Samedi 28 mars 2026, à 21h55, un Airbus d'Air France en provenance de Nice se posera sur la piste d'Orly pour la toute dernière fois. Après des décennies de présence ininterrompue, la compagnie nationale ferme définitivement sa base du sud de Paris. Dès le lendemain, tout bascule vers Roissy-Charles de Gaulle. Ce déménagement massif ne concerne pas que les terminaux : il modifie concrètement vos itinéraires, vos temps de trajet et le prix de vos billets. Voici ce qui change réellement pour vous.

Samedi 28 mars 2026 à 21h55 : le dernier atterrissage Air France à Orly
Le scénario est d'ores et déjà écrit. Ce samedi soir de fin mars, le vol en provenance de Nice Côte d'Azur touchera le sol de la plateforme orlyanaise une dernière fois. Les passagers de cet ultime vol descendront probablement sans savoir qu'ils participent à un moment d'histoire aérienne française. Les agents de piste, les hôtesses, les pilotes : chacun aura conscience que la page se tourne. Après cet atterrissage, plus rien. Les portes d'embarquement se fermeront pour de bon sur les opérations Air France à Orly. La date n'a pas été choisie au hasard : le passage à la saison estivale du calendrier aérien, fixé au dernier dimanche de mars, offre une rupture naturelle dans les programmations de vols. C'est le moment idéal pour basculer un réseau entier sans créer de confusion en milieu de saison.
La fin de 74 ans de présence à Orly
Ce départ met un terme à une présence longue de sept décennies. Selon les données compilées par Ulysse, c'est la fin de 74 ans d'opérations long-courriers d'Air France au sud de Paris. Le chiffre renvoie aux années 1950, époque où Orly est devenu le principal aéroport intercontinental de la capitale après-guerre, avant que Roissy ne le supplante progressivement à partir de 1974. Au total, c'est donc près de trois quarts de siècle de liaisons vers les Antilles, la Réunion, l'Afrique et au-delà qui s'arrêtent sur cette plateforme. Le symbole est lourd pour un aéroport qui a incarné le rayonnement de la France dans le monde entier pendant des décennies.

1933-2026 : d'un hippocampe ailé à un seul hub francilien
Pour mesurer ce que représente ce départ, il faut revenir aux origines. Air France naît le 7 octobre 1933 au Bourget, lors d'une cérémonie solennelle fusionnant quatre compagnies pionnières : Air Orient, Air Union, la CIDNA et les lignes Farman. Le logo de la jeune compagnie — un hippocampe ailé que certains prennent à tort pour un crabe ou une crevette — devient rapidement l'emblème d'une aviation française audacieuse. Cette année-là, la compagnie transporte 52 000 passagers. En 1938, elle dépasse les 100 000 voyageurs annuels. Les chiffres d'alors font sourire aujourd'hui, mais ils illustrent l'ampleur du chemin parcouru. De cette aventure romantique des débuts de l'aviation commerciale, on arrive en 2026 à une rationalisation industrielle où un seul hub francilien doit concentrer l'essentiel de l'activité. En octobre 2026, Air France soufflera ses 93 bougies. L'hippocampe a perdu son deuxième aérodrome parisien.
Pourquoi Orly meurt pour Air France : moins 40 % de trafic domestique en quatre ans
Derrière le symbole, les chiffres sont implacables. Entre 2019 et 2023, le trafic domestique d'Air France au départ d'Orly a chuté de 40 %. Plus frappant encore : les allers-retours dans la journée, ces vols prisés par les cadres parisiens qui décollent à 7h et reviennent à 19h, ont plongé de 60 % sur la même période, comme le détaille France 3 Île-de-France. Deux facteurs expliquent cette hémorragie. Le développement massif de la visioconférence, accéléré par la crise sanitaire, a réduit la nécessité des déplacements professionnels. Parallèlement, le report vers le train s'est confirmé sur les liaisons où le TGV offre une alternative crédible en temps et en prix. Face à ces baisses structurelles, maintenir deux hubs franciliens coûtait trop cher. La direction a tranché : Orly devait mourir pour le réseau Air France. La compagnie elle-même justifie ce recentrage en affirmant qu'il facilitera les correspondances internationales et renforcera la connectivité des régions et des territoires d'Outre-mer.

Mon billet est-il concerné ? La carte précise des vols qui déménagent
Voici la question que des milliers de voyageurs se posent déjà en consultant leurs réservations pour l'été 2026. La réponse dépend de votre destination, mais la règle générale est simple : presque tout déménage. Tous les vols régionaux d'Air France au départ d'Orly sont transférés à Roissy-Charles de Gaulle. Toutes les lignes vers l'Outre-mer aussi, à une exception majeure près. Si vous avez un billet Air France postérieur au 28 mars 2026 avec Orly comme aéroport de départ ou d'arrivée, il sera automatiquement modifié. Pas de panique : la compagnie a annoncé que les passagers seraient recontactés individuellement. Mais il vaut mieux vérifier par soi-même plutôt que de découvrir le changement la veille du départ.
La Corse échappe au transfert, mais pas le reste de l'Outre-mer
Les vols vers la Corse constituent la seule et véritable exception à ce grand déménagement. Ajaccio, Bastia, Figari et Calvi resteront desservis depuis Orly par Air France. La raison tient au régime spécifique de continuité territoriale qui s'applique à la Corse, distinct de celui des autres territoires d'Outre-mer. Ce statut particulier protège ces liaisons, considérées comme un service public essentiel. Pour les vols vers la Corse qui restent à Orly, rien ne change donc dans vos habitudes. En revanche, tout le reste bascule : Fort-de-France, Pointe-à-Pitre, Cayenne, Saint-Denis de La Réunion et Dzaoudzi-Mayotte feront désormais partie du réseau CDG. Air France promet de maintenir les fréquences : deux vols quotidiens par destination, soit jusqu'à 14 rotations hebdomadaires vers Fort-de-France et Pointe-à-Pitre en période de pointe. Les chiffres sont rassurants sur le papier, mais l'aéroport de départ change radicalement pour les passagers antillais, guyanais et réunionnais.
Nice, Toulouse, Marseille : 12 allers-retours par jour, mais à Roissy
Les trois lignes phares du réseau domestique sont les plus impactées au quotidien. Air France prévoit 12 rotations quotidiennes entre CDG et Nice, autant vers Toulouse, et 10 vers Marseille. Ces chiffres montrent que la compagnie ne réduit pas la desserte : elle la déplace. Pour un Niçois habitué à atterrir à Orly en 1h20 de vol puis à être chez lui en 40 minutes de métro, la donne change considérablement. Le temps de trajet aéroport-domicile va augmenter mécaniquement. Pour un Marseillais ou un Toulousain en correspondance vers un vol international, en revanche, le transfert à CDG est un gain de temps certain puisqu'il n'y a plus besoin de navette inter-aéroports. La perspective change selon qu'on est un voyageur point-à-point ou un correspondancier.

Ce que le transfert change pour vos correspondances internationales
L'argument principal avancé par Air France pour justifier ce regroupement est celui des correspondances. Depuis CDG, le transporteur propose plus de 200 destinations dans le monde, contre une offre long-courrier très réduite à Orly ces dernières années. Un passager arrivant de Toulouse ou de Fort-de-France et devant enchaîner vers New York, Tokyo ou Dakar gagnera un temps considérable en ne changeant plus de plateforme. La navette inter-aéroports, qui prenait entre 60 et 75 minutes et coûtait 22 €, disparaît de fait. C'est un gain réel pour les correspondanciers, même si le voyageur qui ne fait que du point-à-point depuis le sud parisien n'y trouvera aucun bénéfice.
20 à 40 minutes de plus pour rejoindre votre porte d'embarquement
C'est ici que le sujet cesse d'être abstrait et touche directement au portefeuille et à l'emploi du temps de chaque lecteur. Jusqu'au 28 mars 2026, rejoindre Orly depuis le centre de Paris se fait en 23 minutes grâce à la ligne 14 du métro, avec une correspondance par le tramway T7. Rapide, direct, peu coûteux. Roissy-Charles de Gaulle, c'est une autre réalité. Depuis Châtelet-Les Halles, le RER B met entre 35 et 45 minutes pour atteindre l'aéroport, pour un tarif de 11,80 € (inclus avec un pass Navigo zones 1-5). Mais ce temps ne compte que depuis le centre de Paris. Depuis le sud de la capitale — le 13e, le 14e, le 15e arrondissement — il faut ajouter 20 à 40 minutes de trajet supplémentaire par rapport à un départ vers Orly. Pour un habitant de la porte d'Orléans, la différence peut dépasser l'heure au total.
Orlyval contre RER B : le match des prix et des nerfs
Un point souvent oublié dans cette comparaison : la navette inter-aéroports qui reliait Orly et CDG disparaît avec le regroupement. Jusqu'ici, un passager arrivant à Orly et devant prendre une correspondance internationale à Roissy devait emprunter l'Orlyval jusqu'à Antony, puis le RER B jusqu'à CDG. Le trajet total coûtait 24,60 € (11 € + 13,60 €) et prenait environ une heure, sans compter les correspondances, selon les données du Figaro. Une alternative passait par l'Orlybus jusqu'à Denfert-Rochereau puis le RER B, pour un total de 22,65 €. Ces parcours pénibles disparaissent avec le regroupement sur un seul hub, et c'est un argument honnête à reconnaître : pour les correspondances, le transfert à CDG est objectivement plus simple. Mais pour le voyageur qui ne fait que du point-à-point depuis le sud parisien, c'est un surcoût en temps et en argent.
Taxi, VTC et bus : calculer son trajet selon son arrondissement
Face à cette nouvelle donne, il faut recalculer ses habitudes de trajet. En taxi, les forfaits réglementés vers CDG sont fixés à 56 € depuis la rive droite de Paris et 65 € depuis la rive gauche (pour un véhicule pouvant accueillir jusqu'à quatre passagers). En VTC, les tarifs fluctuent davantage selon la demande, avec une fourchette de 40 à 70 €. Du côté des transports en commun, le RoissyBus est supprimé le 1er mars 2026 après 34 ans de service. Il est remplacé par la ligne de bus 9517, qui relie Argenteuil à Roissypôle en dix arrêts. Depuis le sud de Paris, la combine la plus économique consiste à prendre la ligne 14 jusqu'à Saint-Denis-Pleyel, puis d'emprunter cette ligne 9517. Le trajet est plus long mais le tarif reste attractif. Pour les vols vers la Corse qui restent à Orly, rien ne change en revanche : la ligne 14 reste la voie royale.
Le surcoût réel pour un habitant du sud de Paris
Prenons un cas concret pour chiffrer ce changement. Un habitant du 15e arrondissement qui prenait l'avion vers Nice le vendredi soir avait un trajet relativement simple : métro 6 jusqu'à Montparnasse, puis Orlyval ou tramway T7, le tout en environ 35 minutes pour moins de 15 €. Dès le 29 mars 2026, le même voyageur devra rejoindre CDG. Le trajet le plus direct en transports en commun passe par la ligne 6 puis le RER B, avec au minimum une correspondance et un temps de trajet compris entre 55 et 75 minutes. En taxi, la facture passe d'environ 35 € vers Orly à 65 € vers CDG depuis la rive gauche. Multiplié par quatre pour un aller-retour en famille, le surcoût de simple transport atteint facilement 120 €. Ce n'est pas anodin quand on parle de vols intérieurs dont les tarifs ont par ailleurs tendance à augmenter.

Transavia prend le relais à Orly : vos billets vont-ils coûter plus cher ?
Dès le 29 mars 2026, Orly ne sera pas vide pour autant. Transavia, la filiale low-cost du groupe Air France-KLM, devient l'opérateur de référence du groupe sur la plateforme du Val-de-Marne. La compagnie prévoit 8 vols quotidiens vers Toulouse, 8 vers Nice et 2 vers Marseille, selon les informations publiées par France 3. Des fréquences qui, si on les additionne, compensent en partie le vide laissé par Air France. La question cruciale pour le voyageur est celle du prix. Le tarif Max de Transavia, positionné pour les voyageurs professionnels et les fréquents, se situe autour de 140 à 150 € sur ces lignes. C'est sensiblement moins cher qu'un billet Air France classique en tarif flexible, mais plus cher qu'un tarif Basic Transavia acheté plusieurs semaines à l'avance. La nuance est importante : le low-cost propose désormais une gamme de tarifs, pas un seul prix plancher.
Low-cost avec Flying Blue : le modèle hybride de Transavia à Orly
Transavia ne se contente plus d'être une simple low-cost bas de gamme. À Orly, la compagnie déploie un modèle hybride qui brouille les frontières avec sa maison mère. Les tarifs Basic et Smart ciblent le voyageur loisirs sensible au prix, avec des options payantes pour les bagages et le choix du siège. Le tarif Max, lui, intègre la flexibilité, un bagage cabine plus généreux et surtout l'accès à un salon dédié à Orly. Autre argument pour les fidèles du groupe : tous les vols Transavia permettent de cumuler des Miles et des XP dans le programme Flying Blue, comme le précise le site de l'aéroport de Toulouse. Le tarif Max garantit un minimum de 500 Miles par vol, et les membres Platinum+ bénéficient de services dédiés sur les lignes domestiques. Pour un jeune voyageur habitué à réserver Air France, la transition vers Transavia sera donc moins brutale qu'il n'y paraît — du moins en termes de fidélisation.
Ce que le record de profits d'Air France-KLM dit sur l'avenir des prix
Le contexte financier global invite toutefois à la vigilance. Le groupe Air France-KLM a affiché 1,75 milliard d'euros de profits, un record historique qui interroge sur la stratégie poursuivie. D'un côté, l'entreprise rationalise son réseau en concentrant ses opérations sur un seul hub, ce qui génère des économies d'échelle. De l'autre, elle externalise ses lignes domestiques les plus populaires vers sa filiale low-cost, où les tarifs sont structurellement orientés à la hausse par le modèle optionnel. Un groupe qui affiche de tels bénéfices tout en fermant sa plateforme historique et en redirigeant ses passagers vers une marque moins coûteuse à exploiter pose une question légitime : qui profite vraiment de cette optimisation ? La réponse n'est pas simple, mais elle mérite d'être posée à chaque fois qu'on réserve un billet.
Comparer avant de réserver : Air France à CDG ou Transavia à Orly
Face à cette dualité, le voyageur doit faire un calcul en deux temps. D'abord, comparer les prix des billets proprement dits : un tarif Basic Transavia acheté tôt peut être très compétitif, mais un tarif Max sera souvent proche des tarifs Air France les moins chers sur la même ligne depuis CDG. Ensuite, intégrer le coût du trajet aéroport. Depuis le sud de Paris, un billet Transavia à 80 € depuis Orly + 15 € de transport peut revenir moins cher qu'un billet Air France à 110 € depuis CDG + 25 € de transport. L'équation s'inverse pour un habitant du nord ou de l'est parisien, plus proche de Roissy. Il n'y a pas de réponse universelle : chaque réservation mérite un petit calcul personnel qui prend en compte le point de départ, la date et la souplesse souhaitée.
Orly sans Air France : Air Caraïbes, Corsair et French Bee gardent le fort
Orly ne deviendra pas un désert aérien. Pour les passagers qui refusent le trajet jusqu'à Roissy, des alternatives solides subsistent, en particulier vers l'Outre-mer. Air Caraïbes maintient une présence significative avec jusqu'à 17 vols par semaine vers Pointe-à-Pitre, 15 vers Fort-de-France et 7 vers Cayenne. Corsair programme 13 rotations hebdomadaires vers Pointe-à-Pitre, 10 vers Fort-de-France, plus des liaisons vers La Réunion et Mayotte. French Bee, la low-cost spécialisée sur les destinations ultramarines, complète l'offre avec jusqu'à 11 vols hebdomadaires vers La Réunion. Ces trois compagnies représentent un volume de sièges considérable qui prouve qu'Orly conserve un rôle stratégique pour les liaisons vers les territoires ultramarins.
Vols vers les Antilles : pourquoi Orly reste une option crédible
Pour le passager antillais, traditionnellement attaché à Orly, le départ d'Air France ne signifie pas la fin de la desserte depuis le sud de Paris. En comparant les offres, on constate même que l'alternative est crédible. Air Caraïbes et Corsair cumulent à eux seuls 30 vols hebdomadaires vers Pointe-à-Pitre et 25 vers Fort-de-France au départ d'Orly, contre 14 rotations Air France prévues à CDG vers chaque destination en période de pointe. En termes de fréquence pure, Orly reste devant sur les Antilles. La différence se joue sur la correspondance : depuis CDG, un passager antillais peut enchaîner plus facilement vers un vol international, tandis qu'Orly reste un aéroport principalement point-à-point vers les Caraïbes. Le choix entre les deux plateformes dépendra donc du profil du voyageur : celui qui va directement en ville ou celui qui doit reprendre un autre avion.
La Réunion, Mayotte, Guyane : les portes d'embarquement qui subsistent au sud
Les autres territoires d'Outre-mer ne sont pas oubliés. Vers La Réunion, Corsair et French Bee maintiennent une offre combinée depuis Orly qui rivalise avec le vol quotidien d'Air France depuis CDG. Vers Mayotte, Corsair assure seule la liaison depuis le sud de Paris. Pour la Guyane, Air Caraïbes programme 7 vols hebdomadaires depuis Orly, une desserte qui compense le transfert d'Air France vers CDG. Au total, l'offre outre-mer à Orly reste substantielle. Elle change simplement de visage : les compagnies créoles et ultramarines prennent le relais de la compagnie nationale, avec des tarifs souvent compétitifs et une connaissance intime de ces lignes historiques. Pour les passagers qui veulent éviter le détour par le nord de Paris, ces alternatives valent le coup d'être examinées avant de valider une réservation.
Un aéroport qui reste stratégique pour le point-à-point
Au-delà de l'Outre-mer, Orly conserve d'autres atouts. La plateforme reste la base principale de plusieurs compagnies charters et low-cost européennes qui desservent la Méditerranée, l'Afrique du Nord et le Proche-Orient. Pour un voyageur qui part en vacances au Maroc, en Tunisie ou en Turquie, Orly reste souvent le point de départ le plus pratique. Le départ d'Air France réduit sans doute le lustre de la plateforme, mais il ne la vide pas de sa substance. Orly reste un aéroport de proximité pour des millions d'Île-de-Français, et cette fonction ne disparaît pas avec le retrait d'un seul transporteur.
Derrière le déménagement, les 400 salariés dont la vie bascule
Le récit médiatique s'est surtout concentré sur l'impact pour les passagers. Mais derrière chaque vol transféré, il y a des hommes et des femmes dont la vie quotidienne est bouleversée. Plus de 400 salariés d'Air France sont concernés à Orly, auxquels s'ajoutent environ 70 à Marseille et une vingtaine à Nice, selon les données recueillies par France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur. Ces agents d'escale, techniciens de piste, personnels commerciaux et autres ne vont pas simplement changer de terminal. Ils vont changer de région, de temps de trajet, et potentiellement de logement. Le chiffre abstrait de 400 prend un visage quand on écoute les témoignages recueillis par les syndicats depuis l'annonce du transfert.
Villeneuve-le-Roi, Marseille, Nice : trois visages du déménagement forcé
Radouane, technicien zone avion à Orly, habite à Villeneuve-le-Roi. Son trajet domicile-travail dure actuellement vingt minutes. S'il est muté à Roissy, il envisage deux heures trente de trajet le soir en période de pointe. Devant les caméras du Parisien, il a expliqué qu'il pourrait être contraint de vendre sa maison, que sa femme devrait quitter son emploi, que toute la vie de sa famille serait bouleversée. À Marseille, Pascal Montoya, délégué CGT, résume le sentiment de ses collègues : « C'est dramatique, on ne va pas se laisser faire ! ». À Nice, Christophe Malloggi, délégué FO, va plus loin : « Moins on est gros, plus il y a de chances qu'on disparaisse à un moment donné ». Le slogan « Non à la casse sociale », brandi lors des mobilisations, résume la colère de ces salariés qui estiment payer le prix d'une stratégie qu'ils n'ont pas choisie.
CFDT, CGT, FO : un front uni contre un engagement rompu
La colère syndicale trouve ses racines dans une promesse non tenue. La direction d'Air France s'était publiquement engagée à ne pas toucher à la plateforme Orly. La CFDT parle d'un « bouleversement plus qu'inquiétant » et dénonce un manquement à la parole donnée. La CGT craint que les mutations contraintes ne mènent in fine à des licenciements déguisés pour les salariés qui ne pourront pas suivre géographiquement. FO évoque une « douche froide » et un « désengagement d'Air France sur le réseau domestique » qui préfigure, selon le syndicat, des suppressions d'emplois supplémentaires à moyen terme. Les trois organisations, habituellement divisées sur bien des sujets, ont formé un front commun inhabituel. Leur inquiétude dépasse le simple déménagement : c'est la survie même du modèle social d'Air France sur le réseau intérieur qui est en question.
Des familles face à un choix impossible
Au-delà des slogans syndicaux, la réalité est celle de familles confrontées à un dilemme concret. Un agent d'escale qui vit à Aix-en-Provence et travaille à Orly une semaine sur deux ne peut pas simplement commuter jusqu'à Roissy. Un technicien de piste dont le conjoint travaille dans le Val-de-Marne ne peut pas déménager dans le Seine-Saint-Denis sans que l'autre membre du couple ne perde son emploi. Les syndicats ont rappelé lors des mobilisations : « On ne mettra pas en péril nos vies de famille, on défendra notre emploi local ! ». La direction d'Air France assure que des solutions d'accompagnement seront proposées, mais les détails restent flous. Pour l'instant, l'incertitude pèse sur des centaines de foyers qui attendent de connaître leur sort concret à quelques mois du basculement.
Conclusion
Le 29 mars 2026 marque un tournant pour le transport aérien français. Air France abandonne Orly après 74 ans de présence, et ce départ touche chaque voyageur de manière différente. Trois points concrets à retenir. La date charnière : tout vol Air France au départ d'Orly après le 28 mars 2026 sera automatiquement basculé vers Roissy-Charles de Gaulle, à l'exception des vols vers la Corse. Le trajet : comptez 20 à 40 minutes supplémentaires depuis le sud de Paris, et recalculez votre budget taxi ou transports en commun en conséquence, car la différence se chiffre en dizaines d'euros par trajet. Les alternatives : Transavia prend le relais à Orly avec un modèle hybride cumulable avec Flying Blue, tandis qu'Air Caraïbes, Corsair et French Bee maintiennent une offre solide vers l'Outre-mer. Si vous avez réservé un vol pour l'été 2026, ne tardez pas à vérifier votre itinéraire et à comparer les options. L'hippocampe ailé a pris son envol vers le nord, mais les voyageurs ont encore le choix de leur porte d'embarquement.