Le Pentagone vient de créer une cellule qui fait trembler la bureaucratie militaire américaine. Baptisée « DEAL Team Six », cette équipe de trente banquiers d'affaires recrutés chez Goldman Sachs, Morgan Stanley, JPMorgan et Bank of of America va gérer 200 milliards de dollars sur trois ans. L'information, révélée par Le Figaro le 6 juin 2026, marque un tournant dans la manière dont l'Amérique finance sa suprématie militaire. Derrière le nom qui claque, un pari risqué : remplacer la lenteur administrative par l'agilité du private equity, avec des conséquences qui dépassent largement les murs du ministère.

« 30 banquiers, 200 milliards, zéro bureaucrate » : la création de l'Economic Defense Unit
Le Pentagone a toujours été un mastodonte administratif. Mais en mai 2026, Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense, a décidé d'y injecter une dose de Wall Street. L'Economic Defense Unit (EDU), surnommée DEAL Team Six, est née d'un constat simple : les marchés publics de défense accumulent des années de retard et des milliards de dépassements. La solution proposée ? Confier 200 milliards de dollars à trente banquiers capables de négocier, investir et contracter à la vitesse du secteur privé.
Une offre d'emploi à 600 000 dollars qui a fait le tour de Wall Street
Le document de recrutement, dont Semafor a obtenu une copie, ne ressemble à rien de ce que le Pentagone a produit jusqu'ici. Il promet aux candidats de « servir leur pays » tout en maniant des sommes que la plupart des financiers ne voient qu'en rêve. Les trente places ont été proposées en priorité chez Goldman Sachs, Morgan Stanley, JPMorgan et Bank of America — les quatre piliers de la finance américaine.
L'offre d'emploi, préparée par le cabinet de chasse de têtes Heidrick & Struggles, a été diffusée en priorité dans les plus grandes banques de la planète. Le message était clair : on cherche des profils capables de déployer « plus de capitaux que la plupart des investisseurs n'en investissent dans une carrière entière ». Le salaire annoncé — 600 000 dollars par banquier — a fait le tour des salles de marché en quelques heures.

Le calcul économique du Pentagone est implacable. Payer 600 000 dollars par banquier représente 18 millions de dollars par an, soit 0,009 % des 200 milliards à déployer. En comparaison, les dépassements de coûts du seul programme F-35 dépassent les 13 milliards de dollars, selon un rapport du Government Accountability Office (GAO) publié en septembre 2025. Si l'équipe parvient à réduire ne serait-ce que 5 % de ces dépassements, le retour sur investissement est colossal.
Les candidats sélectionnés ne sont pas des fonctionnaires. Ce sont des professionnels du « deal », formés à évaluer des risques, à structurer des financements et à conclure des transactions en quelques semaines, là où l'administration met des années. Leur mission : appliquer ces méthodes à la base industrielle de défense américaine.
« DEAL Team Six » : le clin d'œil aux Navy SEALs qui veut en finir avec la bureaucratie
Le nom n'a rien d'anodin. « DEAL Team Six » fait directement référence aux SEAL Team Six, l'unité d'élite des opérations spéciales qui a tué Oussama Ben Laden en 2011. Le message est clair : cette équipe est une force de frappe, pas un comité de réflexion.
Pete Hegseth, en annonçant la création de l'unité le 7 mai 2026, a employé un langage guerrier. Il a accusé les fournisseurs de la défense de « profiter doublement du contribuable », pointant du doigt « les retards programmés constants et les dépassements de coûts qui étaient la norme, tout en enrichissant leurs PDG ». Son ambition affichée : remplacer le « slow funding » bureaucratique par l'agilité du private equity.

Le choc des cultures promet d'être violent. Des officiers supérieurs, habitués aux procédures réglementaires et aux cycles budgétaires de plusieurs années, vont devoir composer avec des banquiers formés au « closing » rapide de deals. Les premiers parlent en termes de « readiness » et de « supply chain resilience » ; les seconds en « IRR », « EBITDA » et « exit strategies ». Hegseth parie que cette friction produira de l'efficacité plutôt que du chaos.
Le mandat secret : financer l'armement hors du circuit budgétaire du Congrès
Le cadre institutionnel de DEAL Team Six mérite qu'on s'y attarde. L'Office of Strategic Capital (OSC), créé sous l'administration Biden, a été considérablement élargi. Ses équipes d'investissement rapportent désormais à David Lorch, un ancien de Cerberus Capital Management. Le mécanisme est simple : plutôt que d'attendre les crédits votés par le Congrès, l'OSC peut prendre des participations directes dans des entreprises stratégiques, signer des contrats d'achat long terme à prix fixe, mettre en place des mécanismes de soutien des prix, ou accorder des prêts aux entreprises jugées critiques.
Le Congrès a approuvé 266 millions de dollars dans le National Defense Authorization Act (NDAA) 2026 pour lancer la structure. Le budget FY2027 ajoute des fonds supplémentaires. Mais le vrai pouvoir de DEAL Team Six vient des 200 milliards qu'elle peut mobiliser sur trois ans — une somme qui dépasse le budget annuel de nombreux ministères de la Défense européens.
Cette capacité à contourner la lenteur des crédits votés par le Congrès fait à la fois la force et la polémique du dispositif. Ses partisans y voient une agilité indispensable face à la Chine. Ses détracteurs dénoncent un détournement du contrôle budgétaire parlementaire.
Stephen Feinberg et le « shadow Pentagone » de Cerberus
DEAL Team Six n'est que la partie émergée d'un réseau bien plus vaste. Derrière les trente banquiers de choc se tient Stephen Feinberg, le milliardaire de 66 ans qui a co-fondé Cerberus Capital Management. The Guardian le décrit comme l'homme qui a « éclipsé » Pete Hegseth en influence réelle au sein du Pentagone.
Feinberg est devenu secrétaire adjoint à la Défense en mars 2025, nommé par Donald Trump. Depuis, il a méthodiquement placé ses loyalistes aux postes clés. Le résultat ? Un « shadow Pentagone » parallèle, où les décisions d'investissement sont prises par des hommes issus du même fonds de private equity.
Stephen Feinberg, le co-fondateur de Cerberus devenu le vrai patron du Pentagone
Le parcours de Feinberg est celui d'un homme qui a toujours joué dans la cour des grands. Diplômé de Princeton, il a fondé Cerberus en 1992 avec un ancien collègue de la banque Drexel Burnham Lambert. Le fonds est devenu l'un des plus gros investisseurs privés dans les secteurs de la défense, de la sécurité et des services financiers.
Son arrivée au Pentagone a d'abord été perçue comme une nomination politique classique. Mais très vite, Feinberg a imposé sa marque. Il a réorganisé les processus d'investissement, raccourci les circuits de décision, et surtout, ouvert les portes aux méthodes du private equity. Selon The Guardian, il est désormais « l'architecte en chef de la financiarisation du Pentagone ».
Le lien de confiance avec Donald Trump est central. Feinberg a été l'un des rares dirigeants de Wall Street à soutenir Trump dès 2016. Cette loyauté s'est traduite par une influence considérable sur la politique de défense, bien au-delà de ce que son titre officiel laisse supposer.

Les pions de Feinberg dans la place : Kollitides, Lorch, la garde rapprochée de l'EDU
Le réseau Cerberus au sein du Pentagone est impressionnant. George Kollitides, ancien dirigeant de Cerberus, est à la fois directeur de l'Economic Defense Unit et vice-chairman de l'Investment Committee de l'Office of Strategic Capital. David Lorch, autre vétéran de Cerberus, gère les investissements dans les minerais critiques — un secteur stratégique pour la transition énergétique et la défense. Tomas Rakusan, ex-agent de la CIA passé par Cerberus, occupe un poste de conseiller à la sécurité.
La situation dépasse le simple « revolving door » habituel entre le public et le privé. Ici, ce sont les mêmes personnes qui, hier, géraient des fonds d'investissement dans la défense, et qui, aujourd'hui, décident où le Pentagone investit ses 200 milliards. Les murs entre les intérêts privés et la puissance publique n'ont jamais été aussi minces.
De l'État profond au « fonds profond » : une capture réglementaire ?
Ms. Magazine pose la question sans détour : assiste-t-on à une capture réglementaire ? Cerberus est un investisseur majeur dans des entreprises de défense et de sécurité. Aujourd'hui, ses dirigeants décident où le Pentagone investit. Le conflit d'intérêts potentiel est colossal.
