Gisèle Pelicot défile à Paris pour dénoncer les violences sexuelles.
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Gisèle Pelicot manifestation Paris : slogan, cortège et dates

Figure de proue du 8 mars 2026, Gisèle Pelicot a mené la marche parisienne. Son combat contre la culture du viol unit les générations.

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Ce dimanche 8 mars 2026, l'ambiance à Paris était électrique. Alors que la capitale accueillait la traditionnelle marche pour la Journée internationale des droits des femmes, un événement singulier capturait toutes les attentions. Gisèle Pelicot, devenue une figure mondiale de la résistance contre les violences sexuelles, a pris la tête du cortège. Aux côtés de sa fille Caroline Darian, elle a défilé sur l'axe Place de la Bataille-de-Stalingrad vers la Place de la République. Plus qu'une simple présence symbolique, son apparition marque une transformation profonde du mouvement féministe. Le slogan lancé par la septuagénaire, « On ne lâchera rien ! », résonne comme un appel au combat intergénérationnel. Pour la jeunesse présente dans les rues, Gisèle incarne bien plus qu'une victime : elle est devenue le porte-drapeau d'une lutte qui refuse de s'essouffler.

Un passage de témoin historique

L'image de Gisèle Pelicot au premier rang de la manifestation parisienne restera gravée dans les mémoires collectives. Il y a quelques mois à peine, cette femme se tenait à la barre du tribunal d'Avignon pour le procès des viols de Mazan, transformant son calvaire en un procès public de la société patriarcale. Aujourd'hui, elle quitte l'enceinte judiciaire pour investir l'espace public militant. Ce passage de témoin n'est pas anodin. En rejoignant les rangs de la Fondation des femmes et du collectif Grève féministe, elle officialise son rôle de figure de proue. Ce n'est plus seulement Gisèle la victime qui parle, c'est Gisèle l'icône qui entraîne les foules.

La transition du statut de plaignante à celui de leader d'opinion s'est opérée naturellement, portée par une dignité farouche qui a touché le cœur des Français. Lors du procès, elle avait déjà balayé les arguments de ses agresseurs en fustigeant une « société machiste et patriarcale qui banalise le viol ». Ce dimanche 8 mars, elle a prolongé cette réflexion par l'action. Sa présence physique au milieu des drapeaux et des banderoles envoie un message puissant aux victimes : sortir du silence est possible, et la honte doit changer de camp. Ce passage de témoin est également symbolique entre une génération de femmes qui ont subi des violences dans le silence et une jeunesse qui refuse désormais de les tolérer.

Une du journal Libération du 19 novembre 2024 : Gisèle Pelicot, une pour toutes
Gisèle Pelicot défile à Paris pour dénoncer les violences sexuelles. — (source)

De la barre du tribunal à la rue

Ce basculement du rôle de Gisèle Pelicot est historique. Au tribunal, elle s'était imposée comme une figure de résistance en refusant le huis clos, permettant au monde entier d'entendre la terrible réalité des faits. Elle avait qualifié ce procès comme étant celui de la « lâcheté », une expression qui a résonné bien au-delà des murs de la salle d'audience. En descendant dans la rue le 8 mars 2026, elle transforme cette parole judiciaire en action politique concrète.

Ce passage de la sphère judiciaire à la sphère militante n'est pas une simple formalité. Il signifie que la bataille pour la dignité des femmes ne se joue pas uniquement dans les prétoires, mais aussi dans l'espace public. Gisèle Pelicot ne cherche plus seulement à obtenir justice pour elle-même, mais à changer la société dans son ensemble. Son apparition marque ainsi le début d'une nouvelle phase de son engagement, celle d'une militante pleine et entière qui utilise sa notoriété pour peser sur le débat public.

Une alliance avec les organisations féministes

La présence de Gisèle Pelicot aux côtés de la Fondation des femmes et du collectif Grève féministe scelle une alliance forte entre les victimes et les structures historiques du combat pour les droits des femmes. En rejoignant le cortège à l'appel de ces organisations, elle apporte une légitimité immense et une visibilité médiatique sans précédent à leurs revendications. C'est une reconnaissance mutuelle : les structures féministes lui offrent une plateforme, et elle leur offre son visage et son histoire tragique comme étendard.

Cette alliance est cruciale pour structurer le mouvement. Elle permet de canaliser l'émotion suscitée par le procès de Mazan vers des actions concrètes et revendicatives. En marchant aux côtés de Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes, Gisèle Pelicot affirme que son combat personnel s'inscrit dans une lutte collective et ancienne. C'est un message d'unité essentiel pour contrer les tentatives de division ou de récupération politique.

Gisèle Pelicot rejoint la marche pour la Journée internationale des droits des femmes à Paris.
Une du journal Libération du 19 novembre 2024 : Gisèle Pelicot, une pour toutes — (source)

La symbolique du cortège intergénérationnel

La composition de la manifestation parisienne était éloquente. Selon les observateurs sur place, le cortège était un véritable mélange de générations. On y trouvait des familles avec enfants en bas âge, des retraitées, mais surtout une très forte présence de jeunes femmes et d'étudiantes. Cette diversité d'âges a créé une dynamique particulière, souvent qualifiée de « festive et fournie » sous le soleil de mars. Gisèle Pelicot, âgée de 72 ans, défilant aux côtés de sa fille Caroline Darian, elle-même militante active, illustre parfaitement cette transmission de mémoire et de combat.

Les jeunes manifestantes, souvent issues du mouvement #NousToutes, voyaient en elle une aïeule de combat. Ce lien familial élargi au mouvement féministe permet de briser l'isolement des victimes. Les jeunes générations, qui se mobilisent massivement contre la culture du viol sur les campus universitaires et les réseaux sociaux, trouvent en Gisèle une légitimité historique. Elle incarne la preuve tangible que le système peut être dénoncé et que les coupables, même lorsqu'ils sont nombreux, peuvent être confrontés à leurs responsabilités. Le cortège de ce 8 mars 2026 a ainsi ressemblé à une immense chaîne de solidarité, où l'expérience des aînées rencontrait l'énergie des nouvelles militantes.

Une mère et sa fille unies dans le combat

L'image de Gisèle Pelicot et de Caroline Darian marchant de concert est particulièrement puissante. Caroline, qui a porté plainte contre son père et accuse celui-ci de l'avoir agressée sexuellement, n'est pas seulement la fille de Gisèle, elle est aussi une survivante et une militante à part entière. Leur présence côte à côte symbolise la rupture du cycle de la violence intrafamiliale. C'est une déclaration publique affirmant que la parole se libère d'une génération à l'autre, sans tabou ni secret.

Caroline Darian a d'ailleurs exprimé sa fierté et son émotion en déclarant être « extrêmement honorée d'être ici en présence de ma maman, qui envoie un vrai message d'espoir à toutes les victimes de France ». Cette phrase résume parfaitement l'importance de cette alliance filiale. La mère apporte l'expérience et la gravité du vécu, la fille apporte la vigueur de la nouvelle génération qui refuse de reproduire les silences passés. Ensemble, elles forment un duo indestructible qui incarne la résilience face à l'horreur.

Gisèle Pelicot lors du cortège parisien pour les droits des femmes le 8 mars.
Gisèle Pelicot rejoint la marche pour la Journée internationale des droits des femmes à Paris. — (source)

La présence masculine et familiale

Autre fait notable du cortège, la présence significative d'hommes et de familles complètes. Contrairement à certains clichés, le féminisme d'aujourd'hui n'est pas un combat exclusivement féminin. De nombreux pères, frères, maris et amis étaient présents pour soutenir la cause, reconnaissant que l'égalité des sexes est un enjeu de société qui les concerne au premier chef. Cette mixité renforce le message de solidarité et montre que la conscientisation aux violences sexistes progresse dans l'ensemble de la population.

Les familles avec enfants en bas âge, nombreuses ce jour-là, apportent une dimension touchante au défilé. Elles viennent marcher pour l'avenir, pour que les générations futures, filles et garçons, puissent évoluer dans une société plus respectueuse et plus sûre. Voir des enfants défiler aux côtés de Gisèle Pelicot donne une perspective d'espoir à la lutte : c'est pour eux que ces batailles sont menées, afin qu'ils n'aient jamais à subir ou à être témoins de telles violences.

Une acclamation populaire

Au moment où Gisèle Pelicot a rejoint le départ du cortège, aux alentours de 14 h 30, l'ambiance est passée de l'enthousiasme à la ferveur. Les cris de « merci » qui ont fusé de la foule traduisent une reconnaissance immense envers celle qui a accepté de subir un procès à huis clos ouvert pour toutes les femmes. Cette gratitude spontanée dépasse le simple cadre d'un soutien moral ; elle est politique. Elle signifie que les femmes présentes dans la rue considèrent que son combat juridique a servi leur cause collective.

Ce moment d'acclamation popularise également son surnom, vu sur certaines pancartes, de « Gisèle PeliQueen ». Ce jeu de mots, bien que loin de la gravité du drame, montre comment la jeunesse s'approprie son image pour en faire un symbole de force et de royauté morale. Elle n'est plus seulement une dame âgée victime d'atrocités, elle est devenue une reine dans le cœur de ceux qui luttent pour l'égalité. Cette popularité lui donne une force de frappe médiatique considérable, transformant chaque apparition publique en un événement majeur relayé massivement sur les plateformes sociales.

Un symbole de « Gisèle PeliQueen »

L'émergence de ce surnom dans la foule est un phénomène sociologique intéressant. Transformer une victime en « Queen » est une manière pour la jeunesse de réinvestir une figure tragique avec une forme de puissance et de glorification. Ce n'est pas une royauté de sang ou de pouvoir, mais une royauté morale et courageuse. Les pancartes arborant ce slogan témoignent d'une admiration sans borne pour la force de caractère qu'elle a démontrée tout au long du procès et lors de cette manifestation.

Cette appropriation populaire dépasse la simple personne de Gisèle Pelicot pour devenir un symbole de la résistance féministe. « Gisèle PeliQueen » incarne la femme qui ne se tait pas, qui refuse d'être réduite au silence par la honte. C'est une image iconique qui circule sur les réseaux sociaux, contribuant à mondialiser le message. En quelques mois, Gisèle est passée du statut d'anonyme à celui d'une figure planétaire, et ce surnom scande cette métamorphose extraordinaire.

La gratitude comme acte politique

Les « merci » criés par la foule ne doivent pas être sous-estimés. Ils sont l'expression d'une dette collective envers celle qui a porté sur ses épaules le poids des accusations et du traumatisme pour toutes les autres. En refusant le huis clos, Gisèle Pelicot a offert au monde entier une leçon courageuse sur la nature des violences sexuelles. Elle a permis à la société de voir en face l'horreur du système prédateur.

Dire merci, c'est aussi reconnaître que son combat a permis une prise de conscience généralisée. Beaucoup de victimes ont pu, grâce à son courage, trouver la force de parler à leur tour. Cette gratitude est donc un acte politique fort : elle valide l'importance de la parole publique et transforme la souffrance individuelle en une force collective pour le changement. Elle rappelle aux autorités et au monde entier que le procès de Mazan n'était pas une affaire isolée, mais le symptôme d'un dysfonctionnement sociétal profond qui doit être combattu.

Gisèle Pelicot défile à Paris pour dénoncer les violences sexuelles.
Gisèle Pelicot lors du cortège parisien pour les droits des femmes le 8 mars. — (source)

Le message « On ne lâchera rien » adressé à la jeunesse

Lorsque Gisèle Pelicot a lancé « On ne lâchera rien ! » au début de la manifestation, ce n'était pas un simple slogan de circonstance. C'était une déclaration de guerre à l'indifférence et un message direct adressé à la jeune génération. Pour les jeunes femmes de 16 à 25 ans, qui constituent le fer de lance des manifestations actuelles, ces mots résonnent comme une injonction à la persévérance. À un âge où l'on peut facilement se décourager face à l'ampleur de la tâche, entendre une survivante d'un tel calibre affirmer sa détermination inébranlable agit comme un électrochoc.

Ce message répond également à une inquiétude grandissante chez les jeunes militants : celle de voir les acquis menacés par une montée du conservatisme. En assurant que « partout, les femmes luttent », Gisèle Pelicot relie les combats locaux à une lutte mondiale. Elle leur dit implicitement que leur mobilisation n'est pas vaine, qu'elle s'inscrit dans la continuité de batailles anciennes et qu'elle doit se poursuivre malgré les obstacles. C'est une leçon de résilience civique : la justice sociale ne s'obtient pas par un coup d'éclat unique, mais par une constance dans l'action.

Une déclaration face à l'indifférence

La puissance du slogan « On ne lâchera rien » réside dans sa simplicité et sa détermination absolue. Il s'adresse à toutes celles qui ont douté de l'efficacité de leur engagement. Face à une société qui semble parfois insensible aux alertes, cette phrase sonne comme un rappel que la lutte est un marathon, pas un sprint. Gisèle Pelicot, par sa propre expérience, sait que le chemin vers la justice est long et semé d'embûches. Son message encourage les jeunes à ne pas baisser les bras, même quand les médias s'essoufflent ou quand l'actualité passe à autre chose.

C'est aussi une réponse directe à ceux qui voudraient enterrer les affaires de violences sexuelles sous le tapis. En affirmant qu'elle ne lâchera rien, Gisèle Pelicot promet que l'affaire Mazan ne restera pas un épisode isolé de l'histoire judiciaire, mais une pierre angulaire sur laquelle s'appuiera une nouvelle exigence de justice pour toutes les femmes. C'est une promesse de vigilance perpétuelle face aux tentatives d'oubli.

Contre la montée du conservatisme

Le contexte actuel est marqué par une résurgence des discours conservateurs qui menacent les droits des femmes. Des organisations comme la CGT ont pointé du doigt l'enterrement de la directive européenne sur l'égalité salariale comme un signe inquiétant. Le slogan de Gisèle Pelicot prend alors tout son sens : il s'agit de résister aux reculs sociaux.

Pour la jeunesse, qui se sent souvent vulnérable face aux discours rétrogrades de l'extrême droite ou de certains milieux traditionalistes, ce message est rassurant. Il leur dit qu'elles ne sont pas seules et que des aînées combattantes sont là pour tenir le rang aux côtés des nouvelles générations. Cette union des forces est essentielle pour contrer les politiques visant à restreindre les droits reproductifs ou l'égalité au travail. Gisèle Pelicot incarne cette résistance inébranlable, celle qui refuse de voir le monde reculer vers des époques plus sombres pour les femmes.

Déconstruire la culture du viol

Le cœur du message de Gisèle Pelicot concerne la déconstruction de ce qu'elle nomme la « société machiste et patriarcale ». Pour les jeunes, ce concept n'est pas une abstraction théorique, c'est une réalité quotidienne vécue dans la rue, à l'école ou sur Internet. En rappelant lors de son procès que « le regard sur le viol » doit changer, elle fournit aux jeunes militants un argumentaire solide pour contester les banalisations dont ils sont témoins. Son refus d'accepter les excuses des agresseurs, invoquant la « lâcheté » et le déni, offre un vocabulaire précis pour nommer les mécanismes de violence.

Les jeunes femmes d'aujourd'hui sont particulièrement sensibilisées à la notion de consentement, concept central dans l'affaire Pelicot. En voyant Gisèle exiger des hommes qu'ils expliquent « à quel moment » ils ont pensé avoir un consentement face à un corps inerte, la jeunesse trouve une validation de ses propres revendications. Ce discours radical sur la responsabilité des agresseurs, plutôt que sur le comportement des victimes, résonne profondément avec une génération qui a grandi avec le mouvement #MeToo. Gisèle Pelicot leur montre que la honte ne doit jamais appartenir à celle qui subit.

Repenser le consentement et la responsabilité

La question du consentement est au centre du discours de Gisèle Pelicot. Lors du procès, elle avait confronté les accusés avec une question dévastatrice : à quel moment ont-ils cru avoir un consentement face à son corps inerte ? Cette interrogation logique et brutale réduit en miettes les défenses de ceux qui prétendaient ne pas comprendre la situation. Elle replace la responsabilité là où elle doit être : sur l'agresseur, et non sur la victime.

Pour les jeunes générations, qui militent pour une éducation sexuelle complète incluant la notion de consentement enthousiaste, cette prise de position est un atout majeur. Gisèle Pelicot cristallise l'argumentaire féministe : un corps qui ne dit pas oui est un corps qui dit non. Son insistance sur la « banalité » des crimes qu'elle a subis souligne que le viol n'est pas l'acte d'un monstre isolé, mais le produit d'un système qui déshumanise les femmes et minimise leur droit à disposer de leur propre corps.

Changer le regard sur la société

Gisèle Pelicot ne se contente pas de condamner ses agresseurs, elle condamne la société qui les a rendus possibles. En qualifiant la société de « machiste et patriarcale », elle invite à une remise en question structurelle. Ce n'est pas seulement quelques hommes qui sont coupables, mais un système qui valide une certaine forme de masculinité toxique. Elle force le regard vers les mécanismes invisibles qui perpétuent les violences.

Cette perspective systémique rejoint les analyses de nombreuses jeunes militantes aujourd'hui. Elle permet de comprendre que lutter contre les violences sexuelles, c'est aussi lutter contre les stéréotypes de genre, l'objectification des femmes dans les médias et la tolérance sociale des blagues sexistes. Le message de Gisèle Pelicot encourage à voir les liens entre ces différents niveaux de violence, du harcèlement de rue au viol aggravé, et à les combattre de manière globale.

Des manifestants avec des banderoles 'Stop culture du viol' à Paris.
Des manifestants avec des banderoles 'Stop culture du viol' à Paris. — (source)

Les revendications concrètes de la marche 2026

Au-delà de l'émotion soulevée par la présence de Gisèle Pelicot, la manifestation du 8 mars 2026 a porté des revendications politiques précises. Il ne s'agissait pas seulement d'une marche de soutien, mais d'un véritable acte politique pour faire avancer les droits des femmes. Les organisations syndicales et féministes, à l'image de la CGT ou du Collectif national pour les droits des femmes, ont saisi cette occasion pour rappeler que les droits conquis restent fragiles.

La présence de Sophie Binet, la leader de la CGT, en tête de cortège aux côtés de Gisèle Pelicot, a symbolisé l'alliance entre le mouvement féministe et le mouvement syndical. Les revendications portaient notamment sur l'égalité salariale, menacée selon elles par l'enterrement de la directive européenne sur le sujet. Le message est clair : la lutte contre les violences sexuelles ne peut être dissociée de la lutte économique. La précarité reste un facteur majeur de vulnérabilité pour les femmes, et l'indépendance financière est une condition sine qua non de la liberté.

L'urgence de l'égalité salariale

L'un des points majeurs soulevés lors de cette journée concerne l'écart persistant de rémunération entre les hommes et les femmes. Sophie Binet a fermement dénoncé l'attitude du gouvernement et du patronat, accusés d'enterrer la directive européenne sur l'égalité salariale. Pour les syndicats, il est inacceptable que, en 2026, les femmes continuent de gagner moins que les hommes à poste égal.

Cette revendication économique est fondamentale. L'indépendance financière est souvent le seul moyen pour une femme de quitter un conjoint violent ou de refuser une situation précaire. En liant la lutte contre les violences à la lutte pour l'égalité économique, les manifestantes rappellent que la libération des femmes passe aussi par l'autonomie financière. Sans justice économique, il ne peut y avoir de réelle justice sociale. La marche du 8 mars 2026 a donc servi de tribune pour exiger des mesures concrètes et immédiates en la matière.

Lutte contre l'extrême droite et pour les droits sociaux

Les manifestants ont également profité de cette journée pour dénoncer la montée de l'extrême droite. Myriam Lebkiri, représentante de la CGT, a résumé l'enjeu en expliquant que le 8-Mars est l'occasion de se battre pour « l'émancipation des femmes » et « contre l'extrême droite, qui sème le racisme, la misogynie et l'homophobie ». Le discours féministe est intrinsèquement lié à la défense des libertés individuelles et au rejet des discriminations sous toutes leurs formes.

Cette dimension politique du rassemblement était palpable dans les slogans scandés et sur les banderoles. Les militantes craignent que les progrès accomplis en matière de droits des femmes ne soient remis en cause par des forces politiques conservatrices. La présence massive dans la rue vise aussi à avertir les gouvernants que la société civile est prête à se mobiliser massivement pour défendre ses acquis sociaux et sociétaux. La marche est ainsi un avertissement lancé à ceux qui voudraient instrumentaliser les corps des femmes à des fins politiques rétrogrades.

La résonance culturelle du combat de Gisèle

L'impact de Gisèle Pelicot dépasse largement le cadre des manifestations politiques et touche la sphère culturelle française. Sa présence lors de la marche a été accentuée par celle de la chanteuse Suzane, dont la chanson « Je t'accuse » est devenue un hymne moderne contre les violences sexuelles. Cette rencontre entre une figure historique de la résistance et une artiste engagée de la nouvelle scène illustre comment le combat se propage à travers l'art et la culture.

Caroline Darian, la fille de Gisèle, joue également un rôle clé dans cette diffusion. Militante active et auteure, elle a porté plainte contre son père et apparaît dans le clip de Suzane aux côtés d'autres militantes. Cette synergie entre les témoignages directs et la création artistique permet de toucher un public plus vaste. La chanson, le livre, ou l'article deviennent des vecteurs de sensibilisation qui complètent l'action de rue. La culture populaire sert ainsi de caisse de résonance au message politique de Gisèle Pelicot, le rendant omniprésent dans le débat public.

Une icône paradoxale

Les analystes notent que Gisèle Pelicot est devenue une « icône féministe » plutôt qu'une héroïne flamboyante. Si elle cristallise les aspirations collectives, c'est précisément parce qu'elle ne correspond pas à l'image traditionnelle de l'héroïne invulnérable. Elle incarne la fragilité transformée en force, la douleur transformée en action. Pour la jeunesse, cette figure est plus accessible et plus inspirante que les mythes anciens. Elle prouve que l'héroïsme peut se trouver dans le simple fait de tenir bon et de dire la vérité, même quand tout autour pousse au silence.

Son ouvrage, « Et la joie de vivre », co-écrit avec Judith Perrignon, participe de cette mythification moderne. Il offre un espace de réflexion pour comprendre comment une femme peut reconstruire sa vie et trouver de la joie après l'indicible. Pour les jeunes lecteurs qui traversent parfois des épreuves difficiles, ce parcours de vie offre une perspective salvatrice. Elle montre que l'identité d'une femme ne se résume pas aux violences qu'elle a subies, mais à la manière dont elle se réapproprie son existence.

L'art comme vecteur de sensibilisation

La participation de la chanteuse Suzane au cortège n'est pas anecdotique. Sa musique, qui aborde frontalement les thèmes des violences sexuelles et du consentement, résonne particulièrement avec la jeunesse. La présence de Caroline Darian dans le clip de la chanson « Je t'accuse » crée un pont puissant entre la réalité du vécu des victimes et sa représentation artistique. L'art permet de dépasser les barrières de la peur et du tabou pour toucher l'émotionnel, facilitant ainsi la prise de conscience.

Cette alliance entre culture et militantisme est essentielle pour diffuser le message au-delà des cercles déjà convaincus. Les chansons, les livres et les films permettent de discuter de sujets graves dans un cadre plus propice au dialogue. En investissant l'espace culturel, le combat de Gisèle Pelicot s'ancre durablement dans la société française. Il ne s'agit plus seulement d'une actualité éphémère, mais d'un mouvement de fond qui s'immisce dans les consciences à travers la création artistique.

Graffiti féministe à Paris rue Nollet lors de l'affaire des viols de Mazan : M'ENDORS PAS
Graffiti féministe à Paris rue Nollet lors de l'affaire des viols de Mazan : M'ENDORS PAS — Guallendra / CC0 / (source)

Conclusion

La participation de Gisèle Pelicot à la manifestation du 8 mars 2026 à Paris marque un tournant décisif dans la lutte contre les violences sexuelles en France. Son passage du statut de victime au tribunal à celui de leader incontestée dans la rue symbolise une victoire de la parole sur le silence, de la solidarité sur l'opprobre. Son slogan « On ne lâchera rien », répercuté par une foule intergénérationnelle et multiculturelle, résume parfaitement la détermination d'un mouvement féministe qui refuse de reculer face à la montée du conservatisme.

Cet événement a permis de mettre en lumière l'articulation nécessaire entre les luttes historiques pour l'égalité des droits et les préoccupations actuelles de la jeunesse concernant la sécurité, le consentement et la justice sociale. En se tenant aux côtés de sa fille Caroline et des organisations syndicales, Gisèle Pelicot a tissé des liens invisibles mais solides entre les générations, assurant la transmission d'un héritage militant indispensable pour l'avenir. La marche n'était pas seulement une commémoration, mais une promesse : celle que le combat pour la dignité des femmes continuera avec une force renouvelée, portée par des icônes résolues et des jeunes prêts à relever le défi.

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Questions fréquentes

Quel slogan Gisèle Pelicot a-t-elle lancé lors de la manifestation du 8 mars 2026 ?

Gisèle Pelicot a lancé le slogan "On ne lâchera rien !", qui résonne comme un appel au combat intergénérationnel et une déclaration de détermination face à l'indifférence.

Quel était le parcours du cortège de la manifestation parisienne ?

Le cortège a défilé sur l'axe de la Place de la Bataille-de-Stalingrad vers la Place de la République à Paris.

Qui accompagnait Gisèle Pelicot lors de cette marche féministe ?

Elle a marché aux côtés de sa fille, Caroline Darian, ainsi qu'avec des organisations féministes comme la Fondation des femmes et le collectif Grève féministe.

Quelles étaient les revendications politiques principales portées lors de cette journée ?

Les manifestants réclamaient notamment l'égalité salariale et dénonçaient l'enterrement de la directive européenne sur ce sujet, tout en luttant contre la montée de l'extrême droite.

Pourquoi les manifestants criaient-ils "merci" en présence de Gisèle Pelicot ?

Ces cris exprimaient une reconnaissance politique pour son courage, notamment pour avoir refusé le huis clos lors de son procès, transformant son calvaire en un combat public pour toutes les femmes.

Sources

  1. « Partout, les femmes luttent » : des dizaines de milliers de personnes ont manifesté en France lors de la Journée internationale des droits des femmes · lemonde.fr
  2. Gisèle Pelicot défile à Paris pour dénoncer les violences sexuelles · 20minutes.fr
  3. "On ne lâchera rien !" : Gisèle Pelicot à la manifestation parisienne pour les droits des femmes · france24.com
  4. huffingtonpost.fr · huffingtonpost.fr
  5. la-croix.com · la-croix.com
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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