Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, lors d'une déclaration officielle.
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Carlos Cuerpo numéro deux en Espagne : ce qui change pour les jeunes Français

Carlos Cuerpo devient numéro deux espagnol le 26 mars 2026, avec des conséquences directes pour les jeunes Français en Erasmus ou en quête d'emploi.

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Le 26 mars 2026, Pedro Sánchez a propulsé son ministre de l'Économie Carlos Cuerpo au poste de premier vice-président du gouvernement, faisant de lui le nouveau numéro deux espagnol. Cette nomination, qui remplace María Jesús Montero partie en campagne en Andalousie, n'est pas qu'un simple remaniement technique à Madrid. Pour un étudiant français qui regarde vers Barcelone pour un Erasmus, un job d'été ou un premier emploi, ce changement de visage au sommet de l'économie espagnole a des conséquences très concrètes. L'Espagne affiche une croissance de 2,8 % en 2025 — contre 0,8 % en France —, un chômage des jeunes en chute libre et une inflation qui repart à la hausse. Comprendre qui est Carlos Cuerpo et ce qu'il va faire, c'est comprendre si le sud de l'Europe reste une terre d'opportunités ou devient un piège à loyers pour la génération Z.

Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, lors d'une déclaration officielle.
Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, lors d'une déclaration officielle. — (source)

Le 26 mars 2026, un ministre de l'Économie accède au poste de numéro deux

L'annonce est tombée en milieu de matinée depuis le palais de la Moncloa. Pedro Sánchez, président du gouvernement espagnol, a nommé Carlos Cuerpo premier vice-président, tout en lui conservant son portefeuille de l'Économie, du Commerce et des Entreprises. Le départ de María Jesús Montero, figure politique lourde du PSOE, était attendu : elle se présente aux élections régionales d'Andalousie le 17 mai 2026, dans une région clé que la droite gouverne depuis 2018.

Ce qui frappe dans cette nomination, c'est la continuité. Sánchez n'a pas choisi un poids lourd politique pour le remplacer. Il a pris un technocrate, un homme de dossiers plutôt que de meetings. Cuerpo, 45 ans, incarne la stabilité économique dans un contexte où l'Espagne doit gérer une croissance record, une inflation qui remonte à 3,4 % en mars 2026, et une crise du logement qui étrangle les jeunes. Le message de Sánchez est clair : l'économie reste la priorité absolue.

Le récit d'une ascension en pleine tempête immobilière

Les premières réactions à cette nomination ont souligné le caractère inédit du duo Sánchez-Cuerpo. Jamais un ministre de l'Économie n'avait cumulé son portefeuille avec le poste de numéro deux du gouvernement depuis Nadia Calviño, qui occupait cette double casquette jusqu'en décembre 2023. Mais le contexte a changé. En 2023, l'Espagne sortait à peine de la crise inflationniste post-Covid. En 2026, elle fait face à une crise du logement d'une ampleur historique, avec des loyers qui absorbent 98,7 % du salaire des jeunes.

Le ministre de l'Économie s'exprimant lors d'une interview avec les drapeaux espagnol et européen.
Le ministre de l'Économie s'exprimant lors d'une interview avec les drapeaux espagnol et européen. — (source)

Cuerpo hérite donc d'un dossier brûlant. Sánchez l'a choisi parce qu'il connaît les dossiers économiques sur le bout des doigts, mais aussi parce qu'il incarne une ligne modérée capable de rassurer les marchés et Bruxelles. Dans une Europe où les populismes montent, l'Espagne mise sur la compétence technique pour garder le cap.

Pourquoi le numéro deux espagnol intéresse directement les 16-25 ans français

L'Espagne est la première destination des étudiants français en Erasmus depuis des années. Chaque année, des milliers de jeunes traversent les Pyrénées pour un semestre à l'université de Barcelone, un stage à Madrid ou un contrat saisonnier dans les Baléares. Le pays attire aussi de plus en plus de travailleurs frontaliers et de télétravailleurs français attirés par un coût de la vie historiquement plus bas. Sauf que ce tableau idyllique se fissure.

Le loyer moyen d'un studio à Barcelone dépasse aujourd'hui 1 100 euros par mois. À Madrid, les prix sont comparables, voire plus élevés dans les quartiers centraux. Pour un étudiant français qui débarque avec une bourse Erasmus d'environ 400 à 500 euros par mois, complétée par un petit boulot, la question n'est plus « est-ce que je trouve un logement ? » mais « est-ce que je peux survivre avec ce qui me reste après le loyer ? ». Carlos Cuerpo hérite de ce dossier explosif.

C'est lui qui porte le décret de mars 2026 plafonnant les hausses de loyer à +2 % et prolongeant automatiquement les baux. C'est lui aussi qui défend une ligne économique modérée, favorable à l'immigration de travail, mais qui doit concilier croissance et protection sociale. Son ascension au poste de numéro deux signifie que ces arbitrages seront faits par un économiste, pas par un pur politique. Bonne ou mauvaise nouvelle ? Cela dépend de ce qu'il fera des marges de manœuvre budgétaires.

Carlos Cuerpo : le technocrate discret qui veut redonner de l'air à la jeunesse espagnole

Carlos Cuerpo Caballero n'est pas un inconnu pour ceux qui suivent l'économie espagnole. Né le 26 septembre 1980 à Badajoz, en Estrémadure, il a gravi les échelons de l'administration sans faire de bruit. Licence en économie à l'Universidad de Extremadura (2003), master à la London School of Economics (2004), doctorat à l'Universidad Autónoma de Madrid (2017) : son parcours académique est international, mais son ancrage reste profondément espagnol. Depuis 2008, il est membre du Haut Corps des Économistes et Experts Commerciaux de l'État, une élite administrative comparable à nos inspecteurs des finances.

Il a succédé à Nadia Calviño à la tête du ministère de l'Économie en décembre 2023, après l'élection de cette dernière à la présidence de la Banque européenne d'investissement. Depuis, il est surnommé « le visage des bonnes nouvelles économiques » — une étiquette qui colle à la peau d'un homme qui a géré la phase de reprise post-Covid sans les milliards de subventions françaises.

María Jesús Montero, figure montante du gouvernement espagnol.
María Jesús Montero, figure montante du gouvernement espagnol. — (source)

De l'ombre de Nadia Calviño à la lumière du numéro deux

Nadia Calviño était une technocrate de gauche assumée, passée par Bruxelles et les think tanks européens. Carlos Cuerpo, lui, est un pur produit de l'administration d'État espagnole. Là où Calviño avait un réseau politique et européen solide, Cuerpo a construit sa carrière dans les couloirs du ministère, sans jamais vraiment sortir de l'ombre.

Son logiciel économique est celui d'un modéré. Il n'est pas un partisan de l'austérité aveugle, mais il croit à la discipline budgétaire. Il défend l'immigration comme moteur de croissance, une position qui le distingue des discours sécuritaires qui montent en Europe. Sur le curseur dépenses publiques versus rigueur, il se situe plutôt du côté de la gestion pragmatique : pas de chèque en blanc, mais des aides ciblées. C'est cette ligne qui a permis à l'Espagne de réduire son déficit sans casser la croissance.

Sánchez a qualifié Cuerpo de « l'un des économistes et fonctionnaires les plus brillants de notre pays » lors de l'annonce de sa nomination, saluant son « travail exceptionnel » à la tête du ministère de l'Économie. Des mots choisis pour rassurer les marchés et les partenaires européens, mais qui mettent aussi une pression énorme sur les épaules du nouveau numéro deux.

Un économiste de la London School of Economics face à la précarité des jeunes

La question taraude les observateurs : Cuerpo est-il un allié des jeunes ou un gardien de l'orthodoxie budgétaire ? Les faits parlent. Sous sa supervision, le chômage des jeunes est passé de 41 % fin 2020 à 23,4 % fin 2025. Une baisse spectaculaire, obtenue sans les 100 milliards d'euros de subventions massives que la France a déversés pendant la crise. Comment ? Par une réforme du marché du travail qui a flexibilisé les contrats, réduit les charges sur les bas salaires et encouragé l'embauche en CDI.

Carlos Cuerpo, nouveau ministre de l'Économie, s'exprimant lors d'une conférence de presse.
Carlos Cuerpo, nouveau ministre de l'Économie, s'exprimant lors d'une conférence de presse. — (source)

Mais cette réussite a un revers. Le taux d'emploi des jeunes a augmenté, mais la qualité des emplois reste discutable : temps partiels, contrats précaires, salaires qui peinent à suivre l'inflation. Cuerpo n'est pas un social-démocrate à la française, qui croit aux subventions et aux aides publiques massives. C'est un libéral tempéré, convaincu que la croissance et l'emploi passent par la compétitivité des entreprises. Pour les jeunes, cela signifie plus de chances de trouver un job, mais moins de garanties une fois dedans.

Sa candidature avortée à l'Eurogroupe

En juin 2025, Carlos Cuerpo a présenté sa candidature à la présidence de l'Eurogroupe, en compétition avec le ministre irlandais Paschal Donohoe et le Lituanien Rimantas Šadžius. Il s'est retiré peu après, faute de soutien suffisant. Un échec qui en dit long sur le poids réel de l'Espagne dans les instances européennes.

Le ministre de l'Économie lors d'une intervention officielle avec les drapeaux espagnol et européen.
Le ministre de l'Économie lors d'une intervention officielle avec les drapeaux espagnol et européen. — (source)

Cet épisode a deux lectures possibles. La première : Cuerpo manque de réseau et de poids politique pour peser dans les négociations budgétaires à Bruxelles. La seconde : cet échec l'a rendu plus déterminé à renforcer la position espagnole, en capitalisant sur la croissance du pays comme levier de négociation. Dans les deux cas, son accession au poste de numéro deux lui donne une tribune plus large pour défendre les intérêts espagnols — et donc, indirectement, ceux des jeunes Espagnols et des travailleurs frontaliers français.

Le grand écart de Cuerpo : croissance économique et crise du logement

Le paradoxe espagnol tient en une phrase : jamais l'économie n'a été aussi dynamique, jamais les jeunes n'ont été aussi mal logés. La croissance de 2,8 % en 2025 — la meilleure d'Europe — a fait baisser le chômage général sous la barre des 10 % pour la première fois en 17 ans. Le PIB espagnol dépasse de 10,7 % son niveau pré-Covid. Sur le papier, tout va bien.

Dans la réalité, les jeunes paient le prix fort. Le taux d'émancipation des 16-29 ans est tombé à 14,5 % en 2025, un record historique. L'âge moyen de départ du domicile familial dépasse désormais 30 ans. Pourquoi ? Parce que 98,7 % du salaire net d'un jeune passe dans son loyer. Un jeune Espagnol gagne en moyenne 1 190 euros net par mois. Le loyer moyen d'un logement individuel est de 1 176 euros. La marge est de 14 euros. Un chiffre qui donne le vertige.

Chômage des jeunes à 23,4 % : la baisse spectaculaire qui fait réfléchir la France

Carlos Cuerpo prêtant serment comme ministre de l'Économie et du Commerce.
Carlos Cuerpo prêtant serment comme ministre de l'Économie et du Commerce. — (source)

Le contraste avec la France est saisissant. De l'autre côté des Pyrénées, le chômage des jeunes stagne autour de 21,4 %, malgré 100 milliards d'euros de dépenses publiques exceptionnelles. En Espagne, il est passé de 41 % à 23,4 % sans ces subventions massives. Comment expliquer ce paradoxe ?

La réponse tient dans la réforme du marché du travail espagnol, adoptée en 2021-2022 avec le soutien des syndicats et du patronat. Cette réforme a limité le recours aux contrats temporaires abusifs, encouragé les CDI à temps partiel modulable et réduit les cotisations sociales sur les bas salaires. Résultat : les entreprises ont embauché plus, mais avec des contrats plus flexibles. Pour un jeune Français, cela signifie qu'en Espagne, il est plus facile de décrocher un premier emploi, mais plus difficile d'en vivre décemment si le logement n'est pas régulé.

Cuerpo a défendu cette réforme et continue de la porter. Son pari : que la croissance finisse par tirer les salaires vers le haut, et que la flexibilité devienne un atout plutôt qu'un piège. Pour l'instant, les chiffres de l'emploi lui donnent raison. Les chiffres du logement, eux, crient l'urgence.

98,7 % d'un salaire pour un toit : comment le miracle espagnol oublie la génération Z

Les chiffres sont implacables. Un jeune Espagnol qui veut vivre seul doit consacrer 98,7 % de son salaire net à son loyer. Parmi ceux qui louent, le risque de pauvreté passe de 25,9 % avant paiement du loyer à 43 % après. Autrement dit, le simple fait de se loger fait basculer un quart des jeunes locataires dans la précarité.

Les membres du nouveau gouvernement de Pedro Sánchez lors de leur première journée officielle.
Les membres du nouveau gouvernement de Pedro Sánchez lors de leur première journée officielle. — (source)

Pourquoi une telle situation dans un pays en pleine croissance ? La réponse est multiple. La spéculation touristique (Airbnb, locations saisonnières) a retiré des milliers de logements du marché locatif traditionnel, surtout dans les grandes villes et sur les côtes. La construction de logements neufs reste insuffisante, freinée par la hausse des coûts des matériaux et les lenteurs administratives. Enfin, les salaires des jeunes n'ont pas suivi l'explosion des loyers : +40 % pour les loyers en cinq ans, contre +15 % pour les salaires d'embauche.

C'est ce paradoxe que Carlos Cuerpo doit résoudre. La croissance économique a créé des emplois, mais elle a aussi attiré des investisseurs et des touristes qui ont fait flamber l'immobilier. Sans une intervention forte sur le logement, le miracle espagnol risque de laisser toute une génération sur le carreau.

Le plan logement 2025 et le décret de mars 2026

Face à l'urgence, le gouvernement Sánchez a dégainé deux paquets de mesures. Le premier, en janvier 2025, est un plan logement de 12 mesures. Le second, en mars 2026, est un décret-loi qui serre la vis sur les loyers. Carlos Cuerpo est le chef d'orchestre de ces deux textes. Son approche : mélanger des mesures de court terme (plafonnement des loyers) et des réformes structurelles (industrialisation de la construction).

L'angle économique est clair : qui paie, qui bénéficie, et quels sont les effets de bord ? Car si les plafonds de loyers protègent les locataires, ils peuvent aussi décourager les investisseurs et réduire l'offre locative à long terme. Cuerpo le sait. Il tente un équilibre fragile entre protection sociale et incitation à l'investissement.

Plafonner les loyers à +2 % et taxer les propriétaires vides

Le décret de mars 2026 est le plus ambitieux depuis le début de la crise. Il prévoit trois mesures principales. D'abord, la prolongation automatique des contrats de location arrivant à échéance jusqu'à fin 2027, avec un maximum de deux ans supplémentaires. Ensuite, le plafonnement des hausses de loyer à +2 % par an, quel que soit l'indice de référence. Enfin, des exemptions d'impôts pour les propriétaires qui mettent des logements vides sur le marché à des prix modérés.

Ces mesures sont un signal fort pour les jeunes locataires. Elles les protègent des hausses brutales et leur donnent de la visibilité. Mais elles ont un coût économique. Les propriétaires, notamment les petits investisseurs, pourraient retirer leurs biens du marché locatif plutôt que de les louer à des prix plafonnés. La baisse de l'offre aggraverait alors la pénurie. Cuerpo mise sur les incitations fiscales pour éviter cet écueil : en rendant plus rentable de louer à prix modéré que de laisser vide, il espère maintenir un volume suffisant de logements sur le marché.

Reste une inconnue : l'efficacité du contrôle. L'Espagne a déjà expérimenté des plafonds de loyers dans certaines régions (Catalogne) avec des résultats mitigés. Les propriétaires contournent souvent les règles en exigeant des cautions plus élevées ou en louant en meublé, ce qui échappe au plafonnement. Le décret de mars 2026 tente de colmater ces brèches, mais la mise en œuvre sera déterminante.

Industrialiser la construction : un virage inattendu pour débloquer le marché

Parmi les 12 mesures du plan de janvier 2025, l'une d'elles est passée relativement inaperçue mais pourrait être la plus structurante : l'industrialisation de la construction. L'idée est simple : construire des logements plus vite, moins cher et en plus grande quantité, en utilisant des techniques de préfabrication et de construction modulaire.

Le premier gouvernement de Pedro Sánchez posant devant le palais de la Moncloa.
Le premier gouvernement de Pedro Sánchez posant devant le palais de la Moncloa. — (source)

Concrètement, le gouvernement espagnol veut réduire le coût de construction de 30 % et le délai de 50 % d'ici 2030. Pour cela, il subventionne les entreprises qui adoptent ces méthodes, simplifie les permis de construire pour les projets industriels, et forme des ouvriers aux nouvelles techniques.

Pourquoi cela intéresse les jeunes Français ? Parce que si l'Espagne réussit ce pari, elle deviendra un laboratoire pour toute l'Europe du Sud. Les promoteurs français, qui peinent à construire face à la hausse des coûts et aux normes environnementales, regardent de près cette expérience. Et pour un étudiant français qui cherche un logement abordable à Barcelone ou à Madrid, plus de construction signifie, à terme, plus d'offre et des prix plus bas.

Une fiscalité dissuasive contre la spéculation touristique

Le plan de janvier 2025 inclut aussi des mesures fiscales ciblées contre les logements touristiques. Le gouvernement veut taxer plus lourdement les propriétaires qui louent sur Airbnb ou Booking plutôt que de mettre leurs biens sur le marché locatif classique. L'objectif : réduire le nombre de logements dédiés au tourisme dans les grandes villes, où ils représentent parfois 15 à 20 % du parc locatif.

Cette mesure est cruciale pour les jeunes. À Barcelone, les loyers ont augmenté de 40 % en cinq ans, en grande partie à cause de l'explosion des locations touristiques. En rendant moins rentable la location saisonnière, le gouvernement espère libérer des logements pour les résidents permanents. Mais là encore, le diable est dans les détails : les propriétaires peuvent toujours contourner la loi en louant via des plateformes non déclarées ou en transformant leurs biens en résidences secondaires.

Tensions à Bruxelles et élections en Andalousie

Carlos Cuerpo n'hérite pas seulement d'un portefeuille économique. Il devient le numéro deux d'un gouvernement fragilisé, à quelques semaines d'élections régionales cruciales et dans un contexte européen tendu. Son vrai test ne sera pas dans les chiffres de croissance, mais dans sa capacité à naviguer entre les exigences de Bruxelles, les pressions politiques internes et les attentes sociales.

Le départ de María Jesús Montero pour l'Andalousie est un pari risqué pour Sánchez. La région la plus peuplée d'Espagne (8,5 millions d'habitants) est dirigée par le Parti populaire depuis 2018. Si le PSOE la perd, ce sera un signal politique fort, qui fragilisera la coalition gouvernementale à Madrid. Cuerpo, en tant que numéro deux, devra compenser la perte d'une figure politique lourde.

María Jesús Montero quitte le gouvernement : une perte politique à compenser

María Jesús Montero n'était pas seulement la ministre des Finances. Elle était la numéro deux du gouvernement, une figure politique aguerrie, capable de tenir tête aux partenaires de coalition de Sumar et de négocier avec les indépendantistes catalans. Son départ pour l'Andalousie crée un vide politique que Cuerpo, pur technocrate, ne peut pas combler seul.

Sánchez le sait. En nommant Cuerpo numéro deux, il fait le pari que la compétence économique prime sur l'enracinement politique. Mais dans une coalition fragile, où chaque vote compte, l'absence d'un poids lourd politique se fera sentir. Cuerpo devra apprendre vite l'art de la négociation parlementaire, lui qui a passé sa carrière dans l'administration plutôt que dans les couloirs du Congrès.

La question de l'équilibre des factions au sein du PSOE se pose aussi. Montero était proche de l'aile gauche du parti, celle qui pousse pour plus de dépenses sociales. Cuerpo, plus modéré et libéral, pourrait déplacer le centre de gravité du gouvernement vers le centre-droit économique. Un changement qui ne plaira pas à tout le monde, notamment aux partenaires de Sumar.

Budget 2026 et fonds européens : des arbitrages difficiles

L'inflation est remontée à 3,4 % en mars 2026. La croissance, bien que solide, montre des signes de ralentissement. Les règles budgétaires européennes, suspendues pendant la pandémie, reviennent en force. Cuerpo doit négocier avec Bruxelles un budget 2026 qui respecte les critères de Maastricht tout en répondant aux urgences sociales.

Le dilemme est classique, mais il prend une acuité particulière en Espagne. D'un côté, les marchés et la Commission européenne exigent une réduction du déficit. De l'autre, la rue et les jeunes locataires réclament des aides au logement, des allocations et des services publics renforcés. Cuerpo, qui a échoué à l'Eurogroupe, n'a pas le poids politique pour imposer un compromis favorable à l'Espagne. Il devra trancher.

Sa ligne modérée suggère qu'il privilégiera une réduction progressive du déficit, sans coupes brutales dans les dépenses sociales. Mais l'inflation qui repart complique l'équation. Si la Banque centrale européenne maintient des taux élevés, le coût de la dette espagnole augmentera, réduisant les marges de manœuvre budgétaires. Cuerpo devra alors choisir : serrer la vis sur les dépenses pour rassurer les marchés, ou maintenir les aides pour calmer la contestation sociale.

Ce contexte politique tendu est également marqué par l'enquête Zapatero, un séisme judiciaire qui secoue le PSOE, et par la validation par la CJUE de l'amnistie des indépendantistes catalans, un tournant qui pourrait fragiliser la coalition gouvernementale.

L'Espagne face aux incendies monstres de l'été 2026

Pendant que Cuerpo s'installe dans ses nouvelles fonctions, l'Espagne fait face à une crise climatique d'une ampleur inédite. Depuis le 22 juillet 2026, des incendies monstres ravagent la péninsule Ibérique, dévorant des dizaines de milliers d'hectares. Le feu le plus important, près de la ville fortifiée d'Avila en Castille-et-Léon, a déjà consumé 50 000 hectares selon la ministre de la Transition écologique Sara Aagesen, qui l'a qualifié de « plus grand feu de l'histoire de l'Espagne ».

La baisse des températures a permis aux pompiers de reprendre le contrôle autour de Madrid, mais plusieurs fronts restent actifs. L'état d'urgence national a été décrété dans trois régions : Castille-et-Léon, Communauté de Madrid et Castille-La Manche. Cette crise a un impact direct sur l'économie : les évacuations massives, la destruction de terres agricoles et la pollution de l'air pèsent sur la croissance.

Un test de gestion de crise pour le nouveau numéro deux

Ces incendies constituent le premier test de gestion de crise pour Carlos Cuerpo en tant que numéro deux. Au-delà de l'urgence humanitaire, il doit évaluer l'impact économique : les pertes agricoles, la baisse du tourisme dans les régions touchées, et les coûts de reconstruction. Le gouvernement a déjà annoncé des aides d'urgence, mais leur financement devra être intégré dans le budget 2026.

Pour les jeunes Français qui envisagent un séjour en Espagne, ces incendies rappellent que le changement climatique n'est pas une abstraction. Les canicules estivales et les feux de forêt deviennent un facteur à prendre en compte dans le choix d'une destination d'études ou de travail. Les régions les plus touchées — Castille-et-Léon, Madrid, Castille-La Manche — sont aussi celles qui attirent le plus d'étudiants étrangers.

Conclusion : Carlos Cuerpo, un bon signal pour l'économie ou un cache-misère politique ?

La promotion de Carlos Cuerpo au poste de numéro deux du gouvernement espagnol est un double pari. D'un côté, Pedro Sánchez envoie un signal de stabilité aux marchés et à Bruxelles : l'économie reste la priorité, confiée à un technocrate compétent et modéré. De l'autre, il mise sur Cuerpo pour résoudre la crise du logement qui empêche les jeunes de quitter le domicile familial et menace la cohésion sociale.

Pour un jeune Français, cette nomination confirme que l'Espagne reste un laboratoire économique à surveiller de près. Si Cuerpo réussit à détendre le marché du logement, à faire baisser le chômage des jeunes sous les 20 % et à maintenir la croissance, le modèle espagnol deviendra une référence imparable pour toute l'Europe du Sud. Si, au contraire, la crise du logement continue de s'aggraver et que la contestation sociale monte, Sánchez pourrait payer cher ce pari technocratique.

Ce qui se joue à Madrid nous concerne tous, de l'étudiant français qui cherche un logement abordable à Barcelone à l'investisseur européen qui regarde l'Espagne comme un marché porteur. L'Espagne bouge, et dans un contexte où la France peine à réformer, ce qui s'y passe mérite toute notre attention. Carlos Cuerpo a six mois pour montrer qu'il n'est pas seulement le visage des bonnes nouvelles économiques, mais aussi celui d'une politique qui profite à toute une génération.

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Questions fréquentes

Qui est Carlos Cuerpo en Espagne ?

Carlos Cuerpo est le nouveau premier vice-président du gouvernement espagnol et ministre de l'Économie, nommé le 26 mars 2026 par Pedro Sánchez. Il est un technocrate modéré, ancien haut fonctionnaire, qui succède à María Jesús Montero.

Pourquoi les loyers en Espagne sont-ils si élevés ?

Les loyers ont flambé à cause de la spéculation touristique (Airbnb), d'une construction insuffisante et de salaires qui n'ont pas suivi la hausse des prix. Un jeune Espagnol consacre en moyenne 98,7 % de son salaire net à son loyer.

Quel est le taux de chômage des jeunes en Espagne ?

Le chômage des jeunes est passé de 41 % fin 2020 à 23,4 % fin 2025, grâce à une réforme du marché du travail qui a flexibilisé les contrats. Cette baisse est spectaculaire comparée à la France, où le taux stagne autour de 21,4 %.

Que prévoit le décret de mars 2026 sur les loyers ?

Le décret plafonne les hausses de loyer à +2 % par an, prolonge automatiquement les baux jusqu'à fin 2027 et offre des exemptions d'impôts aux propriétaires louant à prix modéré. Il vise à protéger les jeunes locataires sans décourager l'investissement.

L'Espagne est-elle toujours une bonne destination pour les jeunes Français ?

Oui, mais avec des réserves : le marché du travail est plus accessible (chômage en baisse), mais la crise du logement rend la survie difficile. Un studio à Barcelone coûte plus de 1 100 euros par mois, alors qu'une bourse Erasmus n'est que de 400 à 500 euros.

Sources

  1. Le récit du départ annoncé de la ministre Monique Barbut après le vote de la loi d’urgence agricole · lemonde.fr
  2. challenges.fr · challenges.fr
  3. Nadia Calviño · eib.org
  4. en.wikipedia.org · en.wikipedia.org
  5. euronews.com · euronews.com
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Chloé Jabot @buzz-tracker

Je vis sur TikTok comme d'autres vivent sur Terre. À 22 ans, j'ai déjà prédit trois tendances virales avant qu'elles n'explosent – dont un challenge dance que j'ai vu naître dans un live à 3h du matin. Étudiante en communication digitale à Paris, je stage dans une agence qui surveille les réseaux sociaux pour des grandes marques. Mon feed For You est tellement bien calibré que mes amis m'envoient des screenshots pour savoir si c'est « encore tendance » ou « déjà cringe ».

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