Shou Zi Chew, PDG de TikTok, et Henna Virkkunen devant la Commission européenne.
Actualités

15 septembre : l'audition de TikTok US qui peut tout changer en France

Le 15 septembre, le patron sécurité de TikTok US affronte le Congrès américain, une audition qui pourrait faire basculer l'avenir de l'application en France.

As-tu aimé cet article ?

Le 15 septembre 2026, Will Farrell, Chief Security Officer de TikTok US, comparaîtra devant la commission spéciale de la Chambre des représentants sur la Chine. Cette audition intervient dans un contexte de défiance généralisée envers l'application, alors que les régulateurs américains, européens et français multiplient les offensives. Pour l'utilisateur français, les décisions prises dans les semaines à venir pourraient transformer radicalement son expérience quotidienne de l'application. 

Shou Zi Chew, PDG de TikTok, et Henna Virkkunen devant la Commission européenne.
Shou Zi Chew, PDG de TikTok, et Henna Virkkunen devant la Commission européenne. — Xavier Lejeune / CC BY 4.0 / (source)

Le 15 septembre, le patron sécurité de TikTok US affronte le Congrès

La commission spéciale sur la Chine n'a pas convoqué Shou Zi Chew, le PDG de TikTok pourtant déjà auditionné en 2023. Elle a choisi Will Farrell, le Chief Security Officer de la branche américaine. Ce choix n'a rien d'anodin : Farrell supervise directement la protection des données et la cybersécurité de la plateforme, deux sujets au cœur des préoccupations des élus américains. 

Shou Zi Chew, PDG de TikTok, s'exprimant lors d'une audition.
Shou Zi Chew, PDG de TikTok, s'exprimant lors d'une audition. — (source)

Depuis la scission de janvier 2025, TikTok US fonctionne comme une co-entreprise distincte du groupe ByteDance. Mais les parlementaires républicains, menés par Mike Rogers et Michael McCaul, restent sceptiques. Ils veulent entendre de la bouche même du responsable sécurité que les données des 200 millions d'utilisateurs américains ne peuvent pas fuiter vers Pékin.

Cette audition publique est la première depuis la restructuration. Les élus entendent questionner Farrell sur le rôle exact joué par Donald Trump dans la médiation du split, mais aussi sur les garanties techniques mises en place pour isoler les serveurs américains du reste du réseau TikTok.

Will Farrell, nouveau visage de la défense de TikTok face aux accusations d'espionnage

Will Farrell n'est pas un inconnu dans le monde de la cybersécurité. Avant de rejoindre TikTok US, il a occupé des postes similaires chez plusieurs géants technologiques américains. Son arrivée à la tête de la sécurité de la filiale américaine visait justement à rassurer les autorités : un Américain, basé aux États-Unis, supervise désormais la protection des données. 

Shou Zi Chew témoignant devant le Congrès américain.
Shou Zi Chew témoignant devant le Congrès américain. — (source)

Les élus veulent savoir précisément comment Farrell compte empêcher ByteDance d'accéder aux données des utilisateurs américains. La loi de 2024 exigeait une séparation nette, mais les 19,9 % de parts conservées par ByteDance dans la co-entreprise créent une ambiguïté juridique et technique.

L'enjeu est immense. Si Farrell ne parvient pas à convaincre la commission, le Congrès pourrait relancer une procédure d'interdiction pure et simple de l'application sur le sol américain. Un scénario qui s'est déjà produit en janvier 2025, lorsque TikTok a été suspendu pendant douze heures.

Le deal américain remis en question : les 19,9 % de ByteDance sous haute surveillance

La co-entreprise née de la scission de janvier 2025 repose sur un équilibre fragile. Oracle détient 15 % des parts, Silver Lake 15 %, le fonds MGX basé à Abou Dhabi une part significative, et Dell complète le tour de table. ByteDance, elle, conserve 19,9 % — juste en dessous du seuil de 20 % fixé par la loi.

Pour les républicains Rogers et McCaul, cette participation résiduelle est inacceptable. Ils estiment que ByteDance conserve ainsi une influence réelle sur les décisions stratégiques de TikTok US, notamment via la nomination de certains administrateurs. 

