Les Bulgares ont voté le 19 avril 2026 pour des élections législatives anticipées, la huitième en cinq ans. La coalition Bulgarie progressiste de l’ancien président Rumen Radev a obtenu environ 44,6 à 44,7 % des voix et une majorité absolue de 130 à 135 sièges sur 240, selon les décomptes de Touteleurope et de la BBC. Aucun scrutin parlementaire n’est prévu le 23 août 2026 ; la prochaine élection présidentielle est fixée au 25 octobre 2026.

Un vote déclenché par la rue contre la corruption
Les manifestations de décembre 2025 contre une loi budgétaire et un système perçu comme corrompu ont renversé le gouvernement de Rosen Zhelyazkov. Radev, alors président, a soutenu ces protestations. Il a démissionné en janvier 2026 pour mener sa campagne. La participation a atteint un peu moins de 50 %, un score élevé pour la Bulgarie.

Radev, la dénonciation des oligarques et les signaux vers Moscou
Radev a fait de la corruption le thème central de la campagne. Il a promis de démanteler le « modèle de gouvernance oligarchique » en visant l’ex-PM Boyko Borissov et l’oligarque Delyan Peevski, tous deux ciblés par les protestations de décembre. La coalition centriste PP-DB a mis l’accent sur la réforme judiciaire.

En parallèle, Radev entretient des messages ambigus sur la Russie. Il a opposé une aide militaire à Kyiv et critiqué l’accord de sécurité Bulgarie-Ukraine, comme le rappelle l’analyse de l’accord de défense qui libère Sofia de Moscou. En 2021, il a qualifié la Crimée de « russe ». Il a critiqué les sanctions européennes et prôné des « relations pragmatiques avec la Russie ». Il admire Viktor Orbán, déclarant que ce dernier « a appris à tout le monde comment gérer une défaite électorale » (Le Monde, avril 2026). Pourtant, il affirme soutenir l’UE et l’OTAN.
Sur l’aide militaire, sa position rejoint le récit du jour où Sofia a dit stop aux armes pour l’Ukraine. Les analystes notent toutefois qu’il pourrait continuer les exportations d’armes via des sociétés privées tout en refusant le soutien financier européen.
L’UE et la conditionnalité des fonds face au risque de dérive
Avant le vote d’avril, la Bulgarie a demandé le soutien de l’UE pour contrer l’ingérence et la désinformation russes, selon Politico et TVP World. Bruxelles craint que Radev ne rapproche Sofia de Moscou, à l’image de la Slovaquie. L’UE dispose pourtant d’un levier : la conditionnalité des fonds, liée à l’État de droit et à la réforme judiciaire.
Le centre de politique européenne (EPC) et le consultant en sécurité Philip Gounev (BBC) tempèrent la crainte. Gounev estime que Radev « n’est pas un Orbán » et privilégiera une divergence sélective plutôt que la confrontation ouverte. Il ne vetoera pas l’aide européenne à Kyiv. La Bulgarie reste dépendante des fonds européens et ancrée dans les structures euro-atlantiques, précise l’EPC. Le risque existe mais prend la forme d’un affaiblissement de la position pro-occidentale plutôt que d’une rupture.
Jeunesse bulgare : défiance envers le « dernier espoir » des aînés
Les électeurs plus âgés présentent Radev comme « le dernier espoir du pays » face à l’instabilité, rapporte DW. Les jeunes électeurs le décrivent comme « la nouvelle figure messianique à l’horizon politique » et restent sceptiques. Cette fracture s’inscrit dans une méfiance structurelle : selon l’enquête de confiance de l’OCDE (la Bulgarie a participé pour la première fois en 2025), seulement 16 % des Bulgares font confiance au gouvernement central. Le Reuters Institute note 21 % de confiance dans les médias en 2026. La désinformation et la faible confiance sont des préoccupations durables.
Le décalage entre le soutien senior à Radev et le scepticisme jeune trace une fracture de confiance que l’UE devra surveiller.