
Encore cette année, on la pensait parfaitement outillée avec Jo Wilfried Tsonga, Richard Gasquet et Gilles Simon très performants ces derniers mois, et encore plus lors du Masters 1000 de Miami. Mais comme trop souvent les saisons précédentes, quand Gaël Monfils avait déclaré forfait en 2011 contre l'Espagne et en 2012 contre la République Tchèque pour autant de défaites françaises, Arnaud Clément n'a pas encore pu emmener l'ensemble de ses pépites. Un constat est cependant à prendre en compte : l'équipe de France ne gagne jamais de matches importants quand elle n'est pas au complet. Après un huitième de finale assez facile contre Israël, c'est donc l'Argentine qui se mettait sur la route des Français, une équipe argentine largement diminuée qui ne pouvait compter que sur ses deux vieux briscards en l'absence de Juan Martin DelPotro. On se disait alors que le chemin était tout tracé pour recevoir la République Tchèque en demi-finale et éventuellement la Serbie en finale.
Mais les débats se rééquilibrèrent quand le forfait de Richard Gasquet, touché au pied lors du Masters de Miami, fut confirmé par le staff médical. Avec le retrait du Bittérois, c'est donc Gilles Simon qui servait de second joueur de simple. Mais qui n'aurait pas cru que le troisième joueur français pouvait battre ce Juan Monaco pas à son niveau de 2012 et Carlos Berlocq, seulement soixante-et-onzième joueur mondial ? Dès le vendredi, Gilles Simon s'inclinait lourdement contre Juan Monaco 7-6, 6-2, 6-4, mais heureusement pour lui, Tsonga avait bien commencé lors du premier match.
Avec le double de samedi perdu, il était donc impératif de remporter les deux matches du dimanche. Arnaud Clément s'était montré confiant : « On a toutes les qualités pour gagner les deux derniers matches ». Et sa confiance était gardée intacte quand Jo Wilfried Tsonga entrait dans un Parque Roca de Buenos Aires un peu plus rempli que vendredi. Son boulot était d'entretenir l'espoir de la maison France. Pour atteindre cet objectif, il fallait que le Manceau batte Juan Monaco. Seulement, Jo Wilfried Tsonga est un homme très sympathique qui n'aime pas inquiéter son clan.

Tsonga maîtrise Monaco
Le meilleur joueur français surclassait l'Argentin dans les deux heures qui suivirent son entrée. Un succès de taille qui permit à Arnaud Clément de ne jamais trop stresser. Le Manceau confirmait ses bonnes prédispositions à donner des points à l'équipe de France : « Jo est vraiment très à l'aise en Coupe Davis. Il y a des joueurs qui ont la mentalité de jouer différemment quand il le faut et Jo en fait partie. C'est le genre de joueur qui t'apporte une certaine tranquillité car tu sais qu'il va se dépouiller pour te donner un point », confiait le nouveau capitaine français. Juan Monaco, pendant les trois sets de combat, ne se montra jamais réellement capable d'ébranler Tsonga. Ce dernier avait alors le contrôle total de la rencontre : « C'est vrai que j'ai vraiment bien joué cet après-midi. J'ai fait ce que j'avais envie de faire. On va dire que le jeu de Juan Monaco me réussit plutôt bien. Il frappe fort mais pas assez pour me mettre en échec sur coup droit. J'avais remarqué que son jeu de jambes était légèrement défaillant donc j'ai décidé de le faire courir au maximum. Pour moi, ce choix était très positif car je le fatiguais et en même temps, lui n'arrivait pas à me faire beaucoup bouger. Je restais dans le court et je contrôlais le jeu ». Le tarif était rude pour Monaco qui s'inclinait 6-3, 6-3, 6-0.
Jo Wilfried Tsonga ouvrait une porte et la question restait de savoir si Gilles Simon, choisi par Arnaud Clément pour disputer ce cinquième match décisif, s'y engouffrerait. On pensait que Gilles Simon suivrait les pas de son coéquipier quand il prenait le service de Carlos Berlocq d'entrée. Cependant, celui qui donna du fil à retordre à Tsonga lors du premier match de vendredi ne lâchait pas aussi rapidement que Juan Monaco. Il commençait par prendre à son tour le service de Simon et s'envolait par la suite pour arracher le premier set : « Gilles commence bien. J'avais l'impression qu'il était mieux que vendredi mais il ne s'attendait sûrement pas à avoir en face de lui un Berlocq aussi coriace qui mettait de l'envie sur chaque échange », analysait Arnaud Di Pasquale.
Le deuxième set commençait comme le premier avec un break pour le Français. Toujours comme lors de la première manche, Carlos Berlocq s'accrochait pour revenir à hauteur. Le jeu tendait à s'équilibrer et Gilles Simon faisait le boulot en fin de set pour revenir à un set partout. On sentait surtout que Gilles Simon prenait peu à peu l'ascendant sur son adversaire argentin : « Il commençait à le faire courir dans tous les sens. Il l'usait physiquement. Carlos Berlocq commençait à craquer dans les échanges longs. Je pensais vraiment que Gilles ferait comme Jo vendredi mais la suite m'a fait mentir », poursuivait Arnaud Di Pasquale.
Simon s'incline face à Berlocq
C'est vrai qu'en début de troisième manche, Gilles Simon semblait reprendre le contrôle du match. La seule différence entre les deux était que Berlocq jouait chez lui et que le public amassé dans les travées du Parque Roca sentait que son protégé pâlissait. Ce dernier pliait sans rompre et il trouva un second souffle avant que Gilles Simon n'ait eu le temps de faire l'avantage. Carlos Berlocq se remettait à frapper fort et il empochait le troisième set. La rencontre dépassant les trois heures, on voyait les deux joueurs se transformer en guerriers car ce match abandonnait tout sens tactique pour un combat d'hommes. Et à ce petit jeu-là, c'est Carlos Berlocq, transporté par ses supporters qui conspuaient généreusement les services de Gilles Simon, qui prenait l'ascendant. Les breaks s'enchaînaient mais les premières balles de match arrivèrent toutes sur le service de Gilles Simon qui s'accrochait comme il le pouvait en sauvant cinq balles de match. On voyait enfin le Simon rageur que l'on connaît d'habitude. Il rentrait dans le court et attaquait au maximum. C'est donc un triste hasard que ce soit sur un coup droit puissant qui mourait dans le couloir extérieur que le dénouement du spectacle arriva.
La défaite était dure à avaler : « C'est très difficile à digérer. Si j'avais été seul, je m'en ferais, mais là, ce sont tous les mecs que je fais perdre. Je suis tellement déçu », commentait Gilles Simon juste après sa défaite. Il n'y a cependant aucun alarmisme chez Arnaud Clément : « On a une grande équipe dans son potentiel. Avec Richard Gasquet et Gaël Monfils revenu à son meilleur niveau d'avant sa blessure de longue durée, on aura une équipe très forte. Jo a encore montré qu'on pouvait compter sur lui. Alors c'est vrai, Mickaël Llodra va s'arrêter en fin de saison mais on a bien vu aux derniers Jeux Olympiques de Londres que Jo Wilfried Tsonga et Richard Gasquet (respectivement médaillés d'argent et de bronze) pouvaient prendre le relais. Dans quelques années et avec ce soupçon de réussite qu'il nous manque depuis un petit bout de temps, on sera compétitif pour remporter la Coupe Davis »...