Shou Zi Chew, PDG de TikTok, devant un écran de la Commission de l'énergie.
Shou Zi Chew, PDG de TikTok, devant un écran de la Commission de l'énergie. — (source)

Farrell devra démontrer que la gouvernance de la co-entreprise empêche toute ingérence chinoise. Il devra aussi expliquer comment les algorithmes de recommandation, propriété intellectuelle de ByteDance, sont protégés sans que l'entreprise mère puisse y accéder depuis Pékin.

Cette audition s'inscrit dans un mouvement plus large de durcissement américain envers les applications chinoises. La politique antitrust de l'administration Trump, déjà appliquée à Ticketmaster et Google, pourrait servir de précédent pour imposer des conditions encore plus strictes à TikTok, comme nous l'expliquions dans notre analyse de la politique antitrust de Trump.

Janvier 2025 : le jour où les États-Unis ont (presque) tué TikTok

Le 18 janvier 2025, les utilisateurs américains de TikTok ont découvert un message d'adieu en ouvrant l'application. La Cour suprême venait de confirmer la constitutionnalité du Protecting Americans from Foreign Adversary Controlled Applications Act, adopté en avril 2024. Pendant douze heures, TikTok a été totalement inaccessible aux États-Unis. 

Shou Zi Chew, PDG de TikTok, photographié pour Vogue.
Shou Zi Chew, PDG de TikTok, photographié pour Vogue. — (source)

Ce précédent est essentiel pour comprendre l'audition du 15 septembre. Il montre que les menaces d'interdiction ne sont pas de simples postures politiques : elles peuvent se concrétiser du jour au lendemain. L'Europe et la France observent ce précédent de près, car il constitue le scénario du pire qu'elles pourraient reproduire.

La loi de 2024 et le coup de tonnerre de la Cour suprême

La loi votée en avril 2024 donnait à ByteDance un ultimatum : vendre ses activités américaines dans un délai de neuf mois, ou faire face à une interdiction pure et simple. ByteDance a contesté la loi devant les tribunaux, arguant qu'elle violait le Premier Amendement.

La Cour suprême a tranché en janvier 2025, confirmant la constitutionnalité du texte. Le raisonnement des juges : le gouvernement américain peut restreindre l'accès à une application contrôlée par un gouvernement étranger hostile, même si cela limite la liberté d'expression des utilisateurs.

L'effet a été immédiat. Les fournisseurs d'accès et les magasins d'applications ont coupé l'accès à TikTok dans la nuit du 18 au 19 janvier. Les utilisateurs américains ont subitement perdu l'accès à leurs vidéos, leurs messages et leurs créateurs favoris.

Donald Trump est alors intervenu, promettant un décret pour suspendre l'application de la loi et proposant un actionnariat américain à 50 %. Cette intervention de dernière minute a ouvert la voie à la solution de la co-entreprise.

La « solution Oracle » : un modèle viable ou un pansement politique ?

La co-entreprise créée in extremis repose sur un montage complexe. Oracle, déjà partenaire technique de TikTok pour l'hébergement des données, a pris 15 % des parts. Silver Lake, fonds d'investissement californien, en a fait autant. Le fonds MGX, basé à Abou Dhabi, et Dell complètent l'actionnariat américain.

ByteDance conserve 19,9 % et un droit de regard sur certains aspects technologiques, notamment l'algorithme de recommandation. Mais le conseil d'administration, composé de sept membres majoritairement américains, a le dernier mot sur toutes les décisions stratégiques.

Ce modèle peut-il être reproduit en Europe ? Rien n'est moins sûr. Le contexte politique américain a permis une intervention directe de Trump et une négociation sous pression. En Europe, les approches réglementaires sont différentes : Bruxelles s'appuie sur le DSA, pas sur des menaces d'interdiction.

Les dirigeants de TikTok savent que le modèle américain est un précédent dangereux. Si la co-entreprise fonctionne, d'autres pays pourraient exiger des structures similaires. Si elle échoue, l'interdiction pure et simple restera une option pour les gouvernements les plus déterminés.

L'algorithme de TikTok jugé toxique par Bruxelles : 6 % du CA en jeu

Le 6 février 2026, la Commission européenne a pris une décision historique : TikTok enfreint le Digital Services Act (DSA) en raison de son algorithme « addictif ». Bruxelles ne cible pas la propriété de l'application, mais son design même. C'est une approche radicalement différente de celle des États-Unis.

Pour TikTok, l'enjeu est colossal. L'amende potentielle peut atteindre 6 % du chiffre d'affaires annuel mondial de ByteDance, soit plusieurs milliards de dollars. Mais au-delà de l'aspect financier, c'est le modèle économique de l'application qui est remis en cause.

Amende record et design toxique : les fonctionnalités pointées du doigt

La Commission européenne a identifié plusieurs fonctionnalités problématiques dans l'interface de TikTok. Le scrolling infini, qui charge automatiquement de nouvelles vidéos sans limite, est accusé de maintenir les utilisateurs captifs. L'autoplay des vidéos, qui lance le contenu suivant sans intervention de l'utilisateur, est jugé manipulateur.

Les notifications push, envoyées à tout moment de la journée, sont également dans le viseur. Bruxelles estime qu'elles exploitent les mécanismes psychologiques de la récompense immédiate pour maximiser le temps passé sur l'application.

Le système de recommandation hyper-personnalisé, qui analyse chaque interaction pour proposer du contenu toujours plus engageant, est considéré comme le cœur du problème. La Commission affirme que TikTok n'a pas correctement évalué l'impact de ces fonctionnalités sur la santé mentale et physique des utilisateurs, en particulier des mineurs.

L'amende de 6 % du chiffre d'affaires annuel mondial serait la plus lourde jamais infligée à une plateforme sociale en vertu du DSA. ByteDance dispose de plusieurs mois pour se conformer aux exigences de Bruxelles avant qu'une sanction ne soit prononcée.

Le DSA, l'arme secrète que les États-Unis n'ont pas

L'approche européenne contraste fortement avec celle des États-Unis. Washington se concentre sur la sécurité nationale, la provenance des données et les risques d'espionnage chinois. Bruxelles, elle, cible la protection de l'utilisateur, la santé mentale et la concurrence loyale.

Le DSA permet à la Commission d'agir sans passer par un vote du Congrès ou une décision de justice. C'est un outil réglementaire direct, qui peut imposer des modifications techniques à l'interface de TikTok sans attendre des années de procédure.

Cette différence d'approche inquiète les dirigeants de TikTok. Aux États-Unis, ils peuvent négocier avec le pouvoir exécutif, faire pression sur le Congrès, ou contester les décisions devant les tribunaux. En Europe, la Commission dispose d'un pouvoir réglementaire quasi-autonome, difficile à contrer.

Pour l'utilisateur français, les conséquences du DSA sont déjà visibles. TikTok a dû proposer une option de fil d'actualité non-algorithmique, limiter les notifications la nuit, et renforcer la modération des contenus pour les mineurs. Mais la décision de février 2026 va plus loin : elle exige des modifications structurelles de l'application.

Ban des −15 ans, couvre-feu numérique : la France s'attaque à TikTok

La France ne se contente pas d'attendre les décisions de Bruxelles. L'Assemblée nationale a créé en mars 2025 une commission d'enquête spécifique sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs. Présidée par Arthur Delaporte (SOC) et rapportée par Laure Miller (EPR), cette commission a mené un travail d'une ampleur inédite.

Les propositions qui en sont issues vont plus loin que tout ce qui a été envisagé aux États-Unis ou en Europe. Interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, couvre-feu numérique pour les 15-18 ans, suppression du fil personnalisé pour les mineurs : le rapport de la commission dessine un cadre réglementaire très strict.

Les auditions chocs de l'Assemblée et le rapport qui accuse

La commission d'enquête a réalisé 90 heures d'audition et entendu 178 personnes. Créateurs de contenu, psychologues, responsables de TikTok France, représentants de l'Éducation nationale : tous ont été interrogés sur l'impact de l'application sur les jeunes utilisateurs.

