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Sports

Une victoire sans saveur

Le XV de France bat l'Écosse (19-17) mais inquiète. Décryptage d'une performance sans saveur.

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S'il existait un problème dans le sport, ce serait sans doute celui-ci : seules les victoires restent dans l'esprit collectif. On adore les vainqueurs, on les adule sans condition, tandis que les perdants n'ont que des miettes à grignoter, et ces dernières ne sont pas bien grosses. Seulement, il n'y a pas que le résultat qui compte. La manière dont on a pris le dessus est également importante, mais c'est comme ça : la manière ne reste pas longtemps gravée dans les mémoires. Bien évidemment, cette affirmation contient quelques exceptions, mais quelle règle peut subsister sans exception ? On pensera par là à Raymond Poulidor. Vous savez, ce perdant, cet éternel deuxième du Tour de France qui ne parvint jamais à gravir la plus haute marche, mais n'est-ce pas pour cette raison qu'il est aussi sollicité dès qu'il met le nez sur la route de la Grande Boucle ? Vient également à l'esprit l'équipe de France de football s'inclinant aux portes de la finale de la Coupe du Monde 1982, battue aux tirs au but par la RFA alors que les Français menaient encore 3-1 en plein milieu de la prolongation.

Tout ça pour vous dire que le culte du résultat est une réelle injustice, et la victoire obtenue hier aux dépens de l'Écosse par le XV de France en est une illustration plus que parfaite. Pendant la conférence de presse qui suivit de quelques minutes le coup de sifflet final, Philippe Saint-André dit d'entrée : « Parfois, il n'y a que la victoire qui est belle, et ça a été le cas hier après-midi ». Il n'affichait pas non plus son regard le plus guilleret — on a envie de dire encore heureux vu la nullité exprimée par son équipe —, mais seul un aveugle n'aurait pu manquer le soulagement qui s'emparait de toute sa figure. Un soulagement cependant très facile à comprendre quand on repense aux deux premiers tournois disputés par PSA et compagnie, deux compétitions complètement ratées — si ce n'est un douloureux euphémisme — dont la seconde fut ponctuée d'une seule et unique victoire contre l'Écosse et d'une honteuse dernière place. Un soulagement compréhensible quand on se rappelle qu'il y a deux semaines, les Bleus se faisaient fesser sur des terres galloises peu accueillantes (6-27).

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Une performance inquiétante malgré le succès

Oui, c'est vrai. Parfois, seule la victoire compte, seule la victoire est belle, mais ce qui est certain est que celle-là est tout sauf belle. Le sélectionneur national aurait pu sortir cette phrase bateau au comble de la langue de bois lors de son premier tournoi. On aurait pu comprendre qu'une équipe était en pleine phase de construction, ou plutôt de restructuration, après l'ère Marc Lièvremont. Et comme dit le dicton : « Une fois, ça passe ». Mais si on va au bout de l'idée, on se souvient que « deux fois, ça lasse ». Mais là, on en arrive à la troisième fois, et quand il n'y a aucun changement en vue et même quelques marques de régression dans le jeu, eh bien, il y a quelque chose qui casse.

Il y a un peu plus de deux ans, les Bleus disputaient une finale de Coupe du Monde. Une finale perdue, mais une finale quand même. À voir l'équipe de France qui a battu l'Écosse d'un souffle, il semble complètement impensable que pareille performance se reproduise en Angleterre à la fin de l'année 2015. On en vient donc au match d'hier. Par souci d'honnêteté et parce qu'il est bien normal de les souligner, on commencera par ce qui a à peu près fonctionné hier en fin d'après-midi. On parlera volontiers d'une équipe de France moins indisciplinée (5 pénalités concédées hier contre 13 au Pays de Galles). Ce que n'omettait pas de souligner Philippe Saint-André : « On a fait moins de fautes qu'au dernier match. On a beaucoup travaillé pour donner moins de points faciles à l'équipe adverse ».

C'est sûr qu'en ce qui concerne les points donnés, on dira que la générosité de nos Bleus est restée intacte. Pour preuve, cette nouvelle incompréhension, cette fois entre Brice Dulin et Yohan Huget, qui se culbutèrent dans leur en-but à la réception d'une chandelle de Laidlaw. Encore un essai de facilité encaissé en première mi-temps, comme il y a deux semaines au Millennium Stadium de Cardiff quand le cafouillage concernait Dulin et Doussain. Philippe Saint-André a beau dire que la défense s'améliore, quelques réticences se doivent de persister. Deux essais encaissés contre l'Angleterre, un contre l'Italie, deux contre le Pays de Galles et à nouveau deux face à l'Écosse : c'est un bilan très négatif pour les Bleus, qui semblent toujours en quête du moyen de se mettre en difficulté tout seuls. En surnombre défensif ? Demandez à Jules Plisson de se laisser piéger par une feinte pour dégager l'espace et ouvrir la voie à un deuxième essai écossais. Ne vous inquiétez pas ! À part ça, ça s'améliore en défense.

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Les lacunes défensives et la conquête

Et encore, la défense n'est pas le secteur de jeu qui choque le plus quand on regarde un match du XV de France. Historiquement — histoire de dire que cette affirmation ne date pas d'hier —, la France était connue et reconnue pour son talent incomparable en conquête. Alors bêtement, on se dit que face à l'Écosse (un des plus mauvais pack des grandes nations du rugby international), ça devrait le faire rien qu'en utilisant l'avantage naturel de la touche ou de la mêlée. Seulement, ça devient d'un seul coup beaucoup plus compliqué à partir du moment où l'équipe de France perd neuf balles en touche sur un seul match, dont six de suite. Mach, qui prenait la place de Szarzewski, désastreux au lancer, et Yannick Nyanga, le capitaine de la touche française, absent, suffisaient à désorganiser la maison bleue. Neuf lancers manqués car pas droits ou pas assez précis : cela fait également neuf lancements de jeu de moins à exploiter, ce qui est considérable pour une équipe en manque d'idées. Mais encore s'il n'y avait que la touche qui clochait. La mêlée aussi — dont même les All Blacks n'osent pas contester, bien que ça risque fort de changer si notre mêlée ne retrouve pas ses couleurs d'antan — n'est pas au zénith de son éblouissement. Une image restera comme le symbole de la déconfiture subie sur terre écossaise : on se remémorera cette action en plein milieu de la deuxième période. L'arbitre donne un coup de franchise à l'Écosse à la suite d'une mêlée. Le capitaine voudra rejouer une mêlée. Autant dire une insulte à l'histoire du rugby tricolore. Une équipe de France chahutée en mêlée est une équipe de France en très mauvais état.

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Pourquoi l'attaque du XV de France est en panne

Tout cela s'ajoute à un point tel que la coupe se remplit dangereusement. Mais vient là le plus inquiétant : cela concerne l'attaque du XV de France. Pas de mouvement, manque de vitesse, pas plus d'organisation... Les maux sont les mêmes de match en match, mais le remède n'a toujours pas été administré — faudrait-il encore le connaître. Les sorties de ballon sont toujours aussi laborieuses, et même Machenaud, qui avait signé une entrée encourageante contre le Pays de Galles, n'y changea rien. Des avants arrêtés qui peinent à avancer à l'impact, mis à part quelques percées du taureau Nicolas Mas. Un jeu au large bien trop rare, et quand ça commence à aller chercher les extérieurs, trop de précipitation — sûrement à l'idée de saisir une des seules opportunités d'emballer un peu les débats — annihile prématurément l'action.

Ah oui, on allait oublier : l'équipe de France a gagné et a même marqué un essai. Mais ne vous attendez surtout pas à un essai construit. Une passe sautée de Duncan Weir, un peu trop ambitieuse mais qui aurait pu donner un troisième essai au XV du Chardon, interceptée par cet opportuniste magnifique de Yohan Huget, qui allait redonner espoir aux supporters français qui se désolaient, que ce soit à Murrayfield ou devant leur poste de télévision. Pas plus de jeu par la suite. Des échecs de Laidlaw aux tirs au but et une dernière pénalité obtenue à trois minutes de la sirène donneront à Jean-Marc Doussain la lourde tâche de conclure ce qui ressemblait tellement plus à un hold-up qu'à une victoire. Et la banque a été braquée, mais de cet argent-là, on préférerait se passer...

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rmcriolo
Fruitier Manu @rmcriolo
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