L'atmosphère était électrique ce lundi 16 février 2026 sur l'esplanade du Bharat Mandapam, au cœur de New Delhi. Pour l'occasion, la capitale indienne s'était transformée en l'épicentre mondial de la tech, accueillant le tout premier sommet international sur l'intelligence artificielle organisé dans le « Sud global »The massive event is anchored by a figure deeply familiar to Indian crowds, now embodying the stature of a global corporate heavyweight: Sundar Pichai. Upon his arrival, the Alphabet CEO was greeted by a blitz of media attention, greeting those gathered with his trademark understated calm. He subsequently posted a concise update on digital platforms to mark the occasion.« Nice to be back in India ». Ce retour aux sources, pourtant, n'est pas une simple visite protocolaire. Il marque le point de départ d'une offensive stratégique sans précédent de Google dans le sous-continent, dans un contexte où la planète tech entière a les yeux rivés sur New Delhi.

De Maduraï au sommet de Google : l'incroyable trajectoire d'un enfant de l'Inde
Pour comprendre l'émotion qui entoure la venue de Sundar Pichai, il faut replonger dans les origines de l'homme. Né à Maduraï, dans le Tamil Nadu, et ayant grandi à Chennai, Pichai incarne le rêve indien par excellence. Fils d'un ingénieur électricien et d'une sténographe, il a évolué dans un environnement où les ressources étaient limitées mais l'ambition palpable. L'anecdote, aujourd'hui légendaire dans la Silicon Valley, raconte que lorsque le jeune Sundar a obtenu sa bourse pour partir étudier à Stanford, le coût du billet d'avion dépassait le salaire annuel de son père. Cette histoire poignante résonne profondément avec la population indienne, voyant en lui la preuve vivante que l'excellence académique et la persévérance peuvent briser les plafonds de verre les plus solides.
Un parcours académique d'élite
Son parcours est une ligne droite vers la réussite : après l'IIT de Kharagpur, la prestigieuse école d'ingénieurs indienne, il a traversé l'océan pour décrocher un master en science des matériaux à Stanford, avant de rejoindre la Wharton School. C'est cette combinaison rare d'ingénierie et de gestion qui a forgé sa vision de la technologie. Aux États-Unis, il a dû s'adapter à une culture nouvelle, travaillant d'abord dur pour payer ses études, avant que son talent ne soit reconnu par les plus grandes entreprises de la côte Ouest.
De McKinsey à la tête d'Alphabet
Un court passage chez McKinsey, puis l'entrée chez Google en 2004 en tant que simple « product manager ». Vingt ans plus tard, il est à la tête de l'une des entreprises les plus puissantes de l'histoire humaine. Le contraste est frappant entre ce jeune homme qui dormait dans le salon de l'appartement familial à cause de l'espace restreint et le PDG qui, aujourd'hui, serre la main des chefs d'État pour décider de l'avenir numérique de la planète. Avec une fortune personnelle estimée à plus d'un milliard de dollars, il est devenu une icône vivante pour la classe moyenne indienne aspirant à la réussite mondiale.
250 000 participants : l'Inde accueille le plus grand sommet IA du « Sud global »

L'événement qui sert de cadre à ce retour est d'une ampleur vertigineuse. Se tenant du 16 au 20 février 2026, le sommet IA Impact Summit a transformé le Bharat Mandapam en une fourmilière technologique géante. On attend plus de 250 000 participants sur la durée totale de l'événement, un chiffre qui défie l'entendement pour une conférence sur ce sujet. Le format hybride, oscillant entre le sérieux d'une conférence onusienne et l'effervescence d'un salon type VivaTech, permet à cet événement de toucher un public très large, allant des décideurs politiques aux développeurs de base.
Une première historique pour le « Sud global »
C'est une première historique : c'est la première fois qu'un sommet international d'une telle envergure sur l'IA est organisé dans le « Sud global ». Jusqu'à présent, les discussions sur la gouvernance de l'IA se tenaient à Bletchley Park, à Séoul ou à Paris. En déplaçant le curseur vers New Delhi, l'Inde affirme sa volonté de peser sur les règles du jeu numérique. Le plateau est royal : outre Modi et Pichai, on attend une trentaine de PDG de géants de la tech, dont Sam Altman (OpenAI) et Dario Amodei (Anthropic), ainsi qu'une quinzaine de chefs d'État. C'est une démonstration de force diplomatique indienne, prouvant que le pays est désormais une plaque tournante incontournable pour l'avenir de la technologie mondiale.
