
Cela ne doit pourtant pas occulter la qualité globale de la rencontre, d'un niveau exceptionnel. Avant les déboires de l'arbitrage, la rencontre offrait déjà beaucoup de spectacle. Dès la révélation des compositions, on savait que l'on allait assister à un duel offensif. Du côté londonien, Fernando Torres était entouré du nouveau trio fantastique de Chelsea : Eden Hazard, Oscar et Juan Mata. Chez les Mancuniens, le schéma était similaire avec Van Persie en pointe, Wayne Rooney derrière lui, et Nani et Valencia sur les ailes. Dès la première minute, Robin van Persie trouvait le poteau de Petr Cech, mais David Luiz ne put faire mieux que de mettre le ballon dans sa propre cage. Par la suite, Chelsea tentait tant bien que mal de sortir de son camp en s'appuyant sur ses qualités offensives, mais le pressing de Michael Carrick et Paul Scholes empêchait toute tentative de réveil. L'inévitable se produisit avec l'ex-Gunner, qui n'eut pas besoin d'un défenseur adverse cette fois pour tromper une deuxième fois Petr Cech.
Après vingt minutes de jeu, Chelsea était mené 2-0 à Stamford Bridge, une première dans la jeune carrière de Roberto Di Matteo. Ce dernier trouva les forces nécessaires pour haranguer ses joueurs au risque de les braquer. Mais il les connaît bien et savait qu'il fallait s'attaquer à leur orgueil. L'effet fut immédiat. Le pressing du milieu de terrain de Manchester United fit moins effet, permettant à Ramires et Obi Mikel de jouer plus posément et de distribuer de bien meilleurs ballons. On a longtemps cru que Chelsea rentrerait aux vestiaires, la queue basse, sous les sifflets d'un public exigeant. Les situations chaudes s'enchaînèrent pour les joueurs de Sir Alex Ferguson, mais une bonne défense et un David De Gea en folie permirent de repousser l'échéance. Mais que pouvait-il faire sur ce coup franc de Mata qui, à l'entrée de la surface, trouva le moyen de contourner le mur mancunien ? Ce même mur cacha le départ du ballon et surprit pour le moins le très bon gardien espagnol. Par la même occasion, Mata adressait un réel clin d'œil à son sélectionneur, qui ne l'avait pas retenu pour la double confrontation contre la Biélorussie et la France. Au lieu des sifflets, c'est une clameur assourdissante qui accompagna Roberto Di Matteo et ses joueurs jusqu'au tunnel des vestiaires.
On ne sait pas quels mots furent échangés dans le vestiaire des Blues, mais une seule chose est sûre : ils étaient les bons. À peine le coup d'envoi de la deuxième mi-temps donné, Chelsea repartait à l'assaut du deuxième but, synonyme d'égalisation. C'est là que M. Clattenburg a commencé à faire parler de lui. Sa première erreur fut de ne pas voir une main flagrante de David Luiz dans la surface sur un centre de Valencia. Le match n'aurait pas été le même car, une minute après, Ramires marquait le deuxième but londonien, redonnant le sourire à son entraîneur. Ce dernier confia : « Quand Ramires marque, je pense qu'on est les mieux placés pour l'emporter car une équipe qui mène 2-0 et qui se fait rejoindre n'arrive pas à rebondir, mais l'arbitre a posé son véto. » Ce que Di Matteo souligne, c'est que M. Clattenburg n'en avait pas fini avec les bourdes. Sur l'expulsion du Serbe Ivanovic, il n'y a rien à redire, car il arrête spontanément la course d'Ashley Young qui partait tout droit vers le but tchèque. Même Di Matteo l'admet : « Il faudrait être de mauvaise foi pour dire qu'Ivanovic ne mérite pas d'aller aux vestiaires. Il fait une faute parce qu'il est pris et qu'il veut protéger son équipe. »

La polémique autour de l'expulsion de Torres
La mauvaise foi viendrait plutôt du côté adverse, de Sir Alex Ferguson, qui osa dire que le carton rouge reçu par Fernando Torres était complètement justifié. Revenons-en aux faits. Quelques minutes après l'expulsion d'Ivanovic, Chelsea continuait d'avancer et, sur une percée de ce même Torres, Evans le toucha. L'attaquant, bien qu'il ait en rajouté un peu, s'affala sur la pelouse de Stamford Bridge. L'arbitre en a conclu qu'il s'agissait d'une simulation et lui donna un carton jaune. Or, il en avait déjà récolté un durant le temps additionnel de la première période. Pour l'attaquant espagnol, c'était donc direction les vestiaires. En faisant cela, Clattenburg a « fossé » le match, car à neuf contre onze, Chelsea ne pouvait plus rien faire. Sir Alex Ferguson l'a bien compris en faisant entrer Chicharito Hernandez, tandis que Di Matteo était contraint de mettre Cesar Azpilicueta pour compenser le départ d'Ivanovic. Même contre une équipe réduite, Manchester United avait du mal à enflammer le match jusqu'à ce qu'Hernandez trouve les filets de Petr Cech pour la troisième fois. Mais là encore, Clattenburg aurait dû refuser le but car le Mexicain était en position de hors-jeu, ce qui nous paraissait flagrant. Il ne restait plus au joueur de Man U qu'à fermer la boutique et à attendre le terme du temps additionnel.
Heureusement pour les Blues, cette défaite ne leur retire pas la place de leader, mais les Reds se rapprochent à une seule longueur. Qui sait, cette rencontre trottera sûrement dans certaines têtes au moment de pénétrer, mercredi soir, sur la pelouse de Stamford Bridge où Chelsea retrouvera United pour le compte de la Coupe de la Ligue. On sait qu'outre-Manche, toutes les coupes sont importantes, mais de là à parler de revanche, il ne faut pas exagérer...