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France Travail déploie un robot de contrôle : les 7 critères du profilage algorithmique

France Travail utilise depuis 2025 un robot de profilage algorithmique pour contrôler les chômeurs, classant les dossiers en vert, orange ou rouge selon 7 critères. Découvrez comment ce système opaque cible les jeunes et les précaires.

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Le 20 juillet 2026, La Quadrature du Net a mis en ligne un document interne qui change la donne. Cette pièce officielle, issue des propres services de France Travail, détaille le fonctionnement d'un outil de profilage algorithmique déployé depuis début 2025 pour contrôler les demandeurs d'emploi. Le grand public découvre aujourd'hui l'existence de ce système, pourtant en service depuis plus d'un an. Cette révélation soulève des questions immédiates sur la transparence, les droits des usagers et l'orientation politique du contrôle social automatisé.

Agence France Travail à Nantes Malakoff, photographiée depuis la rue.
Agence France Travail à Nantes Malakoff, photographiée depuis la rue. — Kalepom / CC0 / (source)

Les dessous de la révélation : comment La Quadrature du Net a obtenu la preuve

La publication du 20 juillet 2026 résulte d'un travail minutieux de collecte et de vérification mené par les équipes de La Quadrature du Net. L'association, spécialisée dans la défense des libertés numériques, a mis plusieurs semaines à analyser le document interne avant de le rendre public. Les sources, protégées par le secret des lanceurs d'alerte, ont fourni des éléments suffisamment solides pour étayer chaque affirmation.

Une fuite interne qui confirme des années de soupçons

Depuis 2018 et la généralisation du score de suspicion, les associations de chômeurs et les syndicats alertaient sur l'existence d'un système de notation opaque. Mais sans preuve matérielle, leurs mises en garde restaient des hypothèses. Le document publié aujourd'hui change tout : il contient des captures d'écran du logiciel utilisé par les contrôleurs, des logigrammes expliquant le circuit de décision, et une liste exhaustive des critères employés. La Quadrature du Net a vérifié l'authenticité de chaque pièce avant publication, en croisant les informations avec plusieurs sources internes à France Travail.

Le rôle clé des lanceurs d'alerte et des syndicats dans la documentation

Les syndicats, notamment la FSU Emploi-HDF, ont joué un rôle central dans cette révélation. Depuis le déploiement du CRE rénové début 2025, des agents de France Travail avaient remonté des anomalies à leurs représentants syndicaux. Leurs témoignages décrivaient un système où le robot orientait systématiquement les contrôles vers certains profils, sans que les critères soient clairement expliqués aux conseillers eux-mêmes. La FSU a alors contacté La Quadrature du Net pour sécuriser les preuves et les rendre publiques dans des conditions juridiques protégées. Cette collaboration entre syndicats et association de défense des droits numériques s'inscrit dans une tendance plus large de mobilisation contre la surveillance algorithmique, comme le montre le rapport du laboratoire LaborIA sur l'impact de l'IA dans le monde du travail.

Une méthodologie de vérification rigoureuse

Avant de publier, La Quadrature du Net a confronté chaque élément du document à plusieurs sources indépendantes. Les captures d'écran ont été analysées pour détecter d'éventuelles manipulations. Les logigrammes ont été recoupés avec des témoignages d'agents de terrain. L'association a également consulté des experts en droit du numérique pour s'assurer que la publication ne porterait pas atteinte au secret professionnel des lanceurs d'alerte. Cette rigueur méthodologique explique pourquoi le document fait aujourd'hui autorité dans le débat public.

Ce que révèle la documentation algorithmique : un changement discret mais radical

Le document publié par La Quadrature du Net contient des captures d'écran, des logigrammes et la liste des critères utilisés par ce que France Travail appelle le « Contrôle de la Recherche d'Emploi rénové » (CRE rénové). Au cœur du dispositif se trouve un « robot d'aide à l'analyse du dossier ». Ce n'est pas un simple outil de tri statistique : il classe chaque dossier en trois catégories — clôture, clôture potentielle ou contrôle potentiel — selon le degré de suspicion estimé. L'association insiste sur le fait que ce système est déployé depuis début 2025, sans aucune information préalable aux usagers ni débat public.

Smartphone affichant le logo de France Travail, avec l'ancien logo de Pôle emploi visible en arrière-plan.
Smartphone affichant le logo de France Travail, avec l'ancien logo de Pôle emploi visible en arrière-plan. — (source)

Le passage du conseiller humain à l'algorithme présélecteur

Le passage d'un système où le conseiller humain examinait chaque dossier à un système où un algorithme présélectionne les « suspects » constitue un basculement politique majeur. Le robot ne se contente pas d'assister l'agent : il le précède et conditionne son regard. En classant les dossiers en trois niveaux de suspicion, il oriente l'attention du contrôleur vers ceux qui correspondent à un profil préétabli de « risque ». Cette logique de notation des chômeurs, jusqu'ici implicite, devient désormais le moteur principal de la machine à contrôler.

Trois couleurs pour classer les demandeurs d'emploi : vert, orange, rouge

Concrètement, le robot analyse chaque dossier et lui attribue un niveau : vert pour « clôture » (aucune suspicion), orange pour « clôture potentielle » (suspicion moyenne), rouge pour « contrôle potentiel » (suspicion forte). Le résultat est transmis au contrôleur humain, qui reçoit ainsi une indication forte sur la direction à prendre. Le robot ne « décide » pas seul au sens juridique, mais son poids incitatif est considérable. Un agent qui voit arriver un dossier classé « contrôle potentiel » sera naturellement porté à creuser dans cette direction, tandis qu'un dossier vert risque de passer plus rapidement. C'est là le cœur de la révélation : le robot n'est pas un simple outil passif, il structure la décision humaine.

L'absence totale d'information préalable aux usagers

Le document révèle également que les demandeurs d'emploi n'ont jamais été informés de l'existence de ce système. Aucune mention dans le règlement intérieur de France Travail, aucune notification lors de l'inscription, aucune case à cocher pour consentir au profilage. Les usagers découvrent aujourd'hui qu'ils étaient notés à leur insu depuis plus d'un an. Cette absence de transparence pose un problème juridique direct au regard du RGPD, qui exige une information claire sur toute prise de décision automatisée.

Du score de suspicion au robot : l'usine à contrôles de France Travail

Le robot de 2025-2026 ne sort pas de nulle part. Il s'inscrit dans une mécanique politique amorcée bien plus tôt. Dès 2013, France Travail (alors Pôle emploi) expérimentait des algorithmes de profilage. En 2018, la généralisation du « score de suspicion » basé sur les « signaux faibles » a posé les bases idéologiques et techniques de ce qui devient aujourd'hui un système automatisé de tri des dossiers.

2018-2025 : comment les « signaux faibles » sont devenus un logiciel de notation

Ce fameux score, déployé à partir de 2018, exploitait déjà des données comme le temps de travail déclaré, les salaires perçus, les condamnations ou les sanctions administratives. L'objectif était de détecter les « fraudeurs » potentiels en croisant des indicateurs statistiques. Le CRE rénové en est l'héritier direct, mais avec une différence de taille : l'automatisation à grande échelle. Là où le score de suspicion nécessitait une intervention humaine pour interpréter les résultats, le nouveau robot classe, trie et oriente les dossiers de manière quasi instantanée. La logique reste la même, mais la vitesse et le volume changent la nature du système.

Les racines politiques d'une logique de notation des chômeurs

Le profilage algorithmique des demandeurs d'emploi ne relève pas d'une simple innovation technologique. Il répond à une volonté politique affirmée de durcir le contrôle des allocations et d'augmenter le nombre de sanctions. Les gouvernements successifs, depuis la loi de 2018 sur la réforme de l'assurance chômage, ont multiplié les dispositifs visant à traquer les « fraudeurs » et à réduire les dépenses publiques. L'automatisation du tri des dossiers est la traduction technique de cette orientation idéologique. Le robot n'est pas un outil neutre : il incarne une conception de l'emploi où la suspicion précède la confiance.

Les premières alertes ignorées des experts et des institutions

Dès 2020, un rapport commandé par le gouvernement sur la politique publique de la donnée avait identifié les risques liés au profilage algorithmique dans les services publics. Ce rapport, dont les annexes sont toujours consultables sur le site info.gouv.fr, mentionnait explicitement les dangers d'une « discrimination algorithmique » si les critères n'étaient pas transparents et contrôlés. Sept ans plus tard, ces mises en garde semblent n'avoir pas été suivies d'effets. Le laboratoire LaborIA, créé par le ministère du Travail et l'Inria, avait également publié des recommandations sur l'appropriation de l'IA dans le monde du travail, insistant sur la nécessité d'une supervision humaine effective.

Absence de CV, silence radio avec le conseiller : les 7 critères de suspicion du robot

La transparence du document publié par la FSU Emploi-HDF permet de connaître avec précision les critères qui déclenchent l'alerte. Sept indicateurs principaux sont utilisés par l'algorithme pour évaluer le « risque » qu'un demandeur d'emploi ne respecte pas ses obligations.

Pourquoi l'absence de formation et de candidatures déclenche un « contrôle potentiel »

Parmi les critères les plus piégeux pour un jeune en recherche de premier emploi ou d'alternance, on trouve : l'absence de périodes récentes de travail ou de formation, l'absence de candidatures déposées via le site France Travail, l'absence de contact avec le conseiller référent, et l'absence de CV en ligne sur la plateforme. Le concept de « signaux faibles » transforme ici la passivité — même justifiée par une recherche active hors des canaux officiels — en motif de suspicion. Un jeune qui cherche un stage via LinkedIn, Le Bon Coin ou son réseau personnel, sans passer par les outils de France Travail, verra son dossier classé par défaut en « contrôle potentiel ».

Sites d'emploi, CV en ligne, historique de connexion : votre traçage numérique devient un dossier à charge

Le robot analyse également la mobilisation des outils numériques de France Travail : connexion à l'espace personnel, consultation d'offres, mise à jour du CV, utilisation de l'outil de simulation d'allocations. Le fait de ne pas s'être connecté récemment, de ne pas avoir actualisé son profil, ou de ne pas avoir consulté d'offres sur leur site est interprété comme un « signal faible ». Attention : le robot ne regarde pas ce que vous faites ailleurs — il n'a pas accès à vos comptes LinkedIn, à vos échanges WhatsApp ou à vos candidatures spontanées. Mais votre absence de traces sur sa propre plateforme lui suffit pour vous classer comme suspect. C'est une double peine : ceux qui cherchent en dehors des circuits officiels sont invisibles pour l'algorithme, et donc suspects.

Les critères liés aux antécédents administratifs et judiciaires

Le document révèle également que l'algorithme prend en compte les condamnations pénales et les sanctions administratives antérieures. Un demandeur d'emploi qui a déjà été radié ou sanctionné verra son dossier automatiquement rehaussé dans l'échelle de suspicion. De même, les périodes de travail déclarées et les salaires perçus sont analysés pour détecter d'éventuelles incohérences. Ces critères, déjà présents dans le score de suspicion de 2018, sont désormais intégrés au robot de manière automatisée, sans possibilité de contextualisation humaine préalable.

Objectif 1,5 million de contrôles en 2027 : la logique politique derrière l'algorithme

Le robot n'est pas une lubie technologique. Il répond à un objectif politique chiffré : porter le nombre de contrôles à 1,5 million par an d'ici 2027. Un tel volume est inaccessible sans automatisation massive du tri. La machine devient alors la solution à un goulot d'étranglement administratif que les moyens humains ne peuvent résorber.

De 200 000 à 1,5 million de contrôles : une croissance impossible sans automate

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 2017, moins de 200 000 contrôles étaient réalisés chaque année. En 2024, on en comptait plus de 600 000. L'objectif fixé par Emmanuel Macron pour 2027 est de 1,5 million. La progression est exponentielle, et les effectifs de contrôleurs n'ont pas suivi la même courbe. L'équation est simple : sans robot pour présélectionner les dossiers, les agents humains seraient submergés. L'automatisation du tri est présentée comme la seule solution viable pour atteindre ces cibles. Mais cette logique de productivité administrative a un coût : celui de la présomption de suspicion généralisée.

La Loi Plein Emploi (2025) étend le filet au RSA et institutionnalise la surveillance de masse

La loi Plein Emploi, votée en décembre 2023 et entrée en vigueur en janvier 2025, a considérablement élargi le périmètre du contrôle. Désormais, les personnes au RSA sont également soumises aux obligations de recherche d'emploi et aux 15 heures d'activité hebdomadaires. Plus de personnes à contrôler, donc un besoin accru d'automatisation. La loi a également renforcé les sanctions possibles, créant un cadre légal qui rend le robot non seulement possible, mais nécessaire du point de vue de l'administration. La logique d'activation des dépenses publiques — contrôler pour réduire les allocations versées « à tort » — trouve dans l'algorithme son instrument le plus efficace. Mais ce faisant, elle transforme le droit à l'emploi en une obligation surveillée en permanence.

Le coût humain de la productivité administrative

Derrière les objectifs chiffrés se cache une réalité plus sombre. Chaque contrôle qui aboutit à une radiation signifie une personne privée de revenus, parfois pour des mois. Les associations de chômeurs estiment que le taux d'erreur des contrôles actuels est déjà élevé, et qu'il risque d'augmenter avec l'automatisation. La pression mise sur les agents pour atteindre les objectifs quantitatifs pourrait également les inciter à suivre aveuglément les recommandations du robot, au détriment d'une analyse nuancée de chaque situation.

Radiations en série : pourquoi les jeunes sont les premières cibles de la notation algorithmique

Les statistiques disponibles montrent que 17 % des contrôles aboutissent à une radiation. Si ce taux reste constant avec l'objectif de 1,5 million de contrôles annuels, le nombre de radiations passerait de 85 000 à 255 000 par an. Derrière ces chiffres, ce sont des profils spécifiques qui sont visés, et les jeunes en font partie.

Alternance, stage, premier emploi : le profil type qui cumule tous les « signaux faibles » du robot

Le portrait-robot du jeune piégé par l'algorithme se dessine aisément. Pas de longue expérience professionnelle : les « périodes de travail récentes » sont donc absentes de son dossier. Des périodes de creux entre deux formations : l'algorithme lit cela comme une « absence de formation récente ». Une méconnaissance des codes de France Travail : pas de CV mis à jour sur leur site, peu de connexions à l'espace personnel, des candidatures déposées ailleurs que sur leur plateforme. Le robot voit un dossier vide de signaux « positifs » et le classe par défaut en « contrôle potentiel ». Le jeune n'a rien fait de mal, mais son profil statistique le désigne.

Sans bac ou au RSA : la double peine des critères qui pénalisent la précarité

Les données de la FSU Emploi-HDF montrent que les personnes sans diplôme du baccalauréat ou au RSA sont sur-représentées parmi les radié·es. L'algorithme, par construction, pénalise ceux qui n'ont pas les codes ou les moyens de laisser des traces numériques « positives » sur la plateforme. Un jeune qui cherche un emploi via le bouche-à-oreille, via WhatsApp ou via des petites annonces locales ne laisse aucune empreinte dans le système. Le robot ne regarde pas la qualité de sa recherche d'emploi, il regarde uniquement les traces laissées sur son propre site. C'est une discrimination algorithmique par construction : la précarité devient un motif de suspicion.

Les conséquences psychologiques et sociales des radiations massives

Au-delà des chiffres, chaque radiation représente une rupture de revenus, une perte de droits sociaux, et souvent une dégradation de la santé mentale. Les associations de chômeurs rapportent des cas de détresse psychologique sévère chez des personnes radiées après un contrôle automatisé. La peur du contrôle, amplifiée par l'opacité du système, pousse certains demandeurs d'emploi à multiplier les connexions et les candidatures sur la plateforme, parfois au détriment d'une recherche plus qualitative. L'algorithme façonne ainsi les comportements, non pas vers un meilleur emploi, mais vers une conformité numérique stérile.

SyRI, Robodebt et le robot français : les leçons des catastrophes algorithmiques

Le déploiement d'algorithmes de profilage social a déjà causé des dégâts considérables à l'étranger. Deux affaires emblématiques montrent ce qui peut arriver quand on automatise la suspicion sans garde-fous.

Aux Pays-Bas, le système SyRI jugé contraire aux droits humains par la justice

Illustration conceptuelle du profilage algorithmique, représenté par un visage fait de code binaire.
Illustration conceptuelle du profilage algorithmique, représenté par un visage fait de code binaire. — (source)

Le système SyRI (Systeem Risico Indicatie) était un algorithme néerlandais qui croisait des données publiques — fiscales, sociales, foncières — pour détecter les fraudes sociales. Résultat : un ciblage disproportionné des quartiers pauvres et des minorités ethniques. En 2020, la justice néerlandaise a interdit SyRI, estimant qu'il violait l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme (droit à la vie privée). La similarité avec le robot de France Travail est frappante : dans les deux cas, un algorithme opaque croise des données personnelles pour désigner des « suspects » parmi les plus précaires.

Australie : le scandale Robodebt et des milliers de fausses dettes générées par l'algorithme

L'affaire Robodebt, en Australie, est encore plus édifiante. Entre 2015 et 2019, un algorithme du service des allocations (Centrelink) calculait automatiquement des dettes de trop-perçu en se basant sur des moyennes statistiques, sans vérification individuelle. Résultat : des centaines de milliers de fausses dettes envoyées à des citoyens, des suicides, une commission d'enquête parlementaire et un dédommagement de plusieurs milliards de dollars australiens. L'économie budgétaire escomptée s'est transformée en catastrophe sociale et financière. La leçon est claire : quand l'algorithme se trompe, ce sont les plus vulnérables qui paient.

Les similitudes inquiétantes avec le système français

Les experts en éthique algorithmique pointent plusieurs similitudes entre ces scandales et le robot de France Travail. Même absence de transparence sur les critères. Même absence de procédure de contestation efficace. Même logique de présomption de fraude plutôt que de présomption d'innocence. Même pression politique pour augmenter le nombre de sanctions. Sans garde-fous juridiques et techniques solides, le système français pourrait connaître des dérives similaires, avec des conséquences humaines tout aussi graves.

Face au robot opaque : le droit de savoir (RGPD) contre la décision automatisée

Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) offre des outils juridiques pour contester ce type de profilage. Mais leur application concrète se heurte à des angles morts.

Comment contester un « contrôle potentiel » quand on ignore les critères utilisés contre soi ?

Le RGPD prévoit, en ses articles 13 et 14, le droit d'être informé de l'existence d'une prise de décision automatisée et de la logique sous-jacente. L'article 22 interdit même les décisions fondées exclusivement sur un traitement automatisé si elles produisent des effets juridiques. Mais France Travail considère que le robot n'est qu'un « aide » et que la décision finale reste humaine. L'angle mort juridique est ici évident : si le contrôleur est fortement incité par le robot, la décision est-elle vraiment humaine ? En pratique, un demandeur d'emploi radié peut demander la communication de son dossier, saisir le délégué à la protection des données de France Travail, ou porter plainte auprès de la CNIL. Mais sans transparence sur les critères exacts, la contestation reste difficile.

Le combat des associations (APEIS, MNCP) et des syndicats (FSU) pour la transparence de l'algorithme

Suite à la révélation de juillet 2026, plusieurs associations et syndicats ont pris position. L'APEIS (Association pour l'emploi, l'information et la solidarité des chômeurs), le MNCP (Mouvement national des chômeurs et précaires) et la FSU réclament la publication complète de l'algorithme, la possibilité de le contester et une évaluation indépendante de ses biais. Ils dénoncent un système qui transforme le contrôle en outil de suspicion systématique, sans débat démocratique préalable. Leur combat s'inscrit dans une réflexion plus large sur la régulation du numérique, comme en témoigne la récente décision de l'ANJ de bloquer Polymarket en France, qui illustre les enjeux de transparence et de régulation des algorithmes.

Les recours juridiques possibles pour les usagers

Plusieurs voies de recours s'offrent aux demandeurs d'emploi qui estiment avoir été victimes d'une décision automatisée injuste. La saisine de la CNIL est la plus directe : l'autorité administrative peut ordonner à France Travail de communiquer les informations sur le traitement algorithmique. Le recours contentieux devant le tribunal administratif est également possible, notamment si la radiation a causé un préjudice matériel ou moral. Enfin, les associations de défense des droits numériques préparent des actions de groupe pour contester la légalité du système dans son ensemble.

Conclusion : choisir la transparence contre la machine à sanctionner

Le robot de France Travail est désormais une réalité. Il est déployé, il classe, il oriente, il conditionne. Les sept critères de suspicion sont connus, mais leur application concrète reste opaque. Les jeunes, les précaires, les personnes sans diplôme ou au RSA sont structurellement désignés par un système qui confond absence de traces numériques et fraude. Les précédents néerlandais et australiens montrent que ce type de profilage peut causer des dégâts humains considérables.

Le problème n'est pas l'outil en soi. Un algorithme peut aider à traiter des volumes importants de dossiers de manière plus équitable que des humains fatigués ou biaisés. Mais cela suppose une transparence totale des règles, une évaluation indépendante des biais, et un droit de contestation effectif pour les usagers. Rien de tout cela n'est garanti aujourd'hui.

L'urgence d'un débat démocratique est criante. Faut-il accepter qu'un algorithme secret décide qui mérite d'être contrôlé ? Faut-il laisser la logique de productivité administrative primer sur les droits des plus vulnérables ? La réponse est entre les mains des citoyens, des élus et des juges. Une chose est sûre : la transparence totale de l'algorithme est le seul garde-fou contre la discrimination et l'erreur judiciaire. Sans elle, le contrôle social automatisé deviendra une arme administrative arbitraire contre les plus fragiles.

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Questions fréquentes

Quels sont les 7 critères du robot France Travail ?

Le robot utilise sept critères principaux : absence de périodes récentes de travail ou de formation, absence de candidatures sur le site France Travail, absence de contact avec le conseiller, absence de CV en ligne, faible connexion à l'espace personnel, antécédents de sanctions administratives, et incohérences entre salaires et périodes déclarées.

Le robot France Travail peut-il radier un chômeur ?

Non, le robot ne prend pas de décision finale. Il classe les dossiers en trois catégories (vert, orange, rouge) selon le niveau de suspicion, puis un contrôleur humain décide. Cependant, son poids incitatif est fort, et 17 % des contrôles aboutissent à une radiation.

Comment contester le profilage algorithmique de France Travail ?

Un demandeur d'emploi peut saisir la CNIL pour obtenir des informations sur le traitement algorithmique, demander la communication de son dossier à France Travail, ou porter un recours devant le tribunal administratif. Les associations préparent aussi des actions de groupe.

Pourquoi les jeunes sont-ils ciblés par le robot de contrôle ?

Les jeunes cumulent souvent plusieurs 'signaux faibles' : absence de longue expérience professionnelle, peu de candidatures sur le site France Travail, et méconnaissance des outils numériques de la plateforme. Leur profil statistique les classe par défaut en 'contrôle potentiel'.

Sources

  1. [PDF] Annexes - Gouvernement · info.gouv.fr
  2. banquedesterritoires.fr · banquedesterritoires.fr
  3. [PDF] Strategy for the use of artificial intelligence in human resources ... · fonction-publique.gouv.fr
  4. fsuemploi-hdf.fr · fsuemploi-hdf.fr
  5. Deploying AI in the world of work: survey and recommendations for "empowering AI" · labo.societenumerique.gouv.fr
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Maxime Delbot @green-pulse

Ingénieur environnement à Grenoble et militant écolo discret, je suis l'actualité climatique et les transitions au quotidien. Je teste tout : vélo, compost, sobriété numérique. Je préfère les solutions concrètes aux grands discours catastrophistes.

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