Amine Kassid, 39 ans, s'est fait connaître sous le pseudonyme d'Amine le Conquérant. Féru d'histoire de France, il filme les châteaux de la Loire avec son équipe, dont Mounira Abdi et Océane Fecih, deux femmes à la caméra, pour des vidéos diffusées sur Instagram et YouTube.

Il met en valeur ces châteaux à l'aide d'un drone, dans un format visuel et accessible qui lui a valu une audience croissante auprès des amateurs de patrimoine.
Un créateur ciblé depuis près de deux ans
Depuis près de deux ans, Amine Kassid reçoit sous ses publications et dans ses messages privés des insultes racistes et islamophobes ainsi que des menaces de mort. Ces messages visent sa présence dans un univers patrimonial souvent perçu comme traditionnel.
Un internaute a notamment proféré la menace de "tirer dessus". Cet exemple illustre un harcèlement continu, dont l'ampleur exacte n'est pas chiffrée dans les éléments disponibles.
Les propos des auteurs de ces messages ne sont connus que par des citations rapportées. Leurs motivations précises et les éventuelles suites judiciaires ne sont pas documentées à ce stade.
Le soutien du chantier de Saint-Denis
Le cas a pris une dimension institutionnelle avec l'intervention de la Fabrique de la Flèche, structure chargée du chantier visitable de reconstruction de la tour et de la flèche nord de la basilique-cathédrale de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis.
Selon Le Monde, la Fabrique de la Flèche l'a contacté pour une collaboration parce qu'il touche des publics que les institutions peinent à atteindre. La structure a ensuite dénoncé les insultes et menaces racistes visant son travail, apportant un soutien public à sa démarche de médiation.
Ce positionnement éclaire le rôle des lieux patrimoniaux face aux créateurs : aller chercher de nouveaux publics, y compris par l'intermédiaire de vidéastes extérieurs au monde académique ou muséal.
Qui peut raconter le patrimoine français ?
Au-delà du cas individuel, l'affaire pose la question de la légitimité à raconter le patrimoine. Pour Le Monde, savoir qui parle du patrimoine revient à interroger qui est jugé légitime pour le faire.

Le ciblage d'un passionné d'histoire par des messages racistes interroge ainsi les représentations associées au récit national : qui est attendu, ou accepté, pour raconter les châteaux, les rois de France et la basilique des rois ? La question ne se résume pas à un désaccord sur le contenu des vidéos, mais porte sur le droit perçu à s'en emparer.
Le cas documenté d'Amine le Conquérant ne permet pas, à lui seul, de mesurer l'état général du débat identitaire en France.