
Devoir faire le voyage jusqu'à Chaban Delmas alors que l'on est en plein deuil n'est pas une tâche facile. Jeudi, le camp des Loges se voyait amputé de l'un des plus proches collaborateurs de Carlo Ancelotti, Nick Board, décédé tragiquement dans un accident de la route à quelques kilomètres de Saint-Germain-en-Laye. Le nutritionniste était très proche de chaque joueur et cette annonce fut un choc au point que Guillaume Hoarau et Nené, partis récemment du club de la capitale vers la Chine pour le premier et le Qatar pour le second, ont immédiatement tweeté un message de soutien pour leurs anciens coéquipiers et la famille du disparu. Alors le Paris Saint-Germain a demandé à la Ligue de Football Professionnel s'il était possible de décaler le match, mais cette requête fut logiquement rejetée par Frédéric Thiriez. Au lieu de cela, on donna le droit au club parisien d'arborer des brassards noirs et qu'une minute de silence soit observée avant le coup d'envoi.
Cette rencontre au sommet entre le quatrième et le troisième de la Ligue 1 commençait donc avec un accent solennel. Zlatan Ibrahimovic sortait du tunnel le visage fermé, avec son brassard noir et son nouveau numéro dix. Ensuite, vingt secondes d'émotion où les joueurs, avec tous les membres du staff, firent une ronde. Carlo Ancelotti, qui honorait ici la disparition d'un ami plus que d'un simple collègue, était au bord des larmes, mais un match qui pouvait faire revenir Paris sur le toit du championnat de France devait se jouer. Le technicien italien, en l'absence de Thiago Silva et d'Alex, s'en remettait à une charnière Sakho-Camara. Avec la suspension de Thiago Motta après son tacle assassin sur Frédéric Sammaritano, c'est un autre transalpin, Marco Verratti, qui se plaçait aux côtés de Blaise Matuidi dans le milieu de terrain parisien. Devant, c'est Pastore qui laissait son poste au profit de Jérémy Ménez, juste derrière Ibrahimovic, laissant à Lucas Moura le soin de s'occuper du couloir droit. Un choix qui ne porta pas ses fruits, loin s'en faut. Sur les vingt premières minutes de jeu, Paris ressemblait à celui aperçu au Parc des Princes la semaine passée face à Ajaccio. C'est-à-dire une attaque stérile qui peinait à faire bouger les Girondins, un manque de solidarité dans la récupération et un manque de contrôle de la balle. De son côté, Bordeaux ne faisait pas beaucoup mieux, s'appuyant uniquement sur les débordements de Benoît Trémoulinas qui mettait à mal Christophe Jallet, pas beaucoup aidé par Lucas Moura qui semblait résolu à ne pas faire de repli défensif.
Lucas Moura fait la différence
Et le tournant du match survint. Ressentant une gêne à l'arrière de la cuisse, Stéphane Lannoy, l'arbitre de la rencontre, préféra ne pas poursuivre et redonna le flambeau à son quatrième arbitre. Le temps de se donner les oreillettes et micros, Carlo Ancelotti eut tout le loisir de replacer ses hommes. Pas du tout à l'aise sur la droite de l'attaque parisienne, Lucas Moura retournait rôder autour de Zlatan Ibrahimovic pendant que Ménez prenait le couloir laissé vide par le Brésilien. Changement qui eut le mérite de redonner un peu de sérénité à Christophe Jallet, maintenant aidé par Ménez, auteur d'un excellent travail défensif. Lucas Moura sembla un peu moins perdu, mais Paris ne trouvait toujours pas la bonne carburation, surtout en attaque, car en défense, Mamadou Sakho et Zoumana Camara empêchaient toutes tentatives bordelaises qui ne pouvaient compter sur Yoann Gouffran, seul en pointe en l'absence de Cheick Diabaté, parti en sélection pour la Coupe d'Afrique des Nations. Bordeaux s'en remettait alors à des tentatives lointaines de Jaroslav Plasil et Ludovic Obraniak. Car c'est l'une des seules satisfactions parisiennes dans ce match : Carlo Ancelotti sait qu'il peut s'appuyer sur deux paires de défenseurs centraux. Il sait que si Thiago Silva et Alex sont forfaits, il peut compter sur deux autres guerriers qui protégeront la cage de Salvatore Sirigu.
Dans un ennui général et alors que les vingt-deux acteurs passifs de la partie pensaient retourner aux vestiaires sur un score nul et vierge, il fallut que sur une bonne passe de Lucas Moura, auteur de sa première contribution pour le Paris Saint-Germain, Zlatan Ibrahimovic ouvre la marque, bien aidé par la faiblesse de la main de Cédric Carrasso qui se targuait avant le match de n'avoir jamais perdu contre le club de la capitale. Une nouvelle fois, c'est le géant suédois qui débloqua une situation incertaine pour les siens car, en dehors de cette illumination divine, le meilleur buteur du championnat français ne se mit pas vraiment en avant. On avait affaire au même Ibra qui était transparent contre Ajaccio. Pour Lucas, ce n'était guère mieux. Après cette passe bien trouvée, on ne le vit plus trop non plus, assez pour que Carlo Ancelotti le sorte après un peu plus d'une heure de jeu. Normal selon son nouvel entraîneur : "Il a besoin de temps pour s'adapter à ce nouveau championnat qui est bien plus physique que ce qu'il a pu connaître au Brésil. Ce soir, il fait une bonne passe qui amène le but de Zlatan et qui permet à l'équipe de s'imposer. On peut voir que techniquement, il est très fort. Dans quelques semaines, il sera à un bien meilleur niveau qu'il ne l'est aujourd'hui".
En seconde mi-temps, mise à part cette frappe de Maxwell que le portier bordelais n'eut aucun mal à détourner de ses filets, il était clair que Paris jouait parfaitement son rôle d'équipe menant à l'extérieur qui cherche à conserver le score et à ne surtout pas l'agrandir. En même temps, comment les Parisiens auraient-ils pu prendre le risque de se faire contrer ? Car avec l'inspiration offensive quasi proche du néant des hommes de Francis Gillot, Paris savait qu'il n'encaisserait pas de but ce soir.
Les minutes s'égrenèrent donc vers la victoire inévitable du Paris Saint-Germain. Une victoire absolument pas méritée selon François Triaud, le président des Girondins : "Ce soir, personne ne mérite de gagner et de perdre. Il n'y a pas eu d'occasion. Nous, on ne s'approche jamais de Sirigu et de son côté, Paris en a une et ça rentre. Tu ne peux pas perdre un match pour une seule occasion". Chose que disait également Benoît Trémoulinas : "Sans Zlatan Ibrahimovic, Paris ne gagne jamais. Et si on avait Zlatan, c'est nous qui gagnons". Une défaite dommage pour les Aquitains qui auraient pu se rapprocher des toutes premières positions de la Ligue 1. Pendant ce temps, Paris est toujours en deuil, mais il est ce soir de nouveau sur le toit de la Ligue 1. Une place qui sera à confirmer dimanche soir, au Parc des Princes, contre Lille...