Victor Crouin, 26 ans, occupe aujourd'hui la cinquième place mondiale et cumule trois titres de champion de France consécutifs. Formé par son père entraîneur à Toulon, diplômé d'Harvard en économie, ce Toulonnais a remis le rêve olympique au centre de sa carrière après l'annonce historique de l'intégration du squash aux Jeux de Los Angeles 2028. Son parcours, entre excellence académique et ambition sportive, pourrait faire de lui la première médaille olympique française de sa discipline.

Une relation père-fils unique sur les courts
Dans le squash professionnel, rares sont les joueurs qui partagent le terrain avec leur père chaque jour. Victor Crouin fait figure d'exception : depuis ses débuts, Emmanuel Crouin est à la fois parent, coach, préparateur mental et confident.
Du tennis au squash, le déclic d'un enfant de Toulon
Victor commence le tennis à 4 ans, comme beaucoup d'enfants du sud de la France. Mais deux ans plus tard, son père, entraîneur de squash, l'emmène sur les courts de la discipline. Le déclic est immédiat. Le gamin troque sa raquette de tennis pour celle de squash et ne la quittera plus.

Sa première sélection en équipe de France U13 date d'avril 2011, au tournoi des 5 Nations à Guilford, en Angleterre. Victor n'a que 11 ans. Face à l'Anglais Charlie Lee, il encaisse une défaite nette : 11-9, 11-5, 11-6. Loin des scores sans appel qu'il infligera plus tard à ses adversaires juniors. Cette défaite fondatrice lui apprend une leçon : le niveau international ne pardonne rien.
Entre 2013 et 2016, Victor participe à quatre championnats d'Europe dans sa catégorie d'âge (deux en U15, deux en U17). Il en ramène deux médailles d'argent et deux de bronze. La Fédération française de squash le suit de près et commence à le comparer aux plus grands : Grégory Gaultier et Camille Serme, tous deux passés par un parcours junior similaire avant de dominer la scène mondiale.
Les règles strictes du coach-père
Emmanuel Crouin ne cache pas ses ambitions pour son fils. Dans un entretien à Nice-Matin, il lâche une phrase qui résume tout : « Il peut devenir numéro 1 mondial ! Il a déjà une aura et, dans le jeu, il est meilleur que beaucoup. » Une déclaration que les résultats récents de Victor rendent crédible.
Pourtant, le coach-père pointe aussi un défaut, presque avec humour : « C'est peut-être qu'il est trop bien éduqué. » Sous-entendu : Victor manque parfois de cette agressivité viscérale qui caractérise les champions égyptiens. Sur un court de squash, où l'intimidation compte autant que la technique, cette « politesse » peut être un frein.

Victor l'admet volontiers. Interrogé par Olympics.com, il confie : « Le fait que mon père soit là m'a certainement influencé, m'a donné… » Il n'achève pas la phrase, mais on devine une discipline, une rigueur, une éthique de travail que peu de jeunes possèdent. Pour que la relation fonctionne, père et fils ont dû établir des règles : pas de squash à table, pas de reproches le soir après un match perdu. Le coach s'arrête à la porte du vestiaire, le père reprend ses droits à la maison.
Un palmarès junior qui rivalise avec les légendes
Avant de passer professionnel, Victor Crouin collectionne les exploits chez les jeunes. Il est finaliste des championnats du monde junior et du British Junior Open, le tournoi le plus prestigieux de la catégorie. À chaque fois, il bute sur le même adversaire : l'Égyptien Marwan Tarek, un mur sur le court.
Mais il remporte deux fois le titre de champion d'Europe junior, un exploit que seuls Gaultier et Serme avaient réalisé avant lui en France. La fédération ne cache pas sa fierté : Victor Crouin est le digne héritier d'une lignée qui a placé la France parmi les nations majeures du squash mondial.
Ces résultats posent une question cruciale : pourquoi un tel talent a-t-il choisi d'aller étudier à Harvard plutôt que d'intégrer le pôle France de l'Insep ?
De Toulon à Harvard : le pari de l'excellence académique
À 18 ans, Victor Crouin fait un choix qui surprend le microcosme du squash français. Au lieu de rejoindre l'Insep, il s'envole pour Boston et intègre Harvard University. Un pari risqué pour un espoir du sport français, mais un calcul mûrement réfléchi.
Quatre ans à Harvard, leader des Crimson
Victor Crouin rejoint Harvard en 2018. Il en sort diplômé en 2022 avec un bachelor en économie. Pendant ces quatre années, il ne se contente pas d'étudier : il devient le numéro 1 de l'équipe universitaire de squash, les Crimson. Il mène son équipe à quatre titres consécutifs de l'Ivy League et remporte le championnat national universitaire (CSA).
Sa saison senior est exceptionnelle : 13 victoires pour une seule défaite. Il remporte deux fois le Pool Trophy, une distinction qui récompense le meilleur joueur universitaire américain. Personne avant lui n'avait dominé le squash universitaire à ce point tout en décrochant un diplôme d'une université aussi prestigieuse.