Le rapport final, publié à l'automne 2025, a fait l'effet d'une bombe. Il révèle notamment une baisse de 26 % des effectifs de modérateurs francophones entre 2023 et 2024, alors même que le nombre d'utilisateurs français augmentait. La commission y voit un désengagement délibéré de TikTok sur la modération des contenus en français.

Parmi les propositions chocs : l'interdiction pure et simple des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, un « couvre-feu numérique » empêchant l'accès entre 22 heures et 8 heures pour les 15-18 ans, et la suppression du fil personnalisé « Pour toi » pour tous les mineurs.

La commission propose également d'interdire le scrolling infini par défaut, les livestreams payants pour les mineurs, et d'imposer une vérification d'âge obligatoire pour accéder à l'application.

Interdire TikTok aux mineurs : une mesure applicable ou un coup politique ?

La question de la faisabilité est centrale. Comment vérifier l'âge d'un utilisateur sans exiger une pièce d'identité, ce que la loi KOSA américaine envisage également ? Les solutions techniques existent, mais elles posent des problèmes de vie privée et d'anonymat.

L'Arcom, le régulateur français des médias, étudie activement ces options. Plusieurs pistes sont sur la table : l'utilisation de l'identité numérique via FranceConnect, la vérification par carte bancaire (déjà utilisée par certains sites pornographiques), ou encore l'analyse comportementale par intelligence artificielle.

Mais ces solutions soulèvent des inquiétudes légitimes. Comme nous l'expliquions dans notre analyse de la loi KOSA, la vérification d'identité obligatoire pourrait exposer les mineurs à des risques supplémentaires : collecte de données biométriques par l'application, perte d'anonymat pour les jeunes LGBTQ+ qui ne sont pas encore out, ou encore surveillance parentale abusive.

Les députés français utilisent l'audience américaine du 15 septembre pour justifier leur propre commission. Ils estiment que si les États-Unis, pourtant réticents à réguler les réseaux sociaux, s'attaquent à TikTok, la France doit faire de même. Le drame de Melvyn, mort à 22 ans dans un accident lié à un défi TikTok, a renforcé cette détermination, comme nous le relations dans notre article sur la mort de Melvyn.

Scrolling infini, censure, identité : les 3 changements concrets pour votre TikTok

Au-delà des débats politiques et des décisions réglementaires, l'utilisateur français va subir des transformations concrètes de son expérience quotidienne sur TikTok. Trois changements majeurs se profilent, qui modifieront radicalement la façon dont on utilise l'application.

Ces changements ne sont pas hypothétiques : ils découlent directement des décisions déjà prises ou en cours de préparation à Washington, Bruxelles et Paris.

Plus de fil personnalisé ? L'option chronologique qui pourrait s'imposer

La décision DSA de février 2026 est claire : TikTok doit proposer par défaut un fil d'actualité non-algorithmique. Concrètement, cela signifie que l'utilisateur pourrait choisir de voir les vidéos dans l'ordre chronologique de publication, sans recommandation personnalisée.

Le scrolling infini, qui charge automatiquement les vidéos suivantes, serait également remis en cause. La Commission exige que TikTok permette aux utilisateurs de fixer des limites de temps et que l'application s'arrête automatiquement après une certaine durée d'utilisation.

Les notifications push seraient limitées, notamment la nuit. TikTok ne pourrait plus envoyer de notifications entre 22 heures et 8 heures, sauf si l'utilisateur les autorise explicitement.

Pour les 16-25 ans, qui passent en moyenne plus de deux heures par jour sur l'application, ces changements pourraient réduire considérablement le temps d'écran. L'expérience deviendrait moins addictive, mais aussi moins personnalisée. Les trends et les challenges n'auraient plus la même viralité, puisque le système de recommandation serait moins puissant.

Carte d'identité obligatoire pour les −18 ans ?

La proposition française d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, combinée à la loi KOSA américaine qui exige une vérification d'identité, pourrait aboutir à une obligation de présenter une pièce d'identité pour accéder à TikTok.

Les craintes sont nombreuses. La collecte de données biométriques par l'application, déjà pointée du doigt pour ses pratiques de surveillance, serait renforcée. Les mineurs LGBTQ+, qui utilisent parfois TikTok comme espace d'expression sécurisé, perdraient leur anonymat. Les lanceurs d'alerte et les militants politiques, qui comptent sur l'anonymat des réseaux sociaux pour s'exprimer, seraient également exposés.

TikTok refuse d'ailleurs le chiffrement de bout en bout des messages, ce qui soulève des questions sur la protection réelle des données des utilisateurs, comme nous l'analysions dans notre article sur le refus du chiffrement par TikTok.

L'appli coupée en deux : un TikTok US, un TikTok Europe ?

La fragmentation de l'application est un scénario de plus en plus probable. Les règles de modération, les algorithmes de recommandation et les fonctionnalités pourraient différer entre les continents.

Aux États-Unis, la co-entreprise avec Oracle et Silver Lake impose déjà des garanties spécifiques sur la protection des données. En Europe, le DSA exige des modifications de l'interface et de l'algorithme. En France, les propositions de la commission d'enquête vont encore plus loin.

Les trends, les sons et les challenges ne seraient plus les mêmes d'un continent à l'autre. La culture commune de l'application, qui fait sa force, serait fragmentée. Les créateurs de contenu devraient adapter leurs vidéos à chaque marché, avec des règles de modération différentes.

Cette fragmentation pourrait aussi affecter la modération des contenus. Si chaque région a ses propres règles, les équipes de modération devraient être spécialisées, ce qui augmenterait les coûts pour ByteDance et pourrait réduire l'efficacité de la modération.

Washington, Bruxelles, Paris : le grand jeu de domino réglementaire

L'audition du 15 septembre n'est qu'un domino dans une chaîne bien plus longue. Chaque décision prise dans une capitale en entraîne une autre ailleurs. Washington pose la question de la sécurité nationale et de la propriété des données. Bruxelles frappe sur l'addiction et le design toxique des interfaces. Paris veut un verrou d'âge strict et un couvre-feu numérique pour les mineurs.

Ces trois niveaux ne sont pas indépendants. Les élus américains, en menaçant TikTok d'interdiction, ont créé un précédent que les régulateurs européens citent désormais dans leurs rapports. La Commission européenne, en infligeant une amende record, donne des arguments aux députés français qui veulent aller plus loin. Et les propositions françaises, les plus ambitieuses, pourraient à leur tour influencer les futures régulations européennes.

Une mécanique d'engrenage qui accélère

Chaque palier renforce le précédent. Quand le Congrès américain convoque Will Farrell, il envoie un signal clair aux autres gouvernements : TikTok n'est plus intouchable. Quand Bruxelles exige des modifications structurelles de l'interface, elle légitime les critiques des associations de protection de l'enfance en France. Quand l'Assemblée nationale propose un couvre-feu numérique, elle pousse la Commission à durcir ses propres exigences.

Cette mécanique d'engrenage a un effet d'accélération. Les décisions qui prenaient des années se multiplient désormais en quelques mois. Le DSA a été adopté en 2022, mais ses premières sanctions concrètes contre TikTok n'ont émergé qu'en 2026. La commission d'enquête française, créée en mars 2025, a publié son rapport à l'automne de la même année. Le rythme s'intensifie.

Pour ByteDance, cette accélération est un cauchemar logistique. Chaque marché impose des règles différentes, parfois contradictoires. L'algorithme de recommandation, cœur du modèle économique, doit être adapté à chaque juridiction. Les équipes de modération doivent maîtriser des réglementations qui changent tous les six mois. Les coûts de conformité explosent.

Ce qui va changer concrètement pour l'utilisateur français

L'utilisateur français ne verra pas les auditions au Congrès ni les réunions à la Commission. Mais il sentira les effets dans son usage quotidien de l'application. Le scrolling infini, qui le maintient captif pendant des heures, pourrait disparaître ou être limité par défaut. Les notifications push, qui le rappellent à toute heure, seront réduites. Le fil personnalisé « Pour toi », qui le connaît mieux que lui-même, pourrait être remplacé par un fil chronologique.