Un mélange inédit de cultures technologiques
Le Bharat Mandapam, ce complexe gigantesque qui avait accueilli le sommet du G20 en 2023, s'est transformé pour l'occasion en une cathédrale de la technologie. Avec son centre de conférences circulaire et ses halls d'exposition s'étendant à perte de vue, le lieu incarnait parfaitement l'ambition indienne : montrer au monde entier que le pays était capable d'organiser des événements à l'échelle mondiale. Plus de 100 pays étaient représentés, créant une effervescence unique où se mêlaient sari et costumes croisés, hindi et anglais, dans une course vers le futur de l'intelligence artificielle.
15 milliards de dollars : Google pose ses pions à Visakhapatnam
Au-delà des discours et des poignées de main, Sundar Pichai est venu avec des chèques en poche. L'annonce qui a fait l'effet d'une bombe dans la salle concerne un investissement massif de Google : 15 milliards de dollars sur les cinq prochaines années pour la construction d'un nouveau centre dédié à l'intelligence artificielle. Ce projet colossal ne sera pas localisé à Bangalore ou Hyderabad, les hubs traditionnels, mais à Visakhapatnam, dans l'État de l'Andhra Pradesh. Ce choix stratégique vise à désenclaver la croissance technologique et à la diffuser vers de nouvelles régions économiques.
Une réponse offensive à la concurrence
Cet investissement positionne Google de manière agressive face à ses rivaux. Microsoft et Amazon ont, eux aussi, mis la main au portefeuille pour l'Inde, avec un engagement collectif avoisinant les 68 milliards de dollars d'ici 2030 pour l'infrastructure cloud et l'IA. En annonçant 15 milliards rien que pour son propre site, Google envoie un message clair : la firme de Mountain View ne compte pas laisser le marché indien, qui devrait devenir l'un des plus lucratifs de la décennie, échapper à son contrôle. C'est une course contre la montre où chaque milliard investi est une brique posée dans la forteresse numérique de demain.
Visakhapatnam : nouveau hub de la puissance de calcul
Le choix de Visakhapatnam n'est pas anodin. Située sur la côte est de l'Inde, cette ville portuaire offre un accès direct aux câbles sous-marins reliant l'Asie au reste du monde, un atout crucial pour la latence des réseaux. De plus, en développant une région traditionnellement moins industrialisée que Bangalore ou Pune, Google se assure le soutien enthousiaste des autorités locales et nationales, désireuses de répartir les fruits de la révolution numérique sur l'ensemble du territoire. C'est une stratégie gagnant-gagnant qui renforce l'ancrage de Google dans le tissu économique indien.
« Le plus grand site hors des États-Unis » : les ambitions de Google Cloud
Pour saisir l'ampleur de l'annonce, il faut écouter Thomas Kurian, le PDG de Google Cloud. Selon lui, le futur site de Visakhapatnam sera « le plus grand site que nous allons construire hors des États-Unis ». Ce n'est pas une simple extension de bureau, mais une centrale de puissance de calcul à l'échelle continentale. On parle d'une capacité de « plusieurs gigawatts », une mesure qui résonne davantage avec celle d'une centrale nucléaire que d'un centre de données traditionnel. Cette infrastructure critique sera intégrée au réseau mondial de Google, connectant l'Inde au reste de la planète par des fibres optiques ultra-rapides.
Une puissance de calcul sans précédent
Pour les entreprises indiennes, cela promet un accès sans précédent à la puissance de calcul nécessaire à l'entraînement de modèles d'IA générative. Les startups indiennes, qui peinent souvent à accéder à du « compute » coûteux, pourront désormais s'appuyer sur cette infrastructure locale. Google Cloud espère ainsi capturer une part significative du marché indien, qui est en pleine explosion, en offrant une latence réduite et une souveraineté des données accrue pour les clients locaux qui ne veulent pas voir leurs informations sortir du territoire.
Intégration au réseau mondial de Google
Ce site ne sera pas une île isolée mais un nœud vital du réseau global de Google. Il sera relié aux douze autres centres de données stratégiques de l'entreprise répartis dans le monde, assurant une redondance et une fluidité du trafic mondial. Cette intégration permet à Google d'optimiser ses ressources globales, déplaçant la charge de calcul là où l'énergie est la moins chère ou la plus disponible, tout en garantissant aux utilisateurs indiens une expérience fluide et rapide. C'est l'architecture technique ultime de la mondialisation numérique.
Infrastructure, modèles ouverts, datasets : le partenariat complet proposé à l'Inde
L'offre de Google ne se limite pas au béton et aux puces électroniques. Sundar Pichai a insisté sur la volonté de son entreprise d'être un « partenaire » complet pour l'Inde dans sa transformation numérique. Cela implique non seulement de fournir l'infrastructure (le compute et l'énergie durable nécessaire pour faire tourner ces monstres de data), mais aussi de fournir les briques logicielles : des modèles ouverts (open models), des jeux de données (datasets) et une collaboration étroite avec le monde académique et les startups.
Une stratégie d'écosystème
Cette stratégie marque une évolution intéressante de la part de Google. Il ne s'agit plus seulement de vendre des licences ou de la la publicité, mais de s'ancrer profondément dans le tissu économique du pays. En proposant des modèles ouverts, Google tente de contrer la perception d'une technologie opaque et contrôlée par quelques élus. L'idée est de doter l'Inde des outils pour créer ses propres solutions IA, adaptées à ses langues, ses cultures et ses problèmes spécifiques, tout en s'assurant que ces solutions tournent sur l'infrastructure Google. C'est une approche de type « empire par l'écosystème », redoutablement efficace.
Soutien aux startups et à la recherche
Concrètement, cela se traduit par des programmes d'incubation et des subventions en compute pour les chercheurs indiens. Le gouvernement indien a d'ailleurs annoncé lors du sommet un fonds de 1,1 milliard de dollars dédié aux startups de l'IA et à la fabrication avancée. Google, avec ses propres programmes de Venture Capital, entend bien capter les pépites qui sortiront de cette manne financière. En fournissant les outils et les données, Google espère façonner la prochaine génération de licornes indiennes à son image.
La troisième voie de Modi : l'Inde entre Washington, Pékin et Paris
Le sommet de New Delhi n'est pas qu'une foire technologique, c'est un théâtre géopolitique majeur. En accueillant le monde entier, l'Inde cherche à forger une « troisième voie »aimed at artificial intelligence, offering a counterweight to the entrenched rivalry between the United States and China. While Washington, with industry leaders like Google and OpenAI, and Beijing, utilizing state-backed resources and firms like Baidu, have long steered the global AI discourse, India is attempting a different path. By partnering with nations such as France, the country aims to build a multipolar coalition that prioritizes the goals of countries from the« Sud global ».

Une diplomatie de l'innovation
La présence d'Emmanuel Macron est la plus emblématique de cette stratégie. Coprésident de l'événement aux côtés de Narendra Modi, le président français est en terrain conquis, effectuant là son quatrième voyage en Inde. Cette alliance franco-indienne sert les intérêts des deux pays : la France cherche des partenaires pour promouvoir une vision de l'IA « durable et éthique », loin du « wild west » californien, tandis que l'Inde y trouve un allié occidental influent pour légitimer sa montée en puissance. L'inauguration conjointe d'un centre franco-indien d'IA en santé à New Delhi durant le sommet illustre parfaitement cette concrétisation politique en projets technologiques.
Multipolarité et souveraineté numérique
Pour l'Inde, il en va de sa souveraineté numérique. En s'alliant avec la France et d'autres nations européennes, New Delhi espère éviter de devenir un simple vassal technologique de la Silicon Valley ou de la Chine. L'objectif est de créer un cadre réglementaire qui respecte les valeurs des pays émergents, tout en favorisant l'innovation. C'est un équilibre précaire, mais l'Inde semble déterminée à jouer ce rôle de pont entre l'Occident et le reste du monde, utilisant sa démographie et son marché immense comme leviers de négociation.
Macron et Modi coprésidents : quand la France et l'Inde font front commun sur l'IA
La délégation française ne s'est pas déplacée les mains vides. Avec pas moins de 30 chefs d'entreprise français à ses côtés, Emmanuel Macron a transformé ce déplacement en une opération de séduction technologique et commerciale. Le message porté par la France est celui d'une « IA durable au service de l'intérêt général ». Dans un monde où la course aux armements IA fait rage, la France tente de positionner l'Europe comme le laboratoire de la régulation et de l'éthique, et l'Inde comme le formidable terrain d'expérimentation pour ces technologies.
Le projet franco-indien de santé
Cette relation franco-indienne se cristallise autour de projets concrets, comme le centre IA en santé inauguré durant le sommet. L'objectif est d'utiliser l'intelligence artificielle pour améliorer l'accès aux soins dans un pays où la densité médicale est faible, tout en garantissant la protection des données et la lutte contre les discriminations algorithmiques. C'est une diplomatie de l'innovation qui contraste avec l'approche purement mercantile de certains autres acteurs. Pour l'Inde, s'associer à la France permet aussi de ne pas dépendre exclusivement de la technologie américaine, diversifiant ainsi ses alliances stratégiques.
Une vision éthique partagée
Au-delà des contrats, il y a une convergence de vues sur la régulation. La France et l'Inde prônent toutes deux pour une IA qui respecte la vie privée et qui ne soit pas discriminatoire. En se positionnant comme les chefs de file de cette approche « humaniste », elles espèrent influencer les normes internationales qui sont en train d'être rédigées. C'est une bataille d'influence à long terme qui pourrait déterminer quelles valeurs régiront l'internet de demain.
« Top 3 mondial ou rien » : l'ambition affichée par Narendra Modi
Narendra Modi n'y est pas allé par quatre chemins lors de son discours d'ouverture. Le Premier ministre indien a affirmé que l'IA se trouvait à « un point d'inflexion civilisationnel ». Une formule volontairement grandiloquente qui montre à quel point l'enjeu dépasse la simple économie pour devenir une question de puissance nationale. Sa vision est limpide : « L'Inde doit figurer parmi les trois premières superpuissances IA au monde, non seulement en matière de consommation, mais aussi de création ».
Une vision basée sur trois piliers
C'est un défi immense pour un pays qui rattrape encore son retard en matière d'infrastructures, mais Modi mise tout sur sa démographie. Sa vision repose sur trois piliers : la souveraineté, pour ne pas dépendre de technologies étrangères ; l'inclusivité, pour que l'IA profite à toute la population, y compris les zones rurales ; et l'innovation, pour créer des solutions uniques. C'est un programme politique audacieux qui utilise la tech moderne comme moteur du nationalisme indien.
La réponse aux craintes sur l'emploi
Face aux craintes mondiales concernant l'automatisation et la destruction d'emplois, le leader indien a tenu un discours rassurant et volontariste : « L'IA ne remplacera pas les emplois, elle créera de nouvelles opportunités ». Il a ajouté qu'avec les bonnes compétences et les bonnes préparations, « la jeunesse indienne sera à l'avant-garde du futur du travail ». C'est un pari politique audacieux : transformer la jeunesse indienne, nombreuse et éduquée, en la main-d'œuvre qualifiée du monde IA de demain.
16% du talent IA mondial : pourquoi l'Inde fait rêver Silicon Valley
Si les géants de la tech se bousculent à New Delhi, ce n'est pas seulement par charme diplomatique, c'est avant tout une question de mathématiques. L'Inde possède un atout que l'or ne peut pas acheter : une masse critique de talents. Selon les dernières statistiques disponibles, le pays abrite désormais 16 % du talent IA mondial. C'est une statistique vertigineuse qui explique pourquoi des entreprises comme Google ou OpenAI regardent l'Inde comme un réservoir inépuisable d'ingénieurs, de chercheurs et de data scientists capables de faire tourner la machine industrielle de l'IA.
La montée en puissance des classements mondiaux
Cette domination du talent est confirmée par des classements prestigieux. L'Inde est désormais classée 3ème au « Stanford Global AI Vibrancy Index », juste derrière les États-Unis et la Chine, et a grimpé de quatre places en un an. Plus impressionnant encore, elle est numéro 1 mondiale pour la « pénétration des compétences IA » (AI skill penetration), avec un score de 2.8 sur l'échelle de Stanford, là où les États-Unis plafonnent à 2.2 et l'Allemagne à 1.9. Cela signifie que la probabilité de croiser un développeur qualifié en IA en Inde est statistiquement plus élevée qu'ailleurs dans les pays développés.
Une croissance exponentielle des compétences
La croissance de ce talent est explosive : +263 % depuis 2016. L'Inde n'est plus seulement l'usine du monde qui code pour les autres à bas coût ; elle devient un centre de R&D de premier plan. De plus, le taux de recrutement annuel dans le secteur de l'IA y tourne autour de 33 %. C'est un moteur en pleine expansion qui attire non seulement les capitaux, mais aussi les cerveaux. Les étudiants indiens ne rêvent plus uniquement de partir aux États-Unis ; les opportunités qui s'offrent à Bangalore ou Hyderabad deviennent compétitives, accélérant ainsi la concentration de compétences sur place.
De Chennai à Silicon Valley : le vivier de talents qui fait trembler la concurrence
Cette suprématie ne tombe pas du ciel. Elle est le fruit de décennies d'investissements massifs dans l'éducation supérieure, notamment à travers les célèbres IIT (Indian Institutes of Technology). Ces écoles d'ingénieurs, dont est issu Sundar Pichai, forment chaque année des milliers d'élites qui, pour beaucoup, ont fait le voyage vers la Silicon Valley, y occupant aujourd'hui des postes clés chez Google, Microsoft ou Meta. La diaspora indienne est la première force de la tech mondiale, et New Delhi compte bien sur elle pour rapatrier compétences et capitaux.
Le rôle clé des IIT
Les Instituts Indiens de Technologie (IIT) sont la véritable pépinière de l'excellence indienne. Leur concours d'entrée est l'un des plus difficiles au monde, ne retenant que l'élite mathématique et scientifique du pays. Cette formation rigoureuse, combinée à une maîtrise parfaite de l'anglais, rend les diplômés des IIT immédiatement opérationnels dans les entreprises de la Silicon Valley. C'est ce capital humain de haute qualité qui permet aujourd'hui à l'Inde de rivaliser avec les plus grandes puissances mondiales dans le domaine de l'IA.
Le retour de la diaspora
La tendance s'inverse : de plus en plus de ces brillants ingénieurs basés aux États-Unis ou en Europe choisissent de retourner en Inde. Attirés par la qualité de vie, le dynamisme économique et l'occasion de participer à la construction d'une superpuissance numérique, ils rapportent avec eux des années d'expérience et de réseaux précieux. Ce « brain gain » est un phénomène relativement rare dans l'histoire économique et constitue un accélérateur majeur pour l'écosystème indien.
45 milliards de dollars d'ici 2031 : le marché IA qui fait saliver
Derrière les talents, il y a le marché. L'Inde représente un eldorado économique pour les entreprises technologiques. Les estimations placent le marché de l'IA indien entre 5,1 et 13 milliards de dollars en 2025, mais ce qui fascine les investisseurs, c'est la croissance. Les projections tablent sur un taux de croissance annuel composé (CAGR) oscillant entre 26 % et 43 %. En clair, le marché double tous les deux ans environ. D'ici 2031, Statista estime que ce marché pourrait atteindre 45 milliards de dollars, et certaines projections plus optimistes parlent même de 122 milliards de dollars d'ici 2035.
Une adoption massive par la population
Pour mettre ces chiffres en perspective, l'Inde ambitionne de dépasser des géants asiatiques établis. Aujourd'hui, le marché IA chinois est estimé à environ 28 milliards de dollars et le japonais à 15 milliards. L'Inde, avec sa démographie jeune et son adoption massive du numérique, est sur le point de devenir la troisième puissance économique de l'IA. C'est aussi le premier marché d'utilisateurs d'OpenAI au monde, ce qui signifie que plus de personnes en Inde utilisent ChatGPT qu'aux États-Unis ou en Europe. Cette base d'utilisateurs massive fournit les données nécessaires pour entraîner les modèles de demain, créant un cercle vertueux difficile à briser.
Innovation menée par l'application
Ce qui distingue l'Inde, c'est son approche « application-led ». Plutôt que de se concentrer uniquement sur la recherche fondamentale ou la création de modèles de base (frontier models) comme le font les États-Unis et la Chine, l'Inde se concentre sur le déploiement à grande échelle de solutions concrètes pour résoudre des problèmes locaux. Qu'il s'agisse d'agriculture intelligente pour les petits paysans ou de diagnostics médicaux par IA dans les villages reculés, l'Inde est devenue un laboratoire d'innovation pragmatique qui attire l'attention des investisseurs du monde entier.
L'aveu de Pichai : « des éléments d'irrationalité » dans la bulle IA
Dans une interview exclusive accordée à la BBC juste avant son départ pour l'Inde, Sundar Pichai a fait une déclaration qui a surpris plus d'un observateur. En évoquant la frénésie actuelle des investissements dans l'IA, le patron de Google a admis qu'il y avait « des éléments d'irrationalité ». Une rare prise de distance de la part d'un des principaux artisans de cette hype. Il a comparé cette situation à la bulle internet de la fin des années 90, expliquant qu'il y avait eu « clairement beaucoup d'investissements excessifs » à l'époque, mais que personne ne remettait en cause la profondeur de la révolution d'internet.
Une mise en garde lucide
Cette déclaration prend tout son sens quand on regarde les chiffres faramineux qui circulent. On parle aujourd'hui d'un réseau complexe de deals autour d'OpenAI valorisés à environ 1,4 billion de dollars (1 400 milliards), pour une entreprise dont les revenus annuels sont encore infimes par rapport à cette valorisation. Pichai semble tirer la sonnette d'alarme : si la technologie est révolutionnaire, les valorisations actuelles des entreprises et la course effrénée aux CapEx (dépenses d'investissement) pourraient connaître une correction brutale.
Paradoxe de l'investissement
Le patron de Google reconnaît que nous vivons un « moment extraordinaire », mais il met en garde contre l'excès d'enthousiasme qui peut mener à des erreurs d'allocation de capital. Pour un dirigeant qui supervise lui-même des plans d'investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars, cette réflexion témoigne d'une certaine lucidité rare dans un secteur souvent survolté par l'euphorie du moment.
1.4 trillion de dollars : quand Pichai compare l'IA à la bulle internet
L'analogie avec la bulle « dot-com » est éclairante. À la fin des années 90, des entreprises sans modèle économique viable voyaient leur valeur exploser du simple fait qu'elles ajoutaient « .com » à leur nom. Aujourd'hui, l'ajout de « AI » dans le nom d'une startup semble suffire à débloquer des fonds d'investissement massifs. Pichai, qui a vécu la bulle internet de l'intérieur chez Google, sait de quoi il parle. Il prévient que si la bulle éclate, « aucune entreprise ne sera immunisée, y compris nous », même s'il estime que Google a la solidité financière pour « résister à la tempête ».
Rationalité et révolution profonde
Cependant, la nuance est importante. Pichai ne dit pas que l'IA est une arnaque. Au contraire, il affirme qu'elle est aussi « profonde » que l'internet l'était. Le danger, selon lui, réside dans le « timing » et l'« excès ». Les investisseurs pourraient perdre patience si les retombées économiques ne sont pas au rendez-vous assez vite, provoquant un krach boursier dans le secteur technologique. Mais contrairement à la bulle internet, où les fibres optiques et les câbles sont restés, l'infrastructure IA (les GPU, les data centers) restera utile même en cas de crise, laissant penser que la correction sera sectorielle et non systémique.
Résilience face à la tempête potentielle
L'avantage de Google réside dans son « full stack » technologique : des puces personnalisées (TPU), aux logiciels, en passant par les données de YouTube et Google Search. Cette intégration verticale permet à l'entreprise d'être plus résiliente face à une éventuelle tempête boursière. Si les startups pures jouent leur vie sur un seul modèle ou une seule application, Google dispose d'un écosystème diversifié capable d'absorber les chocs et de réinvestir les profits de ses activités traditionnelles vers la recherche de demain.
L'enjeu énergétique caché : 1.5% de l'électricité mondiale pour l'IA
Un autre avertissement lancé par Pichai concerne souvent un tabou : l'énergie. Le patron de Google a souligné les besoins énergétiques « immenses » de l'IA. Selon l'Agence Internationale de l'Énergie (IEA), les centres de données et l'IA consommaient déjà 1,5 % de l'électricité mondiale l'année dernière, et ce chiffre est censé doubler d'ici 2026. L'entraînement des modèles massifs et leur utilisation quotidienne par des milliards d'utilisateurs requièrent une puissance de calcul phénoménale qui se traduit en consommation électrique.
Une trajectoire jugée insoutenable
La spécialiste française Anne Bouverot n'a pas hésité à qualifier la trajectoire actuelle de la consommation énergétique de l'IA d'« insoutenable ». L'entraînement d'un seul grand modèle peut consommer autant d'électricité que des centaines de foyers en un an. Avec la démocratisation de l'IA générative, c'est la demande globale en énergie qui risque d'exploser, mettant sous pression les réseaux électriques mondiaux et les objectifs climatiques.
La course aux énergies renouvelables
C'est là que le projet indien de Google prend tout son sens. En annonçant un investissement massif à Visakhapatnam, Pichai a insisté sur l'énergie durable. Google ne peut pas se permettre de construire des usines à gaz qui pollueraient massivement, tant pour des raisons de coûts que d'image. La course à l'IA devient donc aussi une course à l'énergie propre. L'Inde, avec son ambitieux programme d'énergies renouvelables, est un terrain pertinent pour cette stratégie. Mais la question demeure : le réseau électrique indien pourra-t-il soutenir cette charge sans s'effondrer ? C'est l'un des défis majeurs de cette décennie, souvent masqué par l'euphorie des annonces technologiques.
Les coulisses chaotiques du Bharat Mandapam : files d'attente et excuses officielles
Il n'y a pas que les lumières de la rampe et les sourires de cérémonie dans ce sommet. L'envers du décor, les premiers jours, a été marqué par un chaos logistique surprenant pour un événement de cette envergure. Le lundi 16 février, alors que les portes du Bharat Mandapam s'ouvraient, la réalité a rattrapé l'ambition. Les participants ont fait état de files d'attente interminables, de plusieurs heures parfois, bloqués sous le soleil ou dans la poussière avant de pouvoir entrer dans l'enceinte sécurisée.
Des témoignages accablants
Le site d'information de la BBC a relayé de nombreux témoignages de fondateurs de startups et d'exposants en colère. Certains se sont plaints de ne même pas avoir pu accéder à leur propre stand, fermé pour des raisons de sécurité juste avant l'arrivée du Premier ministre. D'autres ont rapporté un accès limité à la nourriture et à l'eau, transformant l'expérience en un calvaire physique. Pour couronner le tout, un fondateur d'une startup d'IA portable a affirmé que ses produits avaient été volés dans son stand, une ironie cruelle dans un sommet dédié à la haute technologie et à la sécurité.
La gestion des foules mise à l'épreuve
Le ministre indien de la Technologie de l'Information, Ashwini Vaishnaw, a dû présenter ses excuses publiques mardi pour « tout problème ou désagrément » subi par les exposants. Selon les estimations, près de 70 000 personnes se sont pressées le premier jour, un afflux massif que l'organisation semble avoir sous-estimé. La confusion régnait quant aux horaires des sessions et aux itinéraires de sécurité, avec des évacuations totales organisées pour la venue de dignitaires, laissant les délégués en attente sur le trottoir.
70 000 personnes le premier jour : quand l'engouement dépasse l'organisation
Ce chaos n'est cependant pas sans signification. Il témoigne avant tout d'un engouement immense, presque débridé, pour l'intelligence artificielle en Inde. Jamais un événement technologique n'avait attiré autant de monde dans le pays. Si l'organisation a failli, c'est parce que la demande a explosé les prévisions. Cela reflète les défis structurels d'une nation en plein essor qui tente de passer d'échelle : les ambitions sont planétaires, mais les infrastructures d'accueil peinent parfois à suivre le rythme effréné de la croissance.
Un désordre qui cache un dynamisme
Pour les observateurs critiques, ce chaos logistique est une métaphore parfaite des défis de l'IA elle-même : une technologie immense et puissante, mais difficile à contenir et à régler. Le Bharat Mandapam, malgré ses infrastructures modernes, s'est retrouvé submergé par la foule, tout comme l'IA pourrait submerger nos capacités de régulation et nos infrastructures énergétiques si nous ne faisons pas attention. Mais comme pour le sommet, la foule est là, prête à attendre des heures pour assister à l'avenir.
Des leçons pour l'avenir
Cet épisode servira sans doute de leçon pour les futurs événements majeurs organisés par l'Inde. La gestion des flux, la communication avec les participants et la logistique de sécurité devront être revues à la hausse. Mais au-delà de l'incident, cela prouve que l'Inde est désormais capable de mobiliser des foules colossales pour la technologie, signe d'une adhésion populaire aux enjeux de l'IA que l'on ne retrouve guère en Occident.
« Nice to be back » : quand le fils de Chennai revient en conquérant

L'arrivée de Sundar Pichai sur le tarmac de l'aéroport Indira Gandhi de New Delhi avait des allures de retour triomphal. En quelques mots postés sur les réseaux sociaux — « Nice to be back in India for the AI Impact Summit - a very warm welcome as always » — le patron d'Alphabet a déclenché une vague d'enthousiasme comparable à celle réservée habituellement aux stars de Bollywood. Les médias indiens ont immédiatement relayé l'information, soulignant que le « fils prodigue » revenait non pas en touriste, mais en tant que l'un des hommes les plus puissants de la planète technologique.
De l'humble appartement de Chennai aux couloirs du pouvoir
L'histoire de Sundar Pichai est devenue un véritable mythe fondateur pour la jeunesse indienne aspirant à la réussite internationale. Né à Maduraï, une ville du Tamil Nadu connue pour son temple de la Déesse, il a grandi dans un quartier modeste de Chennai où les ressources étaient comptées. Son père, ingénieur électricien chez GEC, une entreprise britannique de composants électroniques, et sa mère, sténographe, ont élevé leurs deux enfants dans un appartement exigu où le jeune Sundar partageait sa chambre avec son frère. L'anecdote devenue légendaire raconte que la famille ne possédait pas de téléphone fixe et devait attendre des années pour en obtenir un, une réalité qui contraste saisissant avec l'empire technologique que Pichai dirige aujourd'hui.
Un symbole puissant pour une nation
Cette trajectoire, d'un quartier populaire de Chennai aux sommets de Mountain View, cristallise parfaitement l'ascension de l'Inde elle-même sur la scène mondiale. Lorsque Pichai a obtenu une bourse pour étudier à Stanford, le billet d'avion coûtait davantage que le salaire annuel de son père — une histoire qu'il raconte souvent pour illustrer le sacrifice parental qui a permis son essor. Aujourd'hui, avec une fortune personnelle estimée à plus d'un milliard de dollars et la responsabilité de diriger une entreprise valorisée à 3 500 milliards de dollars, Pichai incarne ce que l'Inde espère devenir : une puissance capable de rivaliser avec les plus grandes nations, tout en conservant son identité et ses valeurs. Son retour au Bharat Mandapam n'était donc pas qu'une simple visite protocolaire, mais un moment de consécration pour tout un pays qui se reconnaît dans ce fils devenu roi de la tech.
Le message à la jeunesse indienne (et mondiale) : « l'Inde aura une trajectoire extraordinaire »
Au-delà des milliards d'investissements et des querelles diplomatiques, Sundar Pichai est venu porter un message spécifique à la jeunesse de son pays d'origine. Lors de ses interventions, il n'a cessé de répéter sa conviction profonde : « Je crois que l'Inde va connaître une trajectoire et une opportunité extraordinaires avec l'IA ». Ce n'est pas de la simple diplomatie, c'est une vision stratégique qui repose sur l'atout démographique indien. Pichai voit dans la jeunesse indienne, éduquée, numériquement native et ambitieuse, le moteur de la prochaine révolution industrielle.
L'Inde comme laboratoire de l'avenir
Pour Google, l'Inde n'est pas seulement un marché où vendre de la publicité ou du stockage cloud. C'est un laboratoire de l'avenir. Pichai a insisté sur le fait que l'Inde est « l'un des pays les plus dynamiques au monde ». L'idée est que les problèmes que l'Inde résoudra avec l'IA — dans l'agriculture, la santé, l'éducation — serviront de modèles pour le reste du monde. Les solutions développées pour un paysan du Bihar pourront être adaptées pour un agriculteur du Brésil ou d'Afrique. C'est ce qu'on appelle l'innovation « frugale » mais scalable.
« We want to be a partner to India »
Concrètement, cette volonté se traduit par une offre de partenariat étendue. Pichai a martelé que Google voulait être un « partenaire » de l'Inde. Cela implique de soutenir l'écosystème des startups, qui est le poumon de l'innovation indienne. Le gouvernement indien a d'ailleurs annoncé lors du sommet un fonds de 1,1 milliard de dollars dédié aux startups de l'IA et à la fabrication avancée. Google, avec ses programmes d'incubation et ses investissements via ses fonds de Venture Capital, entend bien capter les pépites qui sortiront de cette manne financière. Pour les étudiants et les développeurs indiens, le message est clair : les portes sont grandes ouvertes.
« India will lead the future of work » : la promesse de Modi à sa jeunesse
Narendra Modi, pour sa part, a joué la carte de l'inspiration nationale. « Avec les bonnes compétences et les bonnes préparations, notre jeunesse sera à l'avant-garde du futur du travail », a-t-il déclaré. C'est une réponse directe aux inquiétudes concernant l'automatisation. Modi promet que l'Inde ne subira pas l'IA, mais la maîtrisera. Il présente l'IA comme un « multiplicateur de forces », capable d'augmenter les capacités humaines plutôt que de les remplacer.
L'IA comme levier de croissance inclusive
C'est un message crucial pour une jeunesse indienne qui fait face à un chômage élevé chez les diplômés. Le Premier ministre essaie de canaliser l'énergie de sa jeunesse vers l'apprentissage de ces nouvelles technologies, en assurant que ceux qui maîtriseront l'IA définiront les règles de l'économie mondiale. C'est une vision optimiste, presque triomphaliste, qui sert la politique intérieure de Modi tout en séduisant les investisseurs étrangers à la recherche d'une main-d'œuvre qualifiée et motivée. L'objectif final est clair : l'Inde ne doit pas seulement consommer la technologie, elle doit la créer.
Conclusion : New Delhi, nouveau berceau de l'intelligence artificielle
Ce sommet de New Delhi marque un moment charnière dans l'histoire de la technologie. Le voyage de Sundar Pichai, parti de Chennai avec une valise et un rêve, pour revenir en conquérant à la tête de Google avec un chèque de 15 milliards de dollars, symbolise parfaitement l'ascension de l'Inde sur la scène mondiale. Ce n'est plus seulement une usine de sous-traitance, c'est un acteur stratégique qui négocie d'égal à égal avec les plus grandes puissances.
L'enjeu est désormais clair : l'Inde veut devenir la troisième voie de l'intelligence artificielle, une alternative démocratique et dynamique à la domination sino-américaine. Entre les investissements massifs, le talent abondant et la volonté politique affichée, les briques sont en place pour que ce pari réussisse. Mais des défis immenses subsistent, qu'il s'agisse de l'organisation logistique d'un pays en pleine expansion, de la consommation énergétique démesurée de l'IA ou des risques de bulle financière que Pichai lui-même a soulignés.
Pour la jeunesse indienne et mondiale, ce sommet envoie un signal fort : l'avenir de la technologie s'écrira aussi en hindi, en tamoul ou en bengali. L'Inde a l'opportunité unique de ne pas seulement consommer la technologie, mais de la façonner à son image. Si New Delhi parvient à transformer ces promesses en réalités tangibles, l'histoire de l'IA aura tourné une page décisive en février 2026, au Bharat Mandapam. Le pari est audacieux, mais l'ambition, elle, est à la hauteur des défis du XXIe siècle.