Le 7 avril 2026, lors d'une réunion cruciale à Bondy, le ministre du Logement Vincent Jeanbrun a brisé le silence en qualifiant le conflit au Moyen-Orient de « facteur exogène extrêmement impactant pour la production de logements ». Cette déclaration marque une rupture officielle : pour la première fois, le gouvernement lie explicitement un conflit international en cours aux difficultés concrètes du secteur immobilier français. L'impact, longtemps redouté par les professionnels, est désormais avoué et se traduit par une flambée des coûts qui menace directement le pouvoir d'achat immobilier des ménages.
Cette admission intervient alors que le plan « Relance logement », visant la construction de 2 millions de logements d'ici 2030, est censé entrer dans sa phase active. Pourtant, la réalité des chantiers est tout autre. Entre l'envolée du prix des matériaux dérivés du pétrole et la hausse des taux d'intérêt, c'est toute la chaîne de production qui est paralysée. Ce qui se joue sur les fronts lointains se répercute désormais sur le devis de votre future maison ou de votre appartement, rendant l'accès à la propriété plus incertain que jamais.
L'impact est déjà là : quand le ministre du Logement brise le tabou à Bondy
Le décor tendu de Bondy a servi de cadre à une annonce inédite. Lors du premier comité de suivi du plan « Relance logement », Vincent Jeanbrun a confirmé ce que les artisans et promoteurs subissaient dans l'ombre depuis des semaines : l'inflation géopolitique a franchi les frontières. En qualifiant la situation d'extrêmement impactante, le ministre a officialisé le lien de causalité entre les tensions dans le golfe Persique et la crise du logement en France. Ce constat sans appel sonne comme le glas des objectifs de production ambitieux fixés pour l'année 2026.

Cette déclaration est d'autant plus marquante qu'elle émane d'un membre du gouvernement qui, jusque-là, prônait une certaine résilience de l'économie française. L'objectif de construire 400 000 logements par an, dont 125 000 sociaux dès 2026, semble désormais s'éloigner sous la pression des événements mondiaux. Le ministre a ainsi ouvert la porte à une remise à plat des stratégies, reconnaissant que la variable guerrière était devenue le principal obstacle à la tenue des engagements présidentiels.
Le 7 avril 2026, une déclaration qui change la donne
La date du 7 avril 2026 restera probablement comme un tournant dans la communication gouvernementale sur le logement. Entouré d'élus locaux et de représentants du secteur, Vincent Jeanbrun a utilisé des mots forts pour décrire l'urgence de la situation. Il ne s'agissait plus de simples projections ou de scénarios catastrophes, mais d'un constat de terrain : « l'impact est déjà là ». Cette reconnaissance officielle valide l'angoisse des professionnels du bâtiment qui voyaient leurs marges fondre jour après jour.

Cette prise de parole marque également la fin d'une certaine innocence économique. Elle admet que la souveraineté de la politique de logement française est désormais tributaire de stabilités géopolitiques qui lui échappent totalement. En liant publiquement le sort des bailleurs sociaux et des primo-accédants aux flux maritimes du détroit d'Ormuz, le ministre a changé la nature du débat public : il ne s'agit plus seulement de réformer les normes, mais de survivre à un choc extérieur violent.
De Bondy à votre chantier : l'effet papillon entre en scène
Le passage du discours politique à la réalité des chantiers individuels se fait par un effet d'entraînement implacable. Une guerre à des milliers de kilomètres déstabilise les marchés énergétiques mondiaux, ce qui provoque une hausse du coût des matières premières et du transport. Ces surcoûts sont ensuite répercutés sur le prix de revient des logements. C'est ce mécanisme d'effet papillon qui transforme une frappe militaire en une augmentation sur le devis d'un artisan plombier à Lyon ou d'un maçon à Marseille.
Pour le particulier, cette prise de conscience signifie que le coût du logement ne dépend plus seulement de la localisation ou de la surface, mais aussi de variables internationales volatiles. Le rêve d'accéder à la propriété devient ainsi tributaire de l'actualité internationale. C'est une source d'inquiétude supplémentaire pour les ménages qui projettent de construire ou d'acheter, les obligeant à intégrer dans leur budget des risques d'augmentation qui échappent totalement au contrôle des autorités nationales. Dans ce contexte, l'appel aux dons de l’Église pour les victimes du conflit rappelle l'ampleur humaine de la crise, aux côtés de ses conséquences économiques.
