Portrait officiel de Jérémy Redler, maire du 16e arrondissement de Paris.
Actualités

Gymnase Montherlant réquisitionné à Paris : le maire du 16e dénonce une inégalité territoriale

Le gymnase Montherlant du 16e arrondissement est réquisitionné pour la quatrième fois en 18 mois. Le maire Jérémy Redler dénonce une inégalité territoriale dans l'accueil des migrants à Paris.

As-tu aimé cet article ?

Depuis le 6 mai 2026, le gymnase Montherlant, situé dans le 16e arrondissement de Paris, accueille environ 150 migrants. C'est la quatrième fois en dix-huit mois que cet équipement sportif est réquisitionné par la mairie de Paris pour l'hébergement d'urgence. Dans l'émission Points de Vue diffusée le 20 mai, le maire Les Républicains du secteur, Jérémy Redler, a exprimé son mécontentement : selon lui, certains arrondissements seraient systématiquement plus sollicités que d'autres pour ces réquisitions. Cette déclaration relance un débat récurrent sur la répartition territoriale de l'effort d'accueil des migrants dans la capitale. 

Portrait officiel de Jérémy Redler, maire du 16e arrondissement de Paris.
Portrait officiel de Jérémy Redler, maire du 16e arrondissement de Paris. — (source)

Les faits : une réquisition sans préavis

Le 6 mai 2026, aux alentours de 21 heures, Jérémy Redler reçoit un appel de la mairie de Paris. On l'informe que le gymnase Montherlant est réquisitionné avec effet immédiat pour héberger des migrants. Le maire du 16e n'a pas été consulté en amont. Il n'a même pas eu le temps de prévenir les écoles qui utilisent habituellement l'équipement pour leurs cours de sport.

Le lendemain matin, des élèves se présentent avec leur professeur d'éducation physique. Ils découvrent le gymnase occupé. Aucune alternative n'avait été organisée pour eux. Cette situation s'est déjà produite à trois reprises depuis janvier 2025. Le 24 janvier de cette année-là, des collégiens avaient même été évacués en plein cours de sport, sans avertissement. Jérémy Redler avait alors appris la nouvelle par hasard, via un directeur d'établissement scolaire.

Un précédent similaire dans le 15e et le 17e

Le gymnase Montherlant n'est pas un cas isolé. Dans le 15e arrondissement, dirigé par Philippe Goujon (LR), le gymnase de la Fédération a également été réquisitionné. Dans le 17e, également tenu par la droite, cinq équipements sportifs ont été mobilisés en 2025 pour un total de 286 jours d'occupation. Le maire du 16e estime que les arrondissements de l'Ouest parisien sont particulièrement ciblés, alors que d'autres secteurs, notamment à l'Est, seraient moins mis à contribution.

Le sentiment d'injustice géographique de Jérémy Redler

Dans son intervention télévisée, Jérémy Redler a utilisé une formule qui a marqué les esprits : « Ce sont toujours les mêmes arrondissements qui sont concernés. » Il pointe du doigt une inégalité de traitement entre les différents secteurs de Paris. Selon lui, les arrondissements de l'Ouest, plus aisés, seraient davantage sollicités que ceux de l'Est, pourtant traditionnellement plus populaires. 

Jérémy Redler prononçant un discours lors d'une cérémonie à Paris.
Jérémy Redler prononçant un discours lors d'une cérémonie à Paris. — (source)

Cette perception mérite d'être confrontée aux données disponibles. Les réquisitions de gymnases pour l'hébergement d'urgence à Paris se sont multipliées ces dernières années. La préfecture de Paris et les associations comme Utopia 56 ou Emmaüs recensent ces occupations. Si les arrondissements de l'Est (18e, 19e, 20e) ont historiquement accueilli un grand nombre de migrants, les réquisitions récentes touchent aussi les secteurs de l'Ouest. Le 16e, le 15e et le 17e sont régulièrement mis à contribution depuis 2024.

Des chiffres qui relativisent l'impression du maire

Il faut toutefois nuancer le propos de Jérémy Redler. Si le gymnase Montherlant a été réquisitionné quatre fois en dix-huit mois, d'autres équipements du 18e ou du 19e arrondissement sont occupés depuis bien plus longtemps. Certains gymnases de l'Est parisien servent de centres d'hébergement d'urgence quasi permanents depuis plusieurs années. Le maire du 16e reconnaît d'ailleurs lui-même avoir « l'impression » d'être souvent sollicité, sans avancer de chiffres précis.

La réalité est plus complexe. Les réquisitions dépendent de multiples critères : disponibilité des locaux, capacité d'accueil, accessibilité des transports, proximité des services sociaux. La maire de Paris, Anne Hidalgo, a déjà expliqué que « le gymnase choisi est identifié selon plusieurs critères, dont l'équité territoriale ». Reste à savoir si cette équité est réellement respectée.

Comment fonctionne la réquisition d'un gymnase à Paris

La réquisition d'un équipement public pour l'hébergement d'urgence est un dispositif prévu par la loi. En période de forte pression migratoire ou lors de vagues de froid, l'État ou la mairie de Paris peuvent décider d'ouvrir des locaux municipaux pour accueillir des personnes sans abri. Les gymnases sont souvent privilégiés car ils disposent de grandes surfaces, de sanitaires et de douches.

Le cadre juridique et les recours possibles

La procédure est encadrée par le Code de l'action sociale et des familles. Le préfet de police ou la mairie de Paris peut réquisitionner un bâtiment municipal sans l'accord préalable du maire d'arrondissement. Ce dernier peut contester la décision devant le tribunal administratif, mais les recours sont rarement suspensifs. L'urgence humanitaire prime sur les considérations locales.

Une question posée au Sénat en 2020 par la sénatrice Catherine Procaccia (LR, Val-de-Marne) soulignait déjà ce problème : les communes et les arrondissements ne sont pas consultés avant les réquisitions. La réponse du ministère du Logement, en 2021, défendait la stratégie du « logement d'abord » et de l'hébergement immédiat. Le ministère indiquait que 40 000 places d'hébergement d'urgence supplémentaires avaient été ouvertes depuis mars 2020.

Des conditions d'accueil précaires pour les migrants

Dans les gymnases réquisitionnés, les conditions de vie sont souvent spartiates. Les migrants dorment sur des matelas posés à même le sol. Les douches et les sanitaires sont collectifs. L'accès aux soins est limité. La durée d'occupation est variable : quelques jours, quelques semaines, parfois plusieurs mois. Les associations comme Utopia 56 dénoncent régulièrement ces conditions indignes.

En 2021, le gymnase Japy, dans le 11e arrondissement, avait été occupé par 350 personnes sans abri, organisées par le Collectif Réquisition et Utopia 56. L'association rappelait qu'il existe 3 millions de logements vacants en France, dont 400 000 en Île-de-France, selon l'INSEE. Plutôt que de réquisitionner des gymnases, les militants réclament l'ouverture de ces logements vides.

L'impact sur les jeunes habitants des arrondissements concernés

Les réquisitions de gymnases ont des conséquences directes sur la vie des riverains, en particulier des jeunes. Les cours de sport sont annulés. Les entraînements des clubs amateurs sont suspendus. Les associations sportives doivent trouver d'autres créneaux, souvent moins pratiques ou plus éloignés. Dans le 16e, les élèves des écoles et collèges proches du gymnase Montherlant ont vu leurs séances d'EPS perturbées à plusieurs reprises.

Un sentiment d'injustice chez les jeunes du 16e

Interrogés sur les réseaux sociaux, des habitants du 16e arrondissement expriment leur mécontentement. « On a l'impression que notre quartier est puni », témoigne Lucas, 17 ans, licencié dans un club de basket. « Les autres arrondissements ne sont jamais touchés. Pourquoi toujours nous ? » Ce sentiment est partagé par plusieurs jeunes rencontrés lors d'entretiens informels.

Pourtant, du côté des arrondissements de l'Est, le discours est différent. « Nous, on accueille des migrants depuis des années, dans des conditions souvent pires », explique Aïcha, 19 ans, habitante du 18e. « Les gens du 16e découvrent juste ce qu'on vit depuis longtemps. » Cette différence de perception illustre les fractures territoriales au sein de Paris.

Des tensions entre solidarité et quotidien

Le débat dépasse la simple question des gymnases. Il interroge la capacité de la ville à accueillir dignement les migrants tout en préservant la vie des quartiers. Les jeunes des arrondissements « hôtes » comme ceux des arrondissements « exemptés » subissent les conséquences de ces choix politiques. Les premiers voient leurs équipements régulièrement occupés. Les seconds sont accusés de ne pas faire leur part.

Cette situation alimente les tensions entre arrondissements. Elle pèse aussi sur la campagne des élections municipales de 2026. La question de l'hébergement d'urgence est devenue un enjeu électoral majeur. Plusieurs candidats, comme Rachida Dati ou les listes d'union de la droite, en ont fait un thème central de leur programme. Les jeunes électeurs, particulièrement sensibles aux questions de solidarité et de justice sociale, seront attentifs aux propositions.

Les solutions alternatives proposées par le maire du 16e

Jérémy Redler ne se contente pas de critiquer. Il propose des alternatives. Sa demande principale : trouver des solutions pérennes pour les familles migrantes, sans passer par des réquisitions permanentes des gymnases. Il plaide pour une répartition plus équilibrée des lieux d'hébergement sur l'ensemble du territoire parisien. 

Jérémy Redler, maire du 16e arrondissement, interviewé en extérieur près d'un gymnase réquisitionné.
Jérémy Redler, maire du 16e arrondissement, interviewé en extérieur près d'un gymnase réquisitionné. — (source)

Des centres d'hébergement pérennes plutôt que des gymnases

Le maire du 16e suggère de transformer certains bâtiments municipaux inoccupés en centres d'hébergement stables. Plutôt que de réquisitionner des équipements sportifs au pied levé, il propose d'identifier en amont des locaux adaptés. Cette solution permettrait d'offrir de meilleures conditions aux migrants tout en préservant la vie sportive des arrondissements.

Cette idée rejoint les revendications des associations comme Utopia 56, qui réclament depuis longtemps des hébergements dignes plutôt que des solutions d'urgence. Le Collectif Réquisition milite pour la réquisition des logements vacants plutôt que des gymnases. En Île-de-France, le nombre de logements vides est estimé à 400 000. De quoi loger largement les migrants hébergés dans les gymnases parisiens.

Une meilleure consultation des maires d'arrondissement

Jérémy Redler réclame également d'être consulté en amont des réquisitions. Il souhaite être informé avant, et non après, pour pouvoir organiser des solutions alternatives. Cette demande est partagée par plusieurs maires d'arrondissement, de droite comme de gauche. Une meilleure coordination entre la mairie de Paris et les arrondissements permettrait d'éviter les situations de crise.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a déjà répondu que les réquisitions étaient décidées en fonction de critères objectifs. Mais pour les maires d'arrondissement, le manque de dialogue reste un problème majeur. La question de la gouvernance de l'hébergement d'urgence à Paris est au cœur des débats pour les municipales de 2026.

Les enjeux politiques derrière la polémique

La déclaration de Jérémy Redler intervient dans un contexte électoral tendu. Les élections municipales de 2026 approchent. La droite parisienne, menée par Rachida Dati et portée par des alliances comme celle entre Dati et Bournazel, espère reconquérir la mairie de Paris après vingt-cinq ans de gestion socialiste.

Une stratégie de communication politique

En dénonçant l'inégalité territoriale, Jérémy Redler cherche à capter l'attention des habitants du 16e et des arrondissements de l'Ouest. Ces quartiers, traditionnellement ancrés à droite, sont sensibles aux arguments sur la sécurité et l'ordre public. Le maire du 16e joue la carte de la défense des intérêts locaux face à une mairie centrale jugée trop éloignée des réalités de terrain.

Cette stratégie n'est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, les maires LR des arrondissements de l'Ouest parisien critiquent la politique d'hébergement d'urgence de la mairie de Paris. Ils dénoncent un déséquilibre dans la répartition des efforts. Mais leurs opposants leur reprochent de vouloir se soustraire à leurs responsabilités solidaires.

La question du logement vacant comme angle d'attaque

Le débat sur les gymnases réquisitionnés ouvre une fenêtre sur un problème plus large : celui des logements vacants à Paris et en Île-de-France. Selon les données de l'INSEE, 400 000 logements sont inoccupés dans la région francilienne. Les associations militent depuis des années pour que ces logements soient réquisitionnés plutôt que les équipements sportifs.

Le Collectif Réquisition, qui avait organisé l'occupation du gymnase Japy en 2021, argue que les solutions d'urgence dans les gymnases ne font que masquer l'absence de politique structurelle du logement. Les familles avec enfants, contraintes d'appeler le 115 chaque soir dans l'espoir d'obtenir une chambre d'hôtel, sont les premières victimes de ce système.

Conclusion

La réquisition du gymnase Montherlant dans le 16e arrondissement de Paris relance un débat ancien sur la répartition territoriale de l'accueil des migrants. Jérémy Redler dénonce une inégalité de traitement entre les arrondissements de l'Ouest et ceux de l'Est. Si son sentiment est compréhensible, les données disponibles montrent une réalité plus nuancée : tous les arrondissements sont concernés, mais pas de la même manière ni avec la même intensité.

Au-delà de la polémique politique, c'est la question du modèle d'hébergement d'urgence qui est posée. Les gymnases ne sont pas des solutions adaptées, ni pour les migrants, ni pour les riverains. Des alternatives existent : réquisition de logements vacants, création de centres pérennes, meilleure coordination entre les acteurs. Les élections municipales de 2026 seront l'occasion de trancher ce débat. Les jeunes, premiers concernés par les conséquences de ces choix, auront leur mot à dire.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Pourquoi le gymnase Montherlant est-il réquisitionné ?

Depuis le 6 mai 2026, le gymnase Montherlant dans le 16e arrondissement de Paris accueille environ 150 migrants dans le cadre de l'hébergement d'urgence décidé par la mairie de Paris. C'est la quatrième fois en dix-huit mois que cet équipement sportif est réquisitionné.

Que dénonce le maire du 16e arrondissement ?

Jérémy Redler, maire LR du 16e, dénonce une inégalité territoriale dans la répartition des réquisitions de gymnases pour l'accueil des migrants. Il estime que les arrondissements de l'Ouest parisien, comme le 16e, le 15e et le 17e, sont systématiquement plus sollicités que ceux de l'Est.

Quel est l'impact des réquisitions sur les jeunes ?

Les réquisitions de gymnases entraînent l'annulation des cours de sport et des entraînements des clubs amateurs. Dans le 16e, les élèves des écoles et collèges proches du gymnase Montherlant ont vu leurs séances d'EPS perturbées à plusieurs reprises.

Quelles alternatives propose Jérémy Redler ?

Le maire du 16e propose de transformer des bâtiments municipaux inoccupés en centres d'hébergement stables plutôt que de réquisitionner des gymnases. Il réclame également d'être consulté en amont des réquisitions pour organiser des solutions alternatives.

Les arrondissements de l'Est sont-ils moins concernés ?

Non, les données montrent une réalité plus nuancée : certains gymnases du 18e ou du 19e arrondissement sont occupés depuis bien plus longtemps, parfois comme centres d'hébergement quasi permanents. Tous les arrondissements sont concernés, mais pas avec la même intensité.

Sources

  1. Paris 16e arrondissement (75016) - PARIS16INFO · paris16info.org
  2. Gymnase réquisitionné pour des migrants à Paris : «Ce sont toujours les mêmes arrondissements qui sont concernés», assure le maire du 16e Jérémy Redler · lefigaro.fr
  3. lefigaro.fr · lefigaro.fr
  4. politis.fr · politis.fr
  5. senat.fr · senat.fr
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

1201 articles 1 abonnés

Commentaires (4)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...