Grande scène de manifestation syndicale dans une ville française, drapeaux rouges et verts flottant au-dessus d'une foule dense de manifestants déterminés
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Municipales 2026 : l'alliance CFDT et CGT face au RN

CFDT et CGT s'unissent pour alerter sur la montée du RN. Découvrez les enjeux des municipales 2026, la stratégie des municipales et comment agir concrètement.

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Un événement politique rare a secoué le paysage social français fin février 2026. Dans une tribune commune publiée sur plusieurs médias, Marylise Léon (secrétaire générale de la CFDT) et Sophie Binet (secrétaire générale de la CGT) ont brisé un mur historique de silence et de rivalité. Aux côtés d'elles, des figures de premier plan telles que Najat Vallaud-Belkacem, Cécile Duflot ou encore Laurent Escure de l'UNSA ont apposé leur signature. Cette union inédite entre des organisations syndicales et associatives souvent en désaccord sur les méthodes ou les revendications traduit une inquiétude majeure. L'objectif n'est plus de négocier des avantages catégoriels, mais de tirer la sonnette d'alarme face à une menace perçue comme existentielle pour la démocratie locale. Alors que les élections municipales de 2026 approchent, ces leaders s'unissent pour dire que la politique de proximité est désormais un terrain de bataille décisif contre le Rassemblement national.

Grande scène de manifestation syndicale dans une ville française, drapeaux rouges et verts flottant au-dessus d'une foule dense de manifestants déterminés
Grande scène de manifestation syndicale dans une ville française, drapeaux rouges et verts flottant au-dessus d'une foule dense de manifestants déterminés

Pourquoi les syndicats brisent-ils le silence ?

La publication de cette tribune collective marque un moment fort dans l'histoire du mouvement social français. Rarement voit-on la CFDT et la CGT, confédérations souvent opposées par leur culture et leur stratégie, partager un espace d'expression commun avec des associations et des personnalités politiques de la gauche sociale. Ce front large ne cache pas les divergences idéologiques qui existent par ailleurs entre les signataires ; au contraire, il les met entre parenthèses pour souligner l'urgence de la situation. Le message est clair : la montée de l'extrême droite dans les assemblées locales n'est plus une hypothèse lointaine, mais une réalité qui nécessite une réponse immédiate et unie. L'angle choisi par ces dirigeants est de souligner que l'extrême droite ne se contente plus de conquérir des sièges au Parlement européen ou à l'Assemblée nationale, elle s'ancre profondément dans les terroirs français, menaçant la cohésion sociale à sa base.

De la réforme des retraites aux municipales

Pour comprendre cette mobilisation soudaine, il faut regarder le contexte social immédiat. En octobre 2025, le gouvernement a annoncé la suspension de la réforme des retraites, une décision qui a suscité de nombreuses réactions. Si la CFDT a accueilli cette suspension comme un « signal positif », la CGT a continué de réclamer l'abrogation pure et simple de la réforme, critiquant vivement le mode de financement prévu. Les deux syndicats dénoncent une sous-indexation des pensions qui reviendrait, selon eux, à imposer aux retraités le poids d'une crise qu'ils n'ont pas créée.

Ce climat de défiance sociale et de sentiment d'injustice crée un terreau fertile pour les idées du Rassemblement national. Comme le souligne la tribune relayée par Attac, l'extrême droite « se nourrit du déclassement, des territoires abandonnés, du travail qui ne paie plus, des services publics qui ferment ». En l'absence de réponses gouvernementales jugées satisfaisantes sur le pouvoir d'achat ou la protection sociale, le terrain syndical se trouve « miné ». Les syndicats constatent que colère et désespoir peuvent dériver vers le vote extrémiste si une alternative crédible et solidaire n'est pas proposée au plus vite.

Au-delà des divergences historiques

Au-delà de leurs divergences historiques sur la gestion de l'économie ou le rapport à la lutte des classes, les signataires de cette tribune partagent un diagnostic commun sur les risques encourus. La menace qu'ils identifient n'est pas seulement politique, mais systémique. Partout où l'extrême droite a pris le pouvoir local, le bilan dressé par les organisations est sévère : justice sous contrôle, presse muselée, syndicats et associations entravés, droits sociaux laminés, droits des femmes attaqués et urgence climatique niée.

Cette convergence s'explique par la volonté de défendre un modèle de société. La tribune n'est pas un accord politique global qui effacerait les différences de gauche ou de centre-gauche, mais un « front républicain » sur un enjeu précis : la préservation des libertés fondamentales et de la démocratie locale. Il ne s'agit pas seulement de barrer la route à un parti, mais de protéger les mécanismes qui permettent aux citoyens de s'organiser, de contester et de vivre ensemble. Pour Marylise Léon et Sophie Binet, l'enjeu est de montrer que le syndicalisme et la vie associative sont des remparts essentiels contre le délitement du lien social que les discours populistes exacerbent.

Pourquoi la jeunesse est-elle séduite par l'extrême droite ?

L'inquiétude des syndicats et des associations trouve un écho particulier dans les chiffres récents concernant le vote des jeunes. Lors des dernières élections européennes, le Rassemblement national a réalisé une percée spectaculaire au sein de la génération Z. Selon les études de l'Ifop, le RN est arrivé en tête chez les 18-24 ans avec 32 % des intentions de vote. Une progression de 11 points par rapport aux scrutins précédents qui a de quoi interpeller. Les jeunes, traditionnellement moins enclins à voter pour l'extrême droite, semblent désormais séduits par un discours qui a su se moderniser. Cette mutation électorale force les organisations traditionnelles à revoir leur copie : comment s'adresser à une jeunesse qui se détourne des structures classiques pour se tourner vers des figures nouvelles ?

Cette montée du RN chez les jeunes ne s'explique pas par hasard. Elle est le résultat d'une stratégie de communication habile et d'un contexte anxiogène. Les 18-24 ans d'aujourd'hui sont confrontés à une précarité économique croissante, à une crise écologique dont ils subissent de plein fouet les premières conséquences, et à une défiance vis-à-vis des institutions politiques traditionnelles. Face à cela, le RN propose une vision simplifiée mais rassurante pour certains : la protection des nationaux d'abord, le rejet des élites, et une promesse de retour à un ordre supposé meilleur. C'est ce mélange de défiance et d'espoir qui permet au parti de Jordan Bardella de séduire au-delà de son électorat historique.

TikTok comme vecteur de propagande

La révolution numérique joue un rôle central dans cette séduction. Aujourd'hui, 29 % des jeunes citent TikTok comme leur deuxième source d'information. Ce changement radical de consommation des médias a bouleversé la donne politique. Sur cette plateforme, les codes sont différents : les vidéos courtes, percutantes et émotionnelles l'emportent sur les longs développements analytiques. Le Rassemblement national a parfaitement compris les codes de ce réseau social. Avec des figures comme Jordan Bardella, âgé de 32 ans, le parti incarne un renouvellement générationnel qui contraste avec l'image de certaines vieilles gauches.

Le vote RN n'est plus un tabou chez les jeunes, bien au contraire. Comme le rapportent plusieurs témoignages recueillis par la presse, « il y a un effet de groupe ». Sur les plateaux de récréation ou dans les fils d'actualité, afficher son soutien au RN devient un acte de rebelle ou de réaliste, loin de l'image sulfureuse qui collait à la peau de l'extrême droite il y a encore dix ans. Cette Normalisation extrême droite médias : analyse des stratégies passe par une présence massive sur les réseaux, transformant chaque vidéo virale en outil de propagande potentielle. Il devient donc crucial pour les syndicats et les associations de reconquérir cet espace numérique pour ne pas laisser le monopole de la parole aux seuls discours populistes.

Pouvoir d'achat et angoisse sociale

Si la communication digitale est un véhicule puissant, le carburant du vote RN chez les jeunes reste avant tout matériel. Les chiffres de l'Ifop sont éloquents : 57 % des 18-25 ans citent le pouvoir d'achat comme motivation principale de leur vote, suivie de près par la santé à 52 %. Plus inquiétant encore, 32 % des jeunes se disent « anxieux » et pensent vivre moins bien dans dix ans qu'aujourd'hui. C'est ce pessimisme ambiant que le RN exploite avec habileté.

Face à cette angoisse, le programme social du RN fait miroiter des solutions immédiates : réduction de la taxe foncière, augmentation du pouvoir d'achat, protection des services publics pour les « nationaux ». Ces propositions, souvent déconnectées des réalités économiques globales, résonnent pourtant comme une bouée de sauvetage pour une génération qui a le sentiment de tout perdre. Il est facile de comprendre l'attrait : quand on a du mal à finir ses fins de mois, une promesse de baisse d'impôts ou de prime « naissance » peut sembler bien plus tangible que les discours abstraits sur la démocratie ou l'écologie. C'est pourquoi l'analyse de Violence d'extrême droite : une menace « dérisoire » ou mortelle ? doit aussi prendre en compte la violence économique qui frappe la jeunesse.

La mairie, première porte de la République

Au-delà des chiffres nationaux et des stratégies médiatiques, c'est sur le terrain que se joue la véritable bataille. La tribune publiée par les syndicats le rappelle avec force : « La mairie, c'est la première porte de la République ». C'est un avertissement à ne pas prendre à la légère. Trop souvent, les élections municipales sont perçues comme des scrutins de second plan, techniques, sans grand enjeu idéologique. Pourtant, c'est à l'échelle de la ville que les citoyens ressentent le plus concrètement l'action politique. Confier les clés de sa mairie à une équipe d'extrême droite, ce n'est pas seulement changer d'étiquette, c'est modifier le rapport de force au quotidien.

L'impact concret d'une majorité municipale RN se mesure dans les petits détails de la vie urbaine. La tribune l'illustre parfaitement : c'est la différence entre un logement accessible ou hors de prix, entre des transports qui fonctionnent ou pas, entre une école qui reste ouverte dans le quartier ou qui ferme ses portes. C'est aussi la question des crèches, des lieux culturels de proximité, et du bon fonctionnement de la démocratie locale. Loin des grands débats télévisés, la gestion municipale touche au vif des préoccupations des habitants. Or, l'exemple de villes dirigées par le RN montre que cette gestion s'accompagne souvent d'une redéfinition prioritaire : favoriser certains groupes au détriment d'autres, restreindre les libertés associatives, et museler la contestation. La mairie devient alors une forteresse plutôt qu'une maison commune.

Quels sont les leviers concrets du pouvoir municipal ?

Pour comprendre les enjeux, il faut rappeler les vastes compétences d'une mairie. Le conseil municipal, et par extension le maire, disposent de leviers puissants qui influencent directement la qualité de vie. Ils gèrent le logement social via les offices publics de l'habitat (OPH), décident des politiques de transports locaux, organisent la petite enfance avec les crèches, et gèrent les écoles primaires et les cantines. Ils sont également responsables des subventions aux associations, de l'urbanisme, et de la gestion des agents municipaux.

Lorsque le RN prend le contrôle de ces leviers, l'orientation change radicalement. Les priorités budgétaires sont souvent réorientées vers des mesures clientélistes ou symboliques, au détriment de politiques d'inclusion. Par exemple, l'accent peut être mis sur la sécurité ou le prestige via des travaux visibles, tandis que les budgets pour la prévention spécialisée ou l'aide aux plus vulnérables sont rognés. La citation de la tribune fait écho à cette réalité : le logement devient un outil de filtrage social, les transports sont désinvestis dans les quartiers périphériques, et les services publics sont gérés comme des entreprises privées, où seul le « rentable » est conservé. C'est cette vision de la gestion locale que les signataires de la tribune refusent.

Les laboratoires de l'extrême droite

Les exemples ne manquent pas pour illustrer ces propos. Certaines villes sont devenues des véritables laboratoires de la politique municipale du RN, et leurs bilans sont instructifs. À Hénin-Beaumont, fief de Steeve Briois, la mairie a supprimé le local et les financements de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), une association historique de défense des droits civiques. Ce geste symbolique fort en dit long sur la volonté de museler toute contre-pouvoir.

À Orange, sous la mandature de Jacques Bompard, le centre d'hébergement d'urgence a perdu ses subventions, tout comme la section locale de la CGT. À Mantes-la-Ville, qui a basculé à droite en 2020 avec un soutien implicite de l'extrême droite, les conséquences ont été brutales : les subventions aux associations ont été divisées par deux et le nombre d'agents municipaux a été réduit de 20 %. Ces cas ne sont pas isolés ; ils dessinent une méthode systématique : couper les vivres aux opposants, réduire l'offre de service public, et privilégier une gestion autoritaire. Ces villes montrent que le RN aux manettes, c'est avant tout une régression des solidarités locales et une atteinte à la pluralité de la vie sociale.

Subventions coupées et associations muselées

Si les exemples individuels sont parlants, une enquête approfondie menée par Le Poing dans le sud-est de la France permet de prendre la mesure du phénomène à plus grande échelle. Ce média indépendant a analysé la gestion de dix mairies dirigées par l'extrême droite dans la région. Le constat est accablant et corrobore les craintes exprimées dans la tribune syndicale. La politique menée par ces élus pourrait se résumer en trois mots : « couper, contrôler, faire taire ».

L'étude révèle que ce qui pourrait passer pour des ajustements budgétaires normaux cache en réalité une stratégie politique délibérée. L'objectif est de remodeler le tissu associatif local en favorisant les structures dociles ou idéologiquement proches, tout en asphyxiant celles qui portent des valeurs de critique sociale, d'humanisme ou de défense des droits de l'homme. C'est une méthode de gouvernement par l'étouffement, qui vise à empêcher toute forme de contestation locale. En privant les associations de ressources, on les empêche d'agir, de s'organiser et d'exister dans l'espace public. C'est un danger mortel pour la démocratie locale, car les associations sont souvent les premiers remparts contre l'isolement et la désocialisation.

Une hiérarchie des subventions

Le chiffre clé de cette enquête est sidérant : dans 90 % des cas, les mairies RN étudiées ont réduit les subventions destinées aux associations culturelles et sociales. En parallèle, les associations sportives sont, pour la plupart, épargnées. Cette distinction n'est pas neutre. Elle révèle une hiérarchie des valeurs imposée par ces majorités. Le sport est consensuel, il ne pose pas de questions sociales, et il rassemble sans diviser. Il est « politiquement correct » et sert souvent à véhiculer une image de dynamisme municipal.

À l'inverse, la culture et le social sont perçus comme des vecteurs de « gauchisme » ou de multiculturalisme. Une compagnie de théâtre qui met en scène des questions sociétales, une association d'aide aux migrants ou une antenne de la Ligue des droits de l'Homme sont vues comme des obstacles à la ligne idéologique de la mairie. En les coupant financièrement, la mairie ne fait pas seulement des économies, elle nettoie le paysage associatif de toute « opposition ». C'est une manière de contrôler le récit local : on supprime ceux qui racontent une histoire différente de celle du maire.

Le clientélisme municipal

L'enquête met en lumière des pratiques de favoritisme troublantes dans plusieurs villes. À Beaucaire, dirigée par Julien Sanchez, l'enveloppe globale des subventions a baissé de 15 % depuis l'arrivée de la majorité RN. Pourtant, une association a vu sa subvention multipliée par 15 : « Les chats libres ». Le lien de parenté avec le pouvoir ? L'association est dirigée par une conseillère municipale RN. C'est un exemple parfait de confusion des intérêts publics et privés, où l'argent public sert à financer les amis politiques.

À Fréjus, sous la direction de David Rachline, le scénario est similaire. L'association sportive AMSL a reçu des subventions massives peu après qu'un élu RN a pris sa direction. Dans le même temps, des associations comme la compagnie de théâtre Okkio, à Morières-lès-Avignons, ont perdu leur local et leurs subventions. Leur crime ? Avoir relayé un communiqué sur les dangers de l'extrême droite. Ces exemples montrent que les financements ne sont plus alloués selon l'intérêt général ou la qualité du projet, mais servent d'outil de chantage politique. C'est une dérive qui met en péril l'indépendance du monde associatif.

Que promet le RN pour Toulouse ?

Pour ne pas rester dans l'analyse du passé, il est essentiel de regarder ce que le RN propose pour l'avenir. La ville de Toulouse, grande métropole du sud-ouest, est un terrain d'observation privilégié. Le candidat RN, Julien Leonardelli, a dévoilé un programme détaillé qui promet de bouleverser la gestion municipale si jamais il l'emportait. Ses propositions reflètent la stratégie globale du parti : séduire par des mesures économiques immédiates tout en imposant une vision identitaire et communautaire de la vie urbaine.

Ce programme s'articule autour de trois piliers : l'argent, l'identité et la priorité aux « natifs ». L'approche est séduisante sur le papier pour de nombreux électeurs lassés par la pression fiscale. Qui ne voudrait pas payer moins d'impôts ou voir ses enfants manger bio à la cantine ? Mais derrière ces promesses se cache une réalité plus sombre : un transfert de richesse des plus pauvres vers les plus aisés, et une segmentation de la population entre « bons » résidents et autres. C'est une vision de la ville comme une enclave close, où l'accès aux services publics devient un privilège lié à l'ancienneté ou à l'origine.

Fiscalement, qui gagne vraiment ?

La mesure phare de Julien Leonardelli à Toulouse est la mise en place d'un abattement de 25 % de la taxe foncière par enfant, jusqu'à 5 ans. À première vue, c'est une mesure « pro-famille » généreuse. Mais qui en bénéficie réellement ? La taxe foncière est payée par les propriétaires, qu'ils soient occupants ou bailleurs. Les locataires, bien que touchés indirectement par les augmentations de loyers, ne voient pas de réduction directe sur leurs factures. Cette mesure favorise donc les classes moyennes et aisées, souvent propriétaires de leur logement, au détriment des familles modestes qui restent locataires.

Pour financer cette niche fiscale, le candidat RN a annoncé qu'il couperait dans les subventions aux associations jugées « pas essentielles ». On retrouve ici la logique observée dans d'autres villes : sacrifier le tissu social et culturel pour financer des baisses d'impôts. C'est un transfert de richesse du collectif vers l'individuel. En d'autres termes, pour économiser quelques centaines d'euros sur sa feuille d'impôts, la collectivité se prive de financer des centres sociaux, des ateliers d'art de rue ou des aides aux devoirs. C'est une vision à court terme qui menace la qualité de vie à long terme.

Services publics et identité

Au-delà de la fiscalité, le programme toulousain du RN prévoit des mesures qui créent une distinction explicite entre les habitants. L'une des propositions les plus discutées concerne les cantines scolaires et les crèches : une priorité serait donnée aux résidents toulousains pour l'accès à ces services. De même, une volonté d'instaurer des cantines « 100 % locales » est affichée.

Ces mesures semblent anodines, voire positives pour l'économie locale. Pourtant, elles posent un problème démocratique majeur. La ville est un ensemble, un maillage de quartiers et de communes voisines. Instaurer une priorité communale pour les services publics de base, comme la crèche, c'est créer une fracture territoriale. Cela signifie qu'un enfant vivant dans une commune limitrophe mais dont les parents travaillent à Toulouse pourrait se voir refuser l'accès à une crèche municipale au profit d'un enfant toulousain, même si les besoins sont différents.

Ajoutons à cela la proposition d'introduire le port de l'uniforme à l'école (avec une participation de 150 € pour les familles) et on obtient une image cohérente : celle d'une communauté repliée sur elle-même, où l'uniformité visuelle prétendrait créer l'unité sociale. C'est une vision qui s'éloigne de l'idée républicaine d'un service public ouvert à tous, sans distinction de résidence ou d'origine.

Comment agir concrètement sur son territoire ?

Face à ce constat, qui peut sembler sombre, il est crucial de ne pas céder au pessimisme. Les signataires de la tribune insistent sur le fait que « rien n'est joué » et que la mobilisation des derniers mois a montré que le pays refuse le pire. Si l'abstention ou le vote par défiance sont des tentations compréhensibles, il existe des moyens concrets d'agir pour influencer l'avenir de son territoire. La politique locale n'est pas une affaire de professionnels ; elle est l'affaire de chaque citoyen, et en particulier des jeunes générations qui ont le plus à y gagner… ou à y perdre.

S'engager ne signifie pas nécessairement devenir député ou maire. Il existe de multiples niveaux d'implication qui permettent de peser sur les décisions, de proche en proche. L'objectif est de reprendre le contrôle de la démocratie locale pour qu'elle ne soit pas laissée aux seuls discours simplistes ou aux stratégies de peur. C'est en reinvestissant les lieux de débat et d'action que l'on peut contrer les dérives autoritaires et promouvoir une vision solidaire de la ville.

Le Conseil Municipal des Jeunes

L'une des voies d'engagement les plus directes pour les jeunes est le Conseil Municipal des Jeunes (CMJ). Ce dispositif existe dans de nombreuses communes et s'adresse aux jeunes âgés de 9 à 18 ans. Le principe est simple : permettre aux plus jeunes de s'imprégner du fonctionnement de la démocratie locale en participant activement à la vie de leur ville. Les membres élus ou désignés de ces conseils peuvent proposer des projets, donner leur avis sur des aménagements (skate-parks, jardins partagés, mobilité douce) ou organiser des événements.

C'est une école de la citoyenneté inestimable. En apprenant comment se prend une décision municipale, en débattant de l'intérêt général dès le plus jeune âge, ces jeunes deviennent des acteurs avertis et moins perméables aux discours démagogiques. Participer à un CMJ, c'est comprendre que le résultat ne vient pas tout seul, qu'il faut négocier, convaincre et construire collectivement. C'est l'antidote parfait à la politique du « sauveur suprême » promue par l'extrême droite. Pour s'y impliquer, il suffit souvent de se renseigner auprès de sa mairie ou d'une association locale, car la constitution de ces listes fait souvent l'objet d'appels à candidatures.

L'engagement associatif comme rempart

Si le CMJ est une école pour les mineurs, l'engagement associatif est le levier principal pour les adultes et les jeunes majeurs. Rejoindre une association culturelle, sociale, sportive ou environnementale, c'est faire de la politique au sens noble du terme : s'occuper de la cité. Comme nous l'avons vu, les associations sont dans le collimateur des maires RN parce qu'elles sont des contre-pouvoirs naturels. Elles créent du lien social, aident les plus fragiles et animent la vie culturelle.

S'engager, c'est empêcher que l'espace public ne devienne un désert. C'est aussi un moyen de surveiller l'action municipale. Une association qui subit des coupes budgétaires injustifiées peut se mobiliser, alerter l'opinion et dénoncer les atteintes aux libertés. Les exemples ne manquent pas de structures qui ont résisté, par la force de leur mobilisation et le soutien des habitants, aux tentatives de mise au pas. En participant activement à la vie associative, on crée des réseaux de solidarité qui sont les meilleures défenses contre l'isolement et le repli sur soi, que l'extrême droite cherche à exploiter. C'est là que se joue le véritable Extrême droite : quand la culture devient l'arme de séduction massive ou, au contraire, l'arme de la résistance.

Conclusion : l'urgence des municipales 2026

Alors que nous nous approchons de l'échéance de 2026, il est impératif de garder en tête l'importance capitale de ce scrutin. Contrairement aux élections présidentielles, qui concentrent les médias et les passions, les municipales décident de la qualité de vie quotidienne pour les six années à venir. Le choix des conseillers municipaux détermine qui aura les clés des crèches, des bibliothèques, des stades et des centres sociaux. C'est un vote qui a un impact immédiat et visible sur la rue, le quartier et la commune.

La tribune de Marylise Léon, Sophie Binet et de leurs alliés ne doit pas rester un simple coup d'épée dans l'eau. Elle doit servir de point de départ à une prise de conscience collective. Les signataires rappellent une vérité essentielle : « les déclarations de principes ne suffiront pas ». Face à l'extrême droite, il ne suffit pas de se dire « républicain » ; il faut agir en républicain. Cela signifie proposer des projets concrets qui répondent aux urgences qui fracturent le pays : le coût du logement, l'état des transports, la précarité de l'emploi et l'accès aux soins.

L'avertissement lancé par les leaders syndicaux est clair : le temps des grandes déclarations morales contre l'extrême droite, si elles ne sont pas suivies d'actes, est révolu. Les électeurs, et en particulier la jeunesse, ont soif de réponses tangibles. Ils ont le sentiment, justifié ou non, que les gouvernements successifs n'ont pas su protéger leur niveau de vie ni leur avenir. Si les forces républicaines ne proposent que des oppositions de façade sans mesures structurelles pour redistribuer les richesses ou sauver le climat, elles laisseront le champ libre aux populistes.

L'enjeu des municipales de 2026 est donc de redonner du sens à la politique locale. Il s'agit de démontrer que la mairie peut être un levier puissant pour l'égalité et la justice sociale, et non pas un outil de discrimination ou de gestion autoritaire. La conclusion de ce rassemblement inédit entre la CFDT, la CGT et les associations est un appel à l'action. Il nous rappelle que la démocratie n'est jamais acquise, qu'elle se mérite chaque jour par l'engagement de chacun, dans sa ville, dans son quartier et dans sa rue. Face au projet de société « fermée » promu par le RN, l'alternative est celle d'une société solidaire, ouverte et vivante, et elle se construit d'abord à l'échelle locale.

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Questions fréquentes

Pourquoi la CFDT et la CGT s'allient-elles ?

Elles s'unissent pour alerter sur la menace que représente le Rassemblement national pour la démocratie locale à l'approche des élections de 2026.

Quel rôle joue TikTok pour le vote RN ?

C'est une source d'information majeure pour les jeunes, où le RN utilise des vidéos courtes et émotionnelles pour normaliser son discours.

Quelles promesses fait le RN pour Toulouse ?

Le candidat propose un abattement de 25% de la taxe foncière par enfant et une priorité aux résidents pour l'accès aux crèches.

Comment le RN gère-t-il les subventions ?

Une enquête montre que les mairies RN réduisent souvent les aides aux associations culturelles et sociales tout en favorisant des structures proches.

Sources

  1. L’extrême droite européenne s’en prend à l’UE, lors d’un rassemblement dans le Loiret · lemonde.fr
  2. Hungary's election looms – so does the far right challenge to ... · chathamhouse.org
  3. Europe's far right sell themselves as the new realists. Are electorates ... · chathamhouse.org
  4. chiche.makesense.org · chiche.makesense.org
  5. citizen-ship.fr · citizen-ship.fr
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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