Le choix d'Harvard n'est pas anodin. Aux États-Unis, le squash universitaire est structuré, compétitif et bénéficie d'infrastructures que la France ne peut pas offrir. Victor s'entraîne avec les meilleurs joueurs américains, découvre une approche différente de la préparation physique et mentale, et se forge un réseau qui lui sera utile plus tard.
Un rêve olympique mis de côté
À l'époque où Victor choisit Harvard, le squash n'est toujours pas olympique. Paris 2024 a été refusé, comme les trois candidatures précédentes. Le joueur prend donc un risque : s'éloigner du circuit professionnel pur pour construire un projet de vie plus large.
Dans un entretien à Ouest-France, il avoue sans détour : « J'avais mis le rêve olympique de côté. » À ce moment-là, personne ne sait si le squash entrera un jour aux Jeux. Victor fait le pari que oui, mais il ne veut pas miser toute sa carrière sur cette hypothèse.
Ce choix est courageux. Beaucoup de jeunes talents français auraient préféré rester en France, intégrer l'Insep, bénéficier des structures fédérales et enchaîner les tournois professionnels. Victor, lui, prend le chemin de l'excellence académique tout en continuant à progresser sur le court. Il prouve qu'on peut être un athlète de haut niveau sans renoncer à une formation intellectuelle.
16 octobre 2023 : le jour où tout a basculé
Cette date restera gravée dans la mémoire de Victor Crouin. Le Comité international olympique annonce que le squash fera partie du programme des Jeux de Los Angeles 2028. Pour le Français, c'est un choc.
« Je me suis dit que ce n'était pas possible »
L'annonce tombe après quatre candidatures infructueuses. Le squash avait postulé pour Paris 2024, sans succès. Cette fois, c'est la bonne. Victor apprend la nouvelle en même temps que le grand public, via les réseaux sociaux et les alertes d'actualité.
Interrogé par Sud Radio, il décrit sa réaction : « Je me suis dit “ce n'est pas possible que ce soit vrai”. » Pendant quelques secondes, il doute. Puis la réalité s'impose : dans cinq ans, il pourra concourir pour une médaille olympique.

Le tournoi olympique se déroulera dans un cadre exceptionnel : les studios Universal à Hollywood, en Californie. Un décor de cinéma pour un sport qui cherche la lumière. Victor, qui connaît bien les États-Unis après ses années à Harvard, voit dans ce lieu un signe du destin.
Un boost de visibilité et de financement
L'entrée du squash aux Jeux change concrètement la donne pour Victor Crouin. D'abord, le financement. Comme le révèle Le Monde, l'Agence nationale du Sport (ANS) exige désormais des résultats dans des compétitions de référence pour soutenir les athlètes. Les championnats du monde en font partie. Victor doit donc performer à Gizeh, en Égypte, pour justifier l'investissement public.
Ensuite, la préparation. Victor le confie au Monde : « Ces deux dernières années, j'ai revu mes objectifs et l'ambition olympique prédomine. » Le squash devient son « objectif de carrière ». Il réduit son calendrier de tournois pour privilégier des phases d'entraînement plus longues, toujours encadrées par son père.
Enfin, la visibilité médiatique. Victor espère que les Jeux feront sortir son sport de la confidentialité. Il le dit lui-même : « C'est vraiment par les Jeux olympiques qu'on peut gagner en notoriété. » Le squash compte environ 23 000 licenciés en France, loin derrière le tennis ou le padel. Les JO pourraient changer la donne.
L'ascension vers le Top 5 mondial
Depuis l'annonce des JO, Victor Crouin enchaîne les performances. En février 2026, il atteint son meilleur classement mondial : 5e. Il est triple champion de France (2023, 2024, 2025). Il remporte le German Open en mars 2025, le New York Open en octobre 2025, puis le Texas Open et le Canadian Open lors de la saison 2025-2026.
In August 2025, he successfully defended his World Games crown, making history as the first male player to achieve this back-to-back feat. Shortly thereafter, he defeated Baptiste Masotti to claim his third consecutive European Championship victory. The previous athlete to manage such a streak was none other than Grégory Gaultier.

Victor arrive lancé vers l'échéance de 2028. Son jeu monte en puissance, sa confiance aussi. Il n'est plus un espoir : il est un prétendant sérieux à l'or olympique.
Le squash français à l'heure olympique
Le squash reste un sport confidentiel en France. Pourtant, Victor Crouin pourrait être l'étincelle qui attire une nouvelle génération.
Squash, tennis, padel : le grand écart des sports de raquette
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon la fédération française de squash, la discipline compte environ 23 000 licenciés. Loin, très loin du tennis (plus de 1,2 million), du padel (272 000), du tennis de table (254 000) et du badminton (242 000).
La comparaison avec le tennis de table est particulièrement éclairante. Ce sport a connu un bond médiatique et populaire grâce aux frères Lebrun aux JO de Paris 2024. Les salles de ping-pong ont vu leurs effectifs exploser, les clubs ont été submergés de demandes. Le squash, privé de JO jusqu'ici, n'a pas eu ce déclic.

Victor Crouin le sait. Il espère que l'entrée aux Jeux de Los Angeles 2028 fera pour son sport ce que les Lebrun ont fait pour le tennis de table. Il le dit à Sud Radio : « C'est vraiment par les Jeux olympiques qu'on peut gagner en notoriété. »
Un ambassadeur formé à Harvard
Victor Crouin, par son parcours atypique, peut incarner ce renouveau. Il parle anglais couramment, a un réseau américain, connaît les codes médiatiques. Son image de « sportif qui réussit à l'école » peut séduire des parents et des jeunes qui hésitent à s'investir dans un sport sans visibilité olympique.
La fédération pourrait capitaliser sur son profil pour ouvrir des clubs, attirer des partenaires et faire du squash une alternative crédible aux sports de raquette dominants. Victor n'est pas seulement un champion : il est un ambassadeur, un modèle pour une génération qui refuse de choisir entre sport et études.
Le défi physique et le matériel d'un puncheur du Top 10
Avec ses 170 cm et 65 kg, Victor Crouin n'est pas le plus imposant des joueurs du Top 10 mondial. Pourtant, il compense par une vitesse de déplacement exceptionnelle et une précision chirurgicale.
S'entraîner aux portes des studios Universal
Le tournoi olympique de squash se déroulera dans les studios Universal à Hollywood, en Californie. Pour un joueur formé en partie aux États-Unis, c'est un avantage psychologique et logistique. Victor connaît le pays, les compétitions américaines, et peut s'entraîner sur place en amont des Jeux.
Ce décor de cinéma n'est pas anodin. Le squash, longtemps cantonné à des salles sombres et exiguës, mérite une vitrine à la hauteur de son intensité. Les projecteurs hollywoodiens, c'est une métaphore : le squash entre enfin dans la lumière.
L'arsenal d'un joueur de petit gabarit
Contre des gabarits plus imposants, Victor mise sur la vitesse de déplacement et la précision. Sa raquette est choisie pour maximiser la mobilité et la reprise d'appui. Ses chaussures aussi : légères, accrocheuses, adaptées aux changements de direction brutaux qui font la spécificité du squash.

Sa victoire fondatrice contre le numéro 1 mondial Paul Coll en mars 2022 au Canary Wharf Squash Classic illustre cette philosophie. Victor n'a pas écrasé son adversaire par la puissance : il l'a usé par le mouvement, la constance, l'intelligence de jeu.
À 170 cm, Victor est l'un des plus petits joueurs du Top 10. Mais cette taille, loin d'être un handicap, fait de lui un modèle pour les jeunes qui ne mesurent pas 1,90 m. Il prouve que le squash n'est pas qu'un sport de grands gabarits : c'est un sport de jambes, de placement et de stratégie.
Victor Crouin, le modèle d'une génération qui refuse de choisir
Victor Crouin incarne une génération nouvelle de sportifs : ceux qui refusent de choisir entre excellence académique et performance sportive, entre ambition personnelle et lien familial, entre rêve olympique et pragmatisme.
2028, le rendez-vous d'une vie
Victor Crouin aura 29 ans lors des JO de Los Angeles 2028. L'âge de la maturité pour un joueur de squash. L'âge où la technique est maîtrisée, où l'expérience parle, où la gestion des émotions fait la différence.
Mais il y a une urgence. Le squash n'est pas assuré d'être reconduit à Brisbane en 2032. Victor a donc une chance unique de marquer l'histoire, d'être le premier Français médaillé olympique dans sa discipline. Une pression énorme, mais aussi une motivation sans faille.
Une carrière construite sur l'intelligence
Victor Crouin prouve qu'on peut être un athlète de haut niveau sans renoncer à une formation académique prestigieuse. Qu'on peut travailler avec son père sans se brûler les ailes. Qu'on peut viser l'or olympique dans un sport de niche avec une stratégie de long terme.
Son père le dit avec un sourire en coin : « C'est peut-être qu'il est trop bien éduqué. » Sous-entendu : cette intelligence de carrière, cette capacité à planifier, à anticiper, à ne pas brûler les étapes, sera peut-être son avantage décisif face aux cadors du circuit mondial.
Victor Crouin n'est pas seulement le numéro 1 français de squash. Il est la preuve que le sport de haut niveau peut rimer avec études, que la relation père-fils peut être une force, et que les rêves, même mis de côté, peuvent revenir plus forts que jamais.
Conclusion : un destin olympique en marche
Victor Crouin a tracé sa route avec une détermination rare. De ses premiers pas sur les courts de Toulon à son diplôme d'Harvard, de ses victoires sur le circuit professionnel à l'annonce historique de l'intégration du squash aux JO, chaque étape de son parcours l'a préparé à l'échéance de 2028.
Aujourd'hui cinquième mondial, triple champion de France et d'Europe, il aborde les championnats du monde de Gizeh avec un objectif clair : atteindre le dernier carré et justifier le soutien de l'Agence nationale du Sport. Car la route vers Hollywood passe d'abord par l'Égypte.
Dans deux ans, sur les courts des studios Universal, Victor Crouin aura l'occasion d'écrire l'histoire. Celle d'un sport qui sort de l'ombre, celle d'un athlète qui a refusé de choisir entre son cerveau et ses jambes, celle d'un fils et d'un père qui ont construit un champion ensemble. Rendez-vous en 2028 pour savoir si cette histoire s'écrit en or.