Un cas d'école illustre les tensions internes : le limogeage de John Phelan, nommé Navy Secretary en début d'année. Phelan venait lui aussi du private equity (MSD Capital). Son départ brutal, en pleine guerre contre l'Iran, montre que la cohabitation entre les méthodes financières et la culture militaire n'est pas un long fleuve tranquille. La purge au Pentagone qui a vu trois généraux limogés en pleine guerre contre l'Iran s'inscrit dans cette même logique de restructuration brutale.
Les partisans de Feinberg répondent que l'efficacité prime. Le système actuel est tellement lent que seule l'injection de capital-risque peut sauver la base industrielle de défense. Les opposants rétorquent que la démocratie américaine est en train de vendre sa sécurité nationale à des fonds d'investissement.
De la théorie aux actifs : terres rares, F-35 et prix fixes
Après les hommes, la méthode. Comment des banquiers peuvent-ils concrètement réformer la base industrielle de défense ? La réponse tient en deux chantiers : casser les surcoûts des programmes existants et sécuriser les approvisionnements critiques.
Les données sont accablantes. Le GAO a documenté des dépassements de plus de 13 milliards de dollars sur les programmes F-35 et USS Gerald R. Ford. Le porte-avions le plus avancé du monde a coûté 13,3 milliards de dollars, soit 22 % de plus que prévu. Le F-35, lui, accumule les retards et les bugs techniques depuis plus de vingt ans.
« Profiter doublement du contribuable » : la méthode Hegseth pour casser les surcoûts
Pete Hegseth a introduit DEAL Team Six le 7 mai 2026 avec une charge frontale contre les industriels. Son message, rapporté par RealClearDefense, est sans ambiguïté : « Vous voulez étendre votre usine ? Financez-la vous-mêmes. En échange, vous avez une commande à long terme à prix fixe. »
Le nouveau modèle casse le système traditionnel. Jusqu'ici, le Pentagone payait les entreprises pour fabriquer des armes, puis ajoutait des primes pour accélérer la production. Résultat : les retards étaient constants, les dépassements de coûts étaient la norme, et les PDG s'enrichissaient. La méthode DEAL Team Six inverse la logique : l'industriel prend le risque financier, le Pentagone garantit le débouché commercial.
Cette discipline de banquier d'affaires pourrait mettre fin à une spirale infernale. Mais elle pourrait aussi décourager les petites et moyennes entreprises, qui n'ont pas les capacités financières de Lockheed Martin ou de Boeing. Le risque de concentration du marché est réel.
La guerre des terres rares : comment DEAL Team Six veut briser la dépendance chinoise
Le volet le plus stratégique de DEAL Team Six concerne les terres rares. La règle DFARS 252.225-7052, entrée en vigueur récemment, interdit l'utilisation d'aimants chinois dans les contrats de défense américains. Le problème, c'est que 78 % des programmes d'armement — du F-35 aux sous-marins nucléaires — dépendent de ces aimants.
Adamas Intelligence détaille les outils dont dispose la cellule pour briser cette dépendance. Les 200 milliards sur trois ans peuvent être utilisés pour des prises de participation dans des mines hors de Chine, des contrats d'achat long terme pour garantir les débouchés, des mécanismes de soutien des prix, ou des prêts aux entreprises qui extraient ou fabriquent des terres rares.
La Chine a déjà mis en place des contrôles à l'exportation sur les terres rares, utilisant cette dépendance comme levier géopolitique. DEAL Team Six doit construire en trois ans ce que l'Occident aurait dû bâtir en trente ans. La tâche est titanesque, mais les moyens sont à la hauteur.
De l'IA aux drones : les start-up de la défense dans le viseur des 200 milliards
L'autre mission de DEAL Team Six est la détection et le financement rapide des pépites technologiques. L'IA, les drones, le cyber — ces secteurs évoluent trop vite pour les appels d'offres traditionnels. La cellule peut prendre des participations directes dans des start-up et accélérer la militarisation de technologies duales.
Le Pentagone a déjà montré la voie en sollicitant des constructeurs automobiles comme Ford et GM pour produire des armes. Ce modèle pourrait être le prototype des deals que DEAL Team Six cherche à multiplier : des entreprises non traditionnelles de la défense, capables d'apporter innovation et capacité industrielle, financées et contractualisées en quelques mois.
L'objectif est de créer un écosystème où les start-up de la défense n'ont plus à attendre des années pour décrocher un contrat. Elles peuvent être financées directement, avec une promesse de commande à long terme en échange de leur technologie. C'est du capital-risque appliqué à la guerre.
Le Congrès tire la sonnette d'alarme : l'offensive d'Elizabeth Warren
Le modèle DEAL Team Six n'est pas accepté sans résistance. Le 28 mai 2026, trois élus démocrates ont envoyé une lettre cinglante à Pete Hegseth. Elizabeth Warren, Richard Blumenthal et Ro Khanna — des noms qui pèsent au Congrès — ont dénoncé les risques des fonds de private equity dans la base industrielle de défense.
Leur argument central : « Private equity's involvement in our nation's defense infrastructure poses significant risks to our national security. » La traduction est simple : on ne confie pas la sécurité nationale à des banquiers dont le premier devoir est envers leurs actionnaires.
« Private equity in our defense infrastructure » : la lettre qui accuse Feinberg de conflit d'intérêts
La lettre, dont Semafor a obtenu une copie, détaille les accusations. Le cœur du problème est le conflit d'intérêts : comment un fonds comme Cerberus peut-il investir dans la défense tout en ayant ses dirigeants qui décident de la stratégie d'investissement du Pentagone ?
Les élus rappellent que Cerberus est un investisseur majeur dans des entreprises de défense et de sécurité. Stephen Feinberg, numéro deux du Pentagone, est aussi le co-fondateur de Cerberus. George Kollitides, qui dirige l'EDU, est un ancien de Cerberus. La question est posée : ces hommes peuvent-ils prendre des décisions objectives quand leurs anciens collègues, ou leurs futurs employeurs, sont directement concernés ?
Term sheets, e-mails et documents : un Congrès tenu à l'écart exige des comptes
Les élus ne se contentent pas de dénoncer. Ils exigent des documents précis : tous les échanges entre le Department of Defense et Wall Street, les term sheets des deals déjà conclus, les messages entre Feinberg et Cerberus. Le message est clair : le Congrès a été contourné et mis devant le fait accompli.

La question sous-jacente est celle du contrôle budgétaire. Peut-on laisser une cellule de banquiers dépenser 200 milliards de dollars sans supervision parlementaire ? Les partisans de DEAL Team Six répondent que l'urgence stratégique justifie ces méthodes. Les opposants rétorquent que c'est exactement ainsi que les démocraties perdent le contrôle de leur politique de défense.
Le Pentagone a également ajouté récemment Alibaba, Baidu, BYD et Unitree à sa liste des entreprises soutenant l'armée chinoise. Cette décision montre que la guerre économique est déjà en cours, et que DEAL Team Six s'inscrit dans une stratégie plus large de découplage technologique avec la Chine.
Bulle spéculative ou patriotisme rentable ? L'ambiguïté de l'argent privé dans la défense
Faut-il craindre une bulle spéculative ? Les banquiers pourraient privilégier les investissements à fort rendement plutôt que les besoins stratégiques. Une start-up de drones prometteuse mais risquée pourrait être négligée au profit d'un projet plus sûr mais moins innovant. À l'inverse, des capitaux trop abondants pourraient créer une inflation des valuations, comme on l'a vu dans la tech.
Les promoteurs de DEAL Team Six, comme Jay Rogers dans RealClearDefense, répondent que le système actuel est tellement inefficace que seule l'injection de capital-risque peut sauver la base industrielle. Le trade-off est clair : rapidité et efficacité contre transparence et contrôle démocratique.
Le débat est loin d'être tranché. Mais une chose est sûre : la guerre du XXIe siècle ne se gagnera pas seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans les salles de marché.
Le deal flow de la guerre : implications pour la France et l'Europe
DEAL Team Six n'est pas qu'une affaire américaine. Les 200 milliards de la cellule ne se limiteront pas aux frontières des États-Unis. La chasse aux technologies duales — IA, drones, deep tech — est mondiale. Les start-up européennes de la défense risquent d'être rachetées par les fonds américains, avec le soutien du Pentagone.
Pour la France et l'Europe, la question est existentielle. Peut-on laisser Wall Street dicter sa loi dans le secteur de la défense ? Et si oui, que reste-t-il de l'autonomie stratégique européenne ?
Les pépites européennes de la défense dans le viseur de DEAL Team Six
Les 200 milliards de DEAL Team Six ne seront pas investis uniquement aux États-Unis. La cellule est habilitée à prendre des participations dans des entreprises étrangères, à condition qu'elles contribuent à la sécurité nationale américaine. Les start-up européennes de la défense, souvent innovantes mais sous-capitalisées, sont des cibles idéales.
Le scénario est le suivant : une jeune pousse française développe une technologie de drone révolutionnaire. DEAL Team Six lui propose un financement massif, des contrats long terme, et un accès au marché américain. En échange, l'entreprise passe sous contrôle américain. La technologie, développée en France, sert d'abord l'armée américaine, puis éventuellement les armées européennes.
Ce n'est pas de la science-fiction. C'est exactement ce qui s'est passé avec les start-up israéliennes de la cybersécurité, rachetées les unes après les autres par des fonds américains. La différence, c'est que DEAL Team Six a les moyens d'accélérer ce processus à une échelle industrielle.
Face à Wall Street, Bercy et le ministère des Armées peuvent-ils riposter ?
Les outils français existent : Bpifrance, le fonds Definvest, les commandes publiques. Mais comparés au « bazooka » de 200 milliards de DEAL Team Six, ils font figure de pétards mouillés. Definvest, lancé en 2021, dispose de quelques centaines de millions d'euros. L'écart est abyssal.
L'Europe pourrait-elle créer son propre « shadow banking de la défense » ? La piste d'un fonds souverain européen dédié à la défense est évoquée, mais les obstacles sont nombreux. Les désaccords politiques entre États membres, les contraintes réglementaires, et l'absence de culture du capital-risque dans la défense européenne freinent toute initiative ambitieuse.
Pendant ce temps, les États-Unis avancent à toute vitesse. Le Pentagone a déjà sollicité des constructeurs automobiles comme Ford et GM pour produire des armes, montrant que le modèle DEAL Team Six n'est pas un gadget mais une stratégie industrielle cohérente. La France et l'Europe doivent répondre, ou accepter de devenir des clients captifs de la technologie militaire américaine.
Le F-35 et la dépendance : quand le partenaire américain devient un actionnaire prédateur
Le F-35 est le symbole de cette dépendance. La France a choisi de ne pas acheter l'avion, mais de nombreux pays européens — Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas, Norvège, Belgique, Danemark, Pologne — en sont équipés. La technologie est verrouillée, la maintenance est captive, et les États-Unis contrôlent les mises à jour logicielles.
Avec DEAL Team Six, cette logique s'étend à tout l'écosystème des start-up. Le partenaire américain n'est plus seulement un fournisseur d'armes, il devient un actionnaire des industries européennes de défense. La question de l'autonomie stratégique européenne se pose avec une acuité nouvelle.
Les États-Unis, cette superpuissance qui n'a pas réussi à gagner la guerre contre l'Iran, semblent pourtant vulnérables. L'analyse de ce conflit montre que la puissance militaire ne suffit pas. Mais DEAL Team Six change la donne : il ne s'agit plus seulement de puissance militaire, mais de puissance financière et industrielle.
Conclusion : DEAL Team Six, le triomphe du deal-maker ou la fin du contrôle démocratique ?
DEAL Team Six incarne une tension fondamentale. D'un côté, la face modernisatrice : une bouffée d'air frais financier qui casse les monopoles, accélère l'innovation et met fin aux dépassements budgétaires. Le F-35, symbole de l'inefficacité chronique du Pentagone, pourrait enfin voir ses coûts maîtrisés. Les start-up de la défense, asphyxiées par la bureaucratie, pourraient trouver les financements dont elles ont besoin.
De l'autre côté, la face opaque : une privatisation rampante de la politique de défense, un conflit d'intérêts géant avec Cerberus, et un Congrès bafoué qui perd son pouvoir de contrôle budgétaire. La lettre d'Elizabeth Warren et de ses collègues n'est que le début d'une bataille politique qui promet d'être violente.
Ce « shadow banking de la guerre » pourrait bien être le nouveau modèle de puissance pour le XXIe siècle. Les États-Unis ont compris que la guerre moderne se gagne aussi dans les salles de marché, les fonds d'investissement et les chaînes d'approvisionnement mondiales. La Chine l'a compris depuis longtemps. L'Europe, elle, regarde le train passer.
La question de l'équilibre entre efficacité et démocratie reste entière. Peut-on confier la sécurité nationale à des banquiers sans renoncer au contrôle démocratique ? Peut-on rivaliser avec la Chine sans adopter ses méthodes ? La France et l'Europe doivent méditer ces questions de toute urgence, car DEAL Team Six n'est pas une anomalie temporaire : c'est le nouveau visage de la puissance américaine.