L'instruction sur les comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle de 2017 est close. Quatre mises en examen pèsent désormais sur des proches et des structures liées à la campagne, pour des faits d'escroquerie, d'abus de biens sociaux, de faux et de prêt illicite de main-d'oeuvre. Le candidat lui-même n'est pas concerné.

Comment l'affaire a commencé
Tout part de deux signalements. En 2018, la CNCCFP (Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques) et Tracfin, la cellule française de renseignement financier, alertent le parquet de Paris. Une enquête préliminaire est ouverte, puis confiée à des juges d'instruction en novembre de la même année.
Le coeur du dossier : la justice soupçonne Mediascop, société de conseil en communication appartenant à la députée parisienne Sophia Chikirou, d'avoir surfacturé des prestations lors de la campagne présidentielle. Ces prestations, réglées par le compte de campagne, ouvraient droit à un remboursement par l'État. Il y a donc là une possible escroquerie au préjudice de l'argent public.
Les quatre mises en examen, une à une
Sophia Chikirou, députée LFI de Paris, a été mise en examen en septembre 2024 pour escroquerie aggravée, abus de biens sociaux et recel d'abus de confiance. Elle est la propriétaire de Mediascop, la société au centre du dossier.

L'Ère du peuple, association proche de La France insoumise, a été mise en examen en février 2022. Les poursuites ont été aggravées pour escroquerie et tentative d'escroquerie aggravée, ainsi que faux et usage de faux. L'association avait été créée pour soutenir l'activité politique de Mélenchon.
Bastien Lachaud, député LFI de Seine-Saint-Denis, a été mis en examen en septembre 2021. Il était salarié en 2017 en tant que trésorier de l'Ère du peuple. On lui reproche un prêt illicite de main-d'oeuvre, du faux, de l'escroquerie et une tentative d'escroquerie.
Mediascop elle-même est visée par les soupçons de surfacturation. Selon un rapport d'enquête de mai 2022 révélé par Mediapart, la rentabilité de la société est passée de 12 % pour la présidentielle 2012 à 22 % pour celle de 2017, un niveau décrit comme "supérieur" à celui d'entreprises similaires, même si les experts ont noté que la comparaison était "difficile". Un rapport d'expertise comptable mandaté par la justice a par ailleurs révélé que Sophia Chikirou s'est reversé quasiment tous les bénéfices de Mediascop : 64 000 euros de dividendes en 2016, 65 000 euros en 2017.
Ce que l'affaire ne concerne pas
Point essentiel pour la défense : Jean-Luc Mélenchon et son directeur de campagne Manuel Bompard n'ont ni été entendus par les juges au cours de l'instruction, ni mis en examen. C'est un argument central que La France insoumise brandit.
La position de La France insoumise
Le mouvement estime qu'aucun procès n'aura finalement lieu. Plusieurs éléments, selon lui, vont dans ce sens. D'abord, l'absence de mise en examen du candidat et du directeur de campagne. Ensuite, la contre-expertise demandée par Mediascop, qui "a démontré clairement qu'il n'y avait eu aucune surfacturation", selon LFI.
Ce type d'arguments est classique dans les affaires politico-financières : les partis visés martèlent l'absence de preuve décisive tant qu'un procès n'est pas ordonné.
La suite procédurale
L'instruction est close. Le parquet doit maintenant formuler ses réquisitions, c'est-à-dire indiquer au juge d'instruction s'il souhaite un renvoi devant un tribunal. Le juge décidera ensuite s'il y a lieu de tenir un procès.
Cette séquence peut prendre des mois, voire plus. En attendant, les mises en examen restent des accusations, pas des condamnations.
Ce que ça change politiquement
Sur le plan juridique, l'absence de mise en examen de Mélenchon le protège directement. Il n'est pas poursuivi. Sur le plan politique, en revanche, l'affaire continue de peser sur le parti, surtout dans un contexte de questionnement sur la succession à la tête du mouvement. Le fait qu'une députée en exercice (Chikirou) et un autre député (Lachaud) soient mis en examen pour des faits liés à la gestion de la campagne présidentielle alimente les critiques sur la gouvernance interne de La France insoumise.