Cour d'honneur du Palais de l'Élysée lors de la Grande Exposition du Fabriqué en France.
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Le Grand Ménage de l'Élysée : Fin de Règne et Reconversion des Macronistes

À un an de la fin du mandat, l'Élysée vide ses bureaux : entre recasages stratégiques et exode vers le privé, découvrez les enjeux de cette fin de règne et le grand ménage des conseillers macronistes.

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Nous sommes le samedi 28 février 2026. Alors que l'attention médiatique se focalise sur les ajustements gouvernementaux, une mutation bien plus profonde et silencieuse s'opère dans l'ombre du palais présidentiel. À un an du terme du mandat, l'état-major d'Emmanuel Macron vit ses dernières heures sous sa forme actuelle. Une véritable opération de « grand ménage » a débuté, révélant les stratégies de reconversion d'une génération entière de conseillers qui anticipent activement leur vie après 2027. Ce ballet des partances, orchestré entre négociations discrètes et nominations symboliques, signe la fin d'un cycle politique intense. Pour les citoyens, et particulièrement les jeunes générations, c'est une plongée édifiante dans les réalités concrètes de la mécanique du pouvoir, là où les carrières individuelles et l'intérêt général entrent parfois en collision. 

Cour d'honneur du Palais de l'Élysée lors de la Grande Exposition du Fabriqué en France.
Cour d'honneur du Palais de l'Élysée lors de la Grande Exposition du Fabriqué en France. — Arthur Crbz / CC BY-SA 4.0 / (source)

L'Électrochoc Médiatique et les Premiers Mouvements Concrets

Le mouvement a été officialisé par une révélation de presse qui a agi comme un électrochoc dans les cercles du pouvoir parisiens. Cette information a mis en lumière un phénomène structurel qui dépasse le simple remaniement ministériel pour toucher au cœur même de l'appareil présidentiel et à sa pérennité, révélant une dynamique de fin de règne.

L'article fondateur du Figaro

Emmanuel Macron et son équipe lors d'une conférence de presse.
Emmanuel Macron et son équipe lors d'une conférence de presse. — (source)

Le point de départ médiatique de cette affaire est un article exclusif du Figaro publié le 17 février 2026, intitulé « Le vrai remaniement est à l’Élysée ». Cet article, que vous pouvez consulter ici, a révélé que plusieurs hauts gradés du cabinet présidentiel étaient cités pour des postes extérieurs au Palais, à commencer par le secrétaire général Emmanuel Moulin. La formule choc du titre résumait parfaitement la situation : alors que l'attention publique était braquée sur un possible remaniement gouvernemental, c'est au cœur même de la présidence que les changements les plus stratégiques et durables se préparaient. Le journal décrivait l'Élysée comme une « gare de triage politique », un terme qui a immédiatement fait florès, cristallisant l'idée d'une institution en phase de transition accélérée, où chaque collaborateur évalue sa valeur sur le marché.

La nomination symbolique d'Anne-Claire Legendre

Le premier mouvement concret, cité comme le coup d'envoi de ce « grand mercato », a été la nomination d'Anne-Claire Legendre à la présidence de l'Institut du monde arabe (IMA). Jusque-là conseillère Afrique du Nord et Moyen-Orient à la cellule diplomatique de l'Élysée, cette diplomate a succédé à Jack Lang. Comme le rapportait l'article du Figaro, il s'agit d'une nomination entérinée par le conseil d'administration de l'IMA, proposée par le Quai d'Orsay, mais unanimement perçue comme une manœuvre d'Emmanuel Macron pour placer une fidèle dans une institution culturelle prestigieuse et internationale. Ce départ a ouvert symboliquement les vannes, confirmant que la course aux places était officiellement lancée. Il a également attisé les critiques récurrentes sur les « recasages » de proches du chef de l'État dans des sinécures perçues comme confortables, un débat récurrent sur l'entre-soi des élites.

Le contexte inéluctable de la fin de règne

Emmanuel Macron en déplacement officiel.
Emmanuel Macron en déplacement officiel. — (source)

Ces mouvements s'inscrivent dans le calendrier implacable de la vie politique française. À exactement un an de la fin du second quinquennat, la campagne présidentielle rampante commence déjà à influencer tous les comportements. Pour les conseillers, l'équation est simple et brutale : leur emploi au palais a une date de péremption fixée au printemps 2027. L'information du Figaro a donc simplement officialisé une course aux places qui se déroulait déjà en coulisses depuis plusieurs mois. Elle a mis en lumière la prise de conscience collective au sein du palais : le temps est venu de monnayer son capital politique, relationnel et administratif accumulé sur près d'une décennie, avant que le pouvoir ne change potentiellement de mains et que cette valeur ne s'érode.

Le Secrétaire Général, Pilote d'une Transition Périlleuse

Au centre de ce dispositif de transition se trouve la figure du secrétaire général de l'Élysée. Ce poste clé est non seulement concerné par les départs, mais il est aussi chargé d'orchestrer cette période délicate sans affaiblir l'exécutif, un exercice d'équilibriste de haute voltige qui définira l'efficacité des derniers mois du mandat.

Emmanuel Moulin, un gestionnaire en sursis

Emmanuel Macron lors de son adresse aux Français pour les vœux 2024.
Emmanuel Macron lors de son adresse aux Français pour les vœux 2024. — (source)

L'actuel secrétaire général, Emmanuel Moulin, est lui-même cité parmi les personnalités susceptibles de quitter le navire dans les prochains mois. Nommé en avril 2025 pour succéder à Alexis Kohler, sa mission est paradoxale et complexe : gérer les départs de ses collègues et subordonnés tout en maintenant la machine présidentielle opérationnelle. Son rôle consiste à trouver un équilibre subtil entre la nécessaire reconversion des talents – une forme de devoir moral envers des collaborateurs loyaux – et la continuité ininterrompue de l'action de l'État. C'est une gageure de taille, car comment garder une équipe motivée et performante lorsque chaque membre sait que son contrat arrive à échéance fixe et que la concurrence pour les bonnes places a déjà commencé ?

L'ombre portée du départ d'Alexis Kohler

Le parcours du prédécesseur d'Emmanuel Moulin plane comme un modèle et une source d'inspiration pour beaucoup au sein du palais. Alexis Kohler, bras droit historique d'Emmanuel Macron pendant huit ans, a quitté ses fonctions en avril 2025 pour rejoindre la Société Générale en tant que directeur général adjoint, présidant notamment la banque d'investissement. Ce départ vers la haute finance avait sonné comme un signal extrêmement fort pour toute une génération. Il a démontré, de manière presque pédagogique, la valeur marchande exceptionnelle de l'expérience et du réseau acquis au plus près du Président de la République. Il a tracé une voie royale, et très lucrative, vers le secteur privé. Ce précédent prestigieux influence incontestablement les aspirations et les négociations de la génération actuelle de conseillers, qui y voient un plafond de verre brisé.

La gestion périlleuse d'un double agenda

Emmanuel Macron lors de l'annonce de son rendez-vous avec la nation en janvier 2024.
Emmanuel Macron lors de l'annonce de son rendez-vous avec la nation en janvier 2024. — (source)

La tâche du secrétaire général est compliquée par un agenda politique surchargé et potentiellement conflictuel. D'un côté, le Premier ministre Sébastien Lecornu préparait, en lien avec l'Élysée, un « ajustement » de son gouvernement. De l'autre, le palais présidentiel devait gérer son propre remaniement de l'ombre. Le timing gouvernemental était soumis aux aléas parlementaires, notamment une possible motion de censure du Rassemblement national sur la feuille de route énergétique du pays. Comme le rapportait le Figaro dans un autre article, ce remaniement était attendu au plus tôt pour la mi-semaine suivante, dans l'attente de la discussion de cette motion. Cette incertitude parlementaire illustre la complexité de gouverner en fin de mandat, où chaque décision est scrutée à l'aune de la campagne à venir. À l'Élysée, en revanche, le temps est dicté par les stratégies individuelles et l'approbation discrète du président, créant une dynamique parallèle, moins visible mais tout aussi cruciale pour l'avenir des personnes et des institutions.

Le Portrait d'une Génération de Jeunes Technocrates en Mouvement

Les départs actuels ne concernent pas les vieux barons de la politique, mais une génération spécifique qui a émergé avec le macronisme et en a été le fer de lance. Leur jeunesse, leur profil et leur parcours façonnent directement leurs choix de reconversion et les défis spécifiques auxquels ils font face, dessinant les contours d'une élite en transition.

Le profil type du « Macron's boy » en fin de contrat

Les conseillers concernés par cette vague de départs sont majoritairement des trentenaires et quadragénaires. Ce sont souvent des produits des filières d'élite de la République, passés par l'ENA (ou son successeur l'INSP), Sciences Po Paris, ou les grands corps de l'État. Ils ont gravi les échelons à une vitesse fulgurante, portés par la dynamique du mouvement présidentiel. À 30 ou 35 ans, ils se sont retrouvés à la tête de dossiers stratégiques nationaux, une expérience rare et intense. Leur force réside dans leur énergie, leur maîtrise des codes numériques et une vision technocratique moins encrassée, selon eux, par les vieilles habitudes. Cependant, cette jeunesse engendre aussi une précarité professionnelle post-mandat, car contrairement aux élus, ils n'ont souvent aucune assise électorale locale. Tout leur capital est immatériel : expertise, réseau, connaissance des dossiers.

L'ascension express de David Amiel

Emmanuel Macron lors d'une apparition publique.
Emmanuel Macron lors d'une apparition publique. — (source)

La trajectoire de David Amiel illustre parfaitement cette fluidité et cette accélération des carrières au sein de l'orbite macronienne. Âgé de seulement 33 ans, ce discret compagnon de route du chef de l'État a été propulsé, le 22 février 2026, au poste de ministre de l'Action et des Comptes publics. Il remplace Amélie de Montchalin, elle-même partie pour la Cour des comptes. Comme le détaillait le Figaro dans un portrait dédié, cette nomination rapide, intervenue même avant le remaniement gouvernemental complet, montre la volonté de l'Élysée de ne pas laisser de vide au Bercy. Pour David Amiel, c'est un tremplin ultime : piloter le dernier budget du quinquennat est une expérience ministérielle inestimable qui alourdira considérablement son CV, que son avenir soit politique ou privé. Dans une déclaration sur les réseaux sociaux, le nouveau ministre a salué « un immense honneur » et a fixé ses priorités : exécuter la baisse du déficit et préparer le prochain budget.

Les limites inhérentes au modèle technocratique

Le parcours de ces jeunes conseillers révèle aussi les failles et les paradoxes d'un système. Leur expertise est immense sur le fonctionnement interne de l'État, sur les processus décisionnels et les arcanes administratifs. Cependant, elle est parfois perçue comme déconnectée des réalités économiques et sociales du terrain, un reproche récurrent fait à la « start-up nation ». Leur reconversion pose ainsi une question fondamentale : quelle est la valeur réelle d'une expérience exclusivement acquise dans les coulisses du pouvoir central ? Sans réseau électoral ou ancrage territorial, leur capital est presque entièrement relationnel et institutionnel. Cette situation les pousse naturellement, presque mécaniquement, vers des débouchés où ce carnet d'adresses et cette connaissance intime des coulisses ont une valeur directement monnayable : le conseil en stratégie, les affaires publiques (public affairs), la régulation et la haute administration parapublique.

L'Exode Vers le Secteur Privé : Un Système Bien Huilé et Ses Débats

La destination la plus courue, et la plus lucrative, par les conseillers en partance est sans la moindre ambiguïté le monde des affaires. Cette migration massive des élites administratives vers le privé est un phénomène structurel qui dépasse le seul macronisme, mais qui atteint son paroxysme en cette fin de règne, créant un véritable marché des compétences gouvernementales qui interroge la santé démocratique.

Le système des « portes tournantes » quantifié

Ce mouvement est souvent désigné par l'expression anglaise « revolving doors » ou « portes tournantes ». Elle décrit parfaitement la circulation fluide, et parfois inquiétante, des individus entre les hautes sphères de l'État et les conseils d'administration ou les directions stratégiques des grandes entreprises. Une enquête fouillée de l'association Multinationales.org a récemment quantifié l'ampleur de ce phénomène sous le quinquennat Macron. Selon leur rapport, plus de la moitié des anciens ministres et secrétaires d'État d'Emmanuel Macron (soit 27 personnalités sur 53) ont rejoint le secteur privé après avoir quitté le gouvernement. Cette tendance lourde dessine désormais une norme de carrière presque attendue pour la haute fonction publique française, brouillant les frontières entre service public et intérêts privés.

L'économie discrète du conseil en stratégie

Concrètement, la plupart de ces anciens cadres créent leur propre société de « conseil » ou rejoignent des cabinets de conseil en stratégie et en affaires publiques existants, souvent anglo-saxons. Cette activité, menée avec une grande discrétion et loin des projecteurs médiatiques, leur permet de monnayer deux actifs principaux : leur expertise pointue, quasi technique, sur le fonctionnement des institutions et, surtout, leur carnet d'adresses exceptionnel, nourri pendant des années. Pour une multinationale, embaucher un ancien conseiller de l'Élysée, c'est s'offrir un accès privilégié, informel, aux réseaux décisionnels et une capacité précieuse à décrypter, voire à anticiper, les évolutions législatives et réglementaires. La rémunération dans ce secteur – qui peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros par an – est sans commune mesure avec les salaires de la fonction publique, attisant considérablement l'attractivité de cette voie. 

Emmanuel Macron et une collaboratrice lors d'un événement public.
Emmanuel Macron et une collaboratrice lors d'un événement public. — (source)

Les questions éthiques et démocratiques brûlantes

Cette dynamique soulève naturellement des interrogations profondes sur les conflits d'intérêts, la déontologie et la santé même de la démocratie. Une interrogation centrale émerge : un conseiller ou un ministre qui prépare activement son avenir dans un secteur d'activité particulier (l'énergie, la finance, la tech) est-il toujours totalement impartial lorsqu'il travaille, dans les derniers mois de son mandat, sur des dossiers réglementaires touchant ce même secteur ? Le risque de « réglementation capturée » – où la loi et les normes sont influencées en amont par les intérêts des futurs employeurs – est réel et préoccupant. Ces transitions s'opèrent souvent dans une opacité relative, échappant à un contrôle public strict et à des périodes de carence (cooling-off periods) contraignantes, ce qui alimente un sentiment de défiance chez de nombreux citoyens envers une élite perçue comme se servant elle-même et organisant son propre parachute doré.

Le Gouvernement en Attente : Un Remaniement Bloqué par la Politique

Alors que l'Élysée organise son « grand ménage » interne, le gouvernement de Sébastien Lecornu est également en pleine ébullition. Ce double mouvement crée une situation inédite où deux niveaux de l'exécutif sont en transition simultanée, l'un discrètement, l'autre sous le feu des projecteurs médiatiques.

Les départs annoncés de trois ministres

Selon les informations concordantes rapportées par Le Figaro, au moins trois ministres sont sur le départ. Rachida Dati, ministre de la Culture, est candidate à la mairie de Paris. Amélie de Montchalin, ministre du Budget, est nommée à la Cour des comptes. Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre chargée de l'Autonomie et des Personnes handicapées, souhaite retrouver son siège de députée. Ces départs programmés obligent à un rééquilibrage de l'équipe gouvernementale, un exercice toujours sensible qui peut être perçu comme un signe de faiblesse ou d'essoufflement à un an de la fin du mandat.

Le calendrier bloqué par une motion de censure

Le remaniement gouvernemental, initialement prévu pour la fin de la semaine du 21 février, a été reporté. L'entourage du Premier ministre a indiqué que Sébastien Lecornu « attend de savoir quand sera discuté l'éventuelle motion de censure du Rassemblement national » et que « par respect pour le Parlement, on ne va pas modifier le gouvernement avant ». Cette motion, portant sur la feuille de route énergétique du pays récemment fixée par décret, pourrait être déposée par le RN dès le lundi suivant les informations, entraînant un examen dans l'hémicycle le mercredi au plus tôt. Ce blocage illustre la difficulté de gouverner en période de cohabitation et de fin de mandat, où chaque initiative politique est susceptible d'être instrumentalisée par l'opposition.

La promotion anticipée de David Amiel

Emmanuel Macron au Champ-de-Mars lors du rassemblement de ses troupes en avril 2022.
Emmanuel Macron au Champ-de-Mars lors du rassemblement de ses troupes en avril 2022. — (source)

Dans ce contexte d'incertitude, l'Élysée a choisi d'anticiper une nomination pour éviter un vide au Bercy. Ainsi, David Amiel a été nommé ministre de l'Action et des Comptes publics le dimanche 22 février, avant même le remaniement complet. Cette décision, prise « en amont de l'ajustement qui interviendra d'ici la fin du mois » selon les termes du Figaro, montre la volonté du palais de garder la main sur les postes clés, en particulier ceux liés aux finances publiques, et de ne pas laisser le Premier ministre seul maître du calendrier. Cette nomination rapide d'un fidèle du Président sur un ministère technique mais stratégique souligne la prééminence continue de l'Élysée sur Matignon, même en période de transition.

L'Impact sur l'Action de l'État Durant l'Année Décisive

Ce grand remaniement de l'ombre n'est pas un simple fait de société ; il a un impact direct et tangible sur la capacité de l'exécutif à gouverner, à décider et à mettre en œuvre sa politique durant les douze derniers mois cruciaux du mandat. La stabilité des équipes et la mémoire institutionnelle sont des atouts précieux qui risquent de se diluer au moment même où la concentration serait nécessaire.

Le spectre de l'hémiplégie administrative

Le fonctionnement efficace d'un État moderne et complexe repose en grande partie sur des relations humaines de confiance, une connaissance intime des dossiers accumulée sur la durée et une culture commune. Lorsque des conseillers clés, qui détiennent cette mémoire et ces relations, partent, c'est une partie de l'intelligence collective et de l'expertise accumulée qui disparaît avec eux. Cette perte peut concrètement ralentir la prise de décision, compliquer le suivi de dossiers techniques de long terme – comme la transition énergétique ou la politique industrielle – et fragiliser la réactivité de l'exécutif face à une crise imprévue. Le palais présidentiel risque alors de fonctionner en mode minimaliste de « gestion courante », évitant les sujets ambitieux, plutôt qu'en mode « projet transformateur » pour boucler le quinquennat.

L'effet paradoxal du renouvellement forcé

Certains analystes et acteurs politiques voient cependant une lueur positive, un effet paradoxal, dans ce renouvellement forcé des équipes. L'arrivée de nouveaux visages, moins marqués psychologiquement par les batailles usantes, les échecs et les compromis des cinq premières années, pourrait insuffler une nouvelle énergie, un regard neuf et des idées fraîches dans des dossiers enlisés. Ce renouvellement pourrait briser une certaine routine, un essoufflement ou un cynisme qui guette inévitablement toute équipe au pouvoir depuis longtemps. Le défi pour le secrétariat général de l'Élysée sera de réussir une transition fluide et organisée, où les nouveaux arrivants sont formés, briefés et intégrés rapidement par ceux qui partent, préservant ainsi une forme de continuité et évitant les erreurs de débutants sur des sujets sensibles.

L'équation insoluble de la motivation finale

Le principal défi managérial, et peut-être le plus insoluble, est de maintenir la motivation, l'engagement et le dévouement d'une équipe dont chaque membre a, mentalement et concrètement, un pied dehors. Comment demander à un conseiller de travailler nuit et jour, avec une abnégation totale, sur un projet structurant dont il ne verra très probablement pas l'aboutissement, alors qu'il négocie simultanément, par téléphone et lors de déjeuners discrets, les termes de son avenir dans un cabinet de conseil luxueux ou une multinationale ? La tentation omniprésente du « pantouflage » – le passage au privé – peut distraire l'attention des priorités nationales. La loyauté finale de chacun sera sévèrement testée dans les mois à venir, tiraillée entre l'attachement émotionnel ou idéologique au projet présidentiel et la rationalité froide, mais compréhensible, de la carrière individuelle et de la sécurité financière familiale.

Une Fin de Règne Qui S'Inscrit Dans la Tradition Républicaine

Le phénomène observé avec une acuité particulière en 2026 n'est pas une nouveauté absolue ni une spécificité du macronisme. Il s'inscrit dans un schéma récurrent, presque rituel, des dernières années des mandats présidentiels sous la Cinquième République, même si le contexte actuel – hyper-présidentialisation, profil des conseillers, climat politique – lui donne une intensité et une visibilité nouvelles.