Du détroit d'Ormuz à votre appartement : comment le pétrole contamine chaque mètre carré
Comprendre l'origine de cette inflation nécessite de regarder vers le Moyen-Orient et plus précisément vers le détroit d'Ormuz. Ce goulot d'étranglement stratégique, par lequel transite une part considérable du pétrole mondial, est au cœur des tensions actuelles. La menace qui pèse sur la navigation dans cette zone a provoqué une réaction immédiate sur les marchés financiers : le prix du baril de Brent a franchi la barre des 110 dollars, entraînant dans son sillage une flambée des coûts énergétiques globaux.
Cette augmentation se propage à la vitesse de la lumière à l'industrie du bâtiment. Le pétrole n'est pas seulement une source d'énergie, c'est la matière première de nombreux éléments indispensables à la construction : bitume pour l'étanchéité, plastiques pour les canalisations, solvants pour les peintures. De plus, l'acheminement de ces matériaux lourds jusqu'aux chantiers dépend massivement du gazole non routier. Ainsi, chaque hausse du baril se traduit mécaniquement par une augmentation du coût final de chaque mètre carré construit.

Détroit d'Ormuz fermé : le goulot d'étranglement qui fait exploser les cours
Le détroit d'Ormuz fonctionne comme une valve cardiaque pour l'économie mondiale. Toute menace de fermeture ou de restriction des flux pétroliers dans ce détroit provoque un stress immédiat sur les marchés, conduisant à des hausses de prix spéculatives avant même toute pénurie physique réelle. Dans le contexte actuel du conflit, cette incertitude est maximale. Chaque incident naval ou chaque déclaration politique tendue se traduit par une variation brutale du cours du baril, rendant la planification budgétaire impossible pour les industriels.
La réaction en chaîne est immédiate : une tension sur l'approvisionnement fait craindre une pénurie future, ce qui pousse les acheteurs à se procurer du pétrole à n'importe quel prix pour sécuriser leurs stocks. Cette ruée vers l'or noir entraîne une inflation des coûts qui finit par atteindre le consommateur final. En France, cette volatilité est particulièrement malvenue pour un secteur du BTP qui tentait péniblement de se stabiliser après les crises sanitaires et énergétiques précédentes.
Du baril au devis : la cascade pétrole vers matériaux
Le chemin entre le baril de pétrole brut et le devis présenté à un ménage est complexe, mais la logique économique est implacable. L'augmentation du prix du pétrole renchérit le coût de fabrication des matériaux dérivés. Le bitume, extrait du pétrole lourd, voit son prix flamber, tout comme les résines utilisées pour produire le PVC. Parallèlement, le coût de transport des matériaux — des carrières aux usines, puis des usines aux chantiers — explose avec la hausse du gazole.
Cette double augmentation affecte la structure de prix des constructions. Un toit-terrasse coûte plus cher car les membranes bitumineuses ont vu leur prix augmenter de 35 %. Un réseau d'évacuation d'eau coûte plus cher car les tuyaux en PVC sont touchés par la hausse des produits pétrochimiques. Finalement, c'est le coût global du gros œuvre qui est reparti à la hausse, obligeant les promoteurs à revoir leurs tarifs ou, pire, à annuler des programmes faute de rentabilité, comme le souligne l'analyse des risques liés aux vacances 2026 menacées par la crise aérienne.

Membranes à +35 %, cuivre à +40 % : le récépissé des hausses qui terrifie le BTP
Les effets théoriques de la géopolitique se matérialisent désormais par des chiffres vertigineux sur les factures des entreprises du bâtiment. Selon les données transmises par la Fédération française du bâtiment (FFB) à l'AFP le 7 avril 2026, les augmentations sont massives et généralisées. Les membranes bitumineuses, essentielles pour l'étanchéité des toitures, affichent une hausse de 35 %. Les produits plastiques et le PVC, tout comme certains isolants tels que le polystyrène, ont bondi de 20 %. Ces pourcentages ne sont pas des estimations, mais des réalités du marché qui pèsent lourdement sur l'économie des chantiers.
