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Bulgarie : la justice autorise à nouveau le changement de sexe à l’état civil après cinq ans de blocage

Le 22 juillet 2026, la Cour suprême bulgare autorise à nouveau le changement de sexe à l’état civil, mettant fin à cinq ans de blocage sous la pression de la CJUE.

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Le 22 juillet 2026, la Cour suprême de cassation bulgare (SCC) a rendu une décision qui fait trembler tout l’édifice juridique du pays. Pour la première fois depuis 2020, quatre personnes transgenres ont obtenu le droit de modifier leur mention de sexe et leur prénom à l’état civil. Ce verdict met fin à cinq années de blocage total, durant lesquelles des dizaines de dossiers similaires étaient restés en suspens. La pression de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), qui avait imposé dès mars 2026 la primauté du droit européen sur les interprétations constitutionnelles bulgares, a été le véritable moteur de ce revirement historique.

Drapeau Progress Pride flottant au vent, symbole de la diversité des genres.
Drapeau Progress Pride flottant au vent, symbole de la diversité des genres. — (source)

Le 22 juillet 2026, la Cour suprême bulgare met fin à l’impasse juridique

Ce mercredi 22 juillet 2026 restera une date charnière pour les droits des personnes transgenres en Bulgarie. La chambre civile de la SCC a cassé le blocage qui empêchait toute modification des registres d’état civil depuis la décision interprétative de février 2023. Ce verdict intervient après des années de silence judiciaire, où chaque requête se heurtait à un mur juridique infranchissable.

Quatre verdicts historiques qui mettent fin à cinq ans de vide juridique

La SCC a examiné quatre recours individuels, déposés par des plaignants anonymes, et a jugé dans chaque cas que leur demande de changement de sexe à l’état civil était conforme au droit de l’Union européenne. Ces quatre décisions constituent un précédent contraignant pour toutes les juridictions bulgares. Concrètement, cela signifie que des dizaines d’autres dossiers, jusqu’ici gelés dans l’attente de cette jurisprudence, peuvent désormais être traités.

Drapeaux transgenres devant la Cour suprême américaine lors d’une manifestation.
Drapeaux transgenres devant la Cour suprême américaine lors d’une manifestation. — (source)

Le mécanisme est simple mais puissant : la SCC a estimé que la position antérieure de la Cour constitutionnelle bulgare, qui affirmait que seuls les sexes masculin et féminin existaient et que l’état civil de naissance était définitif, ne pouvait plus s’appliquer face au droit européen. Les juges ont donc directement appliqué l’arrêt « Shipova » de la CJUE, rendu en mars 2026.

Cette décision intervient après un vote très serré en février 2023, où la SCC avait interdit explicitement le changement de sexe légal par 28 voix contre 21. Le rapport de force a clairement évolué sous la pression de Luxembourg.

La CJUE et le principe de primauté : le véritable moteur du changement

L’arrêt C-43/24, dit « Shipova », a été le levier décisif. La CJUE a tranché sans ambiguïté : le droit de l’Union européenne s’oppose à la réglementation bulgare qui interdit aux personnes transgenres de modifier leurs données d’état civil. Plus important encore, la Cour a affirmé que les juges nationaux ne sont plus liés par les interprétations de la Cour constitutionnelle bulgare d’octobre 2021, dès lors que celles-ci contredisent le droit européen.

C’est une démonstration éclatante de la hiérarchie des normes au sein de l’UE. La souveraineté étatique, invoquée par Sofia pour justifier son blocage, a cédé face au principe de primauté du droit communautaire. Les juges bulgares ont dû choisir entre leur Constitution nationale et les traités européens. Ils ont choisi l’Europe.

Cette décision place également la Bulgarie face à ses responsabilités. L’État doit désormais créer un cadre légal formel pour encadrer ces demandes, mais la SCC a déjà ouvert la voie en permettant des modifications individuelles sans attendre le législateur.

La « guerre du genre » made in Bulgaria : Convention d’Istanbul, Constitution et blocage politique

Pour comprendre l’ampleur du revirement du 22 juillet, il faut remonter le fil des événements qui ont conduit à ce blocage total. La Bulgarie n’a pas agi dans un vide politique. Elle s’inscrit dans une « guerre du genre » plus large qui secoue l’Europe de l’Est depuis plusieurs années.

2018-2023 : les dates clés du verrouillage du genre en Bulgarie

Le premier coup d’arrêt date de juillet 2018. La Cour constitutionnelle bulgare déclare alors que la Convention d’Istanbul, pourtant signée par le pays, est incompatible avec la Constitution bulgare. Ce traité du Conseil de l’Europe, qui vise à prévenir et combattre les violences faites aux femmes, est perçu par les milieux conservateurs comme une menace pour les valeurs traditionnelles.

En octobre 2021, la même Cour constitutionnelle va plus loin. Elle affirme que la Constitution bulgare ne reconnaît que deux sexes, masculin et féminin, et que l’état civil attribué à la naissance est définitif et immuable. Cette interprétation littérale du texte constitutionnel ferme toute porte à une évolution législative.

Le coup de grâce intervient en février 2023. La SCC, dans une décision interprétative adoptée à une courte majorité (28 voix contre 21), déclare explicitement que le droit bulgare ne permet pas aux personnes transgenres de changer leur sexe légal. C’est le verrouillage complet du système.

Pendant ce temps, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) avait déjà condamné la Bulgarie en 2020 dans l’affaire Y.T. c. Bulgarie, estimant que le refus de reconnaissance légale du genre violait l’article 8 de la Convention européenne (droit à la vie privée). Mais Sofia a ignoré cette décision, forçant les requérants à se tourner vers la CJUE via le mécanisme de la libre circulation.

Le rôle des alliances politiques et religieuses dans ce blocage

Ce blocage n’est pas le fruit du hasard. Il résulte d’alliances solides entre partis nationalistes, Église orthodoxe bulgare et mouvements dits « pro-famille ». Ces forces ont fait de la lutte contre « l’idéologie du genre » un cheval de bataille électoral, exactement comme en Pologne, en Hongrie ou en Roumanie.

Le reportage du Monde paru en février 2020 décrivait déjà cette dynamique : des gouvernements illibéraux instrumentalisent la question LGBT pour consolider leur base électorale, en s’appuyant sur des réseaux religieux et des organisations d’extrême droite. En Bulgarie, ce front conservateur a paralysé toute avancée législative pendant des années.

Les partis nationalistes bulgares, comme VMRO ou Ataka, ont utilisé la question trans comme un marqueur identitaire fort, opposant les « valeurs bulgares traditionnelles » à une Europe « décadente ». L’Église orthodoxe, très influente dans le pays, a apporté sa caution morale à ce discours.

Cette alliance a poussé la justice à se retrancher derrière des interprétations littérales de la Constitution, créant un vide juridique artificiel que seule une intervention extérieure pouvait briser.

L’affaire K.M.H. (C-43/24) : comment le combat d’une migrante bulgare a fait plier Sofia

Au cœur de ce bras de fer juridique se trouve une femme : K.M.H., connue sous le pseudonyme de « Shipova ». Son histoire personnelle illustre parfaitement les absurdités administratives auxquelles sont confrontées les personnes transgenres en Bulgarie.

K.M.H. (Shipova) : le récit d’une vie entre deux papiers

K.M.H. a 36 ans. Née en Bulgarie, elle vit en Italie depuis plusieurs années. Comme de nombreux citoyens de l’UE, elle a exercé son droit à la libre circulation. Mais son parcours s’est heurté à un obstacle insurmontable : l’Italie lui a délivré des papiers conformes à son identité de genre féminine, tandis que la Bulgarie refusait obstinément de modifier ses registres d’état civil.

Salle d'audience de la Cour suprême de cassation bulgare.
Salle d'audience de la Cour suprême de cassation bulgare. — (source)

Cette discordance administrative a eu des conséquences concrètes et dévastatrices. Impossible de trouver un emploi stable sans papiers cohérents. Impossible de justifier son identité auprès d’un employeur, d’ouvrir un compte bancaire ou même de voyager sans éveiller les soupçons. « Cette décision va enfin me permettre d’avoir un passeport bulgare qui respecte ce que j’ai toujours été : une femme », a déclaré K.M.H. après le verdict de la CJUE.

Son avocat, Alexander Schuster, a porté l’affaire jusqu’à Luxembourg, en faisant valoir que le blocage bulgare entravait directement la libre circulation des travailleurs, un pilier fondamental de l’Union européenne.

Un arrêt pour la « libre circulation » qui redéfinit l’identité

Le 12 mars 2026, la CJUE rend son arrêt dans l’affaire C-43/24. La Cour ne se prononce pas directement sur les droits LGBTQ+, mais utilise un levier économique et social : le droit au travail et à la libre circulation.

Le raisonnement est imparable. La Cour affirme que la discordance entre l’identité vécue d’une personne et les données figurant sur ses papiers d’identité « entrave l’exercice du droit de circuler et de séjourner librement ». Pourquoi ? Parce que cette personne doit constamment « dissiper les doutes sur son identité ou sur l’authenticité de ses documents officiels » dans des situations quotidiennes : contrôle d’identité, embauche, démarches bancaires.

