
Le piratage, on y a tous touché. Nous sommes mêlés à ce phénomène de façon plus ou moins importante, et nous côtoyons tous les jours le piratage sans que cela nous gêne. Et pour cause, pourquoi cela nous gênerait-il ?
Pourquoi le piratage nous semble-t-il si banal ?
Imaginez que vous vous rendez dans un magasin du genre Virgin ou Fnac. Vous arrivez en sifflotant et là, surprise ! Aucun vigile ! Et personne aux caisses ! Juste un petit mot : « Laissez l'argent sur le comptoir ». Vous vous avancez dans les rayons et, de temps en temps, vous croisez quelqu'un qui se dirige vers la sortie, le manteau bourré de CD et de DVD. Vous vous retournez et quelques mots un peu faux-jetés sortent de votre bouche : « Hey ! Vous avez pas l'droit ! ». Il est déjà sorti, et vous avez à peine fini de réprimander le vilain voleur que vous commencez vous aussi à remplir votre manteau de CD (même ceux que vous n'aimez pas), tout en rougissant un peu. En sortant, vous vous promettez de ne plus recommencer…
Désormais, ce sera votre mode opératoire pour vous fournir en musiques, films et jeux vidéo.
Ce magasin sans caméras (à part une vieille dans un coin mal choisi et qui ne prend qu'une image toutes les 2 secondes), c'est Internet. Voilà ce que reprochent les grosses boîtes : se servir dans un magasin sans surveillance. C'est vrai, c'est pas beau. Et si on était tous solidaires, c'est avec une joie immense que nous nous procurerions nos morceaux de culture de façon légale. Mais voilà, nous sommes humains, et surtout, comment ne pas être tenté par le fait qu'on puisse se servir avec la quasi-certitude de ne pas être pris ?
Manque à gagner : peut-on croire aux chiffres du piratage ?
C'est l'argument principal contre le piratage. Le manque à gagner représente la somme qu'aurait dû recevoir une entreprise si son produit n'avait pas été piraté. Ce manque à gagner serait énorme :
« Le manque à gagner dû aux téléchargements de musique numérique avoisinera les 5,5 milliards de dollars pour 2004. »
— Guerre du P2P - Pertes non collatérales : 5,5 milliards pour la musique…
Le problème, c'est que les boîtes qui se plaignent du manque à gagner considèrent qu'un individu X qui a piraté un produit Y l'aurait forcément acheté s'il ne l'avait pas copié. Pour se convaincre du contraire, je vais vous poser la question suivante : si vous n'aviez pas pu copier les chansons que vous avez par gigas sur votre disque dur, les auriez-vous TOUTES achetées ? La réponse est clairement non, pour la simple et bonne raison que, malgré tous nos rêves, nos portefeuilles ne sont pas extensibles à l'infini. Le manque à gagner théorique ne représente donc pas les réelles pertes d'argent occasionnées par les téléchargements de données.
Mais le manque à gagner existe bel et bien ! Il faut juste prendre avec des pincettes les chiffres qu'on nous donne.
Les gens ont perdu l'habitude d'acheter car ils peuvent prendre gratuitement ce qui est inutile pour eux.

Lecteurs MP3 : des produits qui favorisent le téléchargement illégal ?
La mode en ce moment, c'est d'avoir le petit baladeur MP3 qui fait bien. On se balade dans un rayon (surveillé celui-ci… malheureusement 😉) et on se met à regarder la capacité de stockage des bêtes. 512 mégas, 2 gigas, 20 gigas, 40 GIGAS !… Les lecteurs MP3 permettent maintenant de stocker des milliers de chansons dans un objet de la taille d'une poche. La question est : si nous n'avons pas le droit de télécharger de la musique sans payer, comment remplir des lecteurs MP3 toujours plus gros en capacités de stockage ? Si nous n'y mettions que les CD achetés de façon officielle (en supposant qu'on ne fasse aucun tri), il resterait tout de même une place énorme sur ces lecteurs. Mais alors, que faire pour rentabiliser l'onéreuse bestiole ? On se tourne vers notre ami l'ordi, on sourit un bon coup et on va télécharger de la musique pour nourrir son petit objet métallique (mais pas forcément metal… euhm, désolé).
Les constructeurs de ce genre de joujoux se rétractent toujours lorsqu'on leur dit que la vente de leurs engins, c'est du pousse-au-vice.
« C'est juste pour permettre à nos consommateurs de mettre de la musique de meilleure qualité. »
Tu parles Charles ! C'est comme si on vendait des fusils super performants et qu'on nous disait : « Mais attention ! N'achetez que des balles à blanc, pas de vraies balles ! Bon, on vous surveillera pas et vous ne serez sans doute pas punis pour ça, mais il n'empêche que c'est interdit… »
On nous plonge la main dans un sac de fric et ensuite on nous dit de ne pas le voler. Cocasse, non ?
Qui sont vraiment les pirates du web ?
La grande mode dans les médias il y a 10 ans, c'était de dire que les jeux vidéo rendaient épileptique (rappelons que cette affirmation est un mythe inventé de toute pièce). Maintenant, les pirateurs sont montrés du doigt et sont mis au même rang que les violeurs et les tueurs…
Mais qui est notre ami le pirateur ?
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Le militant : il pirate parce qu'il refuse de donner de la thune. Il trouve tout trop cher (il n'a pas tort), mais il n'a aucun scrupule lorsqu'il s'agit de se faire de l'argent avec le fruit de son piratage. C'est le genre à revendre des décodeurs télés piratés. Il fait passer sa malhonnêteté pour un combat social.
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Le coupable occasionnel : en général, il accepte un CD gravé d'un ami ou télécharge une musique qu'il supprimera par la suite. Le piratage n'est pas sa façon de connaître les nouveaux produits.
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Le profiteur actif : il prend un plombier au noir, il se fait réparer sa caisse par un ami, il oublie quelques centimes à chacun de ses achats. Il vit dans un circuit parallèle. Si un ami vient lui dire « Tiens, j'ai découvert une musique vachement bien », il répondra « Grave-le sur ce CD, je les achète par milliers de l'étranger ».
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Le profiteur passif : il freine devant les radars. Si un feu se déclare dans un magasin, il piquera quelques trucs au passage. C'est le plus français (et c'est celui en plus grand nombre en France). Lorsqu'il télécharge illégalement, il sait qu'il ne sera pas pris, il profite des failles du système.
Ces petits portraits sont tirés du JOYSTICK n°57.
Ce ne sont que des échantillons, mais ils représentent une bonne partie des pirates. La plupart du temps profiteurs, un pirate est pirate car il rejoint un mouvement de foule qu'on ne peut pas stopper.
Mais les sanctions, elles, ne sont-elles pas démesurément ridicules ? Des milliers d'euros à payer et même parfois de la prison !
J'ai la très légère impression que les rares personnes prises pour piratage sont lynchées pour faire peur aux autres.
Quel avenir face au téléchargement illégal ?
La répression anti-piratage s'affiche de façon de plus en plus menaçante. Mais ce n'est que de la poudre aux yeux vu les chiffres de fréquentation de Peer2Peer. Ce n'est pas les quelques mises aux arrêts faites par-ci par-là qui ont l'air d'inquiéter les downloadeurs fraudeurs. Personnellement, je ne pense pas qu'on puisse arrêter un train en marche, or c'est ce qu'essayent de faire certaines personnes.
On pourrait peut-être baisser les prix de nos chers CD. Parce qu'un album à 25 €, c'est pas comme ça qu'on peut remplir rapidement son iPod. Qu'on nous donne les moyens d'acheter ! On essaye de nous museler et de nous faire consommer ce dont on ne veut pas. Il faudrait nous donner les moyens de consommer !
Le piratage informatique n'est pas prêt de s'arrêter. Les prix, au lieu de descendre, risquent de monter pour « prévenir » les pertes du manque à gagner, et les gens achèteront de moins en moins…
L'avenir, c'est peut-être l'achat de musique en ligne. Le goût de l'instantané a toujours été très fort, comme on le voit avec tous les trucs inutiles qui sont téléchargeables sur les téléphones portables.
L'achat en ligne pourrait remplacer l'achat traditionnel, encore faut-il qu'il réussisse à chasser le piratage de son piédestal.