Vue aérienne du parquet de la Bourse de New York avec des traders en costume devant des écrans financiers bleus, lumière dorée
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Fin des résultats trimestriels ? La SEC veut libérer les entreprises du rythme wall streetien

La SEC pourrait mettre fin aux résultats trimestriels obligatoires pour lutter contre le court-termisme. Une réforme historique qui pourrait transformer Wall Street.

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Vendredi 20 mars 2026, une onde de choc parcourt discrètement les couloirs de la finance mondiale. Wall Street, ce temple de la réactivité immédiate, pourrait bientôt changer de rythme fondamental. La Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine, prépare une réforme qui pourrait sonner le glas de la publication des résultats trimestriels telle que nous la connaissons. Cette hypothèse, longtemps jugée utopique par les puristes de la finance, est aujourd'hui sur la table et pourrait bouleverser la relation entre les entreprises et leurs actionnaires.

Cette réforme ne concerne pas seulement les analystes financiers en costume-cravate. Elle touche directement l'épargnant, les employés des grandes entreprises et la stratégie économique des États-Unis pour les décennies à venir. Alors que le débat entre profit immédiat et investissement durable n'a jamais été aussi vif, comprendre les enjeux de ce basculement potentiel est essentiel. Plongeons au cœur d'une mutation qui pourrait redéfinir le capitalisme moderne.

Mars 2026 : la SEC prépare une révolution discrète à Wall Street

Vue aérienne du parquet de la Bourse de New York avec des traders en costume devant des écrans financiers bleus, lumière dorée
Vue aérienne du parquet de la Bourse de New York avec des traders en costume devant des écrans financiers bleus, lumière dorée

L'information est tombée un matin de mars, passant presque inaperçue au milieu des flux d'actualités habituels, mais elle pourrait marquer un tournant historique. Le 16 mars 2026, le Wall Street Journal a révélé que la SEC finalisait une proposition destinée à éliminer l'obligation rigide pour les entreprises cotées de publier leurs résultats financiers tous les trois mois. Cette annonce n'est pas un simple effet d'annonce ; elle matérialise une volonté politique de desserrer l'étreinte réglementaire sur les géants américains pour leur permettre de respirer.

Selon les informations recueillies par le journal économique, le régulateur pourrait publier cette proposition formelle dès le mois d'avril 2026. Cela marque le début d'un processus juridique complexe, mais l'intention est claire : mettre fin à une pratique considérée par beaucoup comme obsolète et contre-productive. En coulisses, les discussions avancent déjà. La SEC n'agit pas en isolement ; elle a engagé des pourparlers avec les responsables des principales bourses du pays, comme le NYSE ou le Nasdaq. L'objectif est de coordonner les ajustements réglementaires nécessaires pour qu'une telle transition ne se transforme pas en chaos organisationnel.

Cette nouvelle tombe à un moment où la pression sur les marchés est intense. Les investisseurs, fatigués par la volatilité constante, et les dirigeants d'entreprises, épuisés par la tyrannie du calendrier financier, attendaient un signal fort. En proposant de rendre facultatif ce qui était obligatoire, la SEC ouvre la porte à une nouvelle ère de la corporate governance, où la confiance et la vision long terme pourraient primer sur la surveillance comptable incessante.

Le 16 mars 2026, une information qui change tout

La révélation par le Wall Street Journal agit comme un déclic. La proposition préparée par la SEC ne vise pas à interdire les rapports trimestriels, mais à supprimer l'injonction légale de les produire. Concrètement, cela signifie que si la règle est adoptée, une entreprise comme Apple ou General Motors pourrait choisir de ne communiquer ses chiffres complets que deux fois par an. Cette autonomie retrouvée est présentée comme un moyen de réduire les coûts administratifs colossaux et de recentrer l'attention des dirigeants sur la stratégie plutôt que sur la comptabilité de fin de trimestre.

L'impact d'une telle annonce ne doit pas être sous-estimé. Depuis des décennies, le rythme trimestriel structure la vie des entreprises, dictant la cadence des investissements, des embauches et parfois même des licenciements. La perspective de voir ce rythme s'espacer radicalement a provoqué une vague de commentaires mitigés, oscillant entre soulagement chez les dirigeants et inquiétude chez les défenseurs de la transparence. La précision du calendrier évoqué — une proposition possible dès avril 2026 — montre que l'administration est dans une phase active de mise en œuvre, et pas dans une simple réflexion théorique.

Paul Atkins, l'homme qui veut réécrire les règles de Wall Street

Au centre de cette réforme se trouve Paul Atkins, le président de la SEC. Nommé pour sa proximité avec le monde des affaires et sa vision dérégulatrice, Atkins est l'architecte de ce changement de cap. Dès le 19 septembre 2025, lors d'une intervention sur la chaîne CNBC, il avait tracé la voie en déclarant : « J'accueille favorablement cette publication du président, et j'en ai parlé avec lui. En principe, je pense que proposer un changement dans nos règles actuelles serait une bonne voie à suivre. » Cette phrase résume toute sa philosophie : adapter la régulation aux besoins du moment et laisser le marché trouver son équilibre.

Le contexte politique joue un rôle crucial dans cette accélération. La SEC compte actuellement une majorité républicaine de trois membres contre un, ce qui permet à Atkins de faire passer ses réformes sans avoir besoin de compromis majeurs avec l'opposition. Cette configuration politique rare offre une fenêtre d'opportunité pour modifier des règles qui étaient considérées comme intouchables jusque-là. Atkins ne cache pas son intention de réduire ce qu'il considère comme une surcharge réglementaire, et la fin des rapports trimestriels obligatoires est la pièce maîtresse de ce programme.

1970-2026 : pourquoi le trimestre est devenu la loi de Wall Street

Pour comprendre la portée de la réforme actuelle, il faut revenir sur l'histoire de cette obligation. Le système des rapports trimestriels n'a pas toujours existé ; il est le fruit d'une époque où la priorité était de maximiser l'information disponible pour les investisseurs dans un marché en pleine expansion. Pendant plus de cinquante ans, ce rythme est devenu la norme absolue, structurant le fonctionnement des marchés financiers américains et, par extension, mondiaux.

La mise en place de cette obligation répondait initialement à une logique louable de protection de l'épargnant. En exigeant des mises à jour fréquentes, le législateur souhaitait éviter les mauvaises surprises et les scandales financiers. Cependant, ce qui était conçu comme un outil de transparence s'est progressivement transformé en une contrainte bureaucratique massive, au point de devenir aujourd'hui un sujet de débat majeur sur la compétitivité américaine.

Cinquante ans d'obligation trimestrielle aux États-Unis

Depuis un demi-siècle, la vie d'une entreprise cotée aux États-Unis est scandée par le tic-tac incessant de l'horloge trimestrielle. Tous les trois mois, sans faute, des milliers de sociétés doivent ouvrir leurs livres, auditer leurs comptes et publier des dizaines de pages de données financières. Ce rituel immuable s'accompagne généralement de conférences téléphoniques interminables où les dirigeants se soumettent au questionnement pressant d'analystes financiers, parfois agressifs, toujours exigeants.

Le coût de cette machinerie est vertigineux. En ressources humaines, cela mobilise des armées de comptables et de juristes pendant des semaines à chaque échéance. En coûts financiers, les dépenses liées à la conformité et à la publication se chiffrent en milliards de dollars chaque année pour l'ensemble du marché. Ce que l'on présente souvent comme une simple formalité administrative représente en réalité un gouffre d'énergie et d'argent qui, selon les critiques, pourrait être mieux employé dans l'innovation ou le développement. C'est ce poids que la SEC envisage désormais d'alléger.

Quand Donald Trump dénonce la « dictature des résultats trimestriels »

Si la SEC mène la danse aujourd'hui, la musique a été composée bien plus haut. Donald Trump a fait de la fin des résultats trimestriels une de ses marottes personnelles. Fin septembre 2025, alors que le débat faisait rage dans les médias économiques, il a relancé la machine avec une force inhabituelle, dénonçant ce qu'il a appelé la « dictature des résultats trimestriels ». Pour l'ancien président, ce système force les dirigeants à une vision à trop court terme, nuisible à la grandeur économique de l'Amérique.

Cette obsession n'est pas nouvelle. Dès son premier mandat, en 2018, Trump avait déjà demandé à la SEC d'étudier la question, jugeant que les entreprises américaines étaient désavantagées par rapport à leurs concurrentes qui n'ont pas les mêmes contraintes de temps. Son argument favori, souvent répété sur les réseaux sociaux et dans la presse, compare la gestion américaine, focalisée sur le trimestre, à la vision stratégique d'autres nations qui s'étend sur cinquante ou cent ans. Pour lui, libérer les entreprises de cette pression trimestrielle est une question de souveraineté économique et de survie face à la compétition mondiale.

Le court-termisme : un poison pour l'économie selon les études

Au-delà des discours politiques, c'est la réalité économique qui inquiète les observateurs. Le court-termisme, c'est-à-dire la recherche obsessionnelle du profit immédiat, est accusé de déformer les décisions stratégiques des entreprises. Plutôt que d'investir pour l'avenir, les dirigeants seraient poussés à sacrifier le long terme sur l'autel du cours de l'action du trimestre suivant. Cette théorie, longtemps débattue dans les salons de thé, est aujourd'hui étayée par des études économiques sérieuses et chiffrées.

Les preuves s'accumulent pour montrer que la pression des résultats trimestriels n'est pas seulement une nuisance administrative, mais un véritable frein à la croissance. Elle encouragerait des comportements malsains, comme la réduction des investissements en recherche et développement ou l'utilisation artificielle de rachats d'actions pour gonfler les bénéfices par action, le tout au détriment de la santé structurelle de l'entreprise.

L'étude EY sur 1024 entreprises européennes : le verdict sans appel

L'une des analyses les plus convaincantes provient du cabinet EY (Ernst & Young). Dans une étude portant sur 1024 des plus grandes entreprises européennes, les économistes ont mis en lumière les effets dévastateurs du court-termisme. Leurs conclusions sont sans appel : cette culture de l'instantané détériore la compétitivité des firmes, augmente le risque systémique pour les marchés et réduit le potentiel de croissance à long terme de l'économie tout entière.

L'étude apporte des chiffres concrets qui devraient faire réfléchir tout investisseur. Par exemple, elle démontre qu'une année supplémentaire de mandat pour un PDG — lui donnant donc plus de marge de manœuvre vis-à-vis des exigences trimestrielles — augmente la rentabilité annuelle moyenne de l'entreprise de 0,3 point de pourcentage. Ce qui semble être un chiffre modeste représente, à l'échelle d'une économie, des milliards de dollars de valeur supplémentaire créée. Le message est clair : la stabilité et le temps long paient, financièrement.

Harvard Business Review : le cri d'alarme des patrons eux-mêmes

Ce ne sont pas seulement les régulateurs ou les politiques qui sonnent l'alarme. La communauté des dirigeants d'entreprise s'exprime de plus en plus fort contre ce qu'ils appellent le « capitalisme trimestriel ». Depuis la crise financière de 2008, une « chorale grandissante de voix » s'élève au sein des plus grandes écoles de gestion et des cercles de réflexion économiques pour réclamer un changement de paradigme.

Des publications prestigieuses comme la Harvard Business Review soulignent régulièrement la nécessité de passer à une véritable mentalité de long terme. Ce sujet figure désormais systématiquement à l'ordre du jour des grandes réunions internationales, qu'il s'agisse de l'OCDE, du Forum économique mondial de Davos ou du G30. Pourtant, malgré ces avertissements répétés et la mise en place de cadres visant à encourager l'investissement durable, le court-termisme a continué de progresser. Les mécanismes de marché actuels semblent condamner les entreprises à privilégier l'immédiateté, une dynamique que la réforme de la SEC tente justement de briser.

Tech, green tech et licenciements : les victimes du culte du trimestre

Les conséquences de cette pression se font sentir concrètement dans la vie des entreprises et des salariés. Certains secteurs sont plus vulnérables que d'autres. La technologie, où les cycles de développement peuvent s'étendre sur des années, et les énergies renouvelables, où les retours sur investissement sont longs, sont particulièrement touchées par l'exigence de performances trimestrielles constantes.

Les exemples de dérives sont nombreux et montrent que la logique comptable peut parfois primer sur le bon sens économique. Face à l'obligation de « faire le chiffre » tous les trois mois, les dirigeants sont parfois amenés à prendre des décisions draconiennes qui affectent l'emploi et l'innovation, sacrifiant l'avenir pour calmer les exigences du présent.

Les CFO préféreraient tous passer à deux rapports par an

Il existe un consensus quasi unanime chez les Directeurs Financiers (CFO) des grandes entreprises cotées : la charge des rapports trimestriels est devenue insupportable. Scott Wren, stratège global senior au Wells Fargo Investment Institute, résume parfaitement ce sentiment en affirmant : « La plupart des CFO de la plupart des entreprises cotées préféreraient passer à deux rapports par an plutôt que quatre. » Cette déclaration en apparence anodine cache une réalité profonde : les cadres supérieurs passent une partie disproportionnée de leur temps à gérer les attentes du marché plutôt qu'à gérer l'entreprise elle-même.

Cette dynamique pousse les entreprises à « gérer trimestre par trimestre ». Chaque publication de résultats est un événement à hauts risques qui peut faire s'effondrer le cours de l'action en quelques secondes si les chiffres ne sont pas à la hauteur des attentes des analystes. Cette épée de Damoclès permanente incite à la prudence, voire à l'inaction stratégique. Pourquoi lancer un projet ambitieux qui pourrait pâtir les résultats du prochain trimestre, quand on peut se contenter d'une gestion serrée des coûts pour rassurer les actionnaires immédiats ?

Quand les licenciements deviennent un outil pour « faire le chiffre »

L'une des conséquences les plus sombres de cette pression est l'utilisation des licenciements comme variable d'ajustement comptable. Il arrive que des entreprises, dont les résultats sont légèrement en dessous des prévisions, décident de supprimer des postes juste avant la clôture du trimestre. L'objectif n'est pas nécessairement de restructurer l'entreprise pour plus d'efficacité, mais de réduire les charges immédiates pour améliorer la marge bénéficiaire présentée aux investisseurs.

Ce phénomène, bien que difficile à quantifier précisément, est reconnu par de nombreux observateurs du monde de l'entreprise. Il transforme les ressources humaines en une ligne budgétaire flexible, manipulable pour satisfaire les algorithmes de Wall Street. Bien entendu, il ne s'agit pas d'accuser toutes les entreprises de telles pratiques, mais la structure incitative actuelle favorise malheureusement ce type de décision à court terme, souvent au détriment du climat social et de la fidélité des employés.

L'innovation sacrifiée sur l'autel des résultats immédiats

Le secteur de la recherche et développement (R&D) est souvent la première variable d'ajustement quand il faut « économiser » sur un trimestre. Pourtant, c'est le moteur de la croissance future. L'étude d'EY met en lumière ce paradoxe : augmenter le ratio des dépenses d'investissement de 10 points de pourcentage entraîne mécaniquement une baisse des bénéfices à court terme de 1,6 à 3,9 points. En revanche, cette même décision se traduit par une hausse spectaculaire de 7,1 points de la croissance de la capitalisation boursière sur le long terme.

Le problème réside dans le décalage temporel entre l'effort et la récompense. Les marchés financiers, focalisés sur le résultat du trimestre à venir, ont tendance à punir sévèrement l'augmentation des dépenses d'investissement, même si celles-ci sont cruciales pour l'avenir. Les dirigeants, rationnels, hésitent donc à engager des fonds massifs dans des projets verts ou des nouvelles technologies de peur de voir sanctionner leur cours de bourse avant que ces projets ne portent leurs fruits. C'est une perte sèche pour l'économie et pour le progrès technologique.

Ce que prépare exactement la SEC : une option, pas une contrainte

Face à ces critiques, la réforme proposée par la SEC vise à trouver un équilibre. Il est crucial de comprendre que l'objectif n'est pas d'interdire les rapports trimestriels, mais de rendre cette pratique facultative. L'idée est de laisser les entreprises et leurs actionnaires décider du rythme de communication qui leur convient le mieux, selon leur secteur d'activité et leur culture d'entreprise.

C'est une nuance importante qui répond aux craintes de ceux qui redoutent une opacité totale. La SEC ne cherche pas à créer une boîte noire autour des entreprises, mais à offrir de la flexibilité. Le marché reste le juge suprême : si une entreprise décide de ne plus publier ses résultats trimestriels et que les investisseurs trouvent cela inacceptable, ils sanctionneront le titre en vendant leurs actions.

Le marché décidera : le principe fondateur de la réforme

Le cœur de la proposition repose sur la confiance dans les mécanismes du marché. Si la règle est modifiée, nous assisterons probablement à une diversification des pratiques. Certaines entreprises, peut-être les plus volatiles ou celles cherchant à restaurer la confiance après une crise, pourraient choisir de maintenir le rythme trimestriel pour rassurer leurs investisseurs.

D'autres, à l'image des géants de la technologie ou des industriels lourds, pourraient opter pour le semestriel, expliquant que cela leur permet de mener des stratégies plus ambitieuses. Cette différenciation pourrait même enrichir le marché en offrant plus de choix aux investisseurs. Ceux qui cherchent la transparence maximale pourraient se concentrer sur les entreprises « trimestrielles », tandis que ceux qui ont une vision de long terme pourraient privilégier les entreprises « semestrielles ». C'est la vision d'un capitalisme plus mature et plus diversifié.

Le calendrier réaliste : pas de changement avant 2027

Il ne faut cependant pas s'attendre à un basculement du jour au lendemain. Modifier une règle qui structure la finance américaine depuis un demi-siècle prend du temps. Même si la proposition est officiellement publiée en avril 2026, elle devra suivre une procédure de consultation publique. Les investisseurs, les associations de défense des actionnaires, les syndicats et les entreprises elles-mêmes pourront envoyer leurs commentaires et leurs objections.

Cette phase de débat est essentielle pour affiner le texte et éviter les effets pervers. Ensuite, une fois la règle finale adoptée, il faudra laisser un délai de transition aux entreprises pour adapter leurs systèmes informatiques et leurs processus internes. Dans le meilleur des scénarios, les premiers rapports semestriels ne verraient probablement pas le jour avant l'année 2027. Il s'agit donc d'une mutation de fond, qui se déploiera progressivement, plutôt que d'une révolution brutale.

L'Europe a déjà fait le pari du semestriel depuis 2013

Pour les Américains qui s'inquiètent des effets de cette réforme, il existe un laboratoire grandeur nature juste de l'autre côté de l'Atlantique : l'Europe. Contrairement aux idées reçues, l'Union européenne ne contraint pas ses entreprises à publier des résultats trimestriels. Depuis 2013, la législation européenne permet, et même encourage, un rythme de publication plus espacé.

Cette différence d'approche offre un point de comparaison précieux. Les bourses européennes, comme Paris, Francfort ou Londres, ne se sont pas effondrées par manque d'information. Au contraire, de nombreuses entreprises ont prospéré en adoptant une vision de plus long terme, moins perturbées par le bruit trimestriel. Cela suggère que le passage à des rapports semestriels n'est pas une expérience hasardeuse, mais une pratique éprouvée et viable.

En Europe, le trimestriel n'a jamais été obligatoire

La distinction est fondamentale : en Europe, le trimestriel n'a jamais été une obligation légale absolue au niveau fédéral. La régulation de l'UE exige uniquement la publication d'un rapport financier intermédiaire couvrant les six premiers mois de l'exercice. Ce document doit être rendu public « au plus tard deux mois » après la fin du premier semestre. Au-delà de cette exigence semestrielle, les États membres peuvent imposer des règles plus strictes, mais les grands pays européens, comme la France ou l'Allemagne, ont pour la plupart choisi de ne pas alourdir la charge réglementaire.

Cela ne signifie pas que les entreprises européennes ne communiquent jamais au trimestre. Beaucoup le font volontairement, soit par habitude, soit pour satisfaire les investisseurs institutionnels américains qui exigent cette fréquence. Mais la différence de nature est majeure : c'est un choix, pas une contrainte légale. Cette autonomie permet aux dirigeants européens de peser le pour et le contre de chaque publication et d'adapter leur communication à leur réalité opérationnelle, sans la peur de la sanction réglementaire.

Le fonds souverain norvégien : un géant qui mise sur le long terme

L'exemple le plus frappant de cette philosophie européenne provient peut-être de Norvège. Le fonds souverain norvégien, l'un des plus gros investisseurs mondiaux, qui gère l'argent du pétrole norvégien, a pris position clairement en faveur des rapports semestriels. Plus tôt cette année, ses dirigeants ont estimé que l'allongement du délai entre les rapports permettrait aux entreprises de se concentrer sur la création de valeur à long terme.

Pour cet investisseur colosse, qui détient des parts dans des milliers d'entreprises à travers le monde, la pression trimestrielle est un frein à la bonne gestion. Son avis pèse lourd dans la balance, d'autant qu'il a été rejoint par de nombreux émetteurs privés étrangers qui adhèrent déjà aux standards de rapports semestriels. Ce consensus croissant chez les investisseurs « non-spéculatifs » renforce la légitimité de la démarche de la SEC et montre que le vent tourne vraiment en faveur d'un capitalisme plus patient.

Apple, Tesla, Microsoft : ce qui change concrètement pour vos actions

Pour le particulier qui détient quelques actions ou qui envisage d'investir son épargne, la question primordiale est : qu'est-ce que cela change pour moi ? La réponse est nuancée. D'un côté, la disparition des rapports trimestriels obligatoires pourrait signifier moins de bruit et moins de volatilité artificielle sur les cours. De l'autre, elle implique inévitablement moins d'informations fréquentes sur la santé financière des entreprises dans lesquelles on a investi.

Il est important de peser le pour et le contre avec lucidité. La transparence est un pilier de la confiance envers les marchés. Réduire la fréquence des rapports ne doit pas signifier réduire la qualité de l'information disponible. Les investisseurs devront peut-être apprendre à lire les comptes différemment et à se fier davantage aux indicateurs de fond qu'aux réactions de court terme des marchés.

Moins d'informations, plus de volatilité ? La crainte des investisseurs

Le principal argument des adversaires de la réforme concerne la transparence. Les investisseurs américains se sont habitués depuis des décennies à ce flot constant de données tous les trois mois. Ils s'appuient sur ces mises à jour pour ajuster leurs portefeuilles. La crainte est que le passage au semestriel ne crée des « angles morts » de six mois pendant lesquels une entreprise pourrait traverser de graves difficultés sans que le marché ne soit informé.

Cette opacité accrue pourrait, paradoxalement, augmenter la volatilité au moment des publications semestrielles. Moins il y a de publications, plus chaque publication devient un événement critique susceptible de provoquer des secousses majeures si les résultats dévient des attentes. John Blank, économiste en chef chez Zacks Investment Research, résume cette inquiétude en soulignant que cela reviendrait à « pousser moins d'informations dans l'espace public et à permettre aux entreprises d'être beaucoup plus privées sur ce qu'elles font ». Pour un épargnant, cette perspective peut être déstabilisante.

Pourquoi les géants de la tech pourraient être les premiers à sauter le pas

Cependant, tous les secteurs ne réagiraient pas de la même façon. Les géants de la technologie — Apple, Tesla, Microsoft, Google (Alphabet) — sont souvent cités comme les candidats les plus probables pour abandonner les rapports trimestriels dès que la loi le permettra. Leurs modèles économiques reposent sur des cycles de développement de produits longs et des investissements massifs en R&D, des années avant la commercialisation. La pression trimestrielle est particulièrement mal adaptée à ce type d'entreprise.

Pour ces acteurs, la liberté de communiquer deux fois par an serait un soulagement. Ils pourraient enfin annoncer des paris technologiques audacieux ou des augmentations de budget en recherche sans craindre la fureur immédiate des marchés. Pour l'actionnaire de ces entreprises, cela pourrait se traduire par une valorisation plus stable et orientée vers la croissance réelle à long terme, plutôt que vers les fluctuations artificielles des résultats trimestriels. C'est, en théorie, une excellente nouvelle pour l'innovation et pour ceux qui croient dans le potentiel de la technologie pour transformer l'économie. À l'inverse, d'autres secteurs plus cycliques ou risqués, comme les banques ou les compagnies aériennes, pourraient choisir de maintenir le rythme trimestriel pour ne pas effrayer les investisseurs.

Vers un capitalisme plus adulte ou une régression de la transparence ?

Nous arrivons au terme de cette analyse et la question centrale demeure : cette réforme est-elle le signe d'un capitalisme qui atteint sa maturité, ou celui d'un recul dangereux de la transparence ? Il n'y a pas de réponse simple, et c'est ce qui rend le débat si passionnant. Derrière une modification technique des règles de la SEC, c'est une vision de la société et de l'économie qui se dessine.

D'un côté, on trouve ceux qui croient que les entreprises sont les mieux placées pour savoir gérer leur avenir et que la sur-régulation a tué l'audace. De l'autre, ceux qui pensent que sans surveillance constante, les dirigeants privilégieront leurs intérêts personnels à ceux des actionnaires et des employés. La vérité se situe probablement entre ces deux extrêmes, dans une recherche d'équilibre entre liberté de manœuvre et obligation de rendre des comptes.

Le choix de société derrière cette réforme technique

Il est essentiel de ne pas voir ce débat uniquement sous l'angle comptable. C'est un véritable choix de société qui nous est proposé. Voulons-nous un capitalisme de casino, où l'on gagne ou perd en fonction de l'EPS (bénéfice par action) du dernier trimestre, ou un capitalisme d'investisseurs, patient et constructeur ? La proposition de la SEC tend vers la seconde option, partant du principe que le temps long est plus profitable pour tous, y compris pour l'épargnant.

Cependant, ce choix comporte des risques. La confiance est la monnaie de la Bourse. Si les investisseurs ont l'impression qu'on leur cache des choses, ils pourraient se retirer du marché ou demander une prime de risque plus élevée pour investir, ce qui augmenterait le coût du capital pour les entreprises. La réussite de cette réforme dépendra donc de la capacité des entreprises à prouver que la réduction de la fréquence des rapports ne signifie pas une réduction de la qualité de l'information, mais plutôt une mise en valeur de l'essentiel.

Une décision qui pourrait inspirer le monde entier

Enfin, il ne faut pas oublier l'effet d'entraînement potentiel. Les États-Unis restent la première place financière mondiale. Si Wall Street franchit le pas du semestriel avec succès, il est fort probable que d'autres places boursières, à commencer par Londres ou Tokyo, suivront le mouvement pour rester compétitives. Cela pourrait marquer le début d'une transformation majeure du capitalisme mondial, vers un modèle moins centré sur la spéculation instantanée.

Comme nous l'avons vu avec l'annonce récente des bénéfices records de la SNCF, la performance financière est un sujet qui captive l'opinion. Mais la manière dont nous mesurons cette performance évolue. En supprimant la « dictature du trimestre », la SEC pourrait bien être en train d'écrire l'un des derniers chapitres de l'ère financière née dans les années 70, pour ouvrir la voie à une nouvelle ère plus tournée vers l'avenir.

Conclusion

La proposition de la SEC d'envisager des rapports semestriels représente bien plus qu'un simple ajustement administratif ; c'est une tentative de réponse structurelle au fléau du court-termisme qui gangrène l'économie mondiale. En s'appuyant sur des études économiques solides et l'exemple européen, Paul Atkins et son équipe tentent de réaligner les intérêts des entreprises avec ceux de la croissance à long terme.

Si cette réforme est adoptée, elle ne sera pas sans douleurs ni sans risques, notamment en termes de volatilité et de transparence pour les petits investisseurs. Mais elle offre l'opportunité unique de réinventer la relation entre le temps et l'argent en Bourse. Le pari est audacieux : libérer les entreprises de la pression trimestrielle pour les inciter à investir dans l'innovation, l'emploi et l'avenir. Que ce pari réussisse ou échoue, il force le monde de la finance à se poser les bonnes questions sur la finalité réelle de l'entreprise. Dans un monde qui change à une vitesse vertigineuse, peut-être est-il temps d'apprendre à ralentir le tempo des marchés pour mieux voir où nous allons.

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Questions fréquentes

La SEC va-t-elle supprimer les résultats trimestriels ?

La SEC prépare une réforme pour rendre facultative la publication des résultats trimestriels, laissant le choix aux entreprises de communiquer deux fois par an. Cette proposition vise à réduire le court-termisme et les coûts administratifs.

Quels sont les risques de la fin des résultats trimestriels ?

Les adversaires craignent une opacité accrue et une augmentation de la volatilité lors des publications semestrielles. Les investisseurs redoutent de manquer d'informations fréquentes sur la santé financière des entreprises.

Pourquoi la fin du court-termisme est-elle souhaitée ?

Des études montrent que la pression trimestrielle pousse les dirigeants à sacrifier l'investissement et l'innovation pour le profit immédiat. Adopter une vision long terme pourrait améliorer la rentabilité et la croissance économique.

Quand la réforme de la SEC entrera-t-elle en vigueur ?

La proposition formelle pourrait être publiée en avril 2026, suivie d'une consultation publique. Les premiers rapports semestriels ne verraient probablement pas le jour avant l'année 2027.

Sources

  1. Trump's SEC Planning to Jettison Quarterly Earnings - Public Citizen · citizen.org
  2. boursorama.com · boursorama.com
  3. cnbc.com · cnbc.com
  4. ey.com · ey.com
  5. hbr.org · hbr.org
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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