Cette vague de fond s'ajoute à une tendance haussière déjà entamée depuis l'été 2025. Une note de conjoncture de la FFB datée du 17 mars dernier soulignait que les produits bitumineux avaient pris 10 % en seulement trois semaines. Le cuivre, métal stratégique pour les installations électriques et la plomberie, a vu son prix s'envoler de 40 % depuis août 2025 pour les demi-produits. Ces hausses cumulées créent un choc inflationniste que la filière peine à absorber sans répercuter le coût sur le client final.
Bitume, PVC, cuivre : les trois matériaux sous pression maximale
L'analyse détaillée des coûts met en lumière la pression exercée sur trois piliers de la construction. Les membranes bitumineuses, avec leur hausse de 35 %, impactent directement la facture des toitures plates, omniprésentes dans le logement collectif urbain. Le PVC, en hausse de 20 %, est un matériau transversal présent dans les canalisations, les menuiseries et les revêtements de sols. Quant au cuivre, dont le prix a grimpé de 40 % en quelques mois, il reste incontournable pour la distribution d'eau et d'électricité, rendant toute économie sur ce poste difficile à réaliser sans compromettre la qualité des installations.
Ces matériaux sont les briques élémentaires de tout chantier. Leur flambée tarifaire affecte donc proportionnellement tous les types de construction, de la maison individuelle à la grande copropriété. Les artisans se retrouvent pris entre le marteau et l'enclume : ils ne peuvent pas réduire la quantité de matériaux sans violer les normes de construction, et ils ne peuvent pas augmenter indéfiniment leurs prix sans perdre leurs clients. C'est ce dilemme qui explique la panique qui gagne peu à peu la profession.

Courriers de hausse à +15 % : quand les fournisseurs préviennent les artisans
Au-delà des statistiques globales, c'est la réalité des boîtes aux lettres des entreprises qui inquiète. Alexandre Caussarieu, dirigeant de l'entreprise Balas, a témoigné avoir reçu des courriers de ses fournisseurs annonçant une hausse uniforme de 15 % sur une large gamme de produits à partir du 1er avril 2026. Cette notification brutale concerne l'aluminium (+8 %), le PVC (+11 %), mais aussi des matériaux de base comme les briques, les tuiles ou la laine isolante.
Face à cette avalanche d'avis de hausse, certaines entreprises tentent de constituer des stocks préventifs pour amortir le choc. C'est le cas de Nicolas Foschia, constructeur de maisons individuelles, qui investit sa trésorerie pour acheter les matériaux avant l'entrée en vigueur des nouveaux tarifs. Cependant, cette stratégie de survie n'est pas accessible à toutes les petites structures qui manquent de surface de stockage ou de réserves financières. L'enquête menée par la Capeb confirme cette tendance : 65 % des adhérents ont déjà reçu des courriers de ce type, et 56 % subissent de plein fouet la hausse du gazole non routier.
Devis réduits à un mois, marges rognées : les artisans du BTP pris en étau
Face à cette volatilité extrême, les artisans et petites entreprises du bâtiment sont contraints de réviser en urgence leurs méthodes commerciales. La pratique standard consistant à établir des devis valides pour trois mois est devenue une perte financière sèche. Avec des hausses de prix se produisant quasi-quotidiennement, un tarif fixe sur trois mois condamne l'entreprise à travailler à perte. En réponse, la durée de validité des devis a été drastiquement réduite, passant de trois mois à un seul mois.
Ce raccourcissement des délais est une mesure de défense nécessaire, mais elle engendre un climat de méfiance et d'incertitude. Pour les marchés déjà signés mais dont l'exécution n'a pas encore commencé, les entreprises se retrouvent souvent coincées par des prix fermes qu'elles ne peuvent pas réviser. Elles doivent alors rogner sur leurs marges, parfois jusqu'à la rentabilité nulle, pour respecter leurs engagements contractuels. Si la situation perdure, le risque d'une vague de faillitudes dans le secteur devient imminent, ce qui réduirait encore davantage la capacité de construction du pays.

Survivre avec une validité réduite : la stratégie défensive
La réduction de la validité des devis à un mois bouleverse les relations entre les professionnels du bâtiment et leurs clients. Elle crée une urgence décisionnelle mal vécue par les particuliers qui ne peuvent plus prendre le temps de réfléchir ou de comparer les offres. Pour les maîtres d'ouvrage, publics ou privés, cette instabilité rend la planification des projets cauchemardesque. Comment lancer un appel d'offres ou approuver un budget lorsque le coût des travaux peut varier de 10 à 15 % d'un mois sur l'autre ?
Cette précarisation économique se traduit par une paralysie des chantiers. Les entreprises hésitent à s'engager sur des prix fermes, et les clients hésitent à signer des contrats risquant d'augmenter avant même le premier coup de pioche. Ce blocage, conjugué à la baisse de l'activité dans des secteurs comme la préfabrication béton (en recul de 3 % en 2025), dessine les contours d'une crise structurelle. Les plus fragiles risquent de disparaître, laissant le marché entre les mains de quelques grands groupes capables d'absorber les chocs.
Olivier Salleron (FFB) : « J'en appelle à la responsabilité des acteurs »
Olivier Salleron, président de la FFB, tente de canaliser cette angoisse en prônant la responsabilité collective. La position de la fédération est nuancée : elle constate qu'à ce jour, contrairement aux crises de 2022 et 2023, il n'y a pas de pénurie physique avérée de matériaux. Les usines tournent et les stocks sont disponibles. Cependant, la FFB s'inquiète vivement des « annonces préventives de hausse » qui pourraient dissimuler des spéculations opportunistes de la part de certains fournisseurs profitant du conflit.
Pour contrer ces dérives, Olivier Salleron exige la mise en place systématique de clauses de révision de prix dans tous les marchés, publics comme privés. Il souligne que seuls des marchés à prix révisables permettent de partager le risque entre le client et l'entreprise. Sans cette sécurité, la chaîne de production risque de se rompre sous le poids des incertitudes. La FFB appelle également à la création d'un observatoire public des prix, outil indispensable pour vérifier la réalité des coûts et traquer les « effets d'aubaine » injustifiés.

Les 2 millions de logements de 2030 et la menace des taux à 3,70 %
L'ambition gouvernementale se heurte à un second mur infranchissable : le coût de l'argent. Le plan « Relance logement », dévoilé en janvier 2026 par Sébastien Lecornu et Vincent Jeanbrun, reposait sur des hypothèses économiques optimistes. Avec 500 millions d'euros supplémentaires promis à 700 bailleurs sociaux et un dispositif fiscal pour l'investissement locatif, l'État espérait stimuler une production de masse. Pourtant, l'instabilité géopolitique a entraîné une hausse des taux de financement qui compromet gravement ces calculs.
Les tensions inflationnistes ont fait remonter les taux des Obligations Assimilables du Trésor (OAT) à 10 ans de 3,30 % fin février à 3,70 % mi-mars 2026. Cette augmentation se répercute immédiatement sur les crédits immobiliers proposés aux ménages. En février 2026, le taux moyen sur un prêt à 20 ans s'élevait déjà à 3,25 %. Pour un ménage souhaitant emprunter, cette hausse représente des milliers d'euros de coûts supplémentaires sur la durée du prêt, réduisant mécaniquement sa capacité d'emprunt et son accès au logement neuf.
Plan Relance logement : 500 millions et 700 bailleurs, est-ce suffisant ?
L'ampleur des moyens déployés par le plan « Relance logement » est historique, mais elle pourrait être insuffisante face à la tempête économique. Les 500 millions d'euros injectés dans le secteur social visaient à compenser la hausse du coût du foncier et de la construction. Le dispositif fiscal, encourageant l'investissement locatif avec un engagement de neuf ans et des plafonds de loyers, visait à drainer l'épargne privée vers la pierre. Enfin, les zones à bâtir d'urgence devaient permettre de gagner du temps en simplifiant les procédures.
Cependant, ces leviers ont été conçus dans un environnement de stabilité relative des coûts. Face à une hausse simultanée des matériaux (inflation par l'offre) et des taux d'intérêt (inflation par le financement), l'effet de levier des aides publiques risque d'être annulé. Les aides de l'État pourraient simplement servir à payer la facture de l'inflation plutôt qu'à créer de nouvelles capacités de logement. Le risque est réel que les objectifs de 400 000 logements par an deviennent inatteignables, non par manque de volonté politique, mais par arithmétique financière implacable.
Taux OAT à 3,70 % : quand Bercy et les banques deviennent les arbitres
La montée des taux OAT à 3,70 % est un signal d'alarme pour l'ensemble de l'économie française, et le secteur du logement est en première ligne. Elle reflète l'inquiétude des marchés face à une inflation durable nourrie par les chocs énergétiques répétés. Vincent Jeanbrun a bien saisi le danger en annonçant sa volonté de réunir le secteur bancaire pour tenter de freiner la hausse des taux immobiliers. L'enjeu est d'éviter que le coût du crédit ne vienne s'ajouter à celui des matériaux pour tuer définitivement la demande.
Cependant, la marge de manœuvre de Bercy est limitée. Les banques commerciales sont soumises à des contraintes de solvabilité et se refinancent elles-mêmes à des taux plus élevés. Si l'État peut agir sur les prêts aidés comme le Prêt à Taux Zéro, il a peu d'influence directe sur les taux du marché libre. L'économiste Pierre Sabatier relativise d'ailleurs l'impact direct de la guerre, estimant qu'elle n'est pas un « game-changer », mais reconnaît qu'elle ajoute une couche d'incertitude néfaste pour la confiance des investisseurs. Or, c'est cette confiance qui est indispensable pour la FFB, qui tablait sur une reprise de 11,2 % de la production en 2026.

61 % des 18-34 ans en difficulté : la génération Z, première victime collatérale
Au-delà des tableurs des promoteurs, cette crise frappe de plein fouet une génération déjà fragilisée. Selon une étude Odoxa réalisée pour Nexity en janvier 2026, 61 % des jeunes âgés de 18 à 34 ans ont déjà rencontré des difficultés pour trouver un logement. Ce chiffre, supérieur de 23 points à celui des plus de 35 ans, illustre le fossé intergénérationnel qui se creuse. La situation est critique en Île-de-France (64 %) et dans la moitié sud du pays (63 %), zones où la tension immobilière est historiquement la plus forte.
Face à cette pénurie et à la flambée des prix, les jeunes sont contraints de faire des concessions douloureuses. L'étude révèle que 68 % d'entre eux ont dû renoncer à certains critères essentiels : ville souhaitée, emplacement en centre-ville, ou possibilité de déménagement pour un emploi. La flambée actuelle des coûts de construction, en limitant l'offre de logements neufs, ne peut qu'aggraver cette situation. Les rêves d'autonomie de la génération Z risquent d'être les grandes victimes collatérales de cette nouvelle inflation immobilière.
L'étude Odoxa/Nexity : un portrait chiffré de la génération galère
L'enquête Odoxa pour Nexity dresse un portrait sans concessions des obstacles au logement des jeunes. Le taux de 61 % de difficultés n'est pas une simple difficulté passagère, mais le symptôme d'un blocage structurel du parcours résidentiel. Contrairement à leurs aînés, la génération Z ne bénéficie pas d'un marché fluide. Elle se heurte à une double concurrence : celle des investisseurs qui captent le parc locatif et celle d'une pénurie de construction accumulée depuis des années.
Le fait que près de sept jeunes sur dix aient dû renoncer à des critères montre la profondeur du renoncement. Ce n'est pas seulement « rêver moins grand », c'est souvent renoncer à une vie adulte autonome. Ces compromis forcés — rester en colocation plus longtemps, habiter loin de son travail, ou accepter des logements insalubres — ont des conséquences sociales lourdes. Ils retardent l'indépendance financière, freinent la natalité et augmentent la précarité, transformant l'accès au logement en une véritable loterie sociale.
Moins de neufs construits, des loyers qui grimpent : la double peine
La mécanique économique en place crée une double peine pour les jeunes. D'un côté, l'envolée des coûts des matériaux et des taux d'intérêt rend la construction de logements neufs moins rentable pour les promoteurs, ce qui entraîne une baisse du nombre de mises en chantier. De l'autre, la demande locative ne faiblit pas, poussée par le retard de l'âge de départ du domicile familial.
Cette inadéquation entre une offre en baisse et une demande en hausse se reporte mécaniquement sur le marché de l'ancien et sur les loyers. Les loyers des logements existants, déjà élevés, sont tirés vers le haut par la raréfaction de l'offre. Pour la génération Z, souvent en début de carrière avec des salaires d'entrée, c'est une impasse. L'accès à la propriété devient une chimère à cause des taux, et la location devient une charge insupportable à cause de la pénurie. Le risque est de voir une partie entière de la jeunesse se replier vers la précarité ou l'aide familiale, creusant durablement les inégalités.
Observatoire des prix et marchés révisables : les réponses en chantier
Face à cette tempête parfaite, le gouvernement tente de construire des digues avec les moyens du bord. Vincent Jeanbrun a annoncé la création imminente d'un observatoire des prix des matériaux, une mesure réclamée conjointement par la FFB et le mouvement HLM. L'objectif de cet organisme serait de traquer les hausses injustifiées et de distinguer l'inflation réelle liée au pétrole des spéculations abusives qui profitent du contexte flou.
Parallèlement, la structure même des contrats de construction est interrogée. La FFB plaide avec force pour la généralisation des clauses de révision de prix dans les marchés. Actuellement, de nombreux marchés publics et privés sont signés à prix fermes, obligeant les entreprises à assumer seules le risque de variation des coûts. Dans un contexte de guerre économique, ce modèle n'est plus viable. Passer à des prix révisables permettrait de partager le risque entre le donneur d'ordre et l'entrepreneur, assurant ainsi la survie économique des chantiers.
Observatoire des prix : traquer les « effets d'aubaine »
La création d'un observatoire public des prix des matériaux est une mesure de transparence indispensable pour restaurer la confiance. Dans la confusion actuelle, il est difficile pour un maître d'ouvrage de savoir si une hausse de 15 % sur l'isolation est justifiée par l'augmentation du coût du pétrole brut ou si elle constitue un effet d'aubaine. L'observatoire aurait pour mission de collecter les données de production, d'analyser les tendances des marchés mondiaux et de publier des indices de référence fiables.
Cet outil servirait également de levier pour la négociation. Si un fournisseur tente d'imposer des tarifs disproportionnés par rapport à la réalité des coûts de la matière première, l'observatoire pourrait le mettre en évidence. Cette transparence permettrait aux pouvoirs publics d'intervenir et aux professionnels de justifier leurs propres révisions de prix face à leurs clients. L'objectif est d'éviter que la crise ne serve de prétexte à une inflation artificielle qui viendrait s'ajouter au choc géopolitique réel.
Marchés révisables et réunion bancaire : le plan B du gouvernement
Au-delà de l'observatoire, la réponse gouvernementale repose sur une adaptation structurelle des règles du jeu. La généralisation des marchés à prix révisables est le pilier central de ce plan B. Elle implique un changement de culture pour les acheteurs publics, habitués à la sécurité des prix fermes pour garantir l'exécution budgétaire. Mais comme le souligne la FFB, la sécurité budgétaire ne sert à rien si le chantier ne se fait pas ou si l'entreprise fait faillite.
Enfin, la réunion annoncée avec le secteur bancaire sur les taux d'intérêt constitue le troisième volet de cette riposte. L'idée est de trouver des solutions pour maintenir le flux du crédit vers les ménages et les promoteurs malgré la hausse des OAT. Cela pourrait passer par des garanties publiques renforcées ou par des adaptations des dispositifs de prêt. Cependant, ces mesures administratives et financières prennent du temps à mettre en œuvre, alors que la guerre au Moyen-Orient évolue à un rythme effréné. Le décalage entre la vitesse du conflit et celle des réponses institutionnelles reste le point faible de cette stratégie de résilience.
Conclusion : votre prochain toit dépendra de la durée du conflit
En reliant le détroit d'Ormuz aux taux d'intérêt, et les membranes bitumineuses aux aspirations de la jeunesse française, ce dossier illustre l'interconnexion totale de notre économie moderne. Le plan « Relance logement », aussi ambitieux soit-il, se heurte à une réalité géopolitique brutale qui impose sa loi aux devis des constructeurs. La variable déterminante pour l'avenir de l'immobilier français est devenue la durée du conflit au Moyen-Orient.
Les dispositifs d'ajustement proposés par le gouvernement, tels que l'observatoire des prix ou les marchés révisables, sont des outils de gestion de crise, pas des solutions miracles. Ils permettront peut-être d'éviter l'arrêt total des chantiers, mais ils ne suffiront pas à faire baisser les coûts. Si la guerre s'éternise, la chaîne de production risque de se figer durablement à un niveau de prix plus élevé, rendant l'accès au logement plus difficile pour une large partie de la population. Dans les mois à venir, l'attention devra se porter sur la capacité de la filière à absorber ce choc sans laisser sur le bord de la route une génération entière en quête de toit.