Alors que le monde entier compte les jours avant le coup d'envoi de la Coupe du monde 2026, une ombre sinistre s'étend sur les stades mexicains. L'événement sportif le plus attendu de la décennie, censé être une célébration de l'unité et de la joie, se transforme progressivement en un casse-tête sécuritaire d'une complexité inédite pour les autorités locales. Au-delà des traditionnels problèmes de logistique ou de hooliganisme, c'est une menace bien plus sombre et insidieuse qui inquiète désormais les services de renseignement : l'instrumentalisation potentielle de cette fête planétaire par le crime organisé transnational. L'ironie tragique est palpable, alors que des milliers de fans s'apprêtent à célébrer le beau jeu, les cartels pourraient utiliser cette marée humaine comme un écran de fumée pour déplacer leurs hommes et consolider leur pouvoir.
Mondial 2026 : la "Troie" latino et la peur de voir le football servir d'alibi
L'ambiance au Mexique est à contraster violemment. D'un côté, l'effervescence populaire grandit à l'approche du mondial coorganisé avec les États-Unis et le Canada ; de l'autre, une anxiété palpable saisit les forces de l'ordre. La peur n'est pas celle d'un désordre public ordinaire, mais celle d'une infiltration méthodique de l'ennemi intérieur par des acteurs étrangers puissants. Les cartels, ces entreprises criminelles ultra-sophistiquées, voient dans cet afflux massif de visiteurs une opportunité en or de brouiller les pistes et de renforcer leurs effectifs sous couvert d'euphorie sportive. Le risque existe que le maillot d'un supporter ne serve plus qu'à dissimuler une arme ou qu'un billet de match ne soit qu'un sésame pour trafiquer en toute impunité.

L'alerte rouge du 20 février 2026 : une frontière sous pression
Tout a basculé le 20 février 2026, date à laquelle Roberto Alarcon, coordinateur général stratégique de la sécurité de l'État de Jalisco, a brisé le silence en déclenchant une "alerte permanente". Ce n'était pas une simple mesure préventive administrative, mais la reconnaissance officielle d'une réalité opérationnelle déjà en cours sur le terrain. Lors de sa déclaration, Alarcon a confirmé que les services de sécurité avaient identifié et renvoyé dans leur pays plusieurs citoyens colombiens présents sur le sol mexicain, incapables de justifier les raisons de leur séjour dans la région. Ces expulsions ne sont pas anecdotiques ; elles signalent que le filtrage traditionnel aux frontières est déjà en train d'être mis à rude épreuve par des flux migratoires atypiques.
Cette situation met en lumière la vulnérabilité du système face à des individus déterminés qui ne cherchent pas à entrer clandestinement par les déserts ou les montagnes, mais qui utilisent les voies légales pour se fondre dans la masse. L'alerte lancée par Alarcon agit comme un signal d'alarme pour l'ensemble du réseau sécuritaire : l'infiltration n'est plus une hypothèse théorique discutée autour de tables de crise, c'est un phénomène actif qui exige une vigilance de tous les instants à l'approche de l'été. Les services de renseignement craignent que ces cas isolés ne soient que la pointe émergée d'un iceberg bien plus vaste.

Le piège des forfaits "tout compris" pour les hommes de main
La stratégie redoutée par les services de renseignement mexicains est d'une simplicité déconcertante et d'une efficacité redoutable. Selon les autorités, les membres des cartels et leurs mercenaires sud-américains ne tenteront pas la traversée périlleuse de la jungle ou du désert. Au lieu de cela, ils profiteront des mécanismes légaux du tourisme de masse pour entrer au Mexique. Les "forfaits touristiques", les packages de voyage officiels de la FIFA et les vols réguliers deviennent ainsi des vecteurs d'entrée potentiels pour des éléments dangereux.
Imaginez des milliers de voyageurs déferlant sur le pays, agitant des drapeaux, vêtus des couleurs de leur équipe et armés de forfaits tout compris pour les matchs. Dans cette marée humaine, les policiers et les douaniers, dépassés par le nombre, sont incapables de scrutiniser chaque individu, permettant à ces visiteurs particuliers de se fondre dans la foule. Pourtant, au milieu de cet enthousiasme sportif, un mercenaire endurci pourrait facilement exploiter ce chaos comme camouflage. C'est l'arme ultime du "Cheval de Troie" : utiliser les infrastructures mêmes de la fête mondiale pour introduire au cœur du territoire les acteurs d'une guerre sans merci. Le risque est que l'engouement légitime pour le football serve involontairement d'alibi parfait à des opérations criminelles complexes.

La professionnalisation de la menace
Ce qui inquiète le plus les autorités, c'est la nature des hommes qui pourraient franchir la frontière. On ne parle plus de simples recrues de base, mais de spécialistes. Les informations recueillies suggèrent que des profils militaires hautement qualifiés pourraient être intégrés aux groupes de supporters. Ces individus possèdent des compétences en tactique, en logistique et en armement qui dépassent largement le savoir-faire habituel des gangs de rue. L'objectif pour les cartels est de bénéficier d'une expertise extérieure pour mener des opérations plus sophistiquées, que ce soit pour le trafic ou pour des actions de intimidation vis-à-vis de leurs rivaux.
L'enjeu pour les services de sécurité est donc immense : comment distinguer le fanatique du football du mercenaire professionnel lorsque tous deux portent le même maillot et chantent le même hymne ? La frontière entre le tourisme de masse et la criminalité organisée n'a jamais été aussi poreuse. C'est cette porosité qui nourrit l'angoisse des autorités mexicaines, conscients que les contrôles douaniers classiques ne suffiront pas à stopper une infiltration aussi subtile.
Après la mort d'El Mencho : le Jalisco en état de siège
Pour comprendre l'intensité de la peur actuelle, il faut la replacer dans le contexte de l'explosion de violence qui a secoué le Mexique fin février. L'élimination de Nemesio Rubén Oseguera Cervantes, alias El Mencho, le puissant chef du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), par l'armée mexicaine le 23 février 2026, a agi comme un détonateur. Loin de calmer le jeu, cette opération militaire majeure a plongé l'État du Jalisco, fief du cartel, dans un chaos total. Ce qui n'était que des craintes sécuritaires abstraites s'est soudainement matérialisé par des scènes de guerre urbaine, rappelant à tous que la menace est bien réelle, tangible et sanglante.
Guadalajara sous les hélicoptères : une ville fantôme avant l'heure
La ville de Guadalajara, pourtant future vitrine du mondial et hôte de matchs cruciaux, s'est transformée en une ville fantôme au lendemain de la mort du baron de la drogue. Le contraste était saisissant entre les stades prêts à accueillir le monde et les rues désertées par la peur. Les témoignages des habitants sont poignants et révélateurs de l'atmosphère lourde qui plane sur la métropole. Mia Rios, une habitante de 31 ans, résumait la situation à sa manière : "On est calfeutrés. On n'entend que les hélicoptères qui tournent au-dessus de nos têtes."
La violence de représailles a été immédiate et brutale. Suite à l'opération militaire, près de cent routes principales ont été bloquées par des véhicules en flammes, des bus ont été détournés et incendiés, et des bases de la garde nationale ont été prises pour cible. C'est dans ce décor apocalyptique que se préparent les rencontres internationales. Guadalajara, qui doit accueillir des équipes comme l'Espagne et l'Uruguay, ressemble aujourd'hui moins à une ville de fête qu'à un champ de bataille en attente de la prochaine trêve. Les images de barricades enflammées et de rues vides contrastent violemment avec les promotions touristiques vantant la chaleur mexicaine.

La théorie des répliques sismiques du crime organisé
La mort d'un chef de cartel ne marque jamais la fin de la violence, mais plutôt le début d'une période d'instabilité imprévisible. Juan Diego Suarez, un commerçant de Guadalajara, a utilisé une métaphore frappante pour décrire la situation aux journalistes : selon lui, la disparition d'El Mencho ne signe pas l'arrêt de mort de l'organisation. Il compare plutôt l'événement à un séisme majeur : après le choc principal, il y a toujours des répliques sismiques que l'on ressent dans les jours ou les semaines qui suivent, sans que personne ne puisse prédire leur ampleur exacte.
Cette théorie des "répliques sismiques" est au cœur des préoccupations des autorités. L'arrestation d'ex-militaires colombiens dans le Michoacan voisin en juin 2025 avait déjà sonné l'alarme quant à la professionnalisation des échanges entre cartels. Elle prouvait l'existence d'une alliance troublante entre les syndicats criminels locaux et des mercenaires sud-américains hautement qualifiés. Aujourd'hui, le CJNG, privé de son leader historique, pourrait être tenté de faire appel à ces "spécialistes" étrangers pour sécuriser ses territoires ou mener des guerres de succession, justifiant la peur d'un afflux massif d'éléments dangereux pour le Mondial.
Un vide de pouvoir propice à l'instabilité
La succession au sein des cartels est rarement pacifique. L'élimination d'un chef aussi charismatique et puissant qu'El Mencho laisse un vide de pouvoir que plusieurs lieutenants vont vouloir combler. Cette lutte intestine pour le contrôle du territoire du Jalisco est particulièrement dangereuse pour les civils et, par extension, pour les touristes étrangers. Chaque faction va vouloir prouver sa force et sa capacité à tenir le pavé, ce qui pourrait se traduire par une augmentation des actes de violence dans les espaces publics.
Les forces de l'ordre mexicaines, déjà mobilisées à l'extrême pour garantir la sécurité du Mondial, se retrouvent prises en étau. Elles doivent à la fois contenir cette guerre des gangs qui éclate en plein jour et maintenir un visage rassurant pour la communauté internationale. C'est un équilibre précaire qui risque de se rompre sous la pression des événements si la "réplique sismique" s'avère plus violente que le séisme initial.

Le business plan des cartels : quand la drogue finance la terreur sportive
Il serait naïf de croire que les cartels s'intéressent au Mondial uniquement pour le chaos. Comme le soulignait une enquête du Monde sur le cartel de Sinaloa, ces organisations fonctionnent comme de véritables multinationales avec des stratégies économiques à long terme, ce qu'on pourrait appeler leur "business plan". La Coupe du monde n'est donc pas seulement une cible, c'est un marché juteux et une vitrine exceptionnelle pour afficher leur puissance. L'objectif est double : garantir la continuité du trafic malgré la surveillance accrue et utiliser l'événement pour marquer des points territoriaux.
De Buenaventura à Guadalajara : l'autoroute de la cocaïne
Pour comprendre la provenance de la menace, il faut tracer une ligne imaginaire mais réelle entre le port de Buenaventura, en Colombie, et Guadalajara, au Mexique. Buenaventura, décrit par le journal Le Monde comme un "petit morceau d'État-voyou", est le principal port de la Colombie sur le Pacifique. C'est un endroit où la loi est absente, où les narcotrafiquants, les contrebandiers et les criminels règnent en maîtres sur des flux de drogues et d'armes. En 2013, la ville a été le théâtre d'atrocités telles que des démembrements, illustrant le niveau de violence endémique qui y règne. C'est de ce port stratégique que partent les cargaisons de cocaïne vers le nord, mais aussi, potentiellement, des hommes.
Le désarmement des FARC, le groupe guérillero colombien, a créé un vide de pouvoir et une armée de combattants désormais sans emploi mais avec un savoir-faire militaire redoutable. Face à la diminution des budgets de l'armée colombienne régulière, ces hommes sont une ressource bon marché pour les cartels mexicains comme le CJNG. Le recrutement de mercenaires colombiens offre une expertise en guérilla et en tactique militaire que les gangs locaux n'ont pas toujours, transformant les conflits internes en véritables guerres d'armée. La route de la drogue est devenue une autoroute à double sens : la cocaïne va au nord, et la technologie de la guerre revient vers le sud.
Le Mondial comme vitrine de puissance pour le CJNG

Au-delà de l'aspect purement logistique, infiltrer l'événement sportif planétaire répond à une logique de communication et de marketing politique criminel. Pour le Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), le Mondial est une occasion unique de montrer au monde entier, et surtout à ses rivaux nationaux, qu'il contrôle le territoire. Si le cartel parvient à faire entendre sa voix, ou pire, à perturber l'organisation pendant que les yeux du monde sont braqués sur le Jalisco, il envoie un message sans équivoque : il est plus puissant que l'État mexicain.
C'est une forme de démonstration de force brutale. Le but n'est pas nécessairement de faire des victimes parmi les touristes, ce qui serait contre-productif, mais de montrer une capacité de nuisance totale. Paralyser une ville hôte, faire diversion pendant des opérations de trafic, ou simplement imposer sa loi dans des zones de non-droit à quelques kilomètres des stades, tout cela participe à la construction d'une image de marque invincible. Le Mondial devient alors l'arrière-plan d'une guerre de territoire que se livrent les cartels, avec l'État mexicain pris en étau entre l'impératif de sécurité et la nécessité de donner une image positive au monde.
L'économie de la peur
Il ne faut pas oublier que la peur elle-même est une monnaie d'échange précieuse pour les cartels. En semant le doute quant à la sécurité du Mondial, ils parviennent à influencer les politiques publiques. Le gouvernement est contraint de déplacer des ressources considérables vers la sécurisation des sites touristiques, laissant ainsi d'autres zones, comme les routes de trafic, moins surveillées. C'est une diversion tactique classique mais redoutablement efficace.
Plus la crainte de l'attentat ou de l'affrontement est grande, plus les médias se focalisent sur le risque sécuritaire, et moins l'attention est portée sur les opérations de police en cours ailleurs dans le pays. Les cartels jouent ainsi sur plusieurs tableaux : ils profitent du flux de visiteurs pour blanchir de l'argent via le tourisme, profitent des failles dans la surveillance pour trafiquer, et utilisent l'événement pour gagner en prestige politique au sein du milieu criminel.
Supporters français : entre euphorie des bleus et zones d'interdiction
Pour le supporter français qui rêve de suivre les Bleus ou d'assister aux matchs de poule dans les villes mexicaines, la situation exige un changement radical de paradigme. Le voyage ne sera pas une simple aventure touristique, mais une expédition nécessitant une préparation militaire dans sa rigueur. Le risque n'est pas seulement de perdre son portefeuille dans une foule dense, mais de se retrouver pris au piège dans des affrontements entre cartels et forces de l'ordre, ou de pénétrer sans le savoir dans une zone de "non-droit" où la police n'ose plus s'aventurer.
Le stade Akonada comme forteresse : 2000 caméras pour un match
Face à cette menace, les autorités ont mis en place un dispositif de sécurité "exemplaire", pour reprendre le terme officiel, mais qui en dit long sur l'ampleur du danger. Pour le stade Akonada à Guadalajara, l'inventaire est impressionnant et effrayant : plus de 2000 caméras de surveillance, des drones permanents, des systèmes anti-drones pour sécuriser l'espace aérien, ainsi que des hélicoptères de surveillance. Un dispositif testé lors du match amical Mexique-Islande à Querétaro, où six anneaux de sécurité avaient été déployés autour de l'enceinte sportive, créant une bulle hermétique autour du terrain.
Cependant, cette forteresse technologique soulève une question cruciale : le fan est-il en sécurité uniquement une fois assis dans son siège ? La bulle de sécurité du stade risque de créer un sentiment trompeur d'invulnérabilité. Le danger résidera principalement dans les "zones grises" : les parkings éloignés, les stations de transport en commun, les quartiers périphériques et les axes routiers reliant les hôtels aux stades. L'expérience du supporter en 2026 ressemblera peut-être à une navette sécurisée entre une prison hôtelière et un bunker stade, sans possibilité d'immersion réelle dans le pays local. Le contraste sera rude entre l'ambiance festive à l'intérieur de l'arène et la tension militaire à l'extérieur.
L'épisode surréaliste de Querétaro : quand le match s'arrête pour des coups de feu
L'imprévisibilité de la violence au Mexique a été illustrée de manière dramatique lors d'un récent match de championnat local entre Necaxa et Querétaro. En plein milieu de la rencontre, alors que le ballon était en jeu, les joueuses et l'arbitre ont dû s'interrompre et courir se réfugier dans les vestiaires. La raison ? Des coups de feu avaient été entendus aux abords immédiats du stade. Si la fédération a tenté de minimiser l'incident, cet épisode surréaliste agit comme un avertissement brutal.
Cet incident prouve que même les zones sécurisées ne sont pas à l'abri de débordements soudains. La violence au Mexique est diffuse et sporadique ; elle peut éclater n'importe où, n'importe quand, rendant la promesse d'une sécurité "totale" extrêmement périlleuse à tenir. Si de tels incidents peuvent survenir lors de rencontres de championnat classiques, loin des projecteurs du monde entier, qu'en sera-t-il lorsque des milliers de spectateurs envahiront les lieux ? C'est l'argument principal pour contrer les rassurances officielles : la sécurité absolue est un mythe, et la menace peut frapper n'importe où, y compris aux abords directs des stades.
Conseils aux voyageurs : ce que le MEAE ne dit pas toujours
Face à cette situation, les recommandations officielles des ministères des Affaires étrangères commencent à se durcir, mais souvent de manière diplomatique. Le MEAE français appelle par exemple les ressortissants présents dans l'État de Jalisco à faire preuve de la "plus grande prudence" et à rester confinés après les violences récentes. De son côté, l'Allemagne a mis à jour ses avis aux voyageurs, recommandant d'éviter les zones touchées, comme l'a souligné Christoph Ploss, coordinateur touristique du gouvernement allemand.

Pour le voyageur, cela se traduit par des règles de bon sens draconien : rester confiné dans les zones "mondialistes" balisées par l'organisation, éviter absolument tout déplacement nocturne non planifié, et surtout, ne jamais jouer au "touriste curieux" en s'aventurant dans des quartiers mal fréquentés au nom de l'authenticité. Le festival des fans, traditionnellement cœur vibrant des Coupes du monde, pourrait être fortement encadré, voire restreint, transformant l'expérience festive en une déambulation surveillée de proche en proche. La spontanéité, ennemie de la sécurité, sera de mise au banc des toutons pour cet été 2026.
Le spectre du Brésil 2014 : la menace du PCC et la "Coupe du monde de la terreur"
L'histoire offre un précédent troublant qui permet de nuancer la panique actuelle sans pour autant la minimiser. En 2014, le Brésil s'apprêtait à accueillir la Coupe du monde sous la menace directe du PCC (Premier Commando de la Capitale), le plus puissant gang criminel de Sao Paulo. Huit mois avant le coup d'envoi, en octobre 2013, le PCC avait promis de créer une "Coupe du monde de la terreur" avec des attaques qui "feraient oublier au monde le 11 septembre 2001".
Sao Paulo, octobre 2013 : quand le PCC promettait d'oublier le 11 septembre
Cette menace, proférée par une organisation qui contrôlait alors 135 des 152 prisons de l'État de Sao Paulo, avait plongé les autorités brésiliennes dans l'inquiétude la plus profonde. Le parallèle temporel avec la situation actuelle au Mexique est frappant : des menaces explicites émises quelques mois avant l'événement, utilisant la médiatisation mondiale pour faire pression sur l'État. Le PCC cherchait à utiliser le Mondial comme levier politique pour négocier des conditions de détention et démontrer sa capacité à paralyser le pays.
Cependant, contrairement aux craintes les plus sombres, le scénario catastrophe ne s'était pas matérialisé. La Coupe du monde 2014 s'était déroulée sans incident majeur attribuable directement au crime organisé. Les menaces s'étaient évaporées, laissant place à une relative sécurité sur les sites des compétitions. Ce précédent historique sert aujourd'hui de référence aux optimistes qui estiment que la rhétorique belliqueuse des cartels est souvent plus une stratégie de communication et de négociation qu'une véritable intention délibérée de détruire l'événement qui génère d'immenses flux d'argent liquide, utiles à l'économie parallèle.
De la menace verbale au silence armé : une leçon d'histoire ?
L'absence d'attaque en 2014 au Brésil doit-elle nous rassurer pour 2026 au Mexique ? L'analyse demande nuance. Si le but des cartels est de semer la psychose pour affirmer leur pouvoir, déclencher une attaque meurtrière contre des touristes internationaux serait contre-productif et isolerait les organisations criminelles sur la scène internationale, menaçant leurs intérêts économiques. Les menaces servent souvent à créer un climat de terreur favorable à leurs opérations de trafic, pendant que les forces de l'ordre sont distraites par la gestion de la foule.
Cependant, le contexte sécuritaire du Mexique en 2026 est d'une intensité et d'une nature bien différentes de celui du Brésil en 2014. La fragmentation des cartels mexicains, l'usage indiscriminé d'armes de guerre lourdes et la présence de mercenaires étrangers hautement qualifiés créent un cocktail explosif où la probabilité d'erreurs, de bavures ou de dérapages incontrôlés est bien plus élevée. Si la leçon du Brésil est que la menace peut être instrumentalisée sans être exécutée, la réalité mexicaine suggère que la violence, elle, ne négocie jamais vraiment, elle se contente de frapper là où elle peut. L'imprévisibilité reste le maître mot.
FIFA et politique : le déni face à l'évidence
Dans ce climat de tension extrême, le contraste entre le terrain et les sphères décisionnelles est saisissant. Tandis que les habitants de Guadalajara se calfeutrent chez eux et que les touristes hésitent, les discours officiels restent d'un optimisme désarçonnant. La communication de la FIFA et du gouvernement mexicain semble s'être accordée sur une stratégie commune : le déni face à l'évidence. Il est essentiel de comprendre pourquoi ces institutions persistent à affirmer que "tout va bien" malgré les preuves tangibles du contraire.
Infantino et Sheinbaum : le tandem de l'optimisme forcé
Gianni Infantino, le président de la FIFA, et Claudia Sheinbaum, la présidente du Mexique, forment un tandem détonnant par l'assurance de leurs déclarations. Infantino, s'exprimant depuis Barranquilla en Colombie, s'est dit "très rassuré" et a assuré que "tout va bien, ce sera spectaculaire". De son côté, Claudia Sheinbaum a balayé les inquiétudes d'un revers de main : "Il n'y a aucun risque" pour les visiteurs, a-t-elle affirmé, ajoutant que le pays cherche "la paix, pas la guerre".
Ces propos, prononcés depuis des bureaux climatisés et sécurisés, semblent venus d'une autre planète pour ceux qui vivent au quotidien la réalité de Jalisco. L'abîme entre ce discours lisse et institutionnel et la terreur exprimée par des citoyens comme Maria Dolores Aguirre, propriétaire d'une épicerie à Tapalpa, est total. Pour cette commerçante, "le gouvernement va devoir avoir beaucoup de sécurité", et l'impact sur le tourisme est déjà palpable. Tandis que la politique mise sur le spectacle et l'image, la population locale, elle, doit composer avec la survie au quotidien. Ce décalage nourrit la méfiance des observateurs internationaux qui peinent à croire à la promesse d'un événement sans accroc.
La planification de secours de la FIFA : mobilité des supporters en question
Pourtant, les fissures dans le mur du déni commencent à apparaître. En coulisses, la FIFA ne se berce pas d'illusions. L'instance dirigeante a demandé une révision complète des plans de sécurité et de transport au Mexique avant la Coupe du monde. Gianni Infantino lui-même a demandé d'examiner la question du trafic dans les trois villes hôtes pour garantir la mobilité des supporters, une reconnaissance implicite que la fluidité des déplacements est un point noir critique.

Si la FIFA revoit ses plans maintenant, c'est bien parce que la menace n'est pas prise à la légère en interne, malgré les déclarations publiques apaisantes. La mobilité entre les hôtels et les stades est devenue le principal casse-tête pour les organisateurs. Comment garantir des flux de personnes constants et rapides sur des routes qui sont régulièrement bloquées par des cartels en guerre ? La question reste sans réponse claire pour l'instant, et c'est dans cette incertitude que les milliers de supporters devront naviguer dès juin prochain. La nécessité de revoir la stratégie de transport prouve que l'institution est consciente que la sécurité statique ne suffit pas ; c'est la sécurité dynamique qui est désormais le talon d'Achille de cette Coupe du monde 2026.
Conclusion : Le match à hauts risques de l'été 2026
Alors que nous approchons de l'été 2026, la question qui hante les esprits n'est plus "L'équipe de France gagnera-t-elle ?", mais "Le Mondial aura-t-il lieu en toute sécurité ?". La réponse se situe probablement dans une zone grise, entre la paranoïa paralysante et l'optimisme aveugle. L'événement sportif se tiendra, c'est une certitude, mais l'expérience vécue par les supporters sera radicalement différente de celles des précédentes éditions.
Un voyage à risques calculés
Pour le supporter français qui hésite encore à faire le voyage, il faut accepter une réalité simple : les menaces sont réelles et avérées. Les faits sont là, des expulsions de ressortissants colombiens aux violences urbaines de Guadalajara. Cependant, l'arsenal sécuritaire déployé est lui aussi inédit dans l'histoire du football. L'expérience du supporter en 2026 au Mexique ressemblera moins à une fête populaire spontanée qu'à une visite dans une forteresse assiégée, où chaque déplacement est calculé et surveillé.
Le mot de la fin revient à l'expert David Saucedo, pour qui "il est difficile de garantir que le Mexique sera un pays sûr durant la Coupe du Monde". Garantir la sécurité totale est une illusion, restreindre les dangers est l'objectif ultime des autorités. Entre le déni officiel et la réalité des zones d'interdiction, chaque voyageur devra peser le pour et le contre : la magie du football vaut-elle le prix de la navigation dans une zone de conflit potentielle ? C'est le match à hauts risques que chacun devra jouer dans sa tête avant de réserver son billet.