Écran d'ordinateur affichant une page de résultats de recherche Google pour la requête hôtel à Rome, avec un widget de réservation intégré en haut de page, bureau lumineux, angle légèrement de trois quarts
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Google modifie ses résultats pour éviter l'amende de l'UE

Pour échapper à l'amende du DMA, Google teste un affichage pro-concurrence pour ses résultats hôtels, vols et restaurants en Europe. Ce bras de fer avec Bruxelles redéfinit votre navigation.

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Quand vous tapez « hôtel à Rome » dans Google ce matin, la page qui s'affiche ressemble à s'y méprendre à un comparateur de prix. Photos grand format, barre de filtres, prix directs, bouton de réservation intégré : tout est conçu pour que vous n'ayez jamais à quitter l'écosystème Google. Cette page, des centaines de millions d'Européens la voient chaque jour sans se poser de question. Mais elle pourrait muter de façon radicale dans les semaines à venir. Google s'apprête en effet à tester un nouvel affichage pro-concurrence sur ses résultats de recherche en Europe, en commençant par les hôtels, avant d'étendre le dispositif aux vols et aux restaurants. Ce qui se joue n'est pas un simple ajustement esthétique : c'est la réponse du géant américain à la menace d'une amende historique sous le Digital Markets Act.

Écran d'ordinateur affichant une page de résultats de recherche Google pour la requête hôtel à Rome, avec un widget de réservation intégré en haut de page, bureau lumineux, angle légèrement de trois quarts
Écran d'ordinateur affichant une page de résultats de recherche Google pour la requête hôtel à Rome, avec un widget de réservation intégré en haut de page, bureau lumineux, angle légèrement de trois quarts

Comment Google modifie ses résultats hôtels en Europe

L'expérience est si familière qu'on ne l'enregistre même plus. Vous ouvrez votre navigateur, vous tapez votre requête, et la réponse vous est servie dans un bloc visuel qui ressemble à tout sauf à des liens bleus. Cette interface, vous allez devoir vous y habituer à une nouvelle version — du moins si vous vivez en Europe.

Le widget Google Hotels qui a tout englouti

Le parcours est aujourd'hui entièrement verrouillé. Vous tapez « hôtel Rome » et le premier élément visible n'est pas un lien vers un site externe. C'est un bloc massif, le widget Google Hotels, avec des photos d'établissements, des étoiles, des prix extraits en temps réel, et un bouton pour réserver directement. En dessous, repoussés bien après le pli de l'écran, les résultats « classiques » — Booking.com, Expedia, Hotels.com — apparaissent comme des survivants d'une époque révolue. Ce widget occupe l'intégralité de la partie visible de la page sur mobile, et une large portion sur desktop. Google Search commande plus de 90 % du marché mondial de la recherche, avec plus de 400 millions d'utilisateurs actifs mensuels en Europe selon EU Travel Tech. Autant de regards qui tombent chaque jour sur cette présentation où le confort de l'utilisateur sert en réalité les intérêts commerciaux de Google. Le comportement est routinier : la majorité des clics se fait sur le widget Google, et les concurrents ramassent les miettes.

Premier test grandeur nature : hôtels, puis vols et restaurants

Google ne déploie pas ce changement brutalement. Il s'agit d'un test, une nuance essentielle pour comprendre la situation. Le géant américain engage des tests visant à modifier la présentation de ses résultats de recherche afin d'accorder davantage de visibilité aux services de recherche verticaux concurrents, comme le rapporte tom.travel. Le périmètre touche notamment les requêtes liées au voyage, les hôtels, les vols et les restaurants, en commençant par les hôtels à l'échelle de l'Union européenne. Rien ne dit que ce test débouchera sur un déploiement définitif tel quel, mais son existence même en dit long sur la pression réglementaire que subit l'entreprise. L'Europe sert de terrain d'expérimentation en raison du cadre juridique spécifique qui s'y applique, un cadre que ni les États-Unis ni l'Asie n'ont encore adopté avec la même sévérité.

Pourquoi ce changement vous concerne directement

Même si vous n'êtes pas dans le secteur du tourisme, ce remaniement affecte votre quotidien de façon tangible. Chaque fois que vous planifiez un week-end, réservez un restaurant ou cherchez un vol, c'est cette page de résultats que vous utilisez. Si Google est contraint de redistribuer ses positions, votre manière de chercher et de comparer va évoluer. Les premiers résultats que vous verrez ne seront plus uniquement ceux que Google a choisi de mettre en avant, mais potentiellement ceux de partenaires tiers alimentant la page via leurs propres données. Cette transparence accrue pourrait changer votre rapport à la recherche en ligne, un changement dont l'ampleur restera à mesurer une fois le test déployé.

Auto-favoritisme : comment Google Hotels et Google Flights ont détrôné Booking et Expedia

Maintenant que la page actuelle est ancrée dans votre esprit, il faut comprendre comment on en est arrivé là. Le mécanisme porte un nom technique que les régulateurs européens ont popularisé : le self-preferencing, ou auto-favoritisme. Le principe est simple dans sa formulation, redoutable dans ses effets.

De l'organisation de l'information à la captation de réservation

EU Travel Tech, la coalition européenne des entreprises de voyage en ligne, résume le phénomène avec une formule frappante : « La mission initiale de Google d'organiser l'information mondiale est restée inchangée sur le papier. Cependant, ses actions révèlent un changement vers l'intermédiation en ligne, donnant la priorité aux transactions sur la diffusion de l'information. » Concrètement, Google Hotels, Google Flights, Google Trains, Google Vacation Rentals et Google Things to do ont progressivement colonisé la première page de résultats. Chaque nouveau service vertical a été greffé au moteur de recherche général, bénéficiant d'une visibilité immédiate qu'aucun concurrent ne pouvait espérer obtenir par la qualité seule de son service. Un comparateur indépendant, aussi bon soit-il, ne pourra jamais apparaître au-dessus du widget de Google dans les résultats de Google. C'est un problème structurel — et c'est précisément ce type de pratique qui a déjà poussé des acteurs tiers à contester les méthodes de Google devant les tribunaux.

90 % de parts de marché, un pouvoir asymétrique

Le chiffre est vertigineux et il faut le laisser produire son effet : Google contrôle plus de 90 % du marché mondial de la recherche, avec plus de 400 millions d'utilisateurs actifs mensuels en Europe. Quand vous détenez une telle proportion des regards, le fait de placer votre propre service en position un n'a rien d'une optimisation technique — c'est un verrouillage systématique du marché. L'UMIH (Union des métiers de l'hôtellerie) le souligne régulièrement : pour les hôteliers, une part écrasante des réservations commence par une recherche en ligne. La manière dont les résultats sont présentés oriente le choix du client avant même qu'il ait la possibilité de comparer les offres de manière équitable. Booking et Expedia ont bâti leur modèle économique sur cette première page de Google. Quand Google décide de devenir leur concurrent tout en restant leur distributeur principal, la relation devient asymétrique à un point difficilement soutenable.

Le vide juridique qui a permis vingt ans de domination

Pendant près de deux décennies, ce mécanisme d'auto-favoritisme est resté dans une zone grise juridique. Les règles antitrust classiques exigeaient de prouver un préjudice concret pour le consommateur — un exercice complexe quand le service est gratuit. Google a pu arguer que son widget améliorait l'expérience utilisateur en réduisant le nombre de clics nécessaires. Cette argumentation a fonctionné jusqu'à ce que l'Europe décide de changer de paradigme : au lieu de prouver le préjudice a posteriori, le DMA définit des règles structurelles a priori, interdisant le comportement lui-même, indépendamment de ses effets mesurables sur le consommateur. Ce basculement logique est ce qui rend le DMA si redoutable pour Google.

DMA contre Google : 9,71 milliards d'amendes et l'arme finale

Le mécanisme d'auto-favoritisme est désormais clair. Reste à comprendre pourquoi l'Europe agit précisément maintenant, et avec une détermination inédite. La réponse tient en deux mots : accumulation et frustration.

L'affaire Google Shopping : quand Bruxelles a compris que les amendes ne suffisaient pas

L'histoire commence en 2017. La Commission européenne sanctionne Google pour avoir favorisé son service Google Shopping au détriment des comparateurs de prix concurrents dans ses résultats de recherche. L'amende est historique : 2,42 milliards d'euros. C'est à ce moment que le concept de self-preferencing pénètre véritablement le débat public. Sauf que l'amende, aussi colossale soit-elle, ne change pas fondamentalement les comportements. Google modifie marginalement son affichage, continue de dominer, et les comparateurs indépendants continuent de décliner. Au total, Google a accumulé 9,71 milliards d'euros d'amendes antitrust en Europe depuis 2017. Bruxelles comprend alors une leçon amère : l'approche punitive au cas par cas ne suffit pas face à un modèle d'affaires structuré autour de la capture du trafic. Il faut une loi structurelle, pas des amendes réactives.

L'article 6(5) du DMA : la règle que Google ne peut plus contourner

Cette loi, c'est le Digital Markets Act (DMA), entré en vigueur le 7 mars 2024. L'article 6(5) est la disposition clef de ce texte pour l'affaire qui nous occupe. Il interdit aux « gatekeepers » — les plateformes désignées comme contrôleurs d'accès, dont Google fait partie — de traiter plus favorablement, en classement, en indexation et en crawling, leurs propres services par rapport à des services similaires proposés par des tiers. Le document officiel de la Commission le formule explicitement. Dix-huit jours après l'entrée en vigueur du DMA, le 25 mars 2024, la Commission ouvre une procédure officielle contre Alphabet pour suspicion de violation de cet article 6(5), avec des préoccupations portant spécifiquement sur Google Shopping, Google Hotels et Google Flights. Un délai de dix-huit jours qui traduit la détermination des autorités européennes.

Jusqu'à 20 % du chiffre d'affaires mondial : l'épée de Damoclès sur Alphabet

Les sanctions prévues par le DMA n'ont rien de commun avec les amendes antitrust traditionnelles. Le texte prévoit des pénalités pouvant atteindre 10 % du chiffre d'affaires mondial total de l'entreprise, un pourcentage qui monte à 20 % en cas d'infractions répétées. Et pour les manquements les plus systématiques, la Commission se réserve le droit d'imposer des mesures structurelles, y compris l'obligation de vendre une partie de l'activité. Pour mettre ces chiffres en perspective, les 9,71 milliards déjà accumulés depuis 2017 restent marginaux au regard des revenus annuels d'Alphabet. Avec le DMA, l'ordre de grandeur change complètement. Préférer adapter son affichage plutôt que risquer une amende pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliards d'euros n'est pas un choix de bonne conduite : c'est un calcul rationnel. Ce contexte européen tranche d'ailleurs avec l'approche américaine, où l'administration Trump adopte une politique antitrust bien différente.

Nouvelle page de résultats : à quoi ressemblera le test hôtels, vols et restaurants

L'enjeu politique est posé. Mais concrètement, qu'est-ce qui va changer sur votre écran ? C'est ici que le sujet quitte le domaine juridique pour rejoindre le quotidien de chaque internaute européen.

Des flux de données en temps réel pour concurrencer le widget Google

Le mécanisme technique rapporté par tom.travel s'appuie sur un principe puissant : les concurrents de Google pourront alimenter la page de résultats via des flux de données en temps réel, exactement comme le fait aujourd'hui le widget Google Hotels. Le média spécialisé précise, en s'appuyant sur une dépêche de Reuters, que les pages de résultats intégreront par défaut les moteurs verticaux les mieux classés, affichés aux côtés des résultats de Google. Les hôtels, compagnies aériennes, restaurants et services de transport alimentant la recherche via ces flux de données apparaîtront au-dessus ou en dessous des résultats de Google. Concrètement, cela signifie que Booking, Expedia ou Kayak pourraient voir leurs offres de prix, photos et disponibilités s'afficher directement dans l'interface de Google, sans que l'utilisateur ait à cliquer vers un site externe pour obtenir l'information essentielle.

La question cruciale : au-dessus ou en dessous des résultats Google ?

C'est le point d'ambiguïté le plus significatif de tout ce dossier. Les résultats concurrents apparaîtront « au-dessus ou en dessous » des résultats de Google. Cette formulation est un compromis, et elle est déterminante. Si Google place ses propres résultats en position dominante et relègue les concurrents en dessous, le changement sera essentiellement cosmétique — une concession de forme sans modification réelle des flux de clics. Si, à l'inverse, les résultats tiers obtiennent une position équivalente ou supérieure, c'est une transformation profonde de l'expérience de recherche qui s'opère. Pour l'instant, le test ne permet pas de trancher, et c'est précisément ce flou que les régulateurs européens surveillent de très près. La position exacte des widgets tiers sera probablement le principal point de négociation entre Google et la Commission dans les mois à venir.

YouTube et Wikipedia concernés ? Ce que le test ne couvre pas

Il est essentiel de délimiter le périmètre exact de ce test. Les modifications concernent exclusivement les recherches transactionnelles liées aux hôtels, aux vols et aux restaurants. Les recherches dites informationnelles — celles où Wikipedia, YouTube ou les médias dominent les résultats — ne sont pas impactées dans cette phase. Mais la question reste ouverte : si le test s'avère concluant et que le DMA est appliqué de manière extensive, pourquoi s'arrêter au voyage ? YouTube, qui appartient à Google, bénéficie d'une position privilégiée dans les résultats vidéo. Si le principe de l'article 6(5) est poussé à son terme logique, cette position pourrait elle aussi être remise en question. Pour l'heure, c'est un scénario hypothétique, mais il illustre la portée potentiellement considérable du DMA sur l'ensemble de l'écosystème de recherche.

Qui gagne et qui perd avec le remaniement des résultats Google

Avec le nouveau visage de la page de résultats en tête, il est temps d'identifier précisément qui profite de ce changement et qui en souffre. La réponse n'est pas aussi binaire qu'on pourrait le croire.

Les hôteliers européens et Booking.com : un accès retrouvé à la première page

Les premiers bénéficiaires théoriques sont les acteurs du voyage européen. L'UMIH et l'Hotrec, l'organisation professionnelle européenne de l'hôtellerie, militent depuis des années pour que les hôteliers indépendants ne soient pas écrasés par les widgets de Google. Un remaniement des résultats leur redonne théoriquement un accès équitable à la première page, là où se joue la quasi-totalité du trafic. Booking.com et Expedia, qui ont vu leur visibilité décliner au fil des années au profit de Google Hotels, ont également tout à y gagner. Cependant, il faut nuancer cet optimisme. L'UMIH rappelle que trois ans après l'entrée en application du DMA, ses effets restent limités sur Google Search pour les hôteliers. L'Hotrec a appelé la Commission européenne le 25 mars 2026 à accélérer les résultats concrets, ce qui signale que le chemin entre un test technique et une application effective dans les statistiques de réservation reste long.

Les médias dans la ligne de mire : la procédure sur le « site reputation abuse »

Le DMA ne sert pas uniquement à défendre les comparateurs de prix. Un autre front, moins visible mais tout aussi stratégique, s'est ouvert le 13 novembre 2025. La Commission européenne a lancé une procédure pour évaluer si Google applique des conditions FRAND (fair, reasonable and non-discriminatory) aux éditeurs de médias dans l'accès à Google Search. L'enquête se concentre sur la politique « site reputation abuse » de Google, qui dégrade le classement des sites d'information dans les résultats. Autrement dit, Google est accusé de descendre les médias dans ses résultats tout en refusant de leur accorder des conditions d'accès équitables. C'est le même article du DMA qui est invoqué, mais appliqué cette fois au secteur de l'information — un signal fort sur l'étendue des ambitions régulatrices de Bruxelles.

Qwant et les autres : pourquoi le moteur français ne sera pas le grand bénéficiaire

Il est tentant de voir dans ce remaniement une opportunité pour les moteurs de recherche européens alternatifs comme Qwant. La réalité est plus nuancée. Le DMA, dans son article 6(5), s'attaque à l'affichage des services verticaux (hôtel, vol, restaurant) au sein de Google Search — pas au classement des moteurs de recherche concurrents généralistes. Qwant ne bénéficiera pas d'une meilleure position dans les résultats de Google parce que le DMA modifie l'affichage des widgets de voyage. La distinction est cruciale pour l'honnêteté intellectuelle du débat. Ceux qui espèrent que le DMA va « casser » le monopole de Google Search au profit d'alternatives européennes risquent d'être déçus. L'objectif du texte est de rendre le marché de la recherche interne plus équitable, pas de substituer un moteur à un autre. D'autres alternatives existent par ailleurs en dehors de l'écosystème Google, comme le détaille notre guide des moteurs de recherche spécialisés.

Recherche plus juste ou moins pratique ? Ce que le DMA risque de changer

Tous les éléments factuels sont désormais sur la table. Reste la question que personne n'ose poser franchement : l'utilisateur lambda y gagne-t-il vraiment, ou est-il simplement le spectateur d'un règlement de comptes entre géants technologiques et régulateurs ?

Le confort du widget contre la diversité des offres

Il faut être honnête : le widget Google Hotels est objectivement pratique. Vous ne quittez pas la page, la comparaison est instantanée, l'interface est fluide, les photos s'affichent sans chargement. Ce confort est réel, et c'est précisément ce qui le rend dangereux du point de vue régulatoire. Ce confort a un prix caché : la réduction du choix à ce que Google a décidé de vous montrer. Les résultats qui n'apparaissent pas dans le widget n'existent pas pour l'utilisateur. EU Travel Tech souligne que malgré la clarté de l'article 6.5, Google continue à intégrer ses services spécialisés dans les résultats de recherche avec des fonctionnalités plus riches que celles offertes aux concurrents — ce qui maintient un avantage pratique même si le classement formel change. Le DMA force un retour à la diversité des sources, et c'est indéniablement un progrès du point de vue de la concurrence. Mais l'expérience devient potentiellement plus fragmentée, moins lisse, plus exigeante en termes de clics et de comparaisons manuelles.

Quand la régulation européenne complique votre recherche du prochain week-end

Prenons un exemple concret. Vous cherchez « vol Paris Barcelone ce week-end ». Aujourd'hui, Google Flights vous donne la réponse en deux secondes : un graphique de prix, les horaires, les compagnies, un bouton d'achat. Demain, avec le nouveau format, vous verrez peut-être s'afficher côte à côte les résultats de Kayak, Skyscanner, et Google Flights, chacun alimenté par son propre flux de données. Vous aurez techniquement plus de diversité, plus de sources, plus de transparence sur les prix. Mais vous passerez probablement plus de temps à naviguer entre les propositions, à comprendre quel lien mène où, à comparer des interfaces différentes. C'est le paradoxe classique de la régulation numérique : protéger la concurrence peut parfois compliquer l'expérience utilisateur à court terme, même si le bénéfice à long terme — un marché plus sain, des prix plus compétitifs, une innovation renouvelée — est réel.

Le risque d'une fragmentation de l'expérience utilisateur

Au-delà du cas individuel, c'est la cohérence globale de la recherche Google qui pourrait pâtir de ces ajustements. L'un des atouts historiques de Google repose sur la prévisibilité de son interface : on sait où chercher, on reconnaît les éléments visuels, on sait à quoi s'attendre. Si chaque catégorie de recherche (hôtels, vols, restaurants) adopte un format différent avec des widgets de sources multiples, cette uniformité disparaît. L'utilisateur devra réapprendre à lire une page de résultats qui varie selon la nature de sa requête. Ce n'est pas un argument contre le DMA — mais c'est un coût réel que les régulateurs ont tendance à sous-estimer quand ils conçoivent des cadres théoriques. Google, de son côté, ne manquera pas de le mettre en avant pour argumenter que ses widgets intégrés servent avant tout l'intérêt de l'utilisateur.

Pourquoi la page de résultats Google n'est plus neutre

Le fait que Google accepte de modifier son produit phare pour des raisons purement réglementaires marque un tournant historique. La page de résultats de Google n'est plus un espace technique neutre, piloté par un algorithme dont les critères seraient purement qualitatifs. Elle est devenue un terrain politique, négocié entre un géant américain et des régulateurs européens.

De Mountain View à Bruxelles : le transfert de souveraineté algorithmique

Pour les 400 millions d'utilisateurs européens de Google Search, cela signifie que ce qu'ils voient en premier quand ils effectuent une recherche sera désormais partiellement déterminé à Bruxelles, pas seulement à Mountain View. Le Digital Markets Act a changé les règles du jeu en identifiant les gatekeepers comme de grandes plateformes fournissant des services de plateforme essentiels, et en leur imposant des obligations structurelles. Le classement des résultats n'est plus un pur exercice d'ingénierie : c'est aussi un acte soumis au contrôle d'une autorité politique. Ce transfert de souveraineté algorithmique est inédit à cette échelle, et il pose des questions fondamentales sur la gouvernance de l'internet. Qui décide de ce qui est visible ? L'algorithme de Google, le législateur européen, ou une combinaison des deux ?

Les secteurs prochains dans le collimateur du DMA

Ce qui se passe aujourd'hui sur les recherches d'hôtels n'est qu'un avant-goût. La procédure ouverte le 13 novembre 2025 contre Google pour la dégradation des médias dans ses résultats montre que le DMA est conçu pour s'appliquer de manière transversale. La vidéo avec YouTube, les cartes avec Google Maps, l'actualité avec Google News pourraient être les prochaines lignes de front. Chaque service vertical de Google qui bénéficie d'une position dominante dans les résultats de recherche est potentiellement concerné par l'article 6(5). Le test actuel sur les hôtels sert de laboratoire : s'il aboutit à un modèle jugé conforme par la Commission, il pourrait être reproduit à l'identique sur d'autres verticalités, transformant progressivement l'ensemble de la page de résultats en un espace multipartite plutôt qu'en une vitrine exclusive des services de Google.

Un précédent mondial aux conséquences encore imprévisibles

L'Union européenne est la première juridiction au monde à imposer ce type de contraintes structurelles à un moteur de recherche. D'autres régions observent avec attention. Si le modèle européen s'avère efficace — c'est-à-dire si la concurrence renaît sans que l'expérience utilisateur ne se dégrade de manière irrémédiable — il pourrait être repris ailleurs. Si en revanche les résultats sont décevants, Google aura un argument puissant pour contester les futures régulations. Le bras de fer qui se joue sur une simple recherche d'hôtel à Rome est donc aussi un test pour l'avenir de la régulation technologique mondiale.

Ce que ce bras de fer révèle sur le futur de votre navigation

Cette concession de Google est à la fois une victoire symbolique pour la concurrence européenne et une source d'incertitude réelle pour les 400 millions d'utilisateurs qui ont pris l'habitude de ses résultats actuels. L'entreprise de Mountain View ne modifie pas son affichage par conviction soudaine : elle le fait parce que le DMA a rendu le coût de l'inaction supérieur au coût de l'adaptation. Les hôteliers, les comparateurs de vols et les plateformes de réservation retrouvent un espoir de visibilité équitable, mais le passage du test à la réalité restera un parcours semé d'embûches — l'UMIH et l'Hotrec le rappellent avec une patience qui commence à s'épuiser. Pour l'internaute, le dilemme est posé : accepter un confort de recherche construit sur l'absence de choix, ou embrasser une expérience potentiellement plus complexe mais structurellement plus saine. Quoi qu'il advienne, une chose est certaine : la page de résultats de Google ne sera plus jamais perçue comme un miroir neutre du web. Elle est désormais, et pour longtemps, un espace régulé.

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Questions fréquentes

Pourquoi Google modifie-t-il ses résultats en Europe ?

Google teste un nouvel affichage pour échapper aux lourdes sanctions du Digital Markets Act (DMA), qui interdit aux « gatekeepers » de favoriser leurs propres services au détriment des concurrents.

Quelles amendes risque Google sous le DMA ?

Le DMA prévoit des pénalités pouvant atteindre 10 % du chiffre d'affaires mondial de l'entreprise, un taux pouvant grimper à 20 % en cas d'infractions répétées.

Quels secteurs sont concernés par ce test ?

Ce test grandeur nature concerne d'abord les recherches d'hôtels, avant de s'étendre aux vols et aux restaurants. Les recherches informationnelles comme YouTube ou Wikipedia ne sont pas impactées dans cette phase.

Comment fonctionnera le nouvel affichage ?

Les concurrents pourront alimenter la page via des flux de données en temps réel, affichant leurs prix et photos directement dans les résultats, au-dessus ou en dessous du widget de Google.

Qwant bénéficiera-t-il de ce changement ?

Non, l'article 6(5) du DMA modifie uniquement l'affichage des services verticaux (hôtels, vols) au sein de Google, et non le classement des moteurs de recherche généralistes concurrents.

Sources

  1. umih.fr · umih.fr
  2. digital-markets-act.ec.europa.eu · digital-markets-act.ec.europa.eu
  3. digital-markets-act.ec.europa.eu · digital-markets-act.ec.europa.eu
  4. digital-markets-act.ec.europa.eu · digital-markets-act.ec.europa.eu
  5. ec.europa.eu · ec.europa.eu
indie-gems
Arthur Nerbot @indie-gems

Les gros studios me fatiguent, je préfère les petits. Développeur web à Grenoble le jour, chasseur de pépites vidéoludiques la nuit. Je suis toutes les game jams, je back les projets Kickstarter prometteurs, et je joue à des démos que personne ne connaît. Mon bonheur ? Découvrir un jeu indé génial six mois avant que les YouTubers en parlent. Le gameplay et les idées passent avant les graphismes, toujours.

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