Casier judiciaire et photo d'identité dans le cadre des enquêtes sur l'affaire Epstein à Paris.
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Affaire Epstein : nouvelles enquêtes à Paris et dossier Brunel rouvert

En février 2026, la justice française ouvre deux nouvelles enquêtes sur le réseau Epstein et réanalyse le dossier Brunel. Entre crimes sexuels, flux financiers suspects et implications de personnalités comme Jack Lang, découvrez les derniers...

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L'actualité judiciaire française connaît un tournant majeur en ce mois de février 2026. Le parquet de Paris vient d'ouvrir deux nouvelles enquêtes liées à Jeffrey Epstein, cet homme d'affaires américain mort en 2019 et dont le réseau criminel continue de faire des vagues dans le monde entier. En parallèle, le dossier de Jean-Luc Brunel, agent de mannequinat français et proche d'Epstein retrouvé mort dans sa cellule en 2022, fait l'objet d'une réanalyse complète. Ces développements surviennent après la publication massive de documents par le Département de la Justice américain, offrant potentiellement de nouvelles pistes aux enquêteurs. 

Casier judiciaire et photo d'identité dans le cadre des enquêtes sur l'affaire Epstein à Paris.
Casier judiciaire et photo d'identité dans le cadre des enquêtes sur l'affaire Epstein à Paris. — (source)

Deux enquêtes inédites ouvertes à Paris

Le mercredi 18 février 2026 marque un tournant dans l'implication française dans l'affaire Epstein. Laurence Beccuau, procureure de Paris, a annoncé officiellement l'ouverture de deux enquêtes distinctes, chacune confiée à des magistrats spécialisés. Cette décision fait suite à la publication par l'administration américaine de plusieurs millions de pages de documents liés à l'homme d'affaires défunt.

Une enquête sur les crimes sexuels

La première enquête concerne directement les crimes et délits sexuels potentiellement commis sur le territoire français ou impliquant des victimes françaises. Les magistrats spécialisés dans les questions de santé publique et de protection des mineurs seront associés à ce travail d'investigation. L'objectif est d'identifier d'éventuelles victimes qui ne se seraient pas encore manifestées, mais aussi de croiser les nouvelles informations disponibles avec les dossiers existants.

La procureure a insisté sur l'importance de ces nouvelles données : les trois millions de pages de documents, couplées aux milliers de vidéos et photos rendues publiques, pourraient permettre d'établir des liens jusqu'alors insoupçonnés. L'enquête vise également à identifier des complices potentiels qui auraient pu participer au système mis en place par Epstein et son entourage.

Cette démarche s'inscrit dans une volonté plus large de la justice française de ne laisser aucun angle mort dans cette affaire aux ramifications internationales. Les autorités françaises entendent ainsi jouer pleinement leur rôle dans la coordination internationale des investigations. 

Des policiers en uniforme à Paris lors des investigations sur l'affaire Epstein.
Des policiers en uniforme à Paris lors des investigations sur l'affaire Epstein. — (source)

Une enquête sur les flux financiers suspects

La seconde enquête, confiée cette fois aux spécialistes des affaires financières, porte sur les délits financiers potentiellement liés au réseau Epstein. Cette procédure vise à comprendre comment l'argent a circulé entre les différentes entités contrôlées par l'homme d'affaires et ses éventuels complices français. Les enquêteurs s'intéressent particulièrement aux sociétés offshore et aux montages complexes qui auraient pu servir à dissimuler des activités criminelles ou à blanchir des fonds d'origine illicite.

Cette dimension financière de l'affaire Epstein prend une résonance particulière en France, où plusieurs personnalités ont déjà été identifiées dans les documents américains comme ayant entretenu des relations financières avec Epstein. Le Parquet national financier supervise cette enquête qui pourrait révéler des schémas de fraude fiscale ou de blanchiment impliquant des figures influentes du paysage français.

Pour comprendre l'ampleur de ces nouvelles procédures, il est utile de consulter notre article détaillé sur l'ouverture des deux enquêtes historiques à Paris, qui revient sur les enjeux de cette démarche judiciaire sans précédent.

La publication historique des Epstein Files

Jean-Luc Brunel, l'ami français de Jeffrey Epstein, lors d'une enquête vidéo.
Jean-Luc Brunel, l'ami français de Jeffrey Epstein, lors d'une enquête vidéo. — (source)

L'élément déclencheur de ce regain d'activité judiciaire réside dans la publication massive de documents par le Département de la Justice américain. Cette divulgation, intervenue le 30 janvier 2026, représente un tournant dans la compréhension globale de l'affaire Epstein et de ses ramifications internationales.

Une base documentaire colossal

Les chiffres donnent le tournis : plus de trois millions de pages de documents ont été rendus publics, accompagnés de quelque deux mille vidéos et cent quatre-vingt mille images. Ce matériel provient de multiples sources : les dossiers judiciaires de Floride et de New York contre Epstein, l'affaire Ghislaine Maxwell, les enquêtes sur la mort suspecte d'Epstein, les investigations du FBI et les travaux de l'Office of Inspector General.

Cette publication fait suite à l'adoption de l'Epstein Files Transparency Act, une loi signée par le président Donald Trump le 19 novembre 2025. Le texte législatif visait à garantir la transparence maximale sur une affaire qui a suscité une intens curiosity publique et médiatique à travers le monde. Plus de cinq cents avocats et réviseurs ont travaillé pendant des mois pour préparer cette divulgation historique.

Pour la justice française, cette masse documentaire représente une opportunité inédite de croiser des informations et d'identifier des liens potentiels avec des acteurs français. La procureure Beccuau a d'ailleurs souligné que ces données permettraient d'obtenir une « vue panoramique » de l'ensemble du système mis en place par Epstein.

Des révélations qui ravivent les traumatismes

La procureure de Paris n'a pas éludé les conséquences humaines de ces publications massives. Les documents rendus publics « réactiveront inévitablement le traumatisme de certaines victimes », a-t-elle reconnu avec pudeur lors de son intervention sur France Info. Cette réalité psychologique explique en partie pourquoi les autorités lancent un appel solennel aux victimes potentielles.

Le message est clair : même des années après les faits, même si les victimes n'ont jamais parlé auparavant, la justice française est prête à les entendre. Les témoignages et les plaintes déposés désormais pourront nourrir aussi bien les enquêtes françaises que les procédures en cours à l'étranger. Cette coordination internationale constitue l'un des défis majeurs pour les années à venir dans ce dossier complexe. 

Groupe de quatre personnes, dont Donald Trump, posant ensemble lors d'un événement.
Groupe de quatre personnes, dont Donald Trump, posant ensemble lors d'un événement. — (source)

Le dossier Jean-Luc Brunel réouvert

En parallèle des deux nouvelles enquêtes, le parquet de Paris a entrepris une démarche tout aussi significative : la réanalyse intégrale du dossier d'instruction concernant Jean-Luc Brunel. Cette décision, annoncée le 14 février 2026, pourrait avoir des conséquences importantes pour la compréhension des connexions françaises du réseau Epstein.

Qui était Jean-Luc Brunel ?

Agent de mannequinat influent dans le monde de la mode, Jean-Luc Brunel a longtemps été considéré comme l'un des piliers français du système Epstein. Fondateur de l'agence Karin Models à Paris, puis co-fondateur de MC2 Model Management aux États-Unis, il disposait d'un accès privilégié à de jeunes femmes aspirant à une carrière dans le mannequinat. Cette position lui aurait permis, selon les accusations, de repérer et de « fournir » des victimes potentielles à Jeffrey Epstein.

Arrêté en décembre 2020 à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle alors qu'il s'apprêtait à prendre un vol pour Dakar, Brunel a été mis en examen pour viols sur mineures et traite d'êtres humains. Dix femmes avaient mis en cause cet homme qui clâmait son innocence. Mais le 19 février 2022, il a été retrouvé pendu dans sa cellule de la prison de la Santé à Paris, mettant fin à l'instruction judiciaire.

L'information judiciaire avait été clôturée en juillet 2023 par un non-lieu, une décision logique compte tenu du décès de l'intéressé. Cependant, de nombreuses questions restaient sans réponse, notamment concernant d'éventuels complices ou les liens précis entre Brunel et Epstein. 

Jean-Luc Brunel, dont le dossier d'instruction est intégralement réanalysé dans l'affaire Epstein.
Jean-Luc Brunel, dont le dossier d'instruction est intégralement réanalysé dans l'affaire Epstein. — (source)

Les objectifs de cette réanalyse

L'objectif affiché par le parquet est d'« extraire toute pièce susceptible d'être utilement réexploitée dans un nouveau cadre d'enquête ». Concrètement, les enquêteurs vont passer au crible l'ensemble du dossier Brunel à la lumière des nouvelles informations issues des Epstein Files. Cette démarche pourrait permettre d'identifier d'autres individus impliqués dans le système de traite d'êtres humains.

Pour approfondir l'histoire de ce personnage central du scandale, notre article sur Jean-Luc Brunel et l'ombre du mannequinat dans l'affaire Epstein revient sur son parcours et ses liens avec Epstein.

Les personnalités françaises dans le collimateur

Les documents américains récemment publiés mentionnent de nombreux noms français, attirant l'attention de la justice et des médias sur plusieurs figures influentes. Si aucune accusation formelle n'a encore été formulée contre la plupart d'entre eux, les questions se multiplient.

L'affaire Jack Lang prend de l'ampleur

Le cas le plus médiatisé concerne sans doute Jack Lang, ancien ministre de la Culture et figure historique de la vie politique française. Âgé de quatre-vingt-six ans, il a dû renoncer début février 2026 à la présidence de l'Institut du Monde Arabe, un poste qu'il occupait depuis de nombreuses années. Son nom apparaîtrait « des centaines de fois » dans les documents américains.

Le Parquet national financier a ouvert une enquête le 6 février 2026 pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée », visant Jack Lang et sa fille Caroline. Les soupçons portent sur des liens financiers avec Jeffrey Epstein via une société offshore basée aux îles Vierges américaines dans les Caraïbes. Cette structure aurait été fondée en 2016 par Caroline Lang et Epstein, selon une révélation de Mediapart datée du 2 février 2026.

Des perquisitions ont été menées le 16 février 2026 à l'Institut du Monde Arabe ainsi que dans d'autres lieux liés aux enquêtés. L'affaire prend une dimension d'autant plus symbolique que Jack Lang incarnait depuis des décennies une certaine idée de la politique culturelle française. 

Jeffrey Epstein portant une veste foncée sur une chemise claire.
Jeffrey Epstein portant une veste foncée sur une chemise claire. — (source)

Un diplomate français sous le feu des projecteurs

Autre révélation troublante : l'implication présumée de Fabrice Aidan, un diplomate français en poste au Quai d'Orsay depuis vingt-cinq ans. Selon les documents, cet homme aurait échangé « des dizaines de mails directs et parfois familiers » avec Jeffrey Epstein entre 2010 et 2017. Détaché à l'ONU en 2010 comme conseiller du diplomate norvégien Terje Roed-Larsen, il aurait fait bénéficier Epstein d'informations diplomatiques et de réseaux internationaux.

Plus préoccupant encore : il aurait envoyé des documents et rapports de l'ONU à Epstein, ce qui soulève de graves questions sur la sécurité des informations diplomatiques. L'ONU aurait d'ailleurs été alertée par le FBI dès 2013 sur ces pratiques. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s'est dit « effaré et indigné » par ces révélations.

D'autres figures interrogées

Plusieurs autres personnalités françaises apparaissent dans les documents, avec des degrés d'implication variables. Le chef d'orchestre Frédéric Chaslin, dont le nom figure dans les dossiers Epstein, a dû s'expliquer sur un email envoyé en septembre 2013 : « J'ai trouvé une fille formidable pour ton prochain séjour à Paris. Etudiante en philosophie. 21 ans. » Il assure qu'il s'agissait simplement de recommander une interprète pour visiter des musées parisiens.

Autre figure inquiétante : Daniel Siad, un recruteur de mannequins d'origine kabyle détenteur d'un passeport suédois. Son nom apparaît dans plus de mille pièces du dossier Epstein. Une ancienne mannequin suédoise, Ebba Karlsson, l'a reconnu après diffusion de sa photo et l'accuse de l'avoir violée à Cannes en 1990. Une plainte a été déposée le 10 février 2026 pour viol et traite d'êtres humains. 

La procureure de Paris invite les victimes potentielles de l'affaire Epstein à témoigner.
La procureure de Paris invite les victimes potentielles de l'affaire Epstein à témoigner. — (source)

L'appel aux victimes : une démarche cruciale

L'annonce des deux nouvelles enquêtes s'accompagne d'un appel solennel lancé aux victimes potentielles. Cette démarche témoigne de la volonté des autorités françaises de ne négliger aucune piste et d'offrir une chance aux victimes de se manifester, même après des années de silence.

Pourquoi cet appel maintenant ?

La procureure Beccuau a expliqué le raisonnement : les publications massives de documents pourraient inciter des victimes qui n'avaient jamais osé parler à briser le silence. « Nous sommes convaincus que certaines [victimes] ne sont pas nécessairement connues de nous », a-t-elle déclaré. L'espoir est que la médiatisation de ces révélations donne le courage nécessaire à celles et ceux qui ont souffert en silence.

Cet appel s'inscrit également dans une évolution plus large de la société française face aux violences sexuelles. Les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc ont ouvert des brèches dans le mur du silence, et les autorités judiciaires entendent accompagner cette évolution. L'affaire Epstein, par son ampleur internationale et la gravité des faits allégués, représente un test significatif pour la capacité de la justice à entendre et protéger les victimes.

Comment se manifester ?

Les victimes potentielles sont invitées à déposer des plaintes formelles ou à transmettre des témoignages aux services compétents. Ces déclarations pourront alimenter aussi bien les enquêtes françaises que les procédures internationales en cours. La coordination entre les différentes juridictions constitue un enjeu majeur pour garantir que chaque témoignage soit exploité de manière optimale.

Il est important de souligner que les victimes peuvent se manifester même si les faits remontent à plusieurs années. La loi française prévoit des mécanismes de prescription adaptés aux crimes sexuels, notamment lorsque les victimes étaient mineures au moment des faits. Chaque situation sera examinée individuellement par les magistrats compétents. 

Jeffrey Epstein assis à une table, portant un polo noir.
Jeffrey Epstein assis à une table, portant un polo noir. — (source)

Pour suivre l'évolution de cette affaire et ses implications pour les victimes, notre article sur la France ouvrant deux enquêtes et appelant les victimes à témoigner propose un suivi régulier des développements.

Les défis de la coordination internationale

L'affaire Epstein illustre parfaitement les défis posés par la criminalité transnationale. Le réseau mis en place par l'homme d'affaires américain opérait sur plusieurs continents, impliquant des victimes et des complices de nombreuses nationalités. Cette dimension internationale complique considérablement le travail des enquêteurs.

La nécessité d'une coopération renforcée

Les autorités françaises devront collaborer étroitement avec leurs homologues américains, britanniques et potentiellement d'autres pays pour reconstituer le puzzle du réseau Epstein. La publication des documents américains facilite cette coopération, mais des obstacles subsistent : différences de systèmes juridiques, barrières linguistiques, complexité des montages financiers.

La procureure Beccuau a souligné l'approche adoptée : « Toutes ces données (…) certaines permettront d'éclairer d'autres pour obtenir une vue bien informée, très large, panoramique ». Cette vision d'ensemble nécessite une coordination sans faille entre les différentes juridictions concernées.

Le rôle central du Parquet national financier

Le Parquet national financier (PNF) joue un rôle clé dans cette coordination. Spécialisé dans les affaires de criminalité financière complexe, cette juridiction dispose de l'expertise nécessaire pour analyser les montages offshore et les flux de fonds suspects. Son implication dans l'enquête visant Jack Lang et sa fille illustre cette spécialisation.

Le PNF travaille en lien avec les autorités américaines qui ont déjà accumulé une expertise considérable sur les finances d'Epstein. Cette coopération bilatérale pourrait permettre de faire des progrès significatifs dans la compréhension des circuits financiers ayant servi à alimenter le réseau criminel. 

Jeffrey Epstein portant un sweat-shirt bordeaux sur un chemisier blanc.
Jeffrey Epstein portant un sweat-shirt bordeaux sur un chemisier blanc. — (source)

Conclusion

Le mois de février 2026 marque un tournant significatif dans l'implication française dans l'affaire Epstein. L'ouverture de deux nouvelles enquêtes par le parquet de Paris, couplée à la réanalyse du dossier Jean-Luc Brunel, témoigne de la volonté des autorités de ne laisser aucune piste inexplorée. Les millions de documents publiés par le Département de la Justice américain offrent des opportunités inédites pour comprendre les ramifications françaises du réseau.

L'appel lancé aux victimes potentielles revêt une importance particulière. Il reconnaît implicitement que de nombreuses victimes n'ont probablement jamais osé parler et que les publications récentes pourraient leur donner le courage de briser le silence. Cette dimension humaine ne doit pas être oubliée derrière les aspects purement judiciaires de l'affaire.

Les personnalités françaises citées dans les documents — de Jack Lang au diplomate Fabrice Aidan en passant par des figures du monde du mannequinat — devront répondre aux questions des enquêteurs. Certaines affaires, comme celle visant l'ancien ministre de la Culture, ont déjà pris une dimension judiciaire concrète avec l'ouverture d'enquêtes et la réalisation de perquisitions.

L'avenir dira si ces nouvelles procédures permettront de faire émerger la vérité sur l'ensemble des acteurs français du réseau Epstein. Une chose est certaine : l'affaire est loin d'être terminée, et la justice française s'est donnée les moyens d'aller jusqu'au bout.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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