Smartphone présentant la plateforme W Social, l'alternative européenne à X.
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W, le réseau social concurrent européen de X, lance sa version publique ce 17 juin 2026

Le 17 juin 2026, W, le réseau social européen concurrent de X, ouvre au public avec vérification d'identité obligatoire, données hébergées en Finlande et zéro pub ciblée.

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Le 17 juin 2026 marque un tournant dans le paysage des réseaux sociaux européens. W, la plateforme de microblogage présentée comme « l’exact opposé de X » par sa fondatrice Anna Zeiter, ouvre enfin ses portes au grand public après des mois d’attente. Annoncé en grande pompe au Forum économique mondial de Davos en janvier 2026, ce réseau social européen promet de révolutionner la manière dont nous interagissons en ligne, en mettant la vérification humaine, la souveraineté des données et la lutte contre la désinformation au cœur de son modèle. Dans un contexte de tensions transatlantiques croissantes et de défiance généralisée envers les géants américains de la tech, W arrive avec une promesse ambitieuse : offrir un espace numérique où seuls les humains vérifiés peuvent s’exprimer, et où les données restent en Europe. 

Smartphone présentant la plateforme W Social, l'alternative européenne à X.
Smartphone présentant la plateforme W Social, l'alternative européenne à X. — (source)

De Davos au 17 juin : l’histoire express d’un réseau social qui veut détrôner X

L’histoire de W commence dans le froid de Davos, en janvier 2026, sous les projecteurs du Forum économique mondial. C’est là qu’Anna Zeiter, ancienne cadre d’eBay, a choisi de dévoiler son projet au monde. Le timing n’avait rien d’un hasard : les tensions entre l’Europe et les États-Unis battaient leur plein, entre les droits de douane imposés par Donald Trump et les velléités américaines sur le Groenland. Dans ce climat, l’idée d’un réseau social européen souverain faisait son chemin.

Cinq mois plus tard, ce 17 juin 2026, la version publique est lancée. L’équipe a accéléré le calendrier initial, qui prévoyait une ouverture pour la fin de l’année. Pourquoi ce changement de rythme ? Parce que l’intérêt suscité par l’annonce de Davos a dépassé toutes les attentes, et que l’équipe de W a senti qu’il fallait frapper pendant que le fer était chaud. Le contexte politique et réglementaire européen, avec le Digital Services Act (DSA) et le RGPD qui imposent des règles strictes aux plateformes, offre un terreau fertile pour une alternative locale crédible.

L’ex-cadre d’eBay qui défie Elon Musk depuis Zurich

Anna Zeiter, 46 ans, née en Allemagne et basée à Zurich, n’est pas une inconnue dans le monde de la tech. Pendant des années, elle a occupé le poste de vice-présidente en charge de la vie privée et de l’intelligence artificielle chez eBay. C’est dire si elle connaît les rouages des grandes plateformes américaines et leurs failles en matière de protection des données.

Son geste fondateur à Davos en janvier 2026 était un coup de maître. En choisissant le WEF pour annoncer W, elle plaçait d’emblée son projet sur le terrain politique et économique. « Si Bruxelles poste sur W plutôt que sur X, nous aurons beaucoup gagné », a-t-elle déclaré au magazine suisse Bilanz, dans une formule choc reprise par BFM TV. La phrase résume toute l’ambition de W : devenir le réseau social de référence pour les institutions européennes, les ONG, les médias et tous ceux qui en ont assez de voir leurs données alimenter les algorithmes des géants américains.

L’équipe de W est aussi dispersée qu’européenne : direction commerciale à Londres, équipe technique en Ukraine, Anna Zeiter à Zurich, bureaux à Paris et Berlin. Une organisation qui reflète la diversité du continent, mais qui pose aussi des questions sur la coordination et la résilience du projet, surtout avec une partie de l’équipe technique située dans un pays en guerre. Lisa Letteriello, son ancienne chef de cabinet chez eBay, l’a rejointe en tant que cofondatrice et directrice des opérations, renforçant la crédibilité de l’équipe dirigeante.

Antonio Costa, premier abonné officiel : le parrainage politique de W

Le 17 juin 2026, Antonio Costa, président du Conseil européen, publie son tout premier message sur W. Ce n’est pas un geste anodin. En devenant le premier abonné officiel de la plateforme, Costa offre à W un parrainage politique de poids, directement dans le cadre de la souveraineté numérique européenne.