La classique « traversée du désert » administrative

Historiquement, la dernière année d'un président sortant, qu'il soit éligible ou non, est souvent marquée par une déliquescence progressive de son influence réelle et un affaiblissement organique de son équipe rapprochée. Les politologues parlent alors de « traversée du désert » administrative, une période où l'action est ralentie et où l'attention se porte déjà sur la succession. Les conseillers les plus ambitieux, les plus talentueux et les mieux connectés sont généralement les premiers à chercher à sécuriser leur avenir, laissant parfois les moins expérimentés, les moins mobiles ou les plus idéologues gérer les affaires courantes. Ce scénario, avec des variations d'ampleur, s'est produit pour la plupart des prédécesseurs d'Emmanuel Macron, de Valéry Giscard d'Estaing à François Hollande.

La singularité de l'hyper-présidentialisation macronienne

La particularité de la situation actuelle tient à la centralisation extrême du pouvoir à l'Élysée qui s'est accentuée depuis 2017. Le cabinet présidentiel est devenu le centre névralgique de toutes les décisions stratégiques, bien plus que Matignon, traditionnel lieu de la gestion gouvernementale. Cette concentration du pouvoir entre quelques mains dans le palais présidentiel a été une marque de fabrique du quinquennat. Par conséquent, un affaiblissement, une dispersion ou un déménagement de l'état-major de l'Élysée a un impact démultiplié sur l'ensemble de l'exécutif et sa capacité d'action. La « fuite des cerveaux » depuis ce centre est donc bien plus critique et dommageable que dans un système où le pouvoir est plus diffus, plus collégial ou plus partagé avec le Premier ministre. La machine Macron, très personnelle, verticale et reposant sur un cercle restreint, s'avère particulièrement vulnérable à l'érosion de son noyau dur.

La valse des repositionnements et des loyautés

Les périodes de fin de règne sont aussi traditionnellement propices aux intrigues, aux calculs savants et aux retournements de vestes anticipés. Chaque conseiller qui part emporte avec lui des informations confidentielles, des contacts précieux et une lecture intime des rapports de force, des faiblesses et des non-dits au sommet de l'État. Ces « Macron's boys » en devenir, une fois libérés de leur devoir de réserve, deviennent alors des acteurs très convoités par les prétendants à la succession de 2027, toutes familles politiques confondues. Leurs connaissances techniques et leur légitimité au sein de l'appareil d'État en font des atouts précieux pour structurer toute campagne sérieuse, contribuant à brouiller les lignes entre les camps politiques en formation et à accélérer la recomposition de l'échiquier politique. Leur parcours futur sera un indicateur clé des équilibres à venir.

Conclusion

En définitive, les chambardements en cours à l'Élysée dépassent largement le cadre d'un simple ajustement d'équipe. Ils matérialisent de manière concrète et palpable la fin inéluctable d'un cycle politique intense et l'amorce d'une vaste opération de reconversion professionnelle pour une génération entière de hauts fonctionnaires. Le départ de figures comme Anne-Claire Legendre et la perspective du départ d'Emmanuel Moulin ne sont que les signes avant-coureurs, les plus visibles, d'un exode plus large et silencieux vers le secteur privé et les institutions internationales, une migration motivée par la rationalité économique des carrières individuelles dans un monde globalisé.

Ce phénomène, bien que traditionnel, pose avec une acuité renouvelée la question cruciale de la continuité de l'État et de la capacité d'un président en bout de course à mener une action cohérente et ambitieuse jusqu'au dernier jour. Il interroge également, avec force, sur la santé démocratique d'un système où les passerelles entre le service public et les intérêts privés sont si fluides, si fréquentées et parfois si opaques. Pour les jeunes citoyens qui observent ce « grand ménage » de l'ombre, c'est une leçon de réalisme politique parfois brutale : elle révèle que la noble mécanique du pouvoir est aussi, inévitablement, faite de stratégies personnelles, de calculs d'avenir et de réseaux d'influence. Elle montre que ceux qui nous gouvernent préparent activement leur après, parfois bien avant que le mandat pour lequel ils ont été choisis ne soit officiellement terminé. Une certitude se dégage de ce mouvement : l'après-2027, avec son nouveau paysage politique et ses équilibres économiques, se prépare activement aujourd'hui dans les coulisses feutrées et les négociations discrètes de l'Élysée.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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