne dites pas gay », est une extension de lois similaires déjà en vigueur en Floride.
Le résultat a été immédiat : des centaines de livres contenant des personnages LGBTQ+ ont été retirés des bibliothèques scolaires. Les enseignants, craignant des poursuites, ont cessé de recommander ces ouvrages à leurs élèves. Un professeur de littérature de l'Iowa a confié à la presse locale : « Je ne peux plus conseiller Le monde de Charlie à un élève qui traverse une période difficile. Je risque mon poste. »
La cour d'appel de l'Iowa a confirmé la constitutionnalité de cette loi en 2025, ouvrant la voie à son application stricte.
92 % de contestations issues de groupes organisés
Les chiffres de l'ALA et de PEN America sont éloquents : seules 2,7 % des contestations viennent de parents d'élèves. Le reste est porté par des groupes organisés comme Moms for Liberty, Citizens Defending Freedom ou le Florida Citizens Alliance.
Ces organisations disposent de budgets conséquents et d'une coordination nationale. Elles ciblent les élections locales aux conseils d'administration des écoles, plaçant leurs sympathisants à des postes clés. Une fois en place, ces élus peuvent voter des résolutions facilitant les interdictions de livres.
« On ne m'a même pas lue » : le cri des autrices censurées
Derrière les statistiques, il y a des visages et des voix. Les auteurs des livres les plus attaqués racontent une expérience douloureuse : voir leur travail réduit à des accusations qu'ils jugent infondées, sans même avoir été lus.
Maia Kobabe, autrice de Gender Queer, décrit une scène devenue courante lors des réunions scolaires : « Beaucoup de ceux qui contestaient mon livre le brandissaient en disant : « Ce livre est inapproprié, c'est de la pornographie. » Et ils ajoutaient fièrement : « Je ne l'ai jamais lu. » »
Cette ignorance assumée est un leitmotiv dans les témoignages recueillis par The Guardian. Les censeurs ne lisent pas les livres qu'ils attaquent. Ils s'appuient sur des listes et des extraits sortis de leur contexte, diffusés par les groupes conservateurs.
Maia Kobabe : « Ils brandissaient mon livre sans l'avoir lu »
Maia Kobabe raconte comment son mémoire graphique est devenu un symbole pour les deux camps. Pour les conservateurs, c'est l'incarnation de la « théorie du genre » imposée aux enfants. Pour les défenseurs de la liberté d'expression, c'est un récit touchant et nécessaire sur la quête d'identité.
« Ce qui me frappe, c'est la violence des accusations », confie Kobabe. « On me traite de pornographe, on dit que mon livre est dangereux. Mais si ces gens prenaient le temps de le lire, ils verraient qu'il s'agit d'une histoire personnelle, racontée avec pudeur, sur ce que ça signifie de grandir en se sentant différent. »
L'autrice a reçu des menaces de mort et a dû annuler des séances de dédicace. Pourtant, elle continue de défendre son travail : « Si mon livre aide un seul adolescent à se sentir moins seul, il mérite d'être dans une bibliothèque scolaire. »
Malinda Lo : « Ils essaient de réduire la vision du monde des jeunes »
Malinda Lo, autrice de Last Night at the Telegraph Club, est à l'origine de la citation qui donne son titre à cet article. Son roman, qui raconte l'histoire d'amour entre deux jeunes filles dans le San Francisco des années 1950, est l'un des plus attaqués.
« Ils essaient de réduire la vision du monde des jeunes », explique-t-elle. « Mon livre ne contient rien de pornographique. C'est une histoire d'amour, de découverte de soi, de courage. Mais parce qu'elle met en scène deux filles qui s'aiment, elle est jugée dangereuse. »
Lo voit dans cette censure une tentative délibérée de limiter l'empathie des jeunes lecteurs : « Si on empêche les adolescents de lire des histoires qui ne ressemblent pas à la leur, on les prive de la capacité à comprendre l'autre. C'est une forme d'appauvrissement culturel et émotionnel. »
L'effet silencieux : autrices et éditeurs poussés à l'autocensure
Au-delà des cas médiatisés, un phénomène plus discret mais tout aussi inquiétant se développe : l'autocensure. Des maisons d'édition hésitent à publier des romans jugés « risqués » — ceux qui abordent la diversité sexuelle, le racisme ou les questions de genre.
Le rapport de PEN America révèle que la censure des non-fictions sur l'histoire et l'activisme a augmenté de 52 % en un an. Les éditeurs savent que ces livres seront probablement contestés dans les écoles, et certains préfèrent ne pas les publier plutôt que d'affronter des batailles juridiques coûteuses.
Cette autocensure a un effet boule de neige. Les auteurs de la diversité peinent à trouver des éditeurs prêts à prendre des risques. Les libraires hésitent à mettre en avant certains titres. Les enseignants renoncent à les recommander. Progressivement, c'est tout un pan de la littérature qui disparaît des radars.
Privés de bibliothèque, privés de mondes : ce que vivent les lycéens américains
Pour les élèves américains, la censure n'est pas une abstraction. C'est une réalité quotidienne. Des bibliothèques vidées, des enseignants qui n'osent plus conseiller certains livres, des adolescents qui créent des clubs de lecture clandestins : le paysage éducatif américain se transforme sous nos yeux.

Les témoignages recueillis par The Guardian et NPR dressent un tableau saisissant. Dans certains districts scolaires de Floride, les bibliothèques ont perdu jusqu'à 70 % de leurs collections. Les livres retirés sont entreposés dans des containers verrouillés, parfois dans des salles condamnées.
Des étagères condamnées et des clubs de lecture secrets
Dans le comté de Brevard, en Floride, des élèves ont découvert que la section « jeunes adultes » de leur bibliothèque scolaire avait été vidée de ses romans les plus populaires. « J'ai demandé où était passé The Hate U Give », raconte Maya, 16 ans. « La bibliothécaire m'a dit qu'il avait été retiré. Elle n'a pas pu m'en dire plus, elle avait peur de perdre son travail. »
Face à cette situation, des groupes d'élèves ont créé des clubs de lecture clandestins. Ils échangent des livres sous le manteau, les lisent en cachette et en discutent sur des serveurs Discord privés. « On se sent comme des résistants », confie Jake, un lycéen de l'Iowa. « C'est absurde de devoir cacher un livre, mais c'est la réalité. »
La pression sur les enseignants et les bibliothécaires
Les professionnels de l'éducation sont en première ligne. Un bibliothécaire scolaire peut perdre son poste s'il ne retire pas un livre contesté dans les délais impartis. Un professeur de littérature peut être convoqué devant un comité de parents pour avoir recommandé un ouvrage jugé « sensible ».
Les syndicats d'enseignants américains dénoncent un « climat de terreur ». Dans un sondage mené par l'American Federation of Teachers, 67 % des enseignants interrogés ont déclaré avoir modifié leurs pratiques pédagogiques par crainte de représailles. Certains ont cessé d'aborder des sujets comme la discrimination raciale ou l'histoire LGBTQ+.
« Je ne peux plus enseigner To Kill a Mockingbird sans risquer une plainte », explique un professeur de littérature du Texas. « Ce livre parle de racisme dans le Sud des années 1930. Aujourd'hui, certains parents estiment que c'est « trop politique ». »
L'impact sur la santé mentale et la construction identitaire
Les conséquences de cette censure sur les jeunes sont documentées. Des études montrent que l'accès à des livres mettant en scène des personnages LGBTQ+ réduit le sentiment d'isolement chez les adolescents concernés. À l'inverse, l'absence de ces récits dans les bibliothèques scolaires envoie un message implicite : « ton histoire n'a pas sa place ici ».
Pour les jeunes issus de minorités raciales, l'effet est similaire. Ne pas trouver de livres qui parlent de leur expérience, c'est grandir avec le sentiment que leur vécu est invisible, voire indésirable.
« La lecture, c'est la porte d'entrée vers l'empathie », rappelle Malinda Lo. « En privant les jeunes de ces histoires, on les prive de la capacité à comprendre le monde dans toute sa complexité. »
Et la France dans tout ça ? Une approche radicalement différente (pour l'instant)
Face à ce tableau, la question se pose naturellement : la France pourrait-elle connaître un phénomène similaire ? La réponse est nuancée : le cadre juridique et institutionnel français offre des protections solides, mais des signaux faibles méritent l'attention.
L'analyse de National Geographic France met en lumière une différence fondamentale : aux États-Unis, la liberté d'expression est protégée par le premier amendement, mais les exceptions à cette liberté sont nombreuses et décentralisées. En France, c'est l'inverse : la liberté d'expression est encadrée par des lois nationales, mais les restrictions sont plus claires et moins nombreuses.
Un cadre légal protecteur… pour l'instant
Le système éducatif français est centralisé. Les programmes scolaires sont fixés au niveau national, et les bibliothèques municipales ne peuvent pas être vidées par un vote local. Un maire ou un conseil d'école ne peut pas décider unilatéralement de retirer des livres.
Laurent Martin, historien interrogé par National Geographic France, explique : « La France, pour le moment, est protégée des bannissements de livres qui touchent les écoles américaines. La tradition laïque et le rôle de l'État garantissent une certaine stabilité. »
Cependant, cette protection n'est pas absolue. Des pressions locales existent, notamment dans les écoles privées sous contrat, où des groupes traditionalistes tentent d'influencer les choix de lecture.
Des tentatives de censure discrètes, mais réelles
Plusieurs cas récents montrent que la France n'est pas totalement immunisée. Dans certaines médiathèques, des livres jeunesse traitant de la diversité sexuelle ont été contestés. L'album Papa, Maman, mon genre et moi a fait l'objet de demandes de retrait dans plusieurs bibliothèques.
Des associations comme SOS Éducation ou Les Veilleurs exercent des pressions sur les établissements scolaires pour qu'ils retirent des ouvrages jugés « inappropriés ». Si ces actions restent marginales comparées à l'organisation américaine, elles témoignent d'une inquiétude similaire chez les défenseurs de la liberté d'expression.
Les leçons pour les jeunes lecteurs français
Pour les jeunes Français, la situation américaine est une invitation à la vigilance. Les livres interdits aux États-Unis sont souvent disponibles en France, et les lire peut être un acte de résistance symbolique.
Découvrir Gender Queer, The Hate U Give ou Last Night at the Telegraph Club, c'est se faire sa propre opinion sur des œuvres que d'autres jugent « dangereuses ». C'est aussi comprendre que la liberté de lire n'est jamais acquise définitivement.
Si des tentatives de restriction émergent en France, il est essentiel de les signaler et de les contester. La liberté d'expression est un pilier démocratique qui mérite d'être défendu, y compris dans les bibliothèques scolaires.
Conclusion : lire, c'est résister
Les bibliothèques vidées, les enseignants qui n'osent plus conseiller certains livres, les élèves qui créent des clubs de lecture secrets : ce tableau pourrait sembler tiré d'une dystopie. Pourtant, c'est la réalité de millions d'écoliers américains en 2026.
La guerre des livres n'est pas une affaire lointaine. Elle nous concerne tous, parce qu'elle interroge notre rapport à la connaissance, à la diversité et à la liberté. Quand on interdit un livre, on ne retire pas seulement un objet : on prive un jeune lecteur d'un monde possible, d'une histoire qui aurait pu l'aider à grandir.
L'appel de Malinda Lo résonne comme un avertissement : « Ils essaient de réduire la vision du monde des jeunes. » La meilleure réponse à cette tentative de rétrécissement, c'est de lire, de lire encore, et de ne jamais laisser personne décider à notre place ce qui est « bon » ou « dangereux » à lire.
La liste des livres interdits par l'American Library Association est disponible en ligne. La consulter, c'est découvrir des œuvres qui dérangent, qui questionnent, qui ouvrent des horizons. C'est aussi, à sa manière, un acte de résistance citoyenne. Car lire, c'est résister. Et résister, c'est refuser que d'autres pensent à notre place.