Ce soutien intervient dans un contexte où les relations transatlantiques sont au plus bas. Les droits de douane imposés par l’administration Trump, les tensions autour du Groenland, la défiance croissante envers les plateformes américaines accusées de désinformation systémique — tout cela rend l’alternative locale particulièrement désirable pour les institutions européennes.

Mais attention : comme le rappelle Euronews Fact Check dans son enquête du 29 janvier 2026, W n’est PAS un projet de l’Union européenne. C’est une start-up privée suédoise, dont le principal actionnaire est We Don’t Have Time, une entreprise climatique suédoise qui détient 25 % des parts. Cette société a certes reçu des fonds de la Commission européenne pour des travaux de communication sur le climat, mais cet argent n’a rien à voir avec W. La Commission a d’ailleurs confirmé : « l’UE ne lance ni ne finance aucune plateforme de médias sociaux ». Le soutien de Costa est donc politique et symbolique, pas financier. Liz Morton ~ Value Added Resource@ValueAddedRS·FollowW Social launched at WEF in Davos in early 2026, pitched as an alternative to Elon Musk's X with emphasis on verified human users, European data residency, EU privacy & digital services rules compliance & countering "systemic disinformation".

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Souveraineté, décentralisation, chiffrement : la recette W pour séduire une génération méfiante

Au-delà du discours politique, W mise sur une architecture technique radicalement différente de celle de X, Threads ou Bluesky. La promesse est simple : vos données vous appartiennent, elles restent en Europe, et personne ne les exploite pour vous vendre des produits que vous ne voulez pas. Pour une génération qui a grandi avec les scandales Cambridge Analytica et les fuites de données massives, c’est un argument de poids.

Mais la technique ne fait pas tout. Encore faut-il que l’expérience utilisateur soit à la hauteur, et que la plateforme parvienne à attirer une masse critique d’utilisateurs. C’est tout l’enjeu de ce lancement.

AT Protocol, serveurs nordiques et Proton : les 3 piliers tech qui font la différence

Le socle technologique de W repose sur trois piliers soigneusement choisis. Le premier est le protocole AT (Authenticated Transfer Protocol), le même que celui utilisé par Bluesky. Ce protocole open source permet une architecture décentralisée : les données ne sont pas enfermées dans le silo d’une seule entreprise, mais peuvent théoriquement être transférées d’un serveur à l’autre.

Le deuxième pilier, c’est l’hébergement. Les données personnelles des utilisateurs de W sont stockées en Europe, chez UpCloud en Finlande. Ce choix n’est pas anodin : la Finlande est réputée pour sa législation protectrice des données, et UpCloud pour son infrastructure robuste et neutre.

Le troisième pilier est le chiffrement. W utilise Proton, l’entreprise suisse spécialisée dans les services de messagerie chiffrée, pour garantir la confidentialité des communications. Proton est reconnue pour sa neutralité et son refus de collaborer avec les régimes autoritaires. L’utilisateur contrôle ainsi ses données, contrairement à X où elles alimentent l’algorithme publicitaire.

Zéro publicité ciblée, micropaiements : le pari économique casse-gueule de W

Le modèle économique de W est l’un de ses aspects les plus audacieux, et potentiellement les plus risqués. Pas de publicité ciblée intrusive, comme sur Facebook ou Instagram. À la place, une publicité « encadrée » par les règles européennes (DSA et RGPD), couplée à des micropaiements optionnels pour des fonctionnalités avancées.

C’est le nerf de la guerre : comment financer un réseau social sans vendre l’attention de ses utilisateurs ? X Premium propose un modèle d’abonnement, mais il reste marginal comparé aux revenus publicitaires. W fait le pari inverse : la publicité existe, mais elle est non ciblée, donc moins efficace pour les annonceurs, et donc moins rentable.

Comme le résume Siecle Digital dans son analyse du 19 juin 2026 : « Chaque réseau social que les Européens utilisent appartient à une société américaine ou chinoise. L’argent, les données et le temps d’attention partent à l’étranger. W veut garder tout cela sur le continent. » Une belle phrase, mais qui ne répond pas à la question centrale : les investisseurs, notamment We Don’t Have Time et les fonds suédois, accepteront-ils de voir leur argent brûler sans retour sur investissement rapide ?

Un fil chronologique pur jus : le retour du contrôle utilisateur

Autre promesse forte de W : un fil chronologique pur, sans algorithme « for you » opaque. Fini les posts recommandés par une IA qui cherche à maximiser votre temps d’écran, fini les contenus choisis pour vous rendre accro. Sur W, vous voyez ce que les gens que vous suivez publient, dans l’ordre chronologique.

Pour les jeunes lassés par les algorithmes de TikTok et Instagram, c’est un argument de séduction immédiat. Mais il faut nuancer : un réseau sans algorithme peut aussi signifier un flux moins pertinent et plus bruyant. Sur X, l’algorithme « for you » permet de découvrir des contenus en dehors de votre cercle de suivi, ce qui peut être enrichissant. Sur W, sans cet algorithme, le risque est de se retrouver dans une bulle encore plus étroite, limitée aux seules personnes que vous suivez déjà.

C’est l’un des principaux arguments pour inciter les utilisateurs de X à migrer. Mais c’est aussi un pari sur la maturité des utilisateurs : sont-ils prêts à renoncer à la découverte algorithmique pour retrouver le contrôle de leur fil d’actualité ?

Passeport ou bannissement : êtes-vous prêts à payer le prix de la confiance ?

Voici le sujet qui fâche, celui qui divise déjà les observateurs et qui pourrait bien décider du sort de W. Pour s’inscrire sur le réseau social, il faut passer par une vérification d’identité obligatoire. Pas de simple adresse email ou numéro de téléphone : il faut scanner son passeport ou sa carte d’identité via une application dédiée, W Identity.

Pour les défenseurs de la vie privée, c’est un cauchemar. Pour les partisans d’un internet plus sûr, c’est une nécessité. Entre les deux, une génération d’utilisateurs doit trancher : est-elle prête à sacrifier l’anonymat pour gagner en sécurité et en qualité de débat ?

Dans les coulisses de W Identity : biométrie sur smartphone vs base de données centralisée

Le processus d’inscription sur W est radicalement différent de celui des autres réseaux sociaux. L’utilisateur doit d’abord télécharger l’application distincte W Identity, puis scanner son passeport ou sa carte d’identité. Les données biométriques sont traitées localement sur le téléphone, et non stockées sur les serveurs de W.

C’est une promesse forte, mais qui repose entièrement sur la confiance dans l’application tierce. Comment être certain que les données ne sont pas transmises ailleurs ? W assure que le traitement est local, mais sans audit indépendant, difficile de vérifier. Et que se passe-t-il si l’application W Identity est compromise ? Les données d’identité de tous les utilisateurs deviendraient une cible de choix pour les pirates.

Le choix de la vérification d’identité est présenté comme l’arme secrète de W, mais c’est aussi sa plus grande barrière à l’adoption. Pour un jeune de 20 ans habitué à s’inscrire sur les réseaux sociaux en 30 secondes, devoir scanner son passeport est un frein psychologique et pratique considérable.

Pseudonyme et badge « humain vérifié » : la fin de l’anonymat toxique sur W

Une fois la vérification effectuée, l’utilisateur peut choisir un pseudonyme. Mais un badge ou une indication « humain vérifié » reste visible sur son profil. C’est la carotte : moins de trolls, moins de bots, une meilleure qualité de débat. Et le bâton : la perte de l’anonymat total, avec le risque de surveillance accrue.

Pour les militants des droits humains, les lanceurs d’alerte, ou simplement les personnes qui souhaitent s’exprimer librement sans crainte de représailles, cette vérification d’identité est un problème majeur. Sur X, l’anonymat permet à des voix dissidentes de s’exprimer dans des régimes autoritaires. Sur W, cette possibilité disparaît.

Pour un public jeune, souvent attaché à la liberté du pseudonymat complet, ce point est clivant. Certains y voient une avancée contre le harcèlement en ligne. D’autres, une régression liberticide. W devra trouver le bon équilibre entre sécurité et liberté d’expression.

Le procès en « honnêteté » : les critiques de Privacy Guides et la menace Mastodon

Les critiques ne se sont pas fait attendre. Dès le 23 janvier 2026, Privacy Guides publiait une analyse cinglante de W. La question centrale : pourquoi ne pas simplement utiliser Mastodon ou Bluesky ? Ces plateformes existent déjà, sont décentralisées, et ne demandent pas de vérification d’identité. W est-il en train de réinventer la roue avec un coût d’entrée injustifié ?

La crainte principale est que cette vérification d’identité crée une base de données sensible ultra-convoitée, transformant le réseau en « miel pour pirates » ou en outil de surveillance pour les États. Si W venait à être piraté, ce serait une fuite de données d’identité massive, bien plus grave que la fuite de simples adresses email.

Par ailleurs, Mastodon et Bluesky ont déjà connu des booms après le rachat de Twitter par Elon Musk, mais ont échoué à retenir les utilisateurs sur le long terme. Pourquoi W réussirait-il là où ses prédécesseurs ont échoué ? La réponse de W est simple : la vérification d’identité crée un espace de confiance que les autres plateformes n’offrent pas. Mais pour l’instant, ce n’est qu’une promesse.

Pourquoi Ello, Peach et Vero ont échoué (et pourquoi W pourrait les rejoindre… ou les enterrer)

Le cimetière des réseaux sociaux « éthiques » est pavé de bonnes intentions. Ello, Peach, Vero, et bien d’autres ont promis de révolutionner le genre, de mettre fin à la publicité ciblée, de respecter la vie privée des utilisateurs. Tous ont échoué. Pour comprendre les chances de W, il faut regarder pourquoi ses prédécesseurs ont disparu.

Siecle Digital le résume brutalement dans son analyse du 19 juin 2026 : « L’histoire des réseaux sociaux européens est jonchée de cadavres. Ello, Peach, Vero… Chacun promettait une alternative éthique. Aucun n’a survécu. » La question est donc : qu’est-ce qui différencie W de ces fantômes ?

Le syndrome de l’alternative éthique : Ello, Peach, Vero, le mirage de la vertu

Ello a été lancé en 2014 comme une alternative sans publicité à Facebook. Il promettait de ne jamais vendre les données de ses utilisateurs. Résultat : un pic d’inscriptions, puis une lente agonie. Peach, lancé en 2016, misait sur des fonctionnalités créatives et une expérience épurée. Il a disparu en moins de deux ans. Vero, lancé en 2015, promettait un fil chronologique sans algorithme et sans publicité. Il a connu un bref regain d’intérêt en 2018, avant de sombrer.

Pourquoi ces plateformes ont-elles échoué ? Manque d’utilisateurs, incapacité à monétiser, retour à l’anarchie après le départ des premiers militants. Le scénario est toujours le même : une annonce fracassante, un afflux de curieux, puis l’ennui et le départ vers les plateformes établies où se trouve la vraie vie sociale.

W pourrait-il connaître le même sort ? Oui, si la vérification d’identité fait fuir les utilisateurs potentiels, et si le modèle économique ne tient pas la route. Mais W a un atout que ses prédécesseurs n’avaient pas : un contexte politique favorable et le soutien affiché des institutions européennes.

L’effet réseau, ce monstre qui mange les challengers (et pourquoi X et Instagram gagnent encore)

Le principal défi de W, c’est l’effet réseau. Un réseau social est aussi utile que le nombre de personnes qui y sont actives. X comptait 251 millions d’utilisateurs actifs quotidiens en 2024, selon le Financial Times. Instagram, Facebook, TikTok : des centaines de millions d’utilisateurs. W part de zéro.

Sans les stars du sport, de la politique ou de la culture, l’expérience sur W risque d’être un désert. Pourquoi un jeune passerait-il de X à W si ses créateurs préférés n’y sont pas ? Les influenceurs, les sportifs, les artistes ont besoin d’une audience massive pour vivre de leur notoriété. Ils n’ont aucun intérêt à migrer vers une plateforme vide.

C’est le cercle vicieux des challengers : pas d’utilisateurs, pas de contenu intéressant. Pas de contenu intéressant, pas d’utilisateurs. W mise sur les institutions et les militants pour créer un premier cercle de contenu de qualité. Mais est-ce suffisant pour attirer le grand public ?

We Don’t Have Time : le vrai visage du financement de W (indépendant ou pas ?)

Qui finance W ? La réponse est complexe et mérite d’être démêlée. Comme le révèle l’enquête d’Euronews Fact Check du 29 janvier 2026, W n’est PAS un projet de l’Union européenne. C’est une start-up privée suédoise. Le principal actionnaire est We Don’t Have Time, une entreprise climatique suédoise qui détient 25 % des parts.

Cette société a reçu des fonds de la Commission européenne pour des travaux de communication sur le climat, notamment dans le cadre de la COP30. Mais cet argent n’a rien à voir avec W. La Commission européenne a confirmé : « l’UE ne lance ni ne finance aucune plateforme de médias sociaux ».

Le conseil consultatif de W inclut Philipp Rösler, ancien vice-chancelier allemand. Cette gouvernance complexe soulève des questions sur l’indépendance réelle de W. Est-ce une start-up véritablement indépendante, ou un projet piloté en sous-main par des intérêts politiques et économiques ? La réponse est nuancée, mais elle mérite d’être posée.

Militants, créateurs, curieux : qui sont les premiers Vrais utilisateurs de W ?

Au lendemain du lancement public, qui sont les premiers à s’inscrire sur W ? On peut inférer le profil type du w-early-adopter à partir des promesses de la plateforme et des réactions observées.

Ce sont d’abord des militants écologistes, attirés par le lien avec We Don’t Have Time et la promesse d’un réseau social respectueux de l’environnement. Ce sont ensuite des passionnés de tech et de souveraineté numérique, séduits par l’architecture décentralisée et le chiffrement Proton. Ce sont enfin des journalistes et des décideurs politiques, sensibles à la promesse d’un espace de débat apaisé, loin des trolls et de la désinformation.

Un espace de débat apaisé, ou le calme plat de l’entre-soi ?

Les premiers jours sur W promettent d’être calmes. Moins de trolls, moins de harcèlement grâce à la vérification d’identité. Mais est-ce que ça crée une communauté engageante ? Le risque du « désert numérique » est réel : on voit cinq posts sérieux de passionnés de tech et de politique, et le silence radio autour.

Comparé à l’ambiance bordélique et addictive de X, où les clashs et les polémiques se succèdent à un rythme effréné, le calme de W peut être une vertu ou un défaut mortel. Pour certains, c’est l’occasion de retrouver un espace de discussion posé et constructif. Pour d’autres, c’est l’ennui assuré.

Le défi de W est de trouver le juste équilibre entre un espace de débat apaisé et une plateforme suffisamment vivante pour retenir l’attention des utilisateurs. Si le fil est trop calme, les utilisateurs s’ennuient et retournent sur X. S’il est trop agité, la promesse de départ est trahie.

Le refuge parfait pour les militants du climat et les apôtres de la souveraineté ?

Le positionnement naturel de W attire des communautés spécifiques. Le lien avec We Don’t Have Time, entreprise climatique, attire les militants écologistes. La promesse de souveraineté attire les profs, journalistes et décideurs sensibles à la régulation européenne.

W devient-il l’outil idéal pour les collectifs militants qui veulent organiser des actions sans craindre la censure algorithmique des plateformes américaines ? C’est possible. Sur X ou Instagram, les algorithmes peuvent invisibiliser des contenus militants jugés « controversés ». Sur W, sans algorithme opaque, ce risque disparaît.

Mais il faut nuancer : la vérification d’identité peut aussi être un frein pour les militants qui souhaitent rester anonymes. Les lanceurs d’alerte, les opposants politiques dans les régimes autoritaires, les militants des droits humains ont besoin de l’anonymat pour se protéger. W leur ferme cette porte.

Trois choses que W doit absolument prouver à la Gen Z pour survivre

Pour séduire la génération Z, W doit répondre à trois questions existentielles.

Premièrement, la vérification d’identité est-elle trop lourde pour l’adoption de masse ? Les jeunes sont habitués à s’inscrire en 30 secondes sur les réseaux sociaux. Le processus W Identity, avec scan de passeport, est un frein psychologique et pratique considérable. Si l’inscription n’est pas fluide, les utilisateurs potentiels abandonnent.

Deuxièmement, l’absence de stars et de clashs rend-elle la plateforme inintéressante pour la « veille culturelle » ? La génération Z utilise les réseaux sociaux pour suivre l’actualité culturelle, les tendances, les polémiques. Sans influenceurs, sans artistes, sans créateurs de contenu, W risque d’être perçu comme un réseau social « pour les vieux », un espace de débat sérieux mais ennuyeux.

Troisièmement, le modèle sans pub peut-il financer des fonctionnalités qui rendent l’appli addictive ? Les réseaux sociaux qui cartonnent investissent massivement dans l’expérience utilisateur, les filtres, les effets, les fonctionnalités de partage. Sans revenus publicitaires conséquents, W pourra-t-il suivre le rythme ? Le risque est de proposer une application basique, sans les fonctionnalités qui font le succès des concurrents.

Conclusion : W pourra-t-il survivre à ses promesses ?

Alors, W a-t-il une chance de réussir ? La réponse est nuancée. Le réseau social coche beaucoup de cases éthiques et techniques : souveraineté des données, décentralisation, chiffrement, vérification d’identité, fil chronologique. Mais le frottement de la vérification d’identité et l’absence d’utilisateurs le condamnent pour l’instant à une niche militante.

Le pari de W est de troquer le volume d’utilisateurs contre la qualité. C’est un succès si les institutions (Commission européenne, ONG, médias) adoptent la plateforme comme un carnet de notes officiel. C’est un échec si les jeunes se heurtent à la barrière du passeport et restent sur X pour l’immédiateté et le chaos.

Le sort de W dépend de sa capacité à rendre la vérification d’identité indolore. Si le processus est rapide, fluide, et rassurant, il peut devenir un argument de vente. Si au contraire il est perçu comme une intrusion dans la vie privée, il fera fuir les utilisateurs. La vérification d’identité est un rempart contre les bots, les trolls, le harcèlement. Mais c’est aussi une prison dorée qui enferme les utilisateurs dans un espace où tout est tracé, où chaque action peut être reliée à une identité réelle.

Les échecs des modèles économiques alternatifs sont nombreux. Le micropaiement et l’abonnement ont du mal à décoller, à l’exception notable de Discord ou Patreon, qui sont des services spécifiques, pas des médias de masse. Le choix de W est radical : pas de publicité ciblée, donc des revenus publicitaires réduits, donc une dépendance aux investisseurs. Le marché est impitoyable : X et Threads survivent parce qu’ils capitalisent sur l’audience. W part de zéro, sans audience, sans revenus, avec un modèle économique non éprouvé. Si le réseau ne trouve pas son public rapidement, l’argent des investisseurs (We Don’t Have Time, fonds suédois) ne tiendra pas éternellement.

W n’est peut-être pas le « tueur de X », mais son existence même force une discussion nécessaire sur la propriété des données, la modération et la souveraineté numérique. Que W survive ou non, son lancement est un symptôme du malaise des jeunes vis-à-vis des plateformes américaines. Même s’il reste une niche, W aura gagné son pari si des concurrents ou l’Union européenne reprennent ses innovations : la vérification d’identité, l’hébergement local, le fil chronologique pur. Le réseau prouvera sa viabilité uniquement s’il atteint une masse critique sans trahir ses promesses initiales. Un équilibre délicat, mais pas impossible. L’avenir nous dira si W est un nouveau départ ou un énième tombeau dans le cimetière des bonnes intentions numériques.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que W, le réseau social européen ?

W est un réseau social de microblogage présenté comme l'opposé de X, lancé le 17 juin 2026 par Anna Zeiter. Il mise sur la vérification humaine obligatoire, la souveraineté des données en Europe et la lutte contre la désinformation.

Comment s'inscrire sur W avec vérification ?

Pour s'inscrire, il faut scanner son passeport ou sa carte d'identité via l'application W Identity. Les données biométriques sont traitées localement sur le téléphone, non stockées sur les serveurs. Un badge « humain vérifié » apparaît ensuite sur le profil.

W est-il un projet de l'Union européenne ?

Non, W est une start-up privée suédoise, pas un projet de l'UE. Son principal actionnaire est We Don't Have Time, une entreprise climatique. Le président du Conseil européen Antonio Costa a offert un soutien politique symbolique, mais aucun financement européen.

Pourquoi Ello, Peach et Vero ont-ils échoué ?

Ces réseaux sociaux « éthiques » ont échoué par manque d'utilisateurs, incapacité à monétiser et retour à l'anarchie après le départ des premiers militants. W risque le même sort si la vérification d'identité fait fuir les utilisateurs et si le modèle économique ne tient pas.

Quel est le modèle économique de W ?

W renonce à la publicité ciblée intrusive pour une publicité non ciblée encadrée par les règles européennes, couplée à des micropaiements optionnels. Ce pari est risqué car sans audience massive ni revenus publicitaires conséquents, la plateforme dépend des investisseurs.

Sources

  1. X (réseau social) — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  2. bfmtv.com · bfmtv.com
  3. It’s time for the European Union to rethink personal social networking · bruegel.org
  4. commentcamarche.net · commentcamarche.net
  5. euronews.com · euronews.com
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Elise Foubot @future-tech

Je suis fascinée par tout ce qui n'existe pas encore. Ingénieure IA dans une startup parisienne, je passe mes journées à entraîner des modèles et mes soirées à lire des papers sur arXiv. Je suis l'intelligence artificielle depuis GPT-2, bien avant que ce soit mainstream. Optimiste technophile mais pas naïve : je sais que la tech peut tout améliorer comme tout casser. Mon job, c'est de faire pencher la balance du bon côté.

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