Portrait officiel de Donald Trump, ancien président des États-Unis.
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Enrichissement d'uranium : le pari risqué de Trump avec l'Arabie saoudite

Trump, qui a déchiré l’accord iranien pour stopper l’enrichissement de Téhéran, autorise désormais Riyad à enrichir de l’uranium.

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Le 19 novembre 2025, Donald Trump et Mohammed ben Salmane ont signé un accord nucléaire historique à la Maison-Blanche. Ce pacte autorise l’Arabie saoudite à enrichir de l’uranium sur son sol, une première dans l’histoire des relations américano-saoudiennes. Le paradoxe est saisissant : le même président qui a déchiré l’accord iranien en 2018 sous prétexte qu’il n’empêchait pas assez Téhéran d’enrichir propose aujourd’hui à Riyad un cadre bien plus permissif. L’administration Trump doit encore obtenir l’approbation du Congrès, mais les dés semblent déjà jetés. Cet article explore les coulisses, les risques et les conséquences d’un accord qui pourrait redessiner la carte nucléaire du Moyen-Orient. 

Portrait officiel de Donald Trump, ancien président des États-Unis.
Portrait officiel de Donald Trump, ancien président des États-Unis. — (source)

Le paradoxe Trump : détruire l’accord iranien, autoriser l’enrichissement saoudien

Donald Trump a bâti une partie de sa légende diplomatique sur la dénonciation du JCPOA. Le 8 mai 2018, il annonçait le retrait américain de l’accord de Vienne, arguant que ce texte ne bloquait pas suffisamment la voie vers la bombe pour l’Iran. Aujourd’hui, son administration s’apprête à signer avec l’Arabie saoudite un pacte qui laisse explicitement la porte ouverte à l’enrichissement — sans les garde-fous imposés aux Émirats arabes unis en 2009. Comment justifier ce revirement ? La réponse tient en un nom : Mohammed ben Salmane. 

Donald Trump s'exprimant lors d'un événement à New York, septembre 2016.
Donald Trump s'exprimant lors d'un événement à New York, septembre 2016. — Michael Vadon / CC BY-SA 4.0 / (source)

8 mai 2018 : la rupture du JCPOA, le précédent qui change tout

Ce jour-là, Donald Trump s’adresse aux caméras depuis la Roosevelt Room de la Maison-Blanche. Il qualifie le JCPOA de « désastre unilatéral » et promet de rétablir « le niveau le plus élevé de sanctions économiques » contre l’Iran. Selon le rapport du Congressional Research Service, l’administration Trump justifiait ce retrait par la nécessité d’empêcher Téhéran d’acquérir l’arme nucléaire, même à long terme. Le message était clair : aucun pays ne devait pouvoir enrichir de l’uranium sans un contrôle international draconien. 

Donald Trump prenant la parole lors d'un événement, accompagné de Robert F. Kennedy Jr.
Donald Trump prenant la parole lors d'un événement, accompagné de Robert F. Kennedy Jr. — (source)

Le JCPOA imposait pourtant des restrictions sévères : l’Iran devait réduire son stock d’uranium enrichi à 300 kilos, limiter l’enrichissement à 3,67 % et accepter des inspections surprises de l’AIEA. Mais pour Trump, c’était insuffisant. Il dénonçait la levée progressive des sanctions et la clause dite « sunset » qui autorisait Téhéran à reprendre certaines activités après 2030. En quittant l’accord, il espérait forcer l’Iran à renégocier un texte plus strict.

L’accord secret qui enterre le « Gold Standard »

Middle East Eye révèle que l’administration Trump a informé le Congrès de sa volonté de conclure un pacte nucléaire avec Riyad sans les clauses de non-prolifération traditionnelles. Le document transmis aux parlementaires stipule « des mesures de sauvegarde et de vérification supplémentaires pour les zones les plus sensibles de la coopération nucléaire », notamment l’enrichissement et le retraitement. En clair, la porte est grande ouverte.

Ce langage contraste violemment avec le « gold standard » imposé aux Émirats arabes unis en 2009. À l’époque, Washington avait exigé qu’Abou Dhabi renonce à tout enrichissement et retraitement sur son sol en échange d’une coopération nucléaire civile. C’était la règle absolue : pas d’enrichissement, pas de prolifération. Aujourd’hui, cette règle vole en éclats pour le plus grand allié américain de la région. 

Barack Obama et Donald Trump en conversation lors d'une cérémonie officielle.
Barack Obama et Donald Trump en conversation lors d'une cérémonie officielle. — (source)

MBS le transparent : « Si l’Iran a la bombe, nous aussi »

En septembre 2023, Mohammed ben Salmane accorde une interview à Fox News. Le prince héritier y tient des propos qui devraient glacer le sang de tout spécialiste de la non-prolifération : « Si l’Iran développe une bombe nucléaire, nous ferons de même. » La déclaration est sans ambiguïté. Elle tue l’argument selon lequel le programme saoudien serait « strictement civil ».

La Foundation for Defense of Democracies (FDD) rappelle que cette sortie n’est pas un accident de communication. En 2018, déjà, MBS avait annoncé que le royaume « ne voulait pas acquérir de bombe nucléaire, mais que si l’Iran en construisait une, nous en construirions une le plus vite possible ». Le message est répété, constant, assumé. Pourtant, l’administration Trump fait comme si de rien n’était.

19 novembre 2025 : les coulisses d’un accord nucléaire « historique » (mais controversé)

Ce jour-là, la Maison-Blanche accueille Mohammed ben Salmane pour une cérémonie qui restera dans les annales. Autour de la table, Chris Wright, le Secrétaire à l’Énergie, qualifie l’accord d’« historique ». Le texte officiel s’intitule « Joint Declaration on the Completion of Negotiations on Civil Nuclear Cooperation ». Derrière les formules diplomatiques, c’est un changement de paradigme qui s’opère. 

Le président Donald Trump et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors d'un petit-déjeuner de travail au G20, Osaka, juin 2019.
Le président Donald Trump et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors d'un petit-déjeuner de travail au G20, Osaka, juin 2019. — The White House from Washington, DC / Public domain / (source)

Chris Wright et la « Joint Declaration » : ce que promet Trump à MBS

L’American Nuclear Society (ANS) rapporte les détails de la cérémonie. Chris Wright insiste sur la dimension stratégique du partenariat : « Cet accord renforce notre alliance et ouvre la voie à une coopération énergétique sans précédent. » Une analyse du CSIS, citée par l’ANS, va plus loin : elle évoque la possibilité que Riyad devienne un « fournisseur critique d’uranium enrichi pour l’industrie nucléaire américaine ».

Sur le fond, l’accord prévoit un transfert de technologies américaines pour la construction de réacteurs civils. Mais il n’interdit pas l’enrichissement sur le sol saoudien. C’est une rupture majeure avec la politique de non-prolifération que Washington défendait depuis des décennies. Les Saoudiens obtiennent ce que les Iraniens n’avaient jamais réussi à obtenir par la diplomatie. 

Cascade de centrifugeuses à gaz utilisées pour l'enrichissement de l'uranium, usine américaine de Piketon, Ohio, 1984.
Cascade de centrifugeuses à gaz utilisées pour l'enrichissement de l'uranium, usine américaine de Piketon, Ohio, 1984. — U.S. Department of Energy / Public domain / (source)

Washington-Riyad : un nouveau couple nucléaire contre Moscou et Pékin ?

La dimension géoéconomique de l’accord est rarement mentionnée, mais elle est centrale. Les États-Unis veulent réduire leur dépendance à l’uranium russe. Depuis l’invasion de l’Ukraine, Washington cherche des alternatives à Rosatom et à ses filiales. L’Arabie saoudite, avec ses vastes réserves de yellowcake, apparaît comme un fournisseur idéal.

En échange d’une mainmise sur le cycle du combustible saoudien, Washington sécurise une source alternative. C’est un calcul à court terme qui ignore les conséquences à long terme : en normalisant l’enrichissement saoudien, les États-Unis brisent un tabou vieux de plusieurs décennies. Les conséquences pourraient être explosives.

Yellowcake, centrifugeuses et vente à l’international : le grand soir saoudien

En janvier 2025, le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdulaziz ben Salmane, fait une déclaration qui fait l’effet d’une bombe dans le monde de la non-prolifération : « Nous enrichirons et nous vendrons (de l’uranium). Nous ferons du yellowcake. » Le yellowcake, c’est cette poudre jaune issue du traitement du minerai d’uranium, la première étape vers l’enrichissement. Maîtriser tout le cycle, de la mine à la vente, c’est la clé de voûte de l’indépendance nucléaire.

Riyad ne cache pas ses ambitions : le royaume veut devenir un exportateur d’uranium enrichi. C’est une ligne rouge pour l’AIEA, car la maîtrise de l’enrichissement permet, en théorie, de produire de l’uranium hautement enrichi — celui qui sert à fabriquer une bombe. Le précédent iranien montre que la frontière entre civil et militaire peut être franchie en quelques mois. 

Illustration politique de Donald Trump et d'un symbole antinucléaire lié à l'Iran.
Illustration politique de Donald Trump et d'un symbole antinucléaire lié à l'Iran. — (source)

Prolifération en chaîne : du yellowcake saoudien à la bombe turque ?

Les conséquences de cet accord dépassent largement le cadre bilatéral américano-saoudien. En ouvrant la porte à l’enrichissement saoudien, Washington risque de déclencher une réaction en chaîne dans toute la région. Les experts de la FDD et du Congrès tirent la sonnette d’alarme.

Le seuil critique : 14 pays enrichissent l’uranium, bientôt 15 ?

Actuellement, seuls 14 à 15 États maîtrisent l’enrichissement de l’uranium. Ce club très fermé comprend les puissances nucléaires historiques (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), quelques pays comme le Japon, l’Allemagne, les Pays-Bas, et des États contestés comme l’Iran. Franchir ce seuil avec un pays aussi imprévisible que l’Arabie saoudite brise un tabou.

L’enrichissement est la clé de voûte du régime de non-prolifération. Sans elle, un pays ne peut pas fabriquer de bombe nucléaire. Avec elle, il peut franchir le seuil en quelques semaines ou quelques mois. C’est ce qu’on appelle le « breakout ». Autoriser Riyad à enrichir, c’est accepter que la barrière la plus solide du TNP (Traité de non-prolifération) soit franchie.

Le syndrome de la Turquie et des Émirats : la course régionale aux armements

Les experts redoutent un effet domino. Si Washington autorise Ryad à enrichir, les Émirats arabes unis — qui avaient accepté le « gold standard » en 2009 — exigeront immédiatement la révision de leur accord. Pourquoi Abou Dhabi renoncerait-il à une technologie que Riyad possède ?

La Turquie d’Erdogan, qui cherche déjà une autonomie énergétique, suivra. L’Égypte aussi. En une décennie, ce sont quatre pays de plus qui pourraient enrichir de l’uranium. La région compterait alors autant de programmes d’enrichissement que l’Europe entière. Le risque de prolifération en cascade n’est pas une hypothèse d’école : c’est une conséquence logique de l’accord Trump-MBS.

Un missile iranien sur Paris ? Non, la menace est plus subtile

La menace pour l’Europe n’est pas un bombardement direct — un missile iranien ou saoudien sur Paris reste hautement improbable. Le danger est plus insidieux : l’effondrement du TNP, la course aux armements qui draine des milliards d’euros de dépenses militaires, et le risque d’un conflit régional déclenché par une erreur de calcul.

Imaginez un malentendu entre l’Iran et l’Arabie saoudite : une centrifugeuse qui tourne un peu trop vite, un inspecteur de l’AIEA qui s’inquiète, une déclaration mal interprétée. En 2024, l’Iran a frôlé le seuil nucléaire à plusieurs reprises. Si Riyad suit le même chemin, la région deviendra une poudrière où chaque camp possède une capacité latente de breakout. Les tensions entre l'Iran et les États-Unis montrent à quel point la situation est déjà explosive.

Duwaiheen, l’eldorado nucléaire français menacé par le deal USA-Saoudiens

Pour la France, l’enjeu n’est pas seulement sécuritaire : il est aussi économique. Le projet Duwaiheen, dans le nord de l’Arabie saoudite, représente le plus gros contrat civil du monde. Les entreprises françaises sont en compétition directe avec les géants chinois, russes et coréens.

Le projet Duwaiheen : 4 réacteurs, 50 milliards de dollars, un appétit français

Selon une analyse détaillée d’EGÉ, le site de Duwaiheen doit accueillir plusieurs réacteurs nucléaires pour un montant estimé à 50 milliards de dollars. Les Français — EDF et Orano/Framatome avec leur réacteur EPR — sont en compétition directe avec le chinois CNNC (réacteur Hualong One), le sud-coréen KEPCO (APR-1400) et le russe Rosatom.

Pour la France, ce contrat est vital. La filière nucléaire tricolore cherche des débouchés à l’export depuis la perte du marché finlandais (Olkiluoto) et la réduction des grands chantiers en France. Duwaiheen pourrait être le tremplin qui relance l’industrie nucléaire française à l’international.

EDF/Orano face au défi chinois et russe

Les Saoudiens sont en position de force. Ils mettent en concurrence les puissances nucléaires mondiales et jouent sur les rivalités pour obtenir les meilleures conditions. La Chine propose des financements avantageux et un transfert de technologie sans restriction. La Russie, malgré les sanctions, reste un acteur incontournable avec ses réacteurs VVER.

Pour la France, perdre ce marché serait un coup dur. L’EPR, pourtant présenté comme le réacteur le plus sûr du monde, n’a pas encore trouvé son rythme à l’export. Duwaiheen est l’occasion de démontrer sa compétitivité face au Hualong One chinois et à l’APR-1400 coréen.

Le dilemme d’Orano : vendre sa technologie ou perdre le marché ?

L’étude d’EGÉ met en lumière le dilemme français. Ryad exige un transfert de technologie et un contrôle complet du cycle du combustible, sans restriction. Orano (ex-Areva) fait partie des rares entreprises au monde capables de construire des usines d’enrichissement. Si la France refuse de céder sa technologie d’enrichissement, les Saoudiens iront voir les Chinois.

Le gouvernement français est pris entre ses principes de non-prolifération et ses intérêts commerciaux. Refuser, c’est perdre 50 milliards de dollars et laisser la place à Pékin. Accepter, c’est contribuer à l’émergence d’un programme d’enrichissement saoudien qui pourrait, à terme, servir des objectifs militaires. Un dilemme cornélien.

Le calendrier infernal de Trump : entre pression israélienne et crise iranienne

L’accord n’est pas encore définitivement signé. L’administration Trump est soumise à des pressions contradictoires, et le temps joue un rôle clé. Entre Israël, le Congrès et la crise iranienne, le chemin vers la ratification est semé d’embûches.

Israël et le lobby pro-israélien à Washington : peuvent-ils faire capoter l’accord ?

Israël est traditionnellement hostile à tout programme nucléaire dans le monde arabe. Mais la donne a changé. Benyamin Netanyahou voit d’un bon œil une alliance anti-iranienne avec MBS. Le rapprochement entre Israël et l’Arabie saoudite, initié sous l’administration Biden, s’est accéléré après le 7 octobre 2023.

L’AIPAC et les think tanks néoconservateurs sont divisés. Certains estiment que l’accord renforce l’axe anti-iranien. D’autres redoutent qu’il ne crée un précédent dangereux pour la sécurité d’Israël à long terme. Netanyahou joue un équilibrisme périlleux : soutenir MBS sans cautionner un programme nucléaire qui pourrait, un jour, menacer l’État hébreu.

La procédure d’approbation au Congrès : une simple formalité ?

Middle East Eye révèle que l’administration Trump a notifié le Congrès conformément à la Section 123 de l’Atomic Energy Act. Cette loi prévoit un délai d’examen de 90 jours, pendant lequel les parlementaires peuvent examiner l’accord et, éventuellement, s’y opposer.

Les démocrates, qui contrôlent le Sénat, pourraient tenter de bloquer l’accord. Mais la majorité requise pour un veto est difficile à atteindre. De plus, certains sénateurs démocrates voient dans cet accord une opportunité de renforcer l’alliance avec Riyad contre l’Iran. Le résultat est incertain.

L’Iran regarde, la France trépigne : un timing géopolitique parfait pour une crise

Le moment choisi par Trump pour signer cet accord est perçu par les Européens comme une provocation. Les négociations avec Téhéran s’enlisent, comme le montre notre article sur le retour des inspecteurs nucléaires en Iran. La CIA met en garde contre un accord « trompe-l’œil » qui ne résoudrait rien sur le fond.

En annonçant ce pacte avec Riyad, Trump envoie un signal clair à Téhéran : l’Amérique parie sur l’Arabie saoudite, pas sur l’Iran. Les Iraniens, qui ont déjà frôlé le seuil nucléaire à plusieurs reprises, pourraient être tentés d’accélérer leur programme. La France, qui pousse pour une désescalade, voit ses efforts réduits à néant.

L’Europe peut-elle encore sauver le régime de non-prolifération ?

Face à ce qui ressemble à un fait accompli, que peut faire l’Europe ? La France et l’UE disposent de quelques leviers, mais leur efficacité est limitée. Le dilemme français résume parfaitement la situation.

Macron et Scholz face au fait accompli saoudien

Paris défend officiellement le « gold standard » et refuse tout accord civil qui n’interdit pas explicitement l’enrichissement. Mais dans les faits, les diplomates français sont discrets. Froisser Ryad, c’est hypothéquer le contrat Duwaiheen. Le dilemme français est total : défendre ses principes ou ses intérêts commerciaux.

L’Allemagne, moins exposée sur le plan nucléaire, pourrait être plus ferme. Mais Berlin suit la ligne française par solidarité européenne. Résultat : une position molle qui ne satisfait personne.

Le rôle de l’AIEA : peut-elle imposer des inspecteurs sans l’aide des USA ?

L’Agence internationale de l’énergie atomique ne peut appliquer que ce que les États acceptent. Si Trump donne son feu vert et que Ryad refuse les « inspecteurs surprises » — comme l’envisage l’AIEA — l’Agence sera impuissante.

Pour imposer des inspections renforcées, l’AIEA a besoin d’un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU. Mais les États-Unis ou la Chine pourraient opposer leur veto. L’Agence, déjà affaiblie par le dossier iranien, risque de perdre toute crédibilité au Moyen-Orient.

L’option des sanctions européennes : un levier crédible contre Ryad ?

Théoriquement, l’UE pourrait imposer des sanctions contre les transferts de technologies d’enrichissement vers l’Arabie saoudite. Elle pourrait aussi cibler les importations de pétrole saoudien. Mais ce serait une rupture diplomatique majeure.

Les capitales européennes ne sont pas prêtes à prendre ce risque. L’Arabie saoudite est un partenaire économique important, un fournisseur de pétrole et un acteur clé dans la lutte contre le terrorisme. Les sanctions restent une option de dernier recours, peu probable dans l’immédiat.

Conclusion : de l’uranium civil à la bombe, le précédent qui change la face du Moyen-Orient

L’accord Trump-MBS referme le paradoxe ouvert en 2018. Le président qui a déchiré le JCPOA pour empêcher l’Iran d’enrichir propose aujourd’hui à l’Arabie saoudite un cadre bien plus permissif. Les Saoudiens obtiennent ce que les Iraniens n’avaient jamais réussi à obtenir : la reconnaissance de leur droit à enrichir.

Résumons : Trump a quitté le JCPOA parce qu’il n’empêchait pas assez l’Iran d’enrichir. Aujourd’hui, il propose à l’Arabie saoudite un accord qui autorise clairement l’enrichissement, avec moins de garde-fous que le JCPOA. Les Saoudiens obtiennent ce que les Iraniens n’avaient pas réussi à obtenir par la diplomatie.

Le paradoxe est total. L’ennemi d’hier — l’Iran enrichisseur — est devenu le modèle d’aujourd’hui — l’Arabie saoudite enrichisseuse. Le régime de non-prolifération, déjà fragilisé, prend un coup fatal.

À l’horizon 2030, plusieurs futurs sont possibles. Le premier est le statu quo maîtrisé : Riyad enrichit sous le contrôle de l’AIEA, sans dérive militaire. Les inspecteurs surveillent, les centrifugeuses tournent, mais personne ne franchit la ligne rouge.

Le deuxième est la prolifération en cascade : la Turquie, les Émirats arabes unis, l’Égypte suivent l’exemple saoudien. En une décennie, quatre nouveaux pays enrichissent de l’uranium. La région devient un champ de mines nucléaire.

Le troisième est l’accord secret : le programme saoudien cache une capacité militaire latente, imitant le modèle iranien. Riyad enrichit à un niveau proche du seuil militaire, prêt à basculer en quelques semaines.

Le quatrième est l’implosion du TNP : le régime de non-prolifération s’effondre, ouvrant l’ère des puissances nucléaires régionales. Le Moyen-Orient rejoint l’Asie du Sud et la péninsule coréenne dans le club des zones nucléarisées.

Quel que soit le scénario, une chose est sûre : le 19 novembre 2025 restera dans l’histoire comme le jour où l’Amérique a ouvert la boîte de Pandore nucléaire au Moyen-Orient.

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Questions fréquentes

L'accord Trump-MBS autorise-t-il l'enrichissement d'uranium saoudien ?

Oui, l'accord nucléaire signé le 19 novembre 2025 entre Donald Trump et Mohammed ben Salmane autorise explicitement l'Arabie saoudite à enrichir de l'uranium sur son sol, sans les garde-fous imposés aux Émirats arabes unis en 2009.

Pourquoi Trump a-t-il quitté l'accord iranien ?

Trump a dénoncé le JCPOA le 8 mai 2018 en arguant qu'il n'empêchait pas assez l'Iran d'enrichir de l'uranium à long terme, notamment à cause de la clause sunset qui autorisait Téhéran à reprendre certaines activités après 2030.

Quel est le risque de prolifération au Moyen-Orient ?

Les experts redoutent un effet domino : si Riyad enrichit, les Émirats arabes unis, la Turquie et l'Égypte pourraient exiger la même technologie, déclenchant une course régionale aux armements nucléaires et fragilisant le Traité de non-prolifération.

Que prévoit le projet nucléaire Duwaiheen en Arabie saoudite ?

Le site de Duwaiheen doit accueillir plusieurs réacteurs nucléaires pour un montant estimé à 50 milliards de dollars. Les entreprises françaises (EDF, Orano) sont en compétition avec les chinois, russes et coréens pour décrocher ce contrat.

L'accord Trump-MBS peut-il être bloqué par le Congrès américain ?

Oui, la Section 123 de l'Atomic Energy Act prévoit un délai d'examen de 90 jours pendant lequel les parlementaires peuvent s'opposer à l'accord. Les démocrates, qui contrôlent le Sénat, pourraient tenter de le bloquer, mais la majorité requise est difficile à atteindre.

Sources

  1. [PDF] Iran Nuclear Agreement and U.S. Exit - Congress.gov · congress.gov
  2. aljazeera.com · aljazeera.com
  3. ans.org · ans.org
  4. [PDF] Gold Standard or Case-by-Case: Which Method Is ... - DASH (Harvard) · dash.harvard.edu
  5. ege.fr · ege.fr
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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