En utilisant ce levier, la CJUE contourne les arguments de souveraineté nationale avancés par Sofia. Richard Köhler, responsable politique senior à TGEU (Transgender Europe), a salué un « pas important vers un droit à la reconnaissance légale du genre dans l’UE ». Le marché unique devient ainsi le moteur des droits fondamentaux.

Le coût économique et administratif du blocage bulgare est devenu trop lourd. En empêchant ses citoyens transgenres d’avoir des papiers cohérents, la Bulgarie violait non seulement leurs droits fondamentaux, mais aussi les règles du marché intérieur.

Être trans en Bulgarie après la décision : papiers, école, soins, le chemin qui reste à faire

Si la décision du 22 juillet 2026 est une victoire juridique majeure, elle ne résout pas tous les problèmes du quotidien pour les personnes transgenres en Bulgarie. Le chemin vers une véritable égalité reste long.

Changer de prénom et de genre sur ses papiers : le parcours enfin débloqué

Concrètement, que change cette décision pour un jeune trans bulgare ? La procédure semble désormais plus simple. La SCC a validé la possibilité de modifier la mention de sexe et le prénom à l’état civil par une simple déclaration en justice, sans exiger de condition médicale préalable.

La CJUE avait posé des conditions claires : la procédure doit être « claire et transparente », sans condition de stérilisation ou de chirurgie. Les critères d’ILGA-Europe, qui évaluent chaque année les législations des pays européens, imposent également l’absence d’exigences médicales abusives.

Concrètement, un jeune trans bulgare peut désormais saisir le tribunal de son lieu de résidence pour demander la modification de ses papiers. La décision de la SCC fait jurisprudence, ce qui signifie que les juges ne peuvent plus opposer un refus systématique.

Reste que l’État bulgare doit encore créer un cadre légal formel. La décision de la SCC est un précédent, pas une loi. Le Parlement bulgare, dominé par des forces conservatrices, pourrait traîner des pieds pour légiférer. En attendant, les demandes individuelles sont possibles, mais chaque dossier devra passer devant un juge.

La société bulgare reste-t-elle hostile ? Le quotidien après la victoire

Il serait naïf de croire qu’un verdict judiciaire suffit à changer les mentalités. Les classements d’ILGA-Europe placent la Bulgarie parmi les pires pays de l’UE pour les droits LGBTQ+, malgré cette avancée juridique.

Denitsa Lyubenova, avocate de l’association Deystvie (Action), le rappelle : « L’acceptation sociale ne se décrète pas. » Dans les écoles bulgares, le harcèlement des jeunes trans est monnaie courante. Dans l’espace public, les agressions verbales et physiques restent fréquentes. L’accès aux soins médicaux est également problématique : il n’existe pas de parcours de transition financé par la sécurité sociale bulgare.

La décision de justice est un bouclier juridique, pas une baguette magique sociale. Les associations comme Bilitis Foundation et Deystvie continuent de se battre pour obtenir des mesures concrètes : formations des enseignants, campagnes de sensibilisation, accès aux soins.

France, Hongrie, Slovaquie : la Bulgarie n’est pas une exception en Europe

La situation bulgare n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une carte européenne de la reconnaissance de genre à deux vitesses, où certains pays progressent tandis que d’autres résistent.

La loi française de 2016 : des progrès réels, des juges trop lents

La France peut servir de modèle sur le fond, mais pas sur la rapidité d’exécution. Depuis la loi du 18 novembre 2016, les personnes transgenres peuvent changer leur sexe à l’état civil sans chirurgie ni stérilisation. La procédure est judiciaire, devant le juge aux affaires familiales.

Mais les obstacles persistent. Selon un rapport du Défenseur des droits, la procédure peut prendre six à douze mois. Le juge exige des témoignages d’amis, de famille ou de collègues pour attester de la réalité du parcours de transition. Certains magistrats imposent encore des conditions abusives, en contradiction avec l’esprit de la loi.

La France montre donc que même avec un cadre légal favorable, l’accès effectif à la reconnaissance du genre peut être entravé par des pratiques judiciaires inégales. La Bulgarie, qui part de beaucoup plus loin, devra veiller à ce que ses juges n’inventent pas des conditions supplémentaires.

Après la Bulgarie, la Hongrie et la Slovaquie dans le viseur de Luxembourg

La décision de la CJUE dans l’affaire Shipova ne concerne pas seulement la Bulgarie. Elle crée une jurisprudence qui s’applique à tous les États membres. La Hongrie et la Slovaquie, qui continuent de bloquer toute reconnaissance légale du genre, sont désormais directement dans le viseur.