La vérification d'identité, si elle est mise en place, changera radicalement l'accès à l'application. Les moins de 15 ans pourraient en être exclus. Les 15-18 ans auraient un accès limité la nuit. Les créateurs de contenu devraient adapter leurs vidéos aux règles de chaque marché, avec des risques de censure différents selon les pays.

Le risque de fragmentation entre un TikTok américain, un TikTok européen et un TikTok français est réel. Les trends, les sons et les challenges ne seraient plus les mêmes d'un continent à l'autre. La culture commune de l'application, qui fait sa force et son attractivité, serait éclatée.

Conclusion

L'audition de Will Farrell devant la commission spéciale sur la Chine n'est pas un événement isolé. Elle s'inscrit dans un mouvement global de régulation des réseaux sociaux, qui touche toutes les grandes plateformes. Aux États-Unis, les élus posent la question de la sécurité nationale et de la provenance des données. À Bruxelles, les commissaires européens frappent sur l'addiction et le design toxique. À Paris, les députés veulent un verrou d'âge strict et un couvre-feu numérique.

Chaque palier renforce le précédent. Les décisions américaines servent de précédent aux régulateurs européens, qui à leur tour inspirent les législateurs français. Les propositions françaises, plus ambitieuses, pourraient influencer les futures régulations européennes. Pour l'utilisateur français, l'application va inévitablement changer. Moins de scrolling infini, des contrôles d'identité, un risque de fragmentation entre les versions américaine et européenne. L'expérience TikTok ne sera plus jamais la même.

Le futur de TikTok se joue en ce moment, entre la salle d'audience du Congrès américain, les bureaux de la Commission à Bruxelles et les travées de l'Assemblée nationale. L'utilisateur n'est pas passif : comprendre ces mécanismes, c'est comprendre pourquoi son fil d'actualité ne sera plus jamais le même.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Pourquoi TikTok US est-il auditionné le 15 septembre ?

Will Farrell, le Chief Security Officer de TikTok US, comparaît devant la commission spéciale sur la Chine de la Chambre des représentants. Les élus veulent vérifier que les données des 200 millions d'utilisateurs américains sont protégées de toute fuite vers Pékin, dans le cadre de la co-entreprise créée après la scission de janvier 2025.

Quelle amende TikTok risque-t-il en Europe ?

La Commission européenne a jugé en février 2026 que l'algorithme de TikTok enfreint le Digital Services Act (DSA). L'amende potentielle peut atteindre 6 % du chiffre d'affaires annuel mondial de ByteDance, soit plusieurs milliards de dollars, en raison de fonctionnalités jugées addictives comme le scrolling infini et l'autoplay.

Quelles sont les propositions françaises contre TikTok ?

Une commission d'enquête de l'Assemblée nationale propose d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, d'instaurer un couvre-feu numérique de 22h à 8h pour les 15-18 ans, et de supprimer le fil personnalisé « Pour toi » pour tous les mineurs. Ces mesures visent à limiter l'impact psychologique de l'application sur les jeunes.

TikTok sera-t-il coupé en deux versions distinctes ?

Une fragmentation de l'application est probable : les règles de modération, les algorithmes et les fonctionnalités pourraient différer entre les États-Unis, l'Europe et la France. Aux États-Unis, la co-entreprise avec Oracle impose des garanties sur les données, tandis que le DSA européen exige des modifications de l'interface et un fil chronologique.

Sources

  1. Shou Zi Chew : Qui est le PDG de TikTok ? - BBC News Afrique · bbc.com
  2. Rogers, Mccaul Demand Answers from Admin on Tiktok Cfius Security Concerns · armedservices.house.gov
  3. assemblee-nationale.fr · assemblee-nationale.fr
  4. boursorama.com · boursorama.com
  5. ca.finance.yahoo.com · ca.finance.yahoo.com
geo-decoder
Théo Aubot @geo-decoder

Passionné de géopolitique depuis le lycée, je dévore les cartes, les atlas et les analyses internationales. Étudiant en relations internationales à Lyon, je rêve de comprendre pourquoi le monde tourne comme il tourne. Je collectionne les vieux numéros de revues géopolitiques.

66 articles 0 abonnés

Commentaires (10)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires