Éric Ciotti célébrant ses résultats électoraux à Nice.
Actualités

Éric Ciotti élu président de la Métropole Nice Côte d'Azur : résultats et programme

Éric Ciotti prend la tête de la Métropole Nice Côte d'Azur avec 108 voix. Face à une dette de 2,5 milliards, il promet l'austérité, des tarifs à 1 euro et la vente de 7 000 HLM, suscitant l'espoir et l'inquiétude.

As-tu aimé cet article ?

Jeudi 9 avril 2026, l'air du temps semblait s'être figé autour de la scène politique niçoise. Dans l'immense salle du Centre universitaire méditerranéen, l'atmosphère oscillait entre solennité et une forme de fatalité. Éric Ciotti, déjà maire de Nice depuis quelques semaines, ajoutait une nouvelle écharpe à sa collection : celle de la Métropole Nice-Côte d'Azur. Cette élection, acquise d'avance par les jeux de majorité, marquait pourtant un séisme symbolique. Pour la première fois, l'extrême droite, via l'UDR et ses alliés, prenait les rênes de cette structure intercommunale stratégique qui chapeaute un demi-million d'habitants. Dans les rangs, une absence pesait de tout son poids : celle de Christian Estrosi, l'ancien maire-roi, vaincu et invisible, comme pour signifier que l'ère Estrosi était bel et bien révolue.

Éric Ciotti célébrant ses résultats électoraux à Nice.
Éric Ciotti célébrant ses résultats électoraux à Nice. — (source)

Au Centre universitaire méditerranéen, un plébiscite sans surprise

Le scrutin du 9 avril n'avait rien d'une course effrénée. Il s'agissait d'une formalité administrative, nécessaire pour sceller la mainmise de la nouvelle majorité sur l'ensemble des institutions locales. Le décor était planté : les conseillers métropolitains prenaient place dans l'hémicycle du CUM, face à un président désigné sans surprise. Le dépouillement public, bien que technique, a offert une photographie saisissante de la nouvelle distribution des forces. Si les bulletins blancs ont ponctué l'appel nominal, la victoire de Ciotti ne souffrait d'aucune contestation numérique.

Les noms s'égrènent, un seul compte : 108 voix sur 132 votants

Le rituel républicain a suivi son cours, mais chaque nom prononcé accentuait un peu plus le basculement de pouvoir. Sur 133 conseillers métropolitains composant l'assemblée, 132 étaient présents ou représentés pour ce vote inaugural, selon le décompte public. Le résultat a sans surprise donné une large majorité à Éric Ciotti, recueillant 108 voix. Seuls sept bulletins blancs ont émaillé le procès-verbal, témoignant soit d'une abstention tactique, soit d'une fronde inaudible au sein de l'hémicycle. Face à ce raz-de-marée, le nouvel élu a tenté de tempérer l'ardeur de ses troupes par une déclaration empreinte de solennité. « Je la reçois avec une émotion sincère et avec, aussi, un sentiment de gravité. Cette élection m'honore et m'oblige », a-t-il déclaré, soulignant la lourde tâche qui l'attend.

Éric Ciotti officiellement devenu maire, posant avec son écharpe tricolore.
Éric Ciotti officiellement devenu maire, posant avec son écharpe tricolore. — (source)

Cette mécanique électorale repose sur une architecture politique inédite à Nice. La majorité absolue au conseil métropolitain s'est construite sur les décombres du système estrosien. Nice, ville-centre, pèse de tout son poids avec 66 sièges sur 133. Les 49 élus de la liste Ciotti à Nice, additionnés aux 8 élus du Rassemblement National de Bryan Masson à Cagnes-sur-Mer, forment le noyau dur de cette majorité. Une coalition qui aurait été inimaginable il y a encore quelques années, mais qui est devenue la norme politique du territoire niçois en 2026.

Estrosi absent, comme un lendemain de défaite qui se répète

Le fantôme de l'ancien président planait pourtant sur la salle. Christian Estrosi, qui a dirigé la Métropole de 2012 à 2026, a choisi l'absence. Une posture identique à celle observée lors de la passation de pouvoir à la mairie de Nice quelques jours plus tôt. Cette disparition physique du premier plan n'est pas anecdotique ; elle scelle une rupture brutale et sans retour avec deux décennies de gestion estrosienne. C'est la fin d'un système où l'ancien maire cumulait les mandats et les influences, régnant en maître absolu sur la ville et l'agglomération. L'absence d'Estrosi ce jour-là marque l'incapacité du camp vaincu à influer sur la nouvelle donne.

Pour les observateurs, ce vide à la présidence illustre la violence de la transition. Nice : Estrosi battu, Ciotti élu et le défi de la jeunesse semble désormais relever du passé lointain. En récupérant la Métropole, Ciotti ne se contente pas de gagner une chaire de plus ; il achève de démonter l'édifice politique construit par son prédécesseur. Il récupère le dernier levier majeur, celui qui permet de décider de l'urbanisme, des transports et de l'habitat à l'échelle de tout le territoire. La symbolique est forte : l'homme qui avait longtemps été considéré comme le dauphin, puis devenu le rival farouche, prend désormais possession de l'intégralité du fief.

La Métropole Nice-Côte d'Azur décryptée : 51 communes, 2,5 milliards de dette, et le quotidien de 574 000 habitants

Au-delà des querelles de personnes et des scores électoraux, la Métropole est avant tout une machine administrative complexe qui gère le quotidien de centaines de milliers de personnes. Pour beaucoup, le terme « Métropole » reste flou, évoquant une bureaucratie lointaine. Pourtant, ses décisions impactent directement chaque habitant, du prix du ticket de tram au traitement de l'eau du robinet. En 2026, cette structure est surtout confrontée à un défi financier titanesque qui va occuper l'essentiel du mandat de Ciotti.

De la Promenade des Anglais à Isola 2000 : un territoire ni urbain, ni rural

Créée le 31 décembre 2011, la Métropole Nice-Côte d'Azur a été la première de son genre en France. Elle ne se résume pas aux fronts de mer glamour de Nice. Elle englobe 51 communes et s'étend sur près de 1 480 km², soit une superficie comparable à celle du département de la Seine-Saint-Denis mais avec une géographie radicalement opposée. Contrairement aux idées reçues, ce territoire est majoritairement vert : environ 80 % de sa surface est constituée de zones rurales ou montagnardes, comprenant forêts, alpages et haute montagne.

La Métropole Nice-Côte d'Azur, intercommunalité du sud-est de la France chapeautant 500 000 habitants

Le découpage administratif intègre des stations de ski renommées comme Isola 2000 ou Auron, liant ainsi le sort des stations d'altitude à celui de la grande ville. C'est une mosaïque territoriale qui compte 574 287 habitants en 2023, dont la majorité réside sur le littoral. La Métropole gère tout ce qui dépasse les frontières communales : les transports en commun qui font la navette entre la ville et la montagne, les réseaux d'eau potable qui alimentent les hameaux isolés, ou encore la collecte des déchets sur ce territoire contraint. Gérer cette entité, c'est tenter de faire cohabiter les impératifs d'une métropole touristique internationale avec les besoins de communes montagnardes parfois sparsément peuplées.

Dette, indemnités et audit : le « ménage » promis par Ciotti

Le tableau financier que découvre le nouveau président est loin d'être idyllique. Lors de son discours d'investiture, Éric Ciotti a tiré la sonnette d'alarme sur l'état des comptes. La dette de la Métropole atteindrait le chiffre vertigineux de 2,5 milliards d'euros en 2026. C'est un fardeau qui pèse sur la capacité d'investissement et limite les marges de manœuvre budgétaires. Pour tenter de redresser la barre, le nouveau président a immédiatement annoncé une série de mesures d'austérité.

Il a promis la réalisation d'un audit indépendant pour « avoir la vérité sur les comptes et engager leur redressement ». Mais la mesure la plus médiatique reste la baisse drastique des indemnités des élus métropolitains. L'objectif affiché est une réduction d'un tiers de ces rémunérations, ce qui permettrait d'économiser environ 5 millions d'euros sur la durée du mandat. Un geste symbolique fort, qui vise aussi à marquer la rupture avec la gestion passée, souvent critiquée pour ses dépenses de prestige. Pour se faire une idée de l'ampleur du budget, le budget principal de la Métropole s'élevait à 945 millions d'euros en 2012, avec des enjeux cruciaux comme les transports qui absorbaient déjà plus de 22 % des crédits. L'enjeu pour Ciotti sera de faire de l'austérité sans casser les services publics indispensables à la population.

Comment Ciotti a construit sa forteresse : du département à la Métropole, vingt ans d'ancrage territorial

Comment un homme, largement rejeté au niveau national par son ancien parti après la crise LR de 2024, peut-il être intouchable localement ? C'est toute l'énigme de la longévité politique d'Éric Ciotti dans les Alpes-Maritimes. Son ascension ne doit rien au hasard ni à la simple conjoncture électorale, mais à un travail de sape méthodique et à un ancrage territorial tissé de proche en proche. Alors qu'il est désormais un paria pour une partie de la droite classique, il demeure chez lui dans les Alpes-Maritimes.

De la Vésubie à Nice : un élu qui connaît chaque mairie par son prénom

L'histoire personnelle d'Éric Ciotti est profondément ancrée dans le sol des Alpes-Maritimes. Né d'une famille originaire de Saint-Martin-Vésubie, il connaît la vallée de la Vésubie comme sa poche. Ce n'est pas un parachuté parisien ; c'est un enfant du pays. Cet enracinement familial s'est doublé d'une carrière politique locale de premier plan. Président du conseil départemental des Alpes-Maritimes de 2008 à 2017, puis vice-président jusqu'en 2024, il a administré le département pendant près de deux décennies. C'est durant cette période qu'il a tissé un réseau d'alliances solides avec les maires des petites communes.

Cette proximité avec les élus locaux est son atout maître. Beaucoup de maires ruraux ont vu en Ciotti, à travers le département, un interlocuteur attentif à leurs problématiques spécifiques, notamment en matière d'entretien des routes ou d'aides sociales, là où la métropole niçoise pouvait paraître lointaine et centrée sur la ville. Cette confiance accumulée au fil des ans a payé aujourd'hui. Lors des élections municipales, puis métropolitaines, ces élus de terrain n'ont pas hésité à le suivre malgré l'étiquette « extrême droite » qui colle désormais à sa nouvelle formation, l'UDR. C'est une relation de clientélisme politique classique, mais efficace : il a été là pour eux, ils sont là pour lui.

Éric Ciotti face à la presse lors de la primaire des Républicains pour l'élection présidentielle de 2022, à Paris en décembre 2021
Éric Ciotti face à la presse lors de la primaire des Républicains pour l'élection présidentielle de 2022, à Paris en décembre 2021 — Siren-Com / CC BY-SA 4.0 / (source)

L'alliance RN assumée : Bryan Masson, Cagnes-sur-Mer et les 49+8 sièges

La clé de voûte de cette victoire métropolitaine réside néanmoins dans l'alliance assumée avec le Rassemblement National. Contrairement à d'autres agglomérations françaises où les accords « républicains » ont tenté de marginaliser les élus du RN, à Nice, le calcul mathématique s'est imposé sans hésitation. Municipales 2026 : la percée du RN en carte, les villes conquises et l'abstention record montre bien que cette stratégie locale a porté ses fruits.

Éric Ciotti dispose de 49 élus sur sa liste à Nice. Mais pour sécuriser la présidence de la Métropole, il avait besoin d'un bloc complémentaire. C'est là qu'intervient Bryan Masson, le jeune maire RN de Cagnes-sur-Mer, qui apporte ses 8 voix au conseil métropolitain. Cette union sacrée entre l'UDR de Ciotti et le RN de Masson crée une majorité inébranlable de 57 voix rien que pour ces deux villes. C'est une force de frappe politique qui a balayé les oppositions. La proximité avec les maires des petites communes, issues parfois de la droite ou de divers droite, a fait le reste, scellant une majorité conservatrice et nationaliste inédite à la tête d'une grande métropole française.

Le programme dévoilé : ticket de tram à 1 euro, 3 000 places de stationnement et l'eau moins chère

Qu'est-ce que cela va changer concrètement pour le quotidien ? C'est la question que se posent les habitants et notamment les jeunes actifs pour qui le coût de la vie est devenu une préoccupation majeure. Le programme de Ciotti pour la Métropole est un catalogue de mesures visant à agir directement sur le pouvoir d'achat. Des promesses séduisantes sur le papier, mais qui devront passer le test de la réalité budgétaire dans un contexte de dette abyssale.

« Le retour au ticket à 1 euro » : quelle baisse réelle pour les usagers ?

La mesure phare, agitée comme un étendard de campagne, concerne la mobilité. Éric Ciotti a promis le « retour au ticket à 1 euro », mais à une condition précise : l'achat d'un carnet de dix tickets. Cette annonce fait référence à un âge d'or des transports niçois que beaucoup veulent voir revenir. Cependant, pour les jeunes usagers, l'analyse est plus nuancée. Actuellement, l'abonnement annuel Lignes d'Azur pour les moins de 26 ans et les étudiants s'élève à 180 euros par an. De même, la carte ZOU, qui permet le trajet domicile-études pour les moins de 26 ans scolarisés en PACA, coûte 90 euros par an.

Le gain potentiel d'un ticket à 1 euro existe, mais il concerne principalement les usagers occasionnels, ceux qui ne prennent pas les transports chaque jour. Pour l'étudiant qui se rend au campus tous les jours, l'abonnement reste l'option économiquement la plus viable. Par ailleurs, d'autres services comme le « Bus 100% Neige », qui permet de rejoindre les stations de ski comme Isola 2000 ou Auron, affichent des tarifs bien supérieurs (10 euros le simple, 14 euros l'aller-retour). La promesse du ticket à 1 euro, bien que populaire, ne réglera pas seule l'équation complexe de la mobilité interurbaine pour les jeunes Niçois, qui attendent surtout une amélioration de la fréquence et de l'étendue du réseau.

Stationnement, bornes électriques, prix de l'eau : la Métropole comme supermarché des prix publics

Au-delà des transports, Éric Ciotti a dressé une liste d'autres baisses de prix ciblées, transformant la Métropole en un véritable régulateur des tarifs publics. Il a annoncé sa volonté de baisser le prix de l'eau, le coût des recharges sur les bornes électriques et le prix du stationnement. Ces compétences sont effectivement entre les mains de la Métropole, ce qui lui donne une capacité directe d'action.

Le volet stationnement est particulièrement détaillé. Le candidat promet la création de 3 000 places de stationnement supplémentaires sur le mandat, réparties entre deux-roues et automobiles, ainsi que la gratuité de la deuxième heure de stationnement. C'est une réponse directe aux commerçants et aux automobilistes qui se plaignent souvent de la difficulté de stationner en centre-ville. Toutefois, cette politique d'augmentation de l'offre de stationnement se heurte à la politique environnementale de la métropole, notamment à la Zone à Faibles Émissions mobilité (ZFE) qui couvre l'hypercentre de Nice. Comment concilier plus de places de parking avec la nécessité de réduire la pollution automobile ? C'est l'une des contradictions majeures que la nouvelle majorité va devoir gérer.

La vente des 7 000 HLM : une bombe immobilière au cœur de la crise du logement étudiant

Éric Ciotti, revêtu de l'écharpe de maire, s'exprimant devant les médias.
Éric Ciotti, revêtu de l'écharpe de maire, s'exprimant devant les médias. — (source)

Parmi toutes les mesures annoncées, une inquiète particulièrement les associations étudiantes et les défenseurs du logement social : le projet de vente massive du parc HLM. Éric Ciotti a en effet déclaré vouloir vendre « tout le parc HLM à l'extérieur de la ville de Nice », soit environ 7 000 logements. Cette opération financière vise à dégager des fonds pour la rénovation thermique et la construction de nouveaux logements, mais le risque de déstabilisation du parc social est réel.

« 400 à 500 millions réinjectés » : le pari de la vente pour financer la rénovation

L'argumentaire financier est simple : la vente de ces 7 000 logements sociaux pourrait rapporter entre 400 et 500 millions d'euros. Cette manne financière serait alors entièrement « réinjectée dans Côte d'Azur Habitat », le bailleur social, avec deux objectifs précis : la rénovation thermique des bâtiments existants et la construction de nouveaux logements. La logique consiste à privatiser des actifs périphériques pour concentrer l'effort public là où la demande est la plus forte, probablement dans Nice intra-muros et les zones tendues.

Cependant, ce pari est risqué. La question de savoir à qui ces logements seront vendus n'est pas tranchée. S'ils tombent entre les mains de promoteurs privés, rien ne garantit qu'ils resteront accessibles aux classes populaires. De plus, la vente des biens situés hors de Nice pourrait priver les habitants des communes périphériques d'un parc de logements sociaux à prix modéré. Le spectre d'une « métropole à deux vitesses » plane, où le logement social deviendrait une rareté concentrée exclusivement dans la ville-centre.

Quand un étudiant sur cinq vit avec moins de 150€ par mois après le loyer

Cette proposition intervient dans un contexte particulièrement tendu pour les étudiants niçois. Selon une étude de la Face06, la fédération des associations étudiantes, 57,8 % des étudiants sont en situation de mal-logement. Le coût moyen d'un loyer s'élève à 596,68 € par mois, avec un écart criant entre le parc Crous (366 €) et le secteur privé (654,67 €). La situation est telle qu'un étudiant sur cinq dispose de moins de 150 € restants pour vivre une fois le loyer payé.

Dans ce contexte, la vente de 7 000 logements HLM, même si elle est assortie de promesses de rénovation, inquiète. Les étudiants craignent que la rénovation thermique ne serve de prétexte à une hausse des loyers, repoussant un peu plus les plus précaires vers la périphérie. Le plan de Ciotti manque cruellement de précisions sur le logement spécifiquement étudiant. Si l'argent de la vente est bien utilisé pour construire, sera-ce pour des dortoirs ou des logements dignes ? En attendant, la crise du logement étudiant, déjà grave, risque de s'aggraver si l'offre de logements sociaux ne cesse de diminuer sur le territoire métropolitain.

Ce que change réellement la présidence Ciotti pour un jeune Niçois de 20 ans

Si l'on met bout à bout les mesures de transport, de stationnement et de logement, quel portrait se dessine pour un jeune Niçois de vingt ans en 2026 ? Le mandat Ciotti se présente comme une série de réponses au pouvoir d'achat immédiat, mais avec des zones d'ombre inquiétantes pour l'avenir. C'est une politique de court terme qui répond aux urgences financières des foyers, mais qui peine à proposer un projet de société cohérent pour la génération montante.

Transports moins chers, logement plus rare : le bilan à demi-teinte

Pour le jeune actif qui prend le tramway de temps en temps ou qui cherche à garer sa voiture le week-end, les promesses de Ciotti sonnent comme une bouffée d'oxygène. Le ticket à 1 euro et la gratuité de la deuxième heure de parking sont des mesures concrètes qui feront sentir un effet sur le portefeuille dès la mise en œuvre. De même, la baisse promise sur les tarifs de l'eau ou des bornes électriques s'inscrit dans cette logique de « coûts publics maîtrisés ».

Cependant, l'autre face de la pièce est préoccupante. La crise du logement reste entière, et le risque de raréfaction du parc social via les ventes massives de HLM est une menace concrète. Un jeune qui quitte le foyer familial ou l'université pour se loger pourra peut-être se déplacer à moindre coût, mais pourrait se heurter à un marché locatif totalement saturé. De plus, l'abstention record des jeunes lors des dernières municipales Municipales Nice 2026 : résultats, abstention jeunesse et programme Ciotti pose la question de la légitimité de ces politiques : est-ce vraiment ce que les jeunes Niçois voulaient ?

L'écologie absente du discours : et la forêt méditerranéenne dans tout ça ?

L'absence frappante dans le discours de Ciotti concerne les questions écologiques. Or, la Métropole dispose de compétences majeures en la matière : gestion des déchets, assainissement, préservation de la biodiversité, ports de tourisme. Pourtant, aucun engagement climatique majeur n'est venu ponctuer les annonces du nouveau président. C'est une lacune que les jeunes générations, pourtant très sensibles à la question climatique, ne manqueront pas de relever.

Comment concilier la création massive de places de stationnement avec l'urgence climatique ? Que deviennent les 80 % de territoire naturel de la Métropole face aux politiques d'urbanisme ? Le silence sur la transition énergétique, au-delà de la baisse du prix de l'électricité, est assourdissant. Alors que les territoires méditerranéens sont en première ligne face au réchauffement climatique (incendies, sécheresses), l'absence d'une vision écologique structurelle dans le programme du nouveau président métropolitain pourrait devenir une source de tension majeure dans les années à venir.

Éric Ciotti lors d'une déclaration en intérieur.
Éric Ciotti lors d'une déclaration en intérieur. — (source)

Nice comme laboratoire : quand l'extrême droite gère une métropole de 574 000 habitants

L'élection d'Éric Ciotti à la tête de la Métropole dépasse largement le cadre local. Nice devient désormais un véritable laboratoire politique. C'est la première fois qu'une coalition d'extrême droite et de droite radicale assure la gestion d'une métropole française de cette importance. Tous les regards, et pas seulement ceux des politologues, se tournent vers la Côte d'Azur pour voir comment cette nouvelle majorité va exercer le pouvoir au quotidien.

D'autres métropoles ont résisté, Nice a cédé : pourquoi c'est différent

Dans de nombreuses autres agglomérations françaises où le RN a réalisé des percées lors des municipales, des pactes républicains ont été conclus pour écarter les élus d'extrême droite des présidences d'intercommunalité. À Nice, rien de tout cela. La majorité était mécanique, mathématique, et Ciotti n'a pas eu besoin de marchander. Il cumule désormais la mairie de Nice, l'influence sur le département via Charles-Ange Ginésy, et la présidence de la Métropole. C'est une concentration de pouvoir rare qui permet d'éviter les blocages institutionnels, mais qui inquiète quant aux contre-pouvoirs.

La spécificité niçoise réside dans l'histoire locale, faite de rivalités personnelles exacerbées et de rejet du système estrosien. En votant Ciotti, beaucoup de maires des communes périphériques ont voté contre Estrosi autant que pour Ciotti. Ce qui n'était pas possible ailleurs — le front commun contre le RN — ne l'a pas été ici, absorbé par la dynamique locale. Le résultat est une administration entièrement aux mains de l'UDR et de ses alliés.

Le vrai test ne sera pas politique, mais concret : dette, logements, tarifs

La légitimité de cette expérience ne se jouera pas dans les sondages politiques, mais dans la réalité de la rue. Éric Ciotti l'a dit lui-même : son élection « l'oblige ». Il dispose d'un mandat pour faire le « ménage » budgétaire, mais la population attend des résultats rapides. La dette de 2,5 milliards ne disparaîtra pas par magie, et la vente des HLM pourrait prendre des années avant de produire des effets constructifs.

Les jeunes Niçois, souvent absents des urnes en mars, seront les juges les plus sévères en 2027. Ils vérifieront si le ticket de tram est bien à 1 euro, mais aussi si la crise du logement s'aggrave ou s'améliore. La gestion de la Métropole Nice-Côte d'Azur va passer du statut de dossier administratif à celui de test grandeur nature du gestionnel « national-populaire ». Si l'expérience réussit, elle pourrait faire des émules. Si elle échoue, le contrecoup pourrait être violent pour une ville déjà politiquement fragmentée.

Conclusion

L'installation d'Éric Ciotti à la présidence de la Métropole Nice-Côte d'Azur marque sans conteste un tournant dans l'histoire politique de la Côte d'Azur. Avec 108 voix, il dispose d'une majorité confortable pour appliquer son programme, centré sur la baisse des prix publics et un audit drastique des comptes. Néanmoins, le chemin sera semé d'embûches. Entre le redressement financier d'une dette abyssale et la gestion de la crise du logement, le nouveau président va devoir concilier des impératifs contradictoires. Pour les jeunes Niçois, qui oscillent entre soulagement face à la baisse du coût de la vie et inquiétude quant à l'avenir écologique et social, la vigilance reste de mise. Le scrutin d'avril 2026 n'est qu'une étape ; le véritable verdict tombera dans les années à venir, à l'aune des réalités du quotidien.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Qui est élu président de la Métropole Nice Côte d'Azur ?

Éric Ciotti a été élu président le 9 avril 2026 avec 108 voix sur 132 votants. Il succède à Christian Estrosi à la tête de cette intercommunalité.

Quel est le montant de la dette de la Métropole ?

La dette de la Métropole atteindrait 2,5 milliards d'euros en 2026. Éric Ciotti a annoncé un audit indépendant et des mesures d'austérité pour redresser les comptes.

Quelles sont les mesures sur le prix du tram ?

Le nouveau président promet le retour du ticket de tram à 1 euro, à condition d'acheter un carnet de dix tickets. L'objectif est d'améliorer le pouvoir d'achat des usagers.

Pourquoi vendre 7 000 logements HLM ?

La vente du parc HLM situé hors de Nice vise à dégager entre 400 et 500 millions d'euros. Ces fonds seraient réinjectés pour financer la rénovation thermique et construire de nouveaux logements.

Combien de communes gère la Métropole ?

La Métropole Nice Côte d'Azur englobe 51 communes et compte environ 574 000 habitants. Elle gère des compétences comme les transports, l'eau et les déchets sur un territoire majoritairement rural.

Sources

  1. Eric Ciotti élu président de la Métropole Nice-Côte d’Azur, apportant à l’extrême droite la direction d’une importante structure · lemonde.fr
  2. Les élections législatives de 2022 dans les Alpes-Maritimes - Cairn · dx.doi.org
  3. etudiants.nice.fr · etudiants.nice.fr
  4. Éric Ciotti — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  5. Métropole Nice Côte d'Azur — Wikipédia · fr.wikipedia.org
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

654 articles 0 abonnés

Commentaires (2)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires