François Villeroy de Galhau lors d'une conférence de presse.
Actualités

Les canicules en France depuis 1900 : un frein à la croissance, alerte la Banque de France

La Banque de France alerte : les canicules en France depuis 1900 freinent structurellement la croissance, avec des pertes cumulées de 240 milliards de dollars d'ici 2030.

As-tu aimé cet article ?

C’est une déclaration qui marque un tournant dans le discours économique français. Le 20 juin 2026, alors que deux tiers du pays suffoquent sous une canicule précoce, le nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a affirmé sur France Inter que les canicules ont « clairement un effet négatif sur la croissance » à moyen terme. Jamais un banquier central n’avait intégré le climat comme variable macroéconomique structurelle. Derrière cette annonce, un chiffre donne le vertige : la France pourrait perdre 240 milliards de dollars d’ici 2030 si la tendance se confirme.

François Villeroy de Galhau lors d'une conférence de presse.
François Villeroy de Galhau lors d'une conférence de presse. — (source)

L’alerte inédite d’Emmanuel Moulin : les canicules comme facteur de récession

Le 20 juin 2026, Emmanuel Moulin, tout juste installé à la tête de la Banque de France depuis le 2 juin, a brisé un tabou. Invité de France Inter, il a déclaré que les canicules pèsent « clairement » sur la croissance française à moyen terme. Une prise de position qui tranche avec le silence des institutions financières sur le sujet.

« Clairement un effet négatif » : le poids des mots du gouverneur

Emmanuel Moulin a soigneusement distingué deux temporalités. À court terme, l’effet est « un peu ambigu », reconnaît-il. D’un côté, la chaleur extrême fait chuter la productivité des travailleurs exposés. De l’autre, elle dope la consommation électrique pour la climatisation, ce qui crée une activité économique comptabilisée dans le PIB. Mais à moyen terme, le diagnostic est sans appel : perte de capital humain, hausse des dépenses de santé, absentéisme chronique, productivité tendancielle en berne. Ce cadrage change la donne : la Banque de France intègre désormais le risque climatique dans son diagnostic macroéconomique standard, et non plus comme un simple aléa saisonnier.

Pour comprendre le contexte de cette nomination, on peut se référer aux coulisses de la nomination à la Banque de France, qui montrent comment le choix d’un haut fonctionnaire comme Emmanuel Moulin reflète une volonté de rapprocher la politique monétaire des réalités économiques concrètes.

François Villeroy de Galhau s'exprimant en extérieur.
François Villeroy de Galhau s'exprimant en extérieur. — (source)

Le contre-pied à l’Insee de septembre 2025

En septembre 2025, l’Insee avait publié une note de conjoncture qui n’avait pas trouvé d’impact « significatif » à court terme pour les canicules de l’été 2025. « Peu d’entreprises ont dit que la canicule les avait empêchées de travailler », résumait alors Clément Bortoli, économiste à l’Insee. La croissance du deuxième trimestre 2025 était restée solide, à +0,3 %.

Faut-il y voir une contradiction ? Pas vraiment. L’Insee mesurait l’impact immédiat sur un trimestre donné, tandis que la Banque de France anticipe l’effet cumulatif sur plusieurs trimestres. Les deux approches sont complémentaires, mais Moulin ajoute une couche de risque systémique que l’Insee ne capte pas encore. La littérature économique suggère en effet que les hausses tendancielles des températures réduisent la productivité globale des facteurs de production sur le long terme.

Évolution du nombre de vagues de chaleur en France depuis 1947, d'après Statista.
Évolution du nombre de vagues de chaleur en France depuis 1947, d'après Statista. — (source)

0,5 % de croissance en 2026 : la canicule comme accélérateur de la crise

Quatre jours avant sa déclaration sur France Inter, le 16 juin, la Banque de France avait déjà abaissé sa prévision de croissance pour 2026 à 0,5 %, contre 0,9 % en mars. La BDF prévoit une croissance nulle au deuxième trimestre, après un recul de 0,1 % au premier. Les causes officielles sont multiples : choc pétrolier, chute exceptionnelle des exportations (-3,5 %), stocks qui s’accumulent dans l’aéronautique par pénurie de moteurs.

Mais la canicule agit comme un accélérateur de crise. Selon les estimations d’Allianz Trade, les pertes cumulées pour la France pourraient atteindre 240 milliards de dollars sur la période 2026-2030. Une journée de forte chaleur équivaut à une demi-journée de grève pour l’économie, selon le même assureur-crédit. La canicule devient le facteur X qui empire mécaniquement toutes les autres prévisions.

Carte des températures maximales prévues pour le 21 juin 2026, avec 53 départements en vigilance orange canicule.
Carte des températures maximales prévues pour le 21 juin 2026, avec 53 départements en vigilance orange canicule. — (source)

Les pires canicules en France : des jobs étudiants au PIB, qui paie l’addition ?

Passons du macro au micro. Derrière les grands chiffres, ce sont des milliers de jeunes travailleurs qui voient leur salaire fondre à chaque épisode caniculaire. Agriculture, restauration, livraison, vente : les secteurs où les 18-25 ans sont surreprésentés sont aussi les plus exposés à la chaleur.

Le reportage du « Monde » dans le Gard : à la sueur des saisonniers

En juin 2025, le journal Le Monde a suivi des ouvriers agricoles dans le Gard, en pleine canicule. Lorenzo, chef d’équipe, résume la situation : « On a l’habitude des grosses chaleurs, on est dans le Sud, mais quand ça devient trop dur, on arrête à 14 h 30. » Maribel, ouvrière espagnole arrivée en 2018, se lève à 4 h 30 pour éviter les 38-40 °C de l’après-midi.

Des enfants se rafraîchissent dans une fontaine lors d'une journée de canicule en France.
Des enfants se rafraîchissent dans une fontaine lors d'une journée de canicule en France. — (source)

Traduisons cette réalité en chiffres. Deux à trois heures non travaillées par jour caniculaire, c’est entre 15 et 30 € de revenu en moins chaque jour pour un saisonnier payé au Smic. Cumulé sur une saison de récolte qui dure plusieurs semaines, cela représente plusieurs centaines d’euros perdus. Pour un étudiant, c’est le loyer du mois ou les frais de rentrée universitaire qui s’envolent.

BTP, livraison, restauration : la double peine des jobs sans climatisés

Les données sectorielles de Capital confirment que le BTP, l’agriculture et les commerces de proximité sont les plus touchés. Christophe Barbier rappelle sur LCI que « à 33 °C, l’OCDE estime qu’on perd 50 % de sa productivité ». Les métiers où les jeunes sont les plus présents cumulent les handicaps : cuisines de restaurant sans climatisation avec les fours allumés, livraison à vélo ou en scooter sous un soleil de plomb, maraîchage en plein champ, vente en petite boutique sans air conditionné.

Pour un livreur payé à la course, une heure de canicule, c’est une heure sans rentrée d’argent. Les commandes baissent aux heures les plus chaudes, et les plateformes n’indemnisent pas les courses non effectuées. La double peine est totale : chaleur insupportable et salaire en chute libre.

Un porte-parole s'exprime sur la vague de chaleur qui s'intensifie en France.
Un porte-parole s'exprime sur la vague de chaleur qui s'intensifie en France. — (source)

De la perte de productivité à la perte de pouvoir d’achat

Relions maintenant le point macro au point micro. Allianz Trade l’affirme : une journée de forte chaleur équivaut à une demi-journée de grève pour l’économie. Traduisons pour un jeune en job d’été : un épisode caniculaire de quatre jours, c’est deux jours de salaire perdus. Soit une perte moyenne de 100 à 150 € pour un étudiant payé au Smic.

Sur les quinze à vingt jours de canicule que la France a connus ces dernières années, l’addition peut atteindre 400 à 600 € sur l’été. De quoi grever un budget étudiant déjà serré, et transformer une saison qui devait financer l’année en cauchemar financier. Le lien avec le tourisme est direct : la canicule et le tourisme créent un jackpot à 30 % pour certains secteurs, mais cachent une facture salée pour les travailleurs précaires.

Carte de vigilance météo de la France indiquant des orages localement forts sous la canicule.
Carte de vigilance météo de la France indiquant des orages localement forts sous la canicule. — (source)

Les grandes canicules en France : un passif de 22 à 37 milliards d’euros pour l’économie

La déclaration d’Emmanuel Moulin ne sort pas de nulle part. Elle s’appuie sur des années de données qui montrent que les canicules coûtent cher, très cher, à l’économie française.

22 à 37 milliards d’euros entre 2015 et 2020 : le chiffre qui donne le vertige

Santé publique France a chiffré le coût des canicules entre 2015 et 2020 entre 22 et 37 milliards d’euros. Ce montant inclut les passages aux urgences, les consultations SOS Médecins, et surtout les restrictions d’activité. Ces dernières représentent à elles seules 6 milliards d’euros, soit 814 € par habitant exposé.

Ce coût est supporté par la collectivité via l’Assurance maladie et la Sécurité sociale, par les entreprises via l’absentéisme, et par les individus via la perte de revenus. Les non-cadres, qui ne peuvent pas télétravailler depuis une pièce climatisée, sont les premiers touchés.

François Villeroy de Galhau, invité d'honneur du Comité européen d'orientation de l'Institut Jacques Delors à Paris en décembre 2017.
François Villeroy de Galhau, invité d'honneur du Comité européen d'orientation de l'Institut Jacques Delors à Paris en décembre 2017. — The Jacques Delors Institute / CC BY 2.0 / (source)

De 2003 à 2026 : l’histoire se répète avec une facture qui gonfle

Nicolas Doze, éditorialiste économie sur LCI, rappelle un précédent : « Lors de la canicule de 2003, on avait observé en Europe une chute de la production de céréales de 30 %. On va avoir des phénomènes de baisse de production à peu près partout. » L’événement exceptionnel devient la norme.

L’Organisation internationale du travail estime que 80 millions d’emplois seraient détruits si la température mondiale se réchauffe de 1,5 °C. Les 240 milliards de pertes cumulées pour la France selon Allianz Trade dépassent le coût de crises financières régionales. C’est un choc économique silencieux, qui s’installe année après année.

L’effet boule de neige sur le déficit public

La Banque de France prévoit un déficit public à 5,2 % du PIB en 2026. Une canicule creuse ce déficit de deux côtés : elle augmente les dépenses publiques (soins, aides, activité partielle) et réduit les recettes (moins de production, moins de TVA, moins de cotisations sociales).

Le cercle vicieux que la Banque de France commence à mesurer est implacable : chaque été caniculaire repousse la date du retour à l’équilibre budgétaire. L’État doit dépenser plus pour soigner et indemniser, alors qu’il encaisse moins d’impôts et de cotisations. C’est le syndrome du seau percé.

François Villeroy de Galhau présentant le rapport annuel 2022 de la Banque de France.
François Villeroy de Galhau présentant le rapport annuel 2022 de la Banque de France. — (source)

Toutes les canicules en France fragilisent les mêmes : le vide juridique pour les précaires

Si les canicules touchent tout le monde, elles ne touchent pas tout le monde de la même manière. Les jeunes en CDD, intérim, jobs saisonniers sont les premières victimes d’un cadre légal qui protège mal.

Le décret n° 2025-482 : des obligations en théorie, un angle mort en pratique

Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 prévoit des mesures proportionnées aux seuils de vigilance Météo-France. L’employeur doit adapter les horaires, mettre à disposition de l’eau potable fraîche, fournir des équipements appropriés, et privilégier des procédés de travail moins exposants. L’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail) a même publié une check-list à destination des TPE/PME.

Mais le décalage avec la réalité est immense. Le reportage du Monde dans le Gard le montre : eau fraîche et pauses au frais, oui, mais perte de salaire garantie. Dans les petites exploitations agricoles ou les restaurants de plage, l’inspection du travail n’a tout simplement pas les moyens d’être partout. Le décret existe, son application est aléatoire.

Chômage partiel et assurance : qui indemnise vraiment les heures perdues ?

L’activité partielle peut être activée pour « intempéries », y compris la canicule. Mais la procédure est lourde et souvent ignorée dans les secteurs saisonniers où les contrats sont courts. Pour un jeune en CDD de deux mois ou en intérim d’une semaine, la perte est immédiate et sans filet de sécurité.

Aucune assurance spécifique ne couvre les heures non travaillées à cause de la chaleur. C’est une perte sèche que ni l’État ni l’employeur ne compensent. Le jeune travailleur se retrouve seul face à la météo et à son compte en banque qui ne gonfle pas.

Le cri d’alarme des syndicats et des associations de jeunes

Les organisations comme Jeunes Agriculteurs, l’UNL ou la FAGE tirent la sonnette d’alarme. Leur constat est simple : l’emploi des jeunes est le premier marqueur de l’inadaptation climatique du marché du travail. Les moins protégés – standards, extras, saisonniers – sont les premiers exposés à la double peine chaleur et précarité.

Le gouverneur de la Banque de France parle de macroéconomie, de PIB, de croissance. Eux parlent de fins de mois difficiles, de loyers impayés, de rentrée universitaire compromise. Les deux discours parlent pourtant de la même réalité, vue à deux échelles différentes.

François Villeroy de Galhau lors d'une conférence de presse officielle, avec les drapeaux français et le logo G7 France.
François Villeroy de Galhau lors d'une conférence de presse officielle, avec les drapeaux français et le logo G7 France. — (source)

Le paradoxe de la clim’ : la croissance à courte vue qu’Emmanuel Moulin dénonce

Emmanuel Moulin l’a lui-même reconnu : les effets à court terme sont « un peu ambigus ». Ce paradoxe mérite qu’on s’y attarde, car il explique pourquoi le problème est si difficile à résoudre.

Climatisation : un milliard d’euros de chiffre d’affaires caché

La mécanique est simple : les canicules dopent les ventes de climatiseurs, l’installation par les entreprises du BTP, et la consommation électrique d’EDF. Cette activité crée de la valeur ajoutée à court terme et fait gonfler le PIB des services.

Mais le problème est que ce sont des dépenses contraintes, pas un investissement productif. L’argent dépensé pour climatiser un bureau ou un restaurant ne sera pas investi dans de nouveaux équipements, de la recherche ou des embauches. C’est un transfert de richesse – du salaire vers l’énergie – sans gain de productivité net. C’est le cœur de l’« ambiguïté » que pointe Emmanuel Moulin.

Le dilemme du chef d’entreprise : investir ou perdre en productivité

Prenons l’angle micro-économique. Un petit restaurateur doit-il acheter une climatisation à 5 000 € ou laisser ses cuisines à 40 °C et perdre son personnel ? Une exploitation viticole doit-elle financer des abris climatisés ou perdre des heures de travail ? Le coût d’opportunité est massif.

La Banque de France le dit implicitement : l’adaptation a un coût immédiat, mais l’inaction coûte structurellement plus cher. Le marché seul ne résout pas cette équation. Les entreprises les plus fragiles, celles qui n’ont pas les moyens d’investir, sont aussi celles qui souffrent le plus de la chaleur. Un cercle vicieux qui creuse les inégalités.

Conclusion : et si la canicule était le nouveau plafond de verre de l’économie française ?

La déclaration d’Emmanuel Moulin est une première dans l’histoire de la Banque de France. En mettant des chiffres sur un ressenti, il transforme une angoisse climatique en un risque économique tangible. Le climat n’est plus une variable d’ajustement saisonnière : c’est un frein structurel à la croissance, que les économistes vont devoir intégrer dans tous leurs modèles.

Mais l’alerte reste macro. Le vrai visage de ce ralentissement, ce sont les saisonniers du Gard qui perdent deux heures de salaire, les étudiants livreurs qui pédalent dans 38 °C, les stagiaires en cuisine qui suffoquent devant les fourneaux. L’adaptation de la France au climat passera par une protection réelle des plus précaires.

Comme le rappelle le climatologue Christophe Cassou dans son analyse de la canicule de mai 2026, chaque canicule supplémentaire est un signal d’alarme pour les jeunes générations – celles qui paieront le prix fort de l’inaction d’aujourd’hui. La canicule n’est plus un simple aléa météo. C’est le nouveau plafond de verre de l’économie française, et il se fissure un peu plus chaque été.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Les canicules freinent-elles la croissance en France ?

Oui, selon le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, les canicules ont un effet négatif clair sur la croissance à moyen terme. La France pourrait perdre 240 milliards de dollars d'ici 2030 si la tendance se confirme.

Quel est le coût des canicules entre 2015 et 2020 ?

Santé publique France a chiffré le coût des canicules entre 2015 et 2020 entre 22 et 37 milliards d'euros. Ce montant inclut les passages aux urgences, les consultations et les restrictions d'activité.

Qui paie le prix fort des canicules en France ?

Les jeunes en CDD, intérim ou jobs saisonniers sont les premières victimes, notamment dans l'agriculture, la livraison et la restauration. Ils subissent une perte de salaire directe, sans filet de sécurité ni indemnisation.

La climatisation est-elle bonne pour le PIB ?

À court terme, les canicules dopent les ventes de climatiseurs et la consommation électrique, ce qui fait gonfler le PIB des services. Mais la Banque de France considère ces dépenses comme contraintes et non productives, sans gain de productivité net.

Sources

  1. fr.finance.yahoo.com · fr.finance.yahoo.com
  2. anact.fr · anact.fr
  3. capital.fr · capital.fr
  4. franceinfo.fr · franceinfo.fr
  5. la-croix.com · la-croix.com
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

1435 articles 1 abonnés

Commentaires (2)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires