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Le PC assassin

Pour ses 20 ans, elle prend le TGV vers Nantes. Entre euphorie du voyage et routine du quotidien, une réflexion poétique sur ces émotions intenses qui nous préservent de la monotonie.

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Pour son vingtième anniversaire, elle avait pris un TGV en début d'après-midi à la gare de Montparnasse. D'abord, elle s'était réjouie du spectacle des oiseaux survolant la campagne française. C'était toujours un plaisir immense : quand, à la grande vitesse des trains modernes – ponctuels, propres et confortables –, elle s'efforçait de ne pas perdre un seul détail du paysage défilant devant ses yeux. Les paisibles troupeaux de vaches, les poteaux élancés, les arbres groupés ou isolés, les murs des usines désaffectées, la fumée sortant des cheminées industrielles telle la blanche écume qui engloutit les nageurs imprudents.

Mais une heure et quart plus tard, sans avoir eu l'impression de voir le temps passer ni de sentir la présence de la voyageuse blonde qui partageait son compartiment, elle fut réveillée par une mélodieuse voix féminine sortant des haut-parleurs. Ses yeux découvrirent alors les quais de Nantes – qu'elle n'avait jamais vus – qui l'attendaient et l'invitaient à goûter à d'autres illusions, comme ces panneaux publicitaires qui nous poussent vers de nouveaux produits. Peut-être éprouvait-elle cette émotion d'euphorie, l'un de ces stimulants suffisamment puissants pour que nos vies ne sombrent pas sous le poids écrasant de la monotonie de ses unités de mesure les plus familières : les jours et les nuits.

Une émotion de ce type, indépendamment de sa durée, est un véritable élixir de jouvence. L'énergie que nous recevons alors suspend pendant un moment l'inexorable vieillissement de nos cellules, le conformisme de nos modes de vie, la rigidité de nos jugements, le manque d'originalité dont nous faisons preuve au quotidien.

Mais l'euphorie du voyage est éphémère. Sans que nous nous en rendions compte, cette émotion se dissout au fil des trajets quotidiens : acheter les tickets du tram, être abordés par des contrôleurs, descendre toujours au même arrêt, introduire nos clés dans nos serratures habituelles, allumer nos PC – ces machines de plaisir difficiles à gérer, à maîtriser, à remplacer, pourtant si séduisantes. Heureusement, l'imaginaire, telle une fourmi qui amasse sa nourriture en été, conçoit pour nous de nouveaux voyages et nous permet d'oublier cette routine pendant les quelques instants que dure la rêverie…

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ida
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