Alexander Schuster, l’avocat de K.M.H., l’a dit explicitement : « La Hongrie, la Slovaquie et la Bulgarie refusent actuellement aux personnes trans le droit d’avoir des documents qui reflètent leur identité. » Après la chute du blocage bulgare, les regards se tournent vers Budapest et Bratislava.

La pression de l’UE ne fait que commencer. La Commission européenne dispose désormais d’un arsenal juridique solide pour contraindre les États récalcitrants à appliquer la jurisprudence Shipova. Les procédures d’infraction pourraient s’enchaîner.

Conclusion : une brèche dans le mur du blocage, mais le combat continue

Cette victoire judiciaire est paradoxale. Elle a été imposée de l’extérieur par la CJUE, ce qui la rend fragile politiquement. Les partis conservateurs bulgares, comme le parti socialiste ou VMRO, ont déjà annoncé leur intention de contester cette décision. Ils pourraient tenter de faire adopter une loi restrictive au Parlement, ou de saisir à nouveau la Cour constitutionnelle.

Mais juridiquement, la décision est d’une puissance inédite. La libre circulation des travailleurs, pilier économique de l’Union européenne, s’est révélée être l’arme la plus efficace pour faire respecter les droits des personnes transgenres. Le marché unique, souvent critiqué pour son caractère technocratique, devient un levier de droits fondamentaux.

Le combat se déplace désormais vers la Hongrie et la Slovaquie. L’arrêt Shipova leur est directement applicable. Les citoyens trans hongrois et slovaques peuvent déjà s’en prévaloir devant leurs tribunaux nationaux.

L’avenir du droit à l’identité de genre en Europe se joue dans cet équilibre fragile entre le rouleau compresseur juridique de Luxembourg et les résistances identitaires des capitales nationales. La Bulgarie a cédé. Reste à savoir si Budapest et Bratislava suivront le même chemin, ou si elles choisiront l’affrontement avec Bruxelles.

Une chose est sûre : le 22 juillet 2026, la Bulgarie a ouvert une brèche dans le mur du blocage. Cette brèche, d’autres pays pourraient l’emprunter.

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Questions fréquentes

Pourquoi la Bulgarie bloquait le changement de sexe à l'état civil ?

Depuis 2020, la Bulgarie bloquait toute modification du sexe à l'état civil en raison d'une interprétation constitutionnelle de 2021 ne reconnaissant que deux sexes immuables, renforcée par une décision de la Cour suprême en février 2023. Ce blocage résultait d'alliances entre partis nationalistes, l'Église orthodoxe et des mouvements conservateurs.

Qu'a décidé la CJUE dans l'affaire Shipova ?

Le 12 mars 2026, la CJUE a jugé que le blocage bulgare entravait la libre circulation des travailleurs, un pilier de l'UE. Elle a affirmé que les juges nationaux ne sont plus liés par les interprétations constitutionnelles bulgares contraires au droit européen, forçant ainsi la reconnaissance légale du genre.

Comment changer de sexe à l'état civil en Bulgarie après juillet 2026 ?

Depuis le 22 juillet 2026, une personne transgenre peut saisir le tribunal de son lieu de résidence pour modifier sa mention de sexe et son prénom par simple déclaration en justice, sans condition médicale préalable. La décision de la Cour suprême fait jurisprudence, mais chaque dossier doit encore passer devant un juge.

Quels pays européens bloquent encore la reconnaissance du genre ?

Après la Bulgarie, la Hongrie et la Slovaquie continuent de refuser toute reconnaissance légale du genre. La jurisprudence Shipova de la CJUE leur est directement applicable, et les citoyens trans de ces pays peuvent désormais s'en prévaloir devant leurs tribunaux nationaux.

Quels obstacles restent pour les personnes trans en Bulgarie ?

Malgré la victoire juridique, l'acceptation sociale reste faible : harcèlement scolaire, agressions fréquentes et absence de parcours de transition financé par la sécurité sociale. Le Parlement bulgare, dominé par des forces conservatrices, pourrait traîner à créer un cadre légal formel.

Sources

  1. En Europe de l’Est, la guerre du genre est déclarée · lemonde.fr
  2. brusselssignal.eu · brusselssignal.eu
  3. ilga-europe.org · ilga-europe.org
  4. juridique.defenseurdesdroits.fr · juridique.defenseurdesdroits.fr
  5. leparisien.fr · leparisien.fr
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Inès Colbot @campus-echo

Étudiante en sociologie à Toulouse, je m'intéresse à tout ce qui agite ma génération : précarité étudiante, santé mentale, engagement, façons de vivre. J'anime un petit podcast sur la vie de campus le week-end.

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