Le Nasdaq MarketSite à Times Square accueille General Fusion pour son introduction en Bourse.
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General Fusion en Bourse : l’action GFUZ bondit de 40 %, la fusion peut-elle vraiment sauver la planète ?

L’action GFUZ de General Fusion a bondi de 40 % lors de son entrée au Nasdaq, mais l’entreprise n’a jamais vendu un kilowattheure, a frôlé la faillite en 2025 et repousse son démonstrateur clé à 2028.

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Le 13 juillet 2026 restera dans les annales de l’énergie et de la finance. General Fusion, entreprise canadienne fondée il y a vingt-quatre ans, est devenue la première société de fusion nucléaire « pure-play » à faire son entrée sur le Nasdaq, sous le ticker GFUZ. L’action a grimpé de 40 % en séance, suscitant un enthousiasme débordant chez les investisseurs particuliers. Pourtant, derrière ce feu d’artifice boursier se cache une réalité plus nuancée : General Fusion n’a jamais vendu un kilowattheure, sa trésorerie était au bord du gouffre il y a un an, et son démonstrateur clé a pris du retard. Alors, simple bulle spéculative ou pari visionnaire sur l’énergie de demain ?

Le Nasdaq MarketSite à Times Square accueille General Fusion pour son introduction en Bourse.
Le Nasdaq MarketSite à Times Square accueille General Fusion pour son introduction en Bourse. — (source)

Le 13 juillet 2026, l’action GFUZ s’envole de 40 % au Nasdaq

L’excitation était palpable dès l’ouverture des marchés new-yorkais. General Fusion, attendue depuis des mois par la communauté des investisseurs en technologies climatiques, a fait une entrée fracassante. Le prix de référence avait été fixé à 12,85 dollars, mais à 12h50, l’action culminait à 16,58 dollars, soit une hausse de 40 %. Les écrans des traders affichaient du vert vif, et les forums d’investisseurs s’enflammaient.

Pourtant, la journée ne s’est pas achevée sur un triomphe sans nuages. Le titre a ensuite reflué pour clôturer à 12,07 dollars, légèrement sous son prix de référence. Ce mouvement en dents de scie illustre parfaitement la volatilité qui attend les premiers actionnaires de GFUZ. Le volume des échanges a atteint 6,19 millions d’actions, contre une moyenne quotidienne de 1,22 million sur les séances précédentes — un afflux massif de capitaux spéculatifs.

De l’ouverture prudente au pic à 16,58 dollars

Les premières minutes de cotation ont été hésitantes. Les acheteurs et les vendeurs tâtaient le terrain, cherchant un prix d’équilibre dans un contexte où aucune entreprise de fusion n’avait jamais été cotée. Puis, vers 11h30, un premier bloc d’achat a déclenché une cascade de transactions. À midi, le titre franchissait la barre des 15 dollars. Le pic à 16,58 dollars est intervenu peu après, porté par des investisseurs particuliers utilisant des plateformes comme Robinhood. 

Christopher Mowry, ancien PDG de General Fusion, lors d'un événement de l'AIEA à la COP28 à Dubaï.
Christopher Mowry, ancien PDG de General Fusion, lors d'un événement de l'AIEA à la COP28 à Dubaï. — IAEA Imagebank / CC BY 2.0 / (source)

Ce qui frappe dans ce premier jour, c’est l’écart entre l’enthousiasme de la mi-journée et le repli final. Les vendeurs ont profité des plus hauts pour prendre leurs bénéfices, tandis que les acheteurs du matin se retrouvaient avec une moins-value latente. Une leçon brutale pour ceux qui croyaient que GFUZ allait reproduire la trajectoire des valeurs technologiques à la mode.

Une capitalisation de 353 millions de dollars pour une entreprise sans chiffre d’affaires

Le paradoxe saute aux yeux. General Fusion affichait une capitalisation boursière d’environ 353 millions de dollars en clôture le 13 juillet, et une valeur d’entreprise pro forma d’environ un milliard de dollars. Pourtant, l’entreprise n’a jamais généré le moindre revenu commercial. Aucune centrale à fusion n’existe encore nulle part dans le monde.

Ce décalage entre la valorisation et les fondamentaux économiques n’est pas nouveau dans l’histoire des technologies disruptives. On l’a vu avec Tesla à ses débuts, avec les sociétés de biotechnologie avant la commercialisation d’un médicament, ou avec les startups de la blockchain. Mais dans le cas de la fusion nucléaire, l’horizon est particulièrement lointain. General Fusion elle-même annonce une première centrale commerciale « aux alentours de 2035 ». En attendant, les 353 millions de dollars reposent sur une promesse : celle de dompter l’énergie des étoiles.

General Fusion, le long marathon de Michel Laberge depuis Vancouver

Pour comprendre GFUZ, il faut remonter à ses origines. L’entreprise n’est pas née dans un garage de la Silicon Valley, mais dans les laboratoires de Vancouver, au Canada. Son fondateur, Michel Laberge, est un physicien qui a consacré sa vie à une idée : reproduire sur Terre le processus qui alimente le Soleil, mais dans un réacteur compact et abordable.

Vingt-quatre ans plus tard, cette idée a attiré certains des investisseurs les plus prestigieux de la planète. Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, a misé sur General Fusion dès 2014. Le fonds souverain singapourien Temasek, la Banque de développement du Canada, et Chrysalix Venture Capital complètent un actionnariat de premier plan. Un casting qui donne une crédibilité rare à une entreprise dont la technologie n’a pas encore produit un watt net. 

Réacteur de fusion expérimental de General Fusion ayant atteint son premier plasma.
Réacteur de fusion expérimental de General Fusion ayant atteint son premier plasma. — (source)

Michel Laberge, le physicien canadien qui veut dompter le soleil depuis 2002

Né au Québec, Michel Laberge a fait ses études à l’Université Laval avant de rejoindre le National Research Council du Canada. C’est en 2002 qu’il fonde General Fusion, avec une vision claire : développer une technologie de fusion par cible magnétisée (MTF). Contrairement aux tokamaks géants comme ITER, qui confinent le plasma dans des champs magnétiques puissants, la MTF utilise une approche plus mécanique.

Le principe est simple à expliquer. Un plasma chaud est injecté dans une chambre remplie de métal liquide en rotation. Des pistons compriment brutalement ce métal, ce qui comprime et chauffe le plasma jusqu’aux conditions nécessaires à la fusion. Le métal liquide absorbe ensuite la chaleur produite, qui peut être utilisée pour faire tourner une turbine. Pas de parois solides en contact direct avec le plasma, donc moins d’usure et de déchets radioactifs. C’est élégant sur le papier, mais personne ne l’a encore démontré à l’échelle industrielle.

Le cercle d’investisseurs de prestige : Jeff Bezos, Temasek et les banques publiques

General Fusion a levé entre 400 et 600 millions de dollars depuis sa création, selon les sources. Ce montant impressionnant n’aurait pas été possible sans l’implication de Jeff Bezos. Le milliardaire, passionné d’exploration spatiale et d’énergie, a investi via sa société Bezos Expeditions. Son nom a ouvert des portes, rassuré d’autres investisseurs, et donné une visibilité mondiale à la startup.

Temasek, le fonds souverain de Singapour, apporte une dimension géopolitique. Singapour, petite cité-État sans ressources énergétiques naturelles, voit dans la fusion une solution potentielle à sa dépendance aux importations d’hydrocarbures. La Banque de développement du Canada, de son côté, incarne le soutien public à une technologie nationale. Ce mélange d’argent privé, de fonds souverains et de capitaux publics est unique dans le secteur de la fusion.

La promesse de la fusion : abondante, propre et… encore théorique

Schéma de principe du réacteur de fusion de General Fusion, illustrant le cœur du réacteur, les injecteurs de plasma et le système de production d'électricité.
Schéma de principe du réacteur de fusion de General Fusion, illustrant le cœur du réacteur, les injecteurs de plasma et le système de production d'électricité. — (source)

Greg Twinney, le CEO de General Fusion, a déclaré dans un communiqué du 13 juillet : « At General Fusion, we are dedicated to our vision of bringing practical, clean, and abundant fusion energy to the world. » Cette phrase résume l’argumentaire commercial. La fusion promet une énergie décarbonée, sans émissions de CO2, avec un combustible (le deutérium et le tritium) disponible en quantités quasi illimitées.

Pratique, propre, abondante. Trois adjectifs qui font rêver. La réalité est plus complexe. Le tritium, par exemple, n’existe pas à l’état naturel en quantités suffisantes. Il faut le produire dans le réacteur lui-même, par irradiation du lithium. C’est un défi technique supplémentaire que les startups de la fusion commencent tout juste à aborder. Et personne n’a encore démontré qu’une centrale à fusion pouvait fonctionner de manière fiable, sans interruption, pendant des années.

La face cachée de l’IPO : licenciements et SPAC vidée de sa substance

L’entrée en Bourse de General Fusion n’a pas été un long fleuve tranquille. Derrière le récit triomphal du premier jour de cotation se cache une histoire de survie financière. Au printemps 2025, l’entreprise était au bord du gouffre. Les caisses se vidaient, les levées de fonds espérées ne se matérialisaient pas, et la direction a dû prendre des décisions douloureuses.

L’opération SPAC (Special Purpose Acquisition Company) qui a permis la cotation a également révélé les fragilités du montage. Spring Valley Acquisition Corp., la société écran utilisée pour l’introduction en Bourse, devait apporter jusqu’à 230 millions de dollars de capital fiduciaire. Mais les investisseurs de la SPAC ont massivement choisi de racheter leurs actions plutôt que de les convertir en titres General Fusion. Résultat : moins de 30 millions de dollars sont réellement arrivés dans les caisses de l’entreprise via ce canal.

Printemps 2025 : l’entreprise au bord du gouffre supprime un quart de ses effectifs

Le choc a été rude pour les employés de General Fusion. En avril 2025, l’entreprise annonçait la suppression de 25 % de ses effectifs. La raison invoquée : l’impossibilité de boucler un tour de table de 125 millions de dollars espéré auprès d’investisseurs institutionnels. Le contexte macroéconomique, marqué par la hausse des taux d’intérêt et la prudence des fonds de capital-risque, avait refroidi les ardeurs.

Pour éviter la faillite pure et simple, les actionnaires historiques ont dû injecter 22 millions de dollars supplémentaires dans un tour dit « pay to play ». Ce mécanisme, courant dans les startups en difficulté, impose aux investisseurs existants de remettre au pot s’ils veulent conserver leurs parts et ne pas être dilués. Bezos, Temasek et les autres ont donc sorti le chéquier, mais à contrecœur. L’ambiance chez General Fusion n’était plus à l’euphorie, mais à la survie. 

Techniciens assemblant la machine LM26 de General Fusion.
Techniciens assemblant la machine LM26 de General Fusion. — (source)

L’opération SPAC qui a rapporté moins de 30 millions de dollars

Les SPAC ont mauvaise presse depuis le krach de 2021-2022, et General Fusion en a fait l’amère expérience. Spring Valley Acquisition Corp. avait été créée spécifiquement pour cette opération. Sur le papier, le montage devait apporter jusqu’à 230 millions de dollars de capital fiduciaire, auxquels s’ajoutaient 108 millions de dollars d’un PIPE (Private Investment in Public Equity).

Mais les investisseurs de la SPAC, méfiants, ont exercé massivement leur droit de rachat. Résultat : General Fusion n’a reçu qu’environ 30 millions de dollars de la SPAC. Seul le PIPE de 108 millions de dollars, souscrit par des investisseurs institutionnels engagés, a tenu bon. Au final, la trésorerie de l’entreprise après l’opération atteignait environ 150 millions de dollars. C’est suffisant pour quelques années de R&D, mais pas pour construire une centrale commerciale.

Le mur de la science : le démonstrateur LM26 repoussé à 2028

Le récit boursier de General Fusion raconte une histoire de progrès et de promesses. Le récit scientifique est plus sobre. Aucune entreprise de fusion, nulle part dans le monde, n’a encore produit un watt net d’électricité par fusion nucléaire. Pas General Fusion, pas Commonwealth Fusion Systems, pas Helion, pas TAE Technologies. Toutes sont au stade du prototype, et le chemin vers la commercialisation reste semé d’embûches. 

Composant du réacteur de fusion de General Fusion dans son installation.
Composant du réacteur de fusion de General Fusion dans son installation. — (source)

Le démonstrateur LM26 de General Fusion devait être la machine qui ferait la différence. Conçue pour atteindre le critère de Lawson — le seuil où la fusion produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme — elle était attendue pour 2026. Mais les difficultés de trésorerie ont repoussé ce jalon à 2028, voire plus tard. Un retard qui interroge sur la crédibilité du planning annoncé aux investisseurs.

Aucune entreprise de fusion n’a encore fourni un seul watt au réseau électrique

Ce chiffre mérite d’être répété : malgré 7,1 milliards de dollars d’investissements privés mondiaux dans la fusion depuis 2020, aucune startup n’a jamais injecté le moindre watt dans un réseau électrique. Pas un seul kilowattheure. L’adage est connu : « la fusion est à trente ans depuis cinquante ans ». Il résume une réalité frustrante pour les optimistes et rassurante pour les sceptiques.

Les progrès techniques sont réels. Les aimants supraconducteurs à haute température, les lasers de plus en plus puissants, les simulations numériques toujours plus précises ont fait avancer la recherche. Mais le passage du laboratoire à la centrale commerciale reste un saut gigantesque. General Fusion, comme ses concurrents, doit d’abord démontrer qu’elle peut produire plus d’énergie qu’elle n’en consomme, puis maintenir cette production de manière stable, puis la rendre économiquement viable. Chaque étape prend des années.

LM26 : le breakeven repoussé à 2028, la centrale à 2035

La machine LM26 est le cœur du plan de développement de General Fusion. Son objectif : atteindre le critère de Lawson, c’est-à-dire un gain d’énergie de fusion supérieur à 1. En clair, produire plus d’énergie que celle nécessaire pour chauffer et confiner le plasma. C’est le Graal de toutes les startups de fusion.

Initialement prévu pour 2026, ce jalon a été repoussé à 2028 ou plus tard. Les raisons invoquées sont techniques et financières. La conception de LM26 a dû être revue pour tenir compte des contraintes budgétaires. Les tests de sous-systèmes ont pris du retard. Et la priorité a été donnée à l’entrée en Bourse plutôt qu’à l’accélération de la R&D.

Une fois LM26 opérationnelle, General Fusion prévoit la construction d’une première centrale commerciale « aux alentours de 2035 », en partenariat avec l’italien Renexia. Un calendrier ambitieux, qui suppose que tout se passe parfaitement. Dans l’histoire de la fusion, rien ne se passe jamais parfaitement.

Les 7,1 milliards de dollars de la fusion privée : General Fusion face à ITER, Helion et CFS

General Fusion n’est pas seule dans la course à la fusion. Elle fait face à des concurrents privés bien financés, mais aussi à un projet public gigantesque : ITER, le réacteur expérimental construit à Cadarache, dans le sud de la France. Le paysage concurrentiel est complexe, avec des approches techniques très différentes et des horizons temporels tout aussi flous.

L’argent afflue dans le secteur. Les 7,1 milliards de dollars investis dans la fusion privée depuis 2020 témoignent d’un engouement sans précédent. Mais cet argent crée aussi une pression pour des résultats rapides, incompatible avec le rythme de la recherche fondamentale.

ITER, le projet public français aux prises avec des retards et des surcoûts

ITER est le projet de fusion le plus ambitieux jamais entrepris. Financé par 35 nations, construit à Cadarache, il vise à démontrer la faisabilité scientifique et technique de la fusion par confinement magnétique. Son budget initial de 5 milliards d’euros a explosé pour atteindre plus de 20 milliards. Son calendrier, qui prévoyait un premier plasma en 2020, a été repoussé à 2035, voire au-delà.

Cette lourdeur administrative et financière est souvent opposée à l’agilité des startups privées. Mais ITER bénéficie d’un avantage décisif : il est conçu pour atteindre un gain d’énergie de 10, soit dix fois plus d’énergie produite que consommée. Aucune startup n’a encore démontré un tel niveau de performance. ITER reste la référence, même si son calendrier glisse d’année en année.

Les rivaux américains : Commonwealth Fusion et Helion passent à l’offensive

Aux États-Unis, deux startups dominent le paysage. Commonwealth Fusion Systems (CFS), issue du MIT, a levé plus de 2 milliards de dollars pour développer un tokamak compact utilisant des aimants supraconducteurs à haute température. Son approche est plus proche de celle d’ITER, mais dans une version miniaturisée. CFS prévoit un démonstrateur d’ici 2028.

Helion, elle, a signé un contrat historique avec Microsoft pour fournir de l’électricité issue de la fusion dès 2028. Un engagement audacieux, qui a suscité le scepticisme de nombreux physiciens. Helion utilise une approche différente, basée sur la fusion par confinement inertiel magnétisé. La startup a levé plus de 500 millions de dollars.

General Fusion se distingue par sa technologie MTF et son ancrage canadien. Mais elle est en retard sur CFS et Helion en termes de levées de fonds et de visibilité médiatique. Son entrée en Bourse lui donne une nouvelle arme : l’accès aux marchés financiers pour lever des capitaux supplémentaires.

Pourquoi l’IA et la demande des data centers dopent le secteur

Un facteur conjoncturel explique l’engouement actuel pour la fusion : la demande explosive d’électricité des data centers d’intelligence artificielle. Google, Microsoft, Amazon, Meta — tous construisent des fermes de serveurs toujours plus gourmandes en énergie. L’IA générative, en particulier, consomme des quantités phénoménales d’électricité pour l’entraînement et l’inférence des modèles.

Cette demande crée un besoin urgent d’électricité décarbonée, disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Les énergies solaire et éolienne sont intermittentes. Le nucléaire classique est lent à déployer. La fusion, si elle fonctionne, promet une source d’énergie pilotable et sans carbone. C’est ce qui attire les géants de la tech et justifie les valorisations élevées de sociétés sans revenus. 

Installation industrielle futuriste évoquant les infrastructures de fusion nucléaire.
Installation industrielle futuriste évoquant les infrastructures de fusion nucléaire. — (source)

De l’Italie à la France : le rêve européen d’une centrale General Fusion

General Fusion ne se contente pas de lever des fonds. Elle a aussi des projets concrets de déploiement. En juin 2026, l’entreprise a annoncé un partenariat avec Renexia, une entreprise italienne d’infrastructure énergétique. L’objectif : planifier la construction d’une centrale de 500 mégawatts en Italie, avec une livraison visée « aux alentours de 2035 ».

Ce partenariat est crucial pour crédibiliser le discours commercial de General Fusion. Avoir un client potentiel, même si la technologie n’existe pas encore, permet de rassurer les investisseurs sur la demande future. Mais il soulève aussi des questions sur la faisabilité technique et réglementaire du projet.

Renexia et l’Italie : General Fusion pose ses valises en Europe

Renexia est une entreprise italienne spécialisée dans les infrastructures énergétiques, notamment les parcs éoliens offshore. Son intérêt pour la fusion nucléaire peut surprendre, mais il s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification vers les technologies bas-carbone. L’Italie, comme ses voisins européens, cherche à réduire sa dépendance aux énergies fossiles et à atteindre la neutralité carbone.

Le projet de centrale de 500 mégawatts est encore très préliminaire. Aucun site n’a été sélectionné, aucun permis déposé, aucun calendrier précis établi. Mais l’annonce a eu un effet immédiat sur les investisseurs italiens et européens, qui y voient un signe de concrétisation. General Fusion peut désormais se présenter comme une entreprise ayant un pied en Europe, et pas seulement au Canada.

Un cadre réglementaire français encore flou

La France, avec son parc nucléaire historique, pourrait sembler un terrain naturel pour la fusion. Pourtant, aucun investisseur institutionnel français — ni Bpifrance, ni la Caisse des Dépôts, ni aucun fonds souverain — n’a été mentionné dans les actionnaires de General Fusion. Une absence notable, qui interroge.

Le flou réglementaire est en cause. Comment la France classe-t-elle la fusion nucléaire ? Est-ce du nucléaire, au sens de la loi sur la transition énergétique, ou une technologie distincte ? Les déchets produits par la fusion sont-ils considérés comme radioactifs, et si oui, comment les gérer ? Les réponses à ces questions détermineront la capacité de General Fusion à s’implanter en France. Pour l’instant, le cadre n’existe pas, ce qui freine les investissements hexagonaux.

Conclusion : GFUZ, pari d’une génération ou éternelle promesse ?

L’entrée en Bourse de General Fusion marque un tournant historique. Pour la première fois, des investisseurs particuliers peuvent miser directement sur une entreprise de fusion nucléaire. Le symbole est fort : la fusion, longtemps cantonnée aux laboratoires de physique, entre dans l’ère du capitalisme de marché.

Mais ce basculement crée une tension profonde entre le temps de la Bourse et le temps de la science. Les marchés financiers exigent des résultats trimestriels, des prévisions, des revenus. La fusion nucléaire se compte en décennies, avec des échecs probables en cours de route. GFUZ est un pari sur l’avenir, pas un placement de père de famille.

Un horizon à 10 ans, une volatilité immédiate

La chute du premier jour de cotation — clôture sous le prix de référence — illustre la volatilité à laquelle les actionnaires de GFUZ doivent s’attendre. Les variations de 40 % en une séance ne sont pas rares pour les valeurs spéculatives. Les investisseurs qui ne supportent pas le risque feraient mieux de regarder ailleurs.

Pour les jeunes investisseurs, GFUZ peut être vu comme une option sur l’avenir. Une petite ligne dans un portefeuille diversifié, un pari à très haut risque, mais avec un potentiel de gain colossal si la fusion devient réalité. L’essentiel est de ne pas y mettre plus que ce que l’on est prêt à perdre.

Ce que l’entrée en Bourse change pour l’énergie de fusion

Au-delà de la volatilité, l’entrée en Bourse de General Fusion change la donne pour l’ensemble du secteur. Elle valide la fusion comme une classe d’actifs investissable, ouvre la voie à d’autres cotations (Helion, CFS pourraient suivre), et donne accès à une nouvelle source de financement. Mais elle impose aussi une transparence et une pression que les startups privées n’ont pas.

L’avenir de la fusion se jouera désormais aussi dans les salles de marché. Entre l’enthousiasme spéculatif et la réalité scientifique, le chemin vers une centrale commerciale en 2035 reste semé d’embûches. GFUZ est le symbole parfait d’un actif à haut risque : une promesse immense, portée par des décennies de recherche, mais dont la réalisation n’est pas garantie. Pour les investisseurs, c’est peut-être le pari d’une génération. Pour l’humanité, c’est l’espoir d’une énergie propre et abondante. Reste à savoir si la Bourse laissera le temps à la science de faire son œuvre.

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Questions fréquentes

General Fusion est-elle en Bourse ?

Oui, General Fusion est entrée au Nasdaq le 13 juillet 2026 sous le ticker GFUZ, devenant la première société de fusion nucléaire 'pure-play' cotée en Bourse.

Pourquoi l'action GFUZ a bondi de 40 % ?

L'action GFUZ a bondi de 40 % en séance lors de son premier jour de cotation au Nasdaq, atteignant 16,58 dollars, portée par l'enthousiasme des investisseurs particuliers sur des plateformes comme Robinhood.

Quand General Fusion aura une centrale ?

General Fusion prévoit la construction d'une première centrale commerciale « aux alentours de 2035 », en partenariat avec l'italien Renexia, mais son démonstrateur clé LM26 a été repoussé à 2028.

Qui a investi dans General Fusion ?

Jeff Bezos via Bezos Expeditions, le fonds souverain singapourien Temasek, et la Banque de développement du Canada comptent parmi les investisseurs de General Fusion.

Sources

  1. techcrunch.com · techcrunch.com
  2. france-epargne.fr · france-epargne.fr
  3. geekwire.com · geekwire.com
  4. Succession de Frédéric Oudéa : bataille en vue à la Société générale · lemonde.fr
  5. markets.businessinsider.com · markets.businessinsider.com
future-tech
Elise Foubot @future-tech

Je suis fascinée par tout ce qui n'existe pas encore. Ingénieure IA dans une startup parisienne, je passe mes journées à entraîner des modèles et mes soirées à lire des papers sur arXiv. Je suis l'intelligence artificielle depuis GPT-2, bien avant que ce soit mainstream. Optimiste technophile mais pas naïve : je sais que la tech peut tout améliorer comme tout casser. Mon job, c'est de faire pencher la balance du